La Chambre de Giovanni – James Baldwin (1956)

Et si nous mêlions désir et trahison ?

Dans le décor parisien effervescent de l’après-guerre, David, un jeune Américain rencontre Giovanni, un immigré italien d’une beauté désinvolte. Un désir tortueux pour cet homme le submerge, alors que sa fiancée est partie pour l’Espagne.

Ébranlé par cette attirance, David se laisse emporter dans une relation passionnelle avec Giovanni jusqu’à partager un logement exigu avec lui. Leurs rapports s’intensifient au fil des mois mais David est tiraillé entre son désir et un sentiment de honte. Jusqu’où cette relation heurtera-t-elle son identité ?

Porté par un style brillant et sensitif, James Baldwin nous transporte dans cette relation tumultueuse entre deux hommes. Dans un milieu parisien marginalisé, James Baldwin retranscrit avec une grande maîtrise les douleurs liées à l’identité sexuelle.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La mort de l’innocence est aussi la mort de la culpabilité ».

« Mais on ne peut malheureusement pas inventer nos amarres, nos amants ni nos amis, pas plus qu’on ne peut inventer nos parents. La vie nous les donne et nous les reprend, et la grande difficulté est de dire oui à la vie ».

Némésis – Philip Roth (2010)

Et si nous explorions l’enfer de la culpabilité ?

Dans ce roman poignant, Philip Roth retranscrit les ravages d’une épidémie de polio dans un quartier juif de Newark.

Durant l’été caniculaire de 1944, Bucky Cantor doit rester dans sa ville natale et ne peut pas combattre sur le front européen comme ses deux meilleurs amis. Exempté en raison d’une déficience visuelle, une profonde honte ronge ce garçon vigoureux et sportif. Pour pallier à son inaction, Bucky s’investit pleinement comme animateur du terrain de jeu de la ville et devient un véritable mentor pour les enfants. Quand la contagion s’accélère dans la ville, l’angoisse monte.

Rongée par l’inquiétude, sa fiancée lui propose de quitter la ville. Face à son sens du devoir, Bucky choisira-t-il la fuite ?

Avec un talent narratif indéniable, Philip Roth entremêle force et fragilité, et fait transparaître toutes les contradictions d’un homme face à une réalité implacable. Dans cette dernière œuvre digne d’une tragédie grecque, il confirme toute l’ampleur de son talent et nous fait entrevoir le désarroi d’un homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Il ne put poursuivre, il s’était mis à pleurer, de façon gauche, inexperte, comme pleurent les hommes qui d’habitude se croient de taille à faire face à n’importe quoi ».

« Ne vous battez pas contre vous-même. Il y a déjà suffisamment de cruauté dans le monde. »

« Parfois on a de la chance, et parfois on n’en a pas. Toute biographie tient du hasard et, dès le début de la vie, tout relève du hasard, de la tyrannie de la contingence. Le hasard, je crois que c’est ce que Mr Cantor voulait dire quand il accusait ce qu’il appelait Dieu »

Le pouvoir du chien – Thomas Savage (1967)

Et si nous évoquions un huis clos glaçant ?

Dans ce roman psychologique, l’apparition d’une femme dans la vie de deux frères va révéler des tensions sous-jacentes.

Dans le Montana, Phil et George Burbank partagent une exploitation de bétail prospère. Ils ont des caractères opposés : Phil, avec son intelligence implacable, arbore une sociabilité de façade. Beaucoup plus réservé que son frère, George est particulièrement sensible et doux.

S’ils ont toujours témoigné l’un envers l’autre d’une entente cordiale, le mariage de George avec Rose va laisser entrevoir toute la complexité de la relation qui lie les deux frères. Rose a perdu son premier mari dans des circonstances tragiques et elle intègre cette nouvelle famille avec son fils, Peter. Phil est immédiatement réfractaire à la sensibilité qui se dégage du jeune garçon et témoigne d’une hostilité prononcée à l’égard de Rose. Jusqu’où la cruauté glaçante de Phil les conduira-t-elle ?

Avec ce roman psychologique complexe, Thomas Savage parvient à nous révéler une fratrie régie par une masculinité exacerbée. Malgré une écriture riche, je n’ai pas adhéré à l’atmosphère pesante de ce roman et je n’ai pas éprouvé d’empathie pour les personnages.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Phil aimait l’idée de posséder tout, même l’amour de quelqu’un, de contrôler tout, jusqu’au point où il n’y avait plus de place pour personne d’autre ».

