Les Malarazza – Ugo Barbara (2025)

Pour votre été, et si vous choisissiez une fresque familiale ?

Dans ce roman dense, Ugo Barbara nous fait voyager de la Sicile aux côtes new-yorkaises.

Antonio Montalto, un riche propriétaire terrien à l’ambition dévorante, voit sa terre natale, la Sicile, peu à peu ébranlée par une instabilité politique croissante. Il cède une partie de ses terres pour acquérir un voilier et rêve d’une nouvelle vie en Amérique. Malgré les réticences de sa femme, Rosaria, la famille traverse l’Atlantique à la conquête de l’Amérique. Cette terre nouvelle est pleine de promesses, mais aussi d’incertitudes. Très vite, c’est la persévérance de Rosaria qui lui permettra de bâtir un empire.

Face à la détermination de la famille Montalto se dessine un tout autre destin, celui de Nicola, fils de pêcheur au service d’Antonio. Envoûté par la mystérieuse et magnifique Bianca, une jeune orpheline recueillie comme dame de compagnie par Rosaria, Nicola se consume pour elle et va jusqu’à commettre l’irréparable. Il doit quitter la Sicile et s’embarque avec Antonio et sa famille. Ce voyage lui donne l’occasion de s’affranchir de sa condition et de se réinventer. Jusqu’où ces destins s’entrecroiseront-ils ?

Ce roman historique nous plonge dans le destin de cette famille italienne entre la Sicile et l’Amérique. À mon sens, ce livre présente quelques longueurs et l’épilogue manque de souffle, mais j’ai aimé me plonger dans le destin de ces personnages. Tout au long de cette fresque ambitieuse, nous suivons des personnages incarnés qui ancrent le récit et lui donnent une véritable dimension romanesque. Le charisme et la force de Rosaria m’ont particulièrement conquise. Si vous aimez les sagas familiales de grande ampleur, je ne peux que vous recommander de glisser ce livre dans votre valise pour cet été !

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Caché derrière l’un des rochers que la main de Dieu avait disposés en cercle auprès des remparts, de sorte à créer une piscine naturelle, Nicola était plongé dans ses pensées. Face à lui s’étalait ce miroir d’eau calme et critalline qu’on appelait le bassin de la Reine »

À quatre pattes – Miranda July (2025)

Et si nous choisissions la fugue ?

À l’approche de la cinquantaine, une femme vivant à Los Angeles avec son mari et son fils décide d’entreprendre un long périple en voiture pour rejoindre New York.

Ce voyage, bien loin de ses habitudes et de son quotidien casanier, vient perturber une routine stable. Artiste jouissant d’une certaine notoriété, elle est perçue par ses proches comme une femme prudente, loin d’être aventureuse. Elle se met alors au défi d’entreprendre cette traversée des États-Unis. Pourtant, elle s’arrête très vite, à quelques kilomètres de chez elle, et entame une retraite saugrenue dans un motel miteux. Elle décide de redécorer sa chambre et s’abandonne à une aventure sensuelle avec un homme qu’elle vient à peine de croiser… Jusqu’où la portera son désir d’émancipation ?

Véritable exploration de la féminité, ce récit évoque la permanence du désir. Dans ce roman cru et fantasque, qui désarçonne à plusieurs reprises, nous suivons la reconstruction d’une femme ébranlée par la crise de la cinquantaine, qui réinvente sa sexualité. Si la plume ne m’a pas conquise, ce roman aussi lubrique que ludique promet de vous dérouter !

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« J’essayais de trouver quelque chose à quoi me raccrocher. Le mariage était peut-être une illusion cruelle, mais elle était ancienne et familière, comme le Père Noël. Il fallait quelque chose pour la remplacer. Même si, en y réfléchissant, rien n’avait remplacé le Père Noël, sinon la réalité, quand on grandissait ».

Un jour sans femme – Laetitia Colombani (2026)

Et si les femmes faisaient une grève générale ?

Dans ce roman choral, Laetitia Colombani met en lumière le pouvoir des femmes dans le monde entier.

En abordant le destin de quatre femmes issues de continents différents que tout oppose, ce roman propose une union féminine.

