Mon refuge et mon orage – Arundhati Roy (2026)

Et si nous évoquions une relation ambivalente ?

Avec le titre évocateur et sublime « mon refuge et mon orage », Arundhati Roy évoque son rapport tumultueux avec sa mère. Elle dresse le portrait d’une mère audacieuse, forte et déterminée mais dessine aussi les zones d’ombres de cette mère impitoyable qui déverse toute sa violence sur ses enfants.

Malgré une enfance meurtrie par les orages, Arundhati a su retrouver sa liberté. Elle est parvenue à s’émanciper de cette mère implacable. Elle a quitté son village natale pour explorer Delhi et son effervescence. Elle s’est épanouie dans ses études d’architecte puis a nourri sa passion viscérale pour l’écriture. En retraçant son parcours sous le prisme de sa relation tempétueuse avec sa mère, Arundhati Roy se livre. Elle met en lumière ses premiers pas timides dans l’écriture, et la fulgurance du succès avec son roman « Le Dieu des Petits Riens ». Parviendra-t-elle à trouver la paix dans le chaos de cet amour ?

Un roman riche qui explore toutes les aspects de la vie d’Arundhati Roy, j’ai aimé toute la dimension psychologique de cette oeuvre. S’il peut présenter quelques longueurs, ce texte est puissant par sa force et l’ampleur des sujets évoqués.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

L’amie prodigieuse – Elena Ferrante (2011)

Et si nous partions en voyage à Naples ?

Dans un Naples effervescent et tumultueux de l’après-guerre, Elena et Lila partagent une amitié fusionnelle, faite de passion et de rivalité.

Nous suivons leur relation à travers le regard obsessionnel qu’Elena porte sur Lila. Les deux enfants grandissent dans un Naples délabré, rongé par la pauvreté. Lila est une enfant chétive et effrontée dont la vivacité et les capacités intellectuelles sont exceptionnelles, tandis qu’Elena semble d’un naturel discret et studieux. Elles vont toutes deux briller à l’école et entrer en compétition. Au fil du temps leur relation évolue, elles deviennent amies, grandissent ensemble et entrent en résonance, tout en cultivant leurs divergences. Ces jumelles de cœur cherchent à s’élever socialement dans un quartier où rivalités, violences et espoirs de réussite par l’argent ou l’éducation s’entrechoquent. Comment Elena et Lila trouveront-elles leur place ?

Avec un style d’une grande fluidité, j’ai été emportée par ce roman et par cette amitié traversée par l’admiration. J’ai aimé ce voyage dans une Italie bouillonnante, à la rencontre d’une relation viscérale. Un roman enchanteur qui me donne envie de découvrir les autres volets.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Elle s’arrêta pour m’attendre et, quand je la rejoignis, me donna la main. Ce geste changea tout entre nous, et pour toujours ».

« Il n’existe aucun geste, aucune parole ni soupir qui ne contienne la somme de tous les crimes qu’ont commis et que continuent à commettre les êtres humains ».

Fille – Camille Laurens (2020)

Et si nous évoquions la place de la femme ?

Dans ce récit personnel, Camille Laurens évoque la destinée des femmes sur plusieurs générations.

Née à Rouen dans une famille bourgeoise, les stéréotypes de genre ont imprégné son éducation. Dès sa naissance, le poids du mot « fille » jaillit avec fracas. La déception de son père est palpable, lui qui avait toujours voulu un garçon. Même si « Une fille, c’est bien aussi », sa condition féminine va profondément ébranler son enfance.

Elle sait qu’il aurait sans doute été plus facile de naître garçon, mais elle apprend à composer avec l’image qu’elle doit renvoyer d’elle-même. Quand elle devient mère à son tour, elle va devoir poser un nouveau regard sur son identité. Que va-t-elle transmettre à sa propre fille ?

Avec une mise à nu émouvante, Camille Laurens explore les étapes de la vie d’une femme et révèle toutes les injonctions insidieuses et les renoncements qui ont jalonné son parcours.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Vous avez des enfants ? demande le monsieur.

— Non, dit mon père. J’ai deux filles »

« Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mais n’est-ce pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c’est un constat. Garce, c’est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs. »

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ». Louise Labé

Touche fantôme – Amaury Da Cunha (2026)

Et si nous retenions les voix ?

Dans un texte chargé d’émotions, Amaury Da Cunha témoigne, avec une voix intime, de son parcours face au deuil.

Suite à l’annonce du suicide de son frère par téléphone, Amaury est resté profondément marqué par les voix qui transpercent nos vies à travers le prisme du téléphone. Amaury s’interroge sur cet objet qui fait résonner les voix passées et présentes, et préserve un lien puissant et parfois ambiguë avec nos proches. Des années plus tard, Amaury garde la trace indélébile de cet échange téléphonique qui a fait basculer sa vie en 2009.

Depuis cette date, il a toujours entretenu un rapport contrasté avec cet objet du quotidien. Il se décide à enregistrer les conversations avec ses proches comme pour suspendre le temps, retenir certains instants ou prévenir le drame. Comment parviendra-t-il à se réconcilier avec la vie ?

Dans ce récit autobiographique, Amaury Da Cunha convoque une tragédie intime mais fait aussi résonner le lien avec nos proches et la persistance de la mémoire. Dans cette reconstruction sensible, il révèle les voix vacillantes ou fortes qui surgissent dans la nuit.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citation

« À demi-mot, je t’ai dit que les voix inaudibles des morts continuent de creuser des images au tréfonds de nous-mêmes, et puis tu as approché ton visage très près du mien pour m’embrasser ».

Berlin pour elles – Benjamin de Laforcade (2024)

Et si une amitié fusionnelle pouvait briser les murs ?

Entre Hannah et Judith, une amitié naturelle se dessine dès l’enfance. La fulgurance et la fluidité de leur lien sont indéniables. Elles deviennent rapidement inséparables et se confient l’une à l’autre.

Sous l’impulsion de leurs filles, leurs mères se rapprochent, mais une hostilité plane entre les deux familles. Cadre rigide et intraitable de la Stasi, le père de Judith jette sur la mère d’Hannah, femme célibataire et indépendante, un regard de méfiance. Elle devient rapidement infréquentable. Au fil du temps, l’ampleur des enjeux politiques se mêle à cette amitié instinctive, la colère gronde et l’oppression se resserre. La puissance du lien qui unit les deux jeunes filles réconciliera-t-elle ces deux mondes ?

Je me suis laissée emporter par ce roman et par cette relation touchante. J’aurais cependant aimé que la dimension psychologique des personnages soit davantage étoffée. Si j’ai passé un agréable moment de lecture et apprécié l’imbrication entre l’humain et le politique, ce texte a manqué, pour ma part, d’incarnation.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Dans ces endroits de Berlin où l’on travaille plus qu’on ne vit, il ne fait jamais véritablement beau »

« Elle l’attend toujours en bas, devant la porte, heureuse à l’idée de passer du temps chez elle. D’être bientôt avec elle. La vie d’Hannah s’articule en deux temps : les moments qu’elle passe avec Judith et les moments où Judith n’est pas là ».

« Demain avance vers l’horizon. Demain est une promesse »

Trois Mexique – J.M.G. Le Clézio (2026)

Et si nous comprenions le Mexique par l’écriture ?

Avec ces trois portraits, J.M.G. Le Clézio, avec une vision érudite et inspirante, rend hommage au Mexique en faisant renaître des écrivains oubliés.

La poétesse Juana Inés de la Cruz est au cœur de ces biographies. Profondément originale, elle a vécu en opposition avec son époque en cultivant son engagement féministe. Isolée du monde, elle a trouvé refuge dans un couvent, et a nourri sa passion pour les mots et la poésie.

Puis, J.M.G. Le Clézio évoque Juan Rulfo, écrivain mexicain mythique, inventeur du réalisme magique. Il nous entraîne à la découverte de son unique roman Pedro Páramo qui témoigne de toute sa violence intérieure.

Enfin, il retrace le parcours de l’historien, Luis González y González. Cet auteur fait revivre son village natal et exprime son attachement profond pour sa terre. Comment l’écriture peut-elle nous permettre de comprendre le Mexique ?

Dans ces trois biographies qui s’entremêlent, J.M.G. Le Clézio témoigne de son amour pour le Mexique et nous donne envie de découvrir ces écrivains méconnus. Le portrait inspirant de Juana Inés de la Cruz m’a particulièrement intéressée. J’ai été charmée par son audace et sa passion pour les mots.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Juana est profondément originale. En elle, tout est contraire à son temps. Sa jeunesse, son instinct, son émotion, sa fantaisie, son courage. Elle refuse d’emblée la condition que la société coloniale fait aux filles ».

« Depuis que je te connais, j’entends un écho qui répète ton nom dans chaque branche d’arbre, même dans les branches les plus hautes, les plus lointaines. Et je l’entends aussi dans les branches les plus proches de nous. On l’entend comme si nous sortions d’un rêve de l’aube. On le respire dans les feuilles, il bouge comme bougent les gouttes d’eau ».

Nos héritages – Anna Hope (2026)

Et si nous questionnions notre héritage ?

Dans cette fresque familiale riche, Anna Hope fait coexister héritage familial et ambitions futures.

Philip Brooke, patriarche d’une riche famille anglaise, n’a jamais fait l’unanimité auprès de ses proches. Mari infidèle et père absent, il a tenté, à la fin de sa vie, de renouer avec sa famille et de retrouver la sérénité en se réfugiant dans son magnifique manoir du Sussex. À son décès, ses trois enfants se déchirent autour du patrimoine familial.

L’aînée de la fratrie, Frannie, a hérité du domaine et semble la plus privilégiée. Pourtant, le projet écologiste d’envergure qu’elle avait construit avec son père est mis en péril lors de la succession. Les autres membres de la famille ont d’autres ambitions pour le manoir et portent un regard bien différent sur le passé et sur l’avenir. Lors de ce deuil, les conflits se révèlent avec une force décuplée. Parviendront-ils à préserver leurs relations et leur héritage familial ?

Dans ce récit foisonnant, Anna Hope propose une rencontre avec des personnages incarnés qui se déploient avec force au fil des pages. Elle dessine un patrimoine familial grandiose qui suscite tant de convoitise mais révèle aussi de terribles secrets. Au-delà d’un éblouissant portrait de famille, ce roman questionne les privilèges d’une classe conservatrice et enracinée dans l’histoire de l’Angleterre.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Ces corps – leur terreur et leur exil, leurs espoirs de liberté, leur souffrance et leur détresse, leur vie et leur mort – ont été changés en quatre cents hectares d’excellente terre anglaise, préservée sur sept générations. Et pour les sept prochaines ».

« Notre amour pour le monde grandit à mesure qu’on se prépare à le quitter ».

Le Visage de la nuit – Cécile Coulon (2026)

Et si nous évoquions un conte aux multiples visages ?

Dans le village reculé du Fond du Puits, un jeune homme fiévreux, ravagé par la maladie, est proche de la mort. Son père appelle un sorcier à son chevet. L’enfant guérit mais son visage reste marqué d’une laideur méconnaissable. Ravagé par la douleur et la honte, son père déverse son courroux et sa folie sur le village avant de prendre la fuite et d’abandonner son fils.

Recueilli par le prêtre dans l’église du village, le garçon va y grandir reclus mais protégé par la tendresse de cet homme d’église et de l’ancienne institutrice, devenue aveugle après un tragique incendie. Il s’habitue à cette vie cloisonnée et s’abandonne à des instants de liberté lorsque l’obscurité lui permet de s’échapper. Il s’adonne à des promenades nocturnes, mais reste à l’abri des regards. Lorsqu’un garçon au visage d’une beauté incandescente s’installe dans le village, tout bascule. Maudits par leur différence, ces deux garçons parviendront-ils à trouver la paix ?

Ce texte sensoriel nous emporte dans un univers onirique unique. Un roman, à la trame travaillée, qui ensorcèle autant qu’il fascine. Je vous recommande cette lecture magnétique qui m’a profondément marquée.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« L’amour accroche au cœur des lanternes si vives qu’elles éblouissent et recouvrent les ténèbres d’une couverture scintillante et agréable à l’œil ».

« Son regard cherchait le début d’une sente, la promesse d’une clairière, un endroit où s’arrêter quelques instants, mais ce morceau de forêt s’apparentait à un secret, tout en elle chassait les imprudents et gardait la beauté ».

Je suis Romane Monnier – Delphine de Vigan (2026)

Et si nous interrogions nos traces numériques ?

Dans ce roman d’une intelligence remarquable, Delphine de Vigan attise notre curiosité à la découverte de la mystérieuse Romane Monnier.

Suite à une soirée arrosée, Thomas s’aperçoit qu’il a entre les mains le portable d’une inconnue. Décidé à lui restituer, il demeure interloqué lorsqu’elle lui livre ses codes et l’invite à conserver son portable. Laissant libre cours à sa curiosité, il se décide à explorer la vie de cette femme et à disséquer son téléphone. Il tente de percevoir les mystères de cette trentenaire et reconstruit avec une frénésie inquiétante les fragments de sa vie à travers les bribes numériques. Il découvre alors Romane Monnier, une femme qui se débat avec les méandres de son être.

En plongeant dans la vie de Romane, Thomas cherche à comprendre l’impensable et interroge ses propres fêlures. Où le mènera cette quête de vérité ?

Un roman brillant qui nous ouvre des voies de réflexion vertigineuses sur la perte et notre rapport au numérique. J’ai été happée par ce texte qui nous entraîne dans ce jeu de miroirs, à travers les vies de Romane et de Thomas. Delphine de Vigan excelle pour faire jaillir les failles de ces personnages et nous touche en plein cœur !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s’est insinuée dans sa vie comme dans celle de la plupart des gens qu’il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne se regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d’avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés ».

« On a l’impression qu’on peut être en connexion totale avec le monde et informés de tout. Mais en réalité, on est devenus des spectateurs, cloués à nos lits, à nos canapés. Et sous prétexte d’être en contact les uns avec les autres, on n’a jamais été aussi seuls ».

« Et puis le téléphone de Romane Monnier l’emmène ailleurs vers d’autres souvenirs. Il a parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. Et de pouvoir, enfin, ouvrir la fenêtre ».

Rien n’est noir – Claire Berest (2019)

Et si nous parlions de la flamboyante Frida ?

Dans cette biographie lumineuse, construite autour des couleurs de l’œuvre de Frida Kahlo, se dessine le portrait éclatant d’une artiste qui a profondément marqué notre imaginaire.

Entre sa passion viscérale pour la peinture, ses amours tumultueux, les relations complexes qu’elle entretient avec sa famille et son rapport douloureux à la maternité, ce texte ouvre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre la majestueuse Frida Kahlo. Il évoque également les fêlures et les douleurs lancinantes qui ne l’ont jamais quitté depuis son tragique accident de la circulation. Claire Berest s’attache aussi à retranscrire l’amour infini qui la reliait à Diego Rivera. Cette rencontre avec l’un des plus grands peintres de sa génération a profondément marqué son existence. Malgré cette passion omniprésente, qui la comble autant qu’il l’asphyxie, Frida parviendra-t-elle à devenir pleinement libre ?

Ce texte envoûtant nous propose une redécouverte aussi inspirante qu’éclairante sur la vie de Frida Kahlo. J’ai été littéralement captivée par cette biographie de l’impétueuse et fragile Frida. Cet hommage fougueux et sensuel m’a conquise et ne fait que renforcer mon admiration pour cette femme d’exception.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Elle ne voit que lui, sans même avoir à le regarder ».

« Elle ne peint pas pour être aimée. Elle est transparente, c’est-à-dire qu’elle ouvre grand la fenêtre vers l’intérieur ».

« Il faut dire je t’aime quand on a le temps. Après on oublie, après on part, après on meurt »