« Il n’y a rien de plus solitaire que de vivre entouré de gens que l’on ne comprend pas, et à qui l’on ne peut rien expliquer. »

L’invention de la solitude – Paul Auster (1982)

Et si nous évoquions l’absence avec Paul Auster ?

Dans ce livre fondateur, Paul Auster essaye de comprendre son héritage.

Dans la première partie de l’ouvrage « Portrait d’un homme invisible« , Paul Auster part sur les traces de son père. Suite à son décès soudain, il tente de mieux comprendre cet homme qui est demeuré toute sa vie absent. Comment faire le deuil d’un homme qui n’a jamais véritablement intégré son existence ? Paul Auster essaye de décrypter son père. Il tente de se remémorer sa gestuelle, ses habitudes, son étrangeté et sa manière d’aborder l’existence. Paul Auster n’a jamais véritablement réussi à comprendre son père. Face à ce deuil, il tente de renouer avec son enfance mais également de mieux comprendre son héritage familial. Parviendra-t-il à mettre des mots sur les drames familiaux invisibles ?

Dans la seconde partie « Le livre de la mémoire », Paul Auster nous propose une narration plus atypique. A travers le personnage de « A », il partage ses réflexions philosophiques sur l’impact de notre mémoire et de nos souvenirs. A nouveau, il interroge la filiation dans ce court récit dans un style plus décousu.

J’ai aimé la première partie de cet ouvrage qui nous propose un récit intime et poignant sur sa relation avec son père. J’ai trouvé la seconde partie plus complexe et déroutante et je n’ai malheureusement pas réussi à adhérer à cette narration particulière.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« De son vivant déjà, il était absent, et ses proches avaient appris depuis longtemps à accepter cette absence, à y avoir une manifestation fondamentale de son être » 

« Si inutiles que paraissent ces mots, ils m’ont néanmoins protégé d’un silence qui continue de me terrifier. Quand j’entrerai dans ce silence, cela signifiera que mon père a disparu pour toujours »

« Il est impossible, je m’en rends compte, de pénétrer la solitude d’autrui.
Si nous arrivons jamais, si peu que ce soit, à connaitre un de nos semblables, c’est seulement dans la mesure où il est disposé à se laisser découvrir ».

Récitatif – Toni Morrison (1983)

Et si nous lisions une énigme de Toni Morrison ?

Dans cette nouvelle, Toni Morrison nous propose une réflexion brillante autour de l’identité.

Lorsqu’elles se rencontrent, Twyla et Roberta ont à peine huit ans. Elles ont été recueillies et vivent dans un orphelinat. Si l’une est blanche et l’autre noire, elles partagent toutes les deux un même destin tragique. Durant leur séjour, elles vont se lier d’amitié et devenir inséparables.

Lorsqu’elles quittent le foyer, elles vont prendre des chemins différents. Pourtant au fil des années, Twyla et Roberta vont se recroiser à plusieurs reprises. Elles constatent alors le chemin parcouru et se remémorent cette enfance partagée. Ces rencontres feront-elles surgir des souvenirs enfouis ?

Avec un style brillant, Toni Morrison nous interroge sur nos préjugés et notre vision du monde. Avec espièglerie, elle piège son lecteur qui ne parviendra jamais véritablement à discerner l’identité de Twyla et Roberta et leur couleur de peau respective. Avec une postface passionnante de Zadie Smith qui permet d’éclairer ce texte, j’ai été conquise par cette nouvelle au style ciselé et corrosif.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Difficile de quitter un terrain de souffrance pour « passer à autre chose » si cette souffrance n’est pas reconnue ni décrite ».

« On ne s’aimait pas tant que ça, au début, mais personne d’autre ne voulait jouer avec nous parce qu’on n’était pas de vraies orphelines avec des parents beaux, morts et au ciel. Nous, on avait été abandonnées. Même les Portoricains de New York et les Indiens du Nord nous ignoraient ».

La douceur de l’eau – Nathan Harris (2022)

Et si nous suivions une quête vers l’émancipation ?

Dans ce premier roman, Nathan Harris nous propose une immersion au lendemain de la guerre de Sécession. Au coeur de la Géorgie, dans la petite ville de Old Ox, Landry et Prentiss connaissent la liberté. Ils viennent d’être émancipés par les soldats unionistes et peuvent enfin se libérer de leur maître et quitter la plantation de Ted Morton.

S’ils ne sont plus asservis, l’avenir des deux frères reste incertain. Le pays n’offre aucun travail pour les anciens esclaves. Ils se réfugient en forêt et rencontrent le propriétaire des terres voisines de leur ancienne plantation, George Walker. Ravagé par la douleur et la mélancolie, George se lie d’amitié avec les deux frères et leur propose un travail. Récemment affranchis, Landry et Prentiss se montrent d’abord méfiants et redoutent une nouvelle servitude. Ils finissent par accepter cette proposition inespérée mais le retour de Caleb, le fils de George, bouleversera leur destin. Pourront-ils enfin accéder à la liberté ?

Cette fresque américaine réussie dresse le portrait de personnages intenses et déchirés par leurs contradictions. Avec une belle maîtrise, Nathan Harris parvient à nous plonger dans une intrigue pleine de rebondissements mêlant violence et fraternité. J’ai apprécié ce roman profondément humain qui nous interroge sur le prix de la liberté.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Réunis au départ par une passion partagée pour l’indépendance, la capacité de traverser une grande partie de la journée en silence, ils avaient, pour exprimer leurs sentiments, seulement l’échange de regards et d’effleurements. Ainsi le lien qui les unissait s’était solidifié au fil des années, mais si ce lien était peu enclin à plier, il présentait néanmoins un point de faiblesse, un seul, du fait que son existence même était pour eux une source d’embarras. Ils étaient deux à prétendre n’avoir besoin de personne et voilà à présent qu’ils avaient désespérément besoin l’un de l’autre ».

Beaux et damnés – Francis Scott Fitzgerald (1922)

Et si nous rencontrions un couple New-Yorkais ?

Anthony est un homme aussi beau que riche. Oisif, il attend patiemment d’hériter de la fortune de son grand-père et vit dans un New-York luxueux. Quand Anthony rencontre Gloria, l’attraction est immédiate. Aussi belle que fantasque, elle fascine rapidement Anthony par son insouciance. Elle partage avec lui le même goût du luxe et de la volupté.

Malgré les beaux partis qui évoluent autour d’elle, Gloria va s’éprendre d’Anthony. Ensemble, ils vont partager une vie pleine d’ivresse et dilapider leur argent dans l’attente de l’héritage espéré. Pourtant le manque d’ambition d’Anthony inquiète son grand-père. Ancien financier de Wall Street, il semble déçu de son petit-fils. Face à une oisiveté exacerbée et des élans dispendieux, le couple sombrera-t-il dans la décadence ?

Dans un milieu New-Yorkais luxueux, le portrait de ces héritiers arrogants et cupides est finement dressé par F. Scott Fitzgerald. Si j’ai trouvé une certaine lenteur au début de ce roman, j’ai été au fil des pages emportée par l’évolution de ce couple.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Elle était un soleil, radieux, qui grandissait, recueillait la lumière et l’emmagasinait – puis, au bout d’une éternité, la faisait rejaillir dans un regard, un fragment de phrase, et cette lumière se répandait sur ce qui, en lui, chérissait tout ce qui est beauté, tout ce qui est illusion ».

« Il n’y a pas de beauté sans émotion qui serre le coeur, et il n’y a pas d’émotion qui serre le coeur sans la conviction que tout cela s’en va, les hommes, les noms, les livres, les maisons… que cela va retourner en poussière, que c’est mortel… »

Baumgartner – Paul Auster (2024)

Et si nous apprenions à survivre à la perte ?

Professeur de philosophie Sy Baumgartner a perdu sa femme Anna, il y a neuf ans. La présence de l’être aimée plane toujours dans leur appartement. S’il a perdu sa moitié, il continue à avancer imperceptiblement et ne cesse de la faire revivre.

Désormais âgé de soixante-dix ans, il plonge dans ses souvenirs et sa solitude pour révéler l’immense coup de foudre qu’il a éprouvé pour Anna. Traductrice, poétesse, il l’a profondément admirée et a partagé avec elle un mariage heureux. Il revient sur cet amour qui a marqué son existence. Parviendra-t-il à survivre à cette perte ?

D’une grande sensibilité, ce portrait de Sy Baumgartner fait écho à la vie de l’auteur et nous renvoie à nos propres rapports au deuil et à la vieillesse. Dernière oeuvre lumineuse de Paul Auster, ce récit tendre et mélancolique sur notre rapport à la mémoire résonne aujourd’hui encore davantage.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Comment cela se produit, elle n’en a pas la moindre idée, pas plus qu’elle ne comprend comment elle peut lui parler en ce moment, mais la seule chose qu’elle sait, c’est que vivants et morts sont reliés, et qu’une relation profonde comme la leur peut se poursuivre même dans la mort, car si l’un meurt avant l’autre, le survivant peut garder l’autre en vie dans une sorte de limbe temporaire entre la vie et la non-vie, mais quand le vivant meurt aussi c’est la fin, et la conscience du mort s’éteint à jamais ».

« Une personne n’a pas de vie sans relation à d’autres, et si on a la chance d’avoir une relation profonde avec une autre personne, si profonde que l’autre est aussi important à tes yeux que tu ne l’es à toi-même, alors la vie devient plus que possible, elle devient bonne ».

Washington Square – Henry James (1880)

Et si nous parlions d’Henry James ?

Dans ce texte, Henry James dresse le portrait d’une famille au coeur de la haute société.

Dans tout New-York, la réputation du Docteur Sloper est indéniable. Brillant médecin, il a étoffé sa clientèle et a acquis une grande fortune. Il jette un regard intraitable sur sa fille Catherine. Elle ne correspond pas à ses attentes. Il la juge sans grande beauté, inconsistance et peu intelligente.

Lors d’un bal, l’effacée Catherine rencontre Morris Townsend, un beau jeune homme aux charmes indéniables, à l’esprit vif et au verbe haut. Dès leur premier rencontre, Morris semble épris de Catherine et commence à lui faire une cour ardente sous l’oeil vigilant de son père. Compte tenu du peu de qualités qu’il attribue à sa fille, le Docteur Sloper se méfie de cet homme qui perçoit vite comme un simple coureur de dot. Ce prétendant assidu qui a littéralement fait chavirer le coeur de Catherine est-il sincère ?

Si le fil narratif reste convenu, la psychologie des personnages est travaillée durant tout le roman et j’ai aimé le cynisme et le ton de cette oeuvre ! Cette lecture reste une belle découverte de la plume élégante d’Henry James.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Elle était romanesque, sentimentale, et folle de petits secrets et de mystères – passion bien innocente, car jusque-là ses secrets lui avaient servi à peu près autant que des bulles de savon. Elle ne disait pas non plus toujours la vérité ; mais cela non plus n’avait pas grande importance, car elle n’avait jamais eu rien à cacher. Elle aurait rêvé d’avoir un amoureux et de correspondre avec lui sous un faux nom par le canal d’une poste privée ; je m’empresse de dire que son imagination ne s’aventurait jamais vers des réalités plus précises »

Brisure à senestre – Vladimir Nabokov (1947)

Et si nous parlions d’un philosophe soumis à la toute puissance d’un régime ?

Eminent professeur de philosophie, Adam Krug est un homme reconnu. A la mort de sa femme, il reste seul avec son jeune fils, David. Face à un état tyrannique, il refuse d’obéir au nouveau régime incarné par Paduk, un de ses anciens camarade de classe. La doctrine de cet état appelée ekwilisme met en exergue la normalité des êtres humains et rejette tout mouvement individuel.

Face à l’opposition du professeur, les pressions du régime se multiplient. Ses amis sont arrêtés et l’étau se resserre autour de lui. Adam pourra-t-il être épargné ou devra-t-il vendre son âme au tyran ?

Ce roman dystopique n’est pas sans rappeler le régime bolchévique ou fasciste de l’époque. J’ai apprécié la force de la plume de Nabokov, son cynisme et l’absurdité de son propos. L’angoisse monte tout au long du roman jusqu’à la scène finale où l’absurdité de l’horreur tend à devenir une sinistre farce. Si j’ai trouvé ce récit, entrecoupé d’anagrammes et de mots d’esprits, complexe, il m’a cependant beaucoup marquée.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citation :

« Il laissa monter les larmes, non sans éprouver ce léger plaisir que l’on ressent à s’abandonner à cette pression tiède ; mais l’impression de soulagement fut de courte durée, car dès qu’il les laissa couler elles se firent si abondantes, si atrocement brûlantes que sa vue s’en trouva brouillée et sa respiration altérée ».