En Islande, Katla perd sa meilleure amie qui meurt brutalement sous les coups de son conjoint. Au Japon, Michiko subit chaque jour une mise à l’écart implacable du fait de sa grossesse. Au Sénégal, Hawa, épuisée par sa vie à l’hôpital, vient trouver refuge auprès des siens mais ravive un traumatisme profond. Au Salvador, Ana Maria, face à la violence de ses conditions de travail à l’usine, lutte chaque jour pour sa fille. Chacune à sa manière, elles font face au poids des traditions et aux inégalités entre hommes et femmes.

Si leurs vies semblent inconciliables, le souvenir de la grève générale des femmes en Islande, le 24 octobre 1975, qui avait paralysé le pays, fait naître l’espoir d’une nouvelle mobilisation des femmes. Ces destins, si opposés, pourront-ils se rejoindre ?

En tressant les destins de femmes, Laetitia Colombani redonne une voix à ces femmes invisibilisées. Un roman puissant qui prône une solidarité féminine. J’ai aimé toute la dimension militante de ce livre qui insuffle un véritable espoir et appelle à la révolte.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Hawa est habituée à ce type de méprise, teintée de racisme ordinaire. N’importe quel aide-­soignant à la peau blanche est pris pour un médecin, mais aux yeux de certains, une femme noire est forcément une infirmière. Son genre et sa couleur passent avant sa fonction, et tous les badges du monde n’y changeront rien ».

« Au terme d’une course aux études éprouvante, les Japonaises se retrouvaient contraintes à ce choix insensé : devenir mère ou avoir un métier ».

F. comme frères – Alain Claude Sulzer (2026)

Et si nous évoquions une relation fraternelle ?

En grandissant ensemble dans le même immeuble, Franck et le narrateur ont tissé une amitié fusionnelle. Ils pensent se connaître intimement et se comprendre d’un simple regard.

Pourtant, Franck cache un secret. Lorsqu’il révèle son homosexualité, son ami perçoit pour la première fois d’autres aspects de son existence. Dans l’Allemagne des années 1960, cette orientation sexuelle reste inavouable et leur gémellité s’en trouve ébranlée. Franck se plonge avec passion dans la peinture et intègre le milieu artistique bouillonnant new-yorkais. Avec ce départ, leur lien se délite inéluctablement. Le narrateur parviendra-t-il à comprendre Franck et à percevoir tout son génie ?

Porté par une écriture d’une grande sobriété, j’ai été saisie par la puissance de ce court récit, qui interroge le monde artistique, met en exergue la force des liens et révèle toutes les fêlures d’une époque.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Il s’en allait dans une direction, et moi dans l’autre »

« La signification de tant de choses, autrefois très importantes, se désagrège au fil du temps pour ne plus former qu’un amas de souvenirs sans substance, cantonnés dans la mémoire défaillante des rares personnes qui croient se les rappeler ».

Ce qui reste – Bernhard Schlink (2026)

Et si nous nous questionnions sur ce qui reste ?

Dans un récit sensible, Bernhard Schlink s’interroge sur la transmission.

Lorsque Martin apprend qu’il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre, il se questionne sur le sens de ces derniers instants. Entouré de sa femme Ulla et de son fils, David, âgé de 6 ans, il partage avec eux ces moments devenus si précieux.

C’est aussi l’occasion d’interroger cette part de lui qui continuera de vivre chez ses proches. À l’approche de la mort, Martin se demande quel message transmettre à David : sa vision de l’amour, de la justice, de la liberté. Faut-il lui délivrer ce qu’il semble avoir appris de la vie ? Lui laissera-t-il une empreinte trop pesante pour lui permettre de se construire librement ? Que doit-il confier à son fils ?

Bernhard Schlink livre un court récit tout en délicatesse qui soulève des réflexions philosophiques sur le sens de la vie et le rapport à la mort. Une œuvre pleine de douceur où la beauté du monde et le calme de la mer se révèlent dans la mélancolie des derniers instants d’une vie.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Les objets ont plus de sens et transmettent davantage qu’ils ne laissent soupçonner au premier abord. C’est beau quand on connaît leur histoire, mais on n’est pas forcé de la connaître. Il suffit d’un peu d’imagination, une trace de brûlure à la surface du bureau, un petit creux sur la montre, un vieux billet d’entrée glissé entre le siège et le dossier, et que tu retrouves un jour dans le fauteuil ».

« Mais il me reste de ce roman, l’idée qu’on doit vivre sa vie de telle sorte que, quel que soit le moment où frappe la mort, on ait accompli sa vie ».

La matinale – Nolwenn Le Blevennec (2025)

Et si nous étions transportés dans le monde implacable de l’audiovisