Ghost Stories – Siri Hustvedt (2026)

Et si nous nous imprégnions des mots de Siri Hustvedt ?

Avec une voix vibrante d’humanité et d’amour, Siri Hustvedt revient sur le décès de son mari, Paul Auster.

Elle retrace les longs mois de la maladie qui l’a terrassé, évoque avec beaucoup de tendresse leur évidence amoureuse et artistique et la déchirure de ce deuil. Ils ont partagé quarante-trois ans d’une vie commune fusionnelle, imprégnée de leur amour viscéral pour la littérature.

Avec une liberté désarmante, Siri Hustvedt aborde l’intime et publie les dernières lettres que Paul avait écrites pour son petit-fils. Elle dévoile sans compromission les tragédies familiales, leurs convictions, mais surtout le profond amour qui irradie autour d’eux. Comment survivre à cette perte ?

Par l’écriture, elle tente de se reconstruire et de contenir sa souffrance. Paul Auster lui répétait « Je veux être un revenant. ». Par ces mots, elle le convoque avec une force incroyable. Ce texte révèle aussi toute l’intelligence et l’engagement de Siri Hustvedt et ne peut susciter que l’admiration. Un des plus beaux récits autour du deuil que j’ai pu lire, ce texte m’a profondément marquée.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Tandis que nos livres se déployaient et que nous nous en faisions la lecture, nous plongions pour ainsi dire le regard dans les rêves de l’autre »

« Je pleurais aussi Paul et Siri, Siri et Paul. » Ce « ET », ce « Nous », est au coeur du livre. Pour elle, l’absence est un vertige où tout se dérègle, le temps « s’écoule apparemment sans moi »

« J’écris des histoires sur toi maintenant, sur nous. J’écris pour me blottir contre toi ».

À quatre pattes – Miranda July (2025)

Et si nous choisissions la fugue ?

À l’approche de la cinquantaine, une femme vivant à Los Angeles avec son mari et son fils décide d’entreprendre un long périple en voiture pour rejoindre New York.

Ce voyage, bien loin de ses habitudes et de son quotidien casanier, vient perturber une routine stable. Artiste jouissant d’une certaine notoriété, elle est perçue par ses proches comme une femme prudente, loin d’être aventureuse. Elle se met alors au défi d’entreprendre cette traversée des États-Unis. Pourtant, elle s’arrête très vite, à quelques kilomètres de chez elle, et entame une retraite saugrenue dans un motel miteux. Elle décide de redécorer sa chambre et s’abandonne à une aventure sensuelle avec un homme qu’elle vient à peine de croiser… Jusqu’où la portera son désir d’émancipation ?

Véritable exploration de la féminité, ce récit évoque la permanence du désir. Dans ce roman cru et fantasque, qui désarçonne à plusieurs reprises, nous suivons la reconstruction d’une femme ébranlée par la crise de la cinquantaine, qui réinvente sa sexualité. Si la plume ne m’a pas conquise, ce roman aussi lubrique que ludique promet de vous dérouter !

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« J’essayais de trouver quelque chose à quoi me raccrocher. Le mariage était peut-être une illusion cruelle, mais elle était ancienne et familière, comme le Père Noël. Il fallait quelque chose pour la remplacer. Même si, en y réfléchissant, rien n’avait remplacé le Père Noël, sinon la réalité, quand on grandissait ».

Pivoine – Pearl Buck (1948)

Et si nous partions en Chine ?

À travers le destin de Pivoine, une esclave portée par l’amour et la contrition, Pearl Buck dresse un portrait culturel méconnu de la Chine, où se croisent traditions chinoises et religion juive.

Pivoine a grandi dans la demeure d’Ezra, un marchand juif né d’une mère chinoise. Elle a partagé les lectures, les confidences et les rires de David, le fils d’Ezra. La fin des innocents jeux d’enfants laisse percevoir le véritable statut de Pivoine. Esclave, elle est au service de la famille de David.

Malgré son statut, les sentiments de Pivoine pour David n’ont cessé de croître au fil du temps. Les perspectives de mariage de David se concrétisent. Sa mère, extrêmement pratiquante, encourage une union avec Leah, la fille du rabbin alors qu’Ezra semble plus ouvert à un mariage avec une Chinoise qui pourrait faire prospérer son commerce. En secret, Pivoine manœuvre pour influencer ce projet. Jusqu’où ira-t-elle pour préserver son lien avec David ?

Si j’ai trouvé quelques lenteurs dans la première partie de l’œuvre, ce roman, où se mêlent amour et identité religieuse, s’avère très enrichissant pour comprendre les communautés juives en Chine. Ce récit psychologique, très instructif, questionne la place de la religion et l’ambivalence de l’intégration.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Les pieds portent le poids du corps, la tête le poids de l’intelligence, et le cœur le poids de l’esprit »

« Oui, vous avez donné de l’argent pour m’avoir, mais cela ne me fait pas vôtre. Un être humain ne peut être acheté entièrement »

« Elle lui toucha une joue puis l’autre, pour l’éveiller peu à peu, car pendant le sommeil, l’âme erre au-dessus de la terre et si le réveil du corps est trop brusque, l’âme égarée ne retrouve plus son chemin ».

Le temps de l’innocence – Edith Wharton (1920)

Et si nous dressions le portrait de la haute bourgeoisie new-yorkaise ?

Dans ce roman porté par une plume délicate, Edith Wharton retrace un amour contrarié par les contraintes sociales.

Parfaitement intégré à la haute société, Newland Archer évolue dans un milieu mondain où toute l’aristocratie sait manier l’art de regarder et d’être vu. Son union avec May, une jeune femme issue d’une grande famille et d’une beauté angélique, semble toute naturelle. Le couple qu’il forme répond parfaitement aux attentes de la haute société.

Un soir d’opéra, lorsque la comtesse Ellen Olenska apparaît, elle ébranle cet avenir tout tracé. Ellen, la cousine de May, a trouvé refuge dans sa famille à New York après avoir scandaleusement quitté son mari et choisi son indépendance. Audacieuse, elle s’est affranchie des conventions et fascine immédiatement Newland. Cette attirance arrive-t-elle à remettre en cause les promesses de mariage ?

Avec un regard acerbe sur la haute société de la fin du XIXe siècle, Edith Wharton évoque la place des femmes et la prédominance des conventions sociales. Face à une société figée dans ses traditions, elle dépeint avec beaucoup de finesse les ardeurs d’un amour empêché.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La solitude, c’est de vivre parmi tous ces gens aimables qui ne vous demandent que de dissimuler vos pensées ».

« Il songeait à la platitude de l’avenir qui l’attendait et, au bout de cette perspective monotone, il apercevait sa propre image, l’image d’un homme à qui il n’arriverait jamais rien ».

Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt (2003)

Et si nous suivions les vies croisées de deux couples ?

Dans le New York des années 1970 porté par l’effervescence et l’exubérance artistique, deux couples d’amis vont lier leurs vies, s’inspirer les uns des autres et ériger l’art au centre de leur existence.

Lorsque Léo, historien d’art, rencontre Bill, un artiste peintre et plasticien, la fulgurance de son admiration est palpable. Face au talent prometteur de Bill et à son charisme, Léo se lie d’amitié avec lui. Lucille et Erica, leurs femmes, se rencontrent et les deux couples d’amis vont partager leur passion pour l’art et s’enrichir mutuellement. À la naissance de leurs fils, Matt et Mark, l’imbrication entre eux se renforce. Quand un drame terrible vient heurter leurs idéaux et ébranler cette amitié fusionnelle, tout bascule. Parviendront-ils à survivre aux épreuves ?

Dans ce roman psychologique sensible, Siri Hustvedt révèle, avec mélancolie, toute l’ambiguïté des relations humaines. Si ce texte dense est parfois exigeant, il parvient à dévoiler tous les tourments qui planent sur les êtres et s’avère parfaitement abouti.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Une femme est assise près de la fenêtre. Elle pense / et, en pensant, elle se désespère / elle se désespère d’être qui elle est / et non quelqu’un d’autre ».

« Elle était mon rapport au monde, ma souffrance et mon bonheur, et je savais qu’en cet instant j’étais en train de la perdre, et ce savoir me glaça ».

La cloche de détresse – Sylvia Plath (1963)

Et si nous évoquions un lent désespoir ?

Dans ce récit intime, Sylvia Plath lève le voile sur les ravages de la dépression.

Étudiante brillante, Esther Greenwood n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle remporte un concours de poésie et part, avec d’autres élèves, pour un séjour à New York. Cette opportunité professionnelle lui fait découvrir l’effervescence de la ville. Entre soirées mondaines et découverte de la sexualité, Esther oscille entre émerveillement et dégoût.

En décalage avec les autres, son mal-être est palpable. Elle perçoit le monde avec un regard acerbe et désabusé et entrevoit comment la construction d’un foyer compromet ses ambitions littéraires. Lorsqu’elle retourne vivre chez sa mère, la dépression l’envahit. Entre tentatives de suicide et internements, jusqu’où la conduira cette lente descente aux enfers ?

Nettement autobiographique, ce récit prend une dimension encore plus poignante quand on sait que Sylvia Plath s’est suicidée peu de temps après la publication de cette oeuvre. Un récit cru, d’une grande force, pour saisir la dépression de l’intérieur. Au-delà du portrait intime d’Esther, ce texte interroge sur la place des femmes dans les années 50 et le traitement réservé aux maladies mentales. J’ai été asphyxiée par le profond désespoir qui émane de ce roman.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’était qu’un mauvais rêve ».

« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur ». 

Voile vers Byzance – Robert Silverberg (2003)

Et si nous touchions à l’éternité ?

Dans ce récit dystopique, le lecteur est propulsé dans un monde dépeuplé où les seuls « citoyens » sont devenus immortels et sont servis par des êtres artificiels, « les temporaires ».

Charles Philips, un New-Yorkais du XXᵉ siècle, est projeté dans ce monde. De Tombouctou à Alexandrie, des cités lointaines et légendaires renaissent pour quelque temps avant de disparaître. Gioia, une femme au charisme et à l’énergie envoûtante, devient sa compagne. Elle semble habitée par une soif inépuisable. Elle lui fait découvrir les cités et l’initie aux fêtes dispendieuses, mais des secrets inavouables se cachent derrière cet horizon hédoniste. Charles parviendra-t-il à percer les mystères de ce monde ?

Dans ce court récit enchanteur, porté par une plume fluide, Robert Silverberg nous propose une immersion dans un univers déconnecté du réel, régi par l’oisiveté et le plaisir. Avec une grande réussite, il interroge notre rapport au temps, notre quête d’éternité et les méandres d’une société de divertissement sans limite.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« La vie n’était pour ces gens qu’un jeu auquel ils jouaient sans répit. Rome, Alexandrie, Tombouctou – pourquoi pas ? Créer une Asgard de ponts translucides et de palais de glace luisante, puis s’en lasser, l’effacer, la remplacer par Mohenjo-Daro – pourquoi pas ? »

Le bruit et la fureur – William Faulkner (1929)

Et si nous assistions au déchirement d’une famille ?

À travers le point de vue d’une fratrie, William Faulkner dresse le lent déclin des Compson, une famille aristocratique du Sud des États-Unis.

Dans ce récit, nous suivons plusieurs monologues intérieurs. Nous évoluons tout d’abord avec Benjy, le dernier-né de la fratrie, atteint d’une déficience mentale qui reste plongé dans les déchirements de son enfance. Puis, nous découvrons Quentin, l’aîné, cette âme torturée est sujette à des vagues de dépression. Il éprouve une passion empreinte de jalousie pour sa sœur Caddy tandis que Jason, lui, est envahi par la colère et une soif de vengeance. Enfin, Dilsey, la servante, assiste avec son regard réfléchi à l’évolution de ces bouleversements familiaux. Les générations successives de cette famille arriveront-elles à affronter ce délitement ?

D’une certaine complexité narrative, il n’est pas facile de comprendre les tourments intérieurs qui ébranlent les membres de cette famille. Malgré un style déroutant entre obscurité et déconstruction, tout finit par s’éclairer au fil de la lecture. Si ce roman arbore un aspect élitiste, il est aussi d’une très grande richesse et promet une véritable expérience littéraire !

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Mon père dit qu’un homme est la somme de ses propres malheurs. On pourrait penser que le malheur finirait un jour par se lasser, mais alors, c’est le temps qui devient votre malheur, dit papa ».

« Il n’y a que lorsque la pendule s’arrête que le temps se remet à vivre. Les aiguilles étaient allongées, pas tout à fait horizontales. Elles formaient une courbe légère comme des mouettes qui penchent dans le vent. Contenant tout ce qui d’habitude m’inspirait des regrets, comme la nouvelle lune contient de l’eau… »

Trilogie New-Yorkaise – Paul Auster (1985)

Et si nous combattions la solitude ?

Dans les méandres des rues de New York, Paul Auster, avec cette trilogie vertigineuse à la trame narrative complexe et intelligente, interroge notre rapport à l’autre et joue avec la dualité des identités.

Dans Cité de verre, nous découvrons Quinn, un auteur de polars sous pseudonyme qui se remet difficilement de la perte de sa femme et de son fils. Confondu avec Paul Auster, un soi-disant détective, il entreprend une enquête singulière et bientôt envoûtante qui le plonge dans les méandres de son existence.

Dans le second roman, Revenants, Bleu, un détective privé se voit confier la surveillance de Noir, un écrivain mystérieux qui connaît un quotidien plat et millimétré. Jusqu’où cette enquête apparemment banale va-t-elle l’ébranler ?

Dans le dernier récit, La Chambre dérobée, un homme voit ressurgir Fanshawe, son ami d’enfance. La femme de cet ami lui confie ses manuscrits et lui apprend sa brutale disparition. La relation fusionnelle qu’il a entretenue avec Fanshawe devient plus obsédante en son absence. Comment parviendra-t-il à s’affranchir de cette dualité insaisissable ?

En se plongeant dans les contours de nos intériorités, Paul Auster propose une errance dans le rapport de l’homme à sa solitude et aux autres. Dans cette trilogie foisonnante et inclassable, Paul Auster, en explorant les jeux de miroirs et la complexité de l’écriture, interroge sa propre existence.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Chaque fois qu’il sortait marcher il avait l’impression de se quitter lui-même, et, en s’abandonnant au mouvement des rues, en se réduisant à n’être qu’un œil qui voit, il pouvait échapper à l’obligation de penser, ce qui, plus que toute autre chose, lui apportait une part de paix, un vide intérieur salutaire…
Le mouvement était l’essence des choses, l’acte de placer un pied un pied devant l’autre et de se permettre de suivre la dérive de son propre corps ».

« Nos vies nous emportent selon des modes que nous ne pouvons maîtriser, et presque rien ne nous reste. Ce presque rien meurt avec nous et la mort est quelque chose qui nous arrive chaque jour ».

Home – Toni Morrison (2012)

Et si nous parlions d’un roman déchirant ?

Dans ce court ouvrage, avec un style envoûtant, Toni Morrison met des mots sur la violence de l’Amérique des années 50.

Frère et soeur, Frank et Cee ont été élevés dans un foyer imprégné par l’indifférence parentale, la violence de la ségrégation et du racisme.

Des années plus tard, hanté par des images de la Guerre de Corée, Frank, ancien vétéran, est emporté par une rage bouillonnante qui ne parvient pas à s’apaiser. Tandis que Cee, grièvement malade, est soumise à la toute-puissance d’un médecin. Prévenu que sa soeur court un grave danger, Frank traverse les États-Unis pour la retrouver. La relation qui les unit pourra-t-elle les sauver ?

Dans ce roman, Toni Morrison redonne foi en la liberté malgré les traumatismes. Avec une force d’écriture incroyable, elle nous plonge dans ce court récit, entre cruauté et grâce, dans une œuvre profondément humaine.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde. »

« Voilà que revenait la rage incontrôlée, la haine de soi déguisée en faute de quelqu’un d’autre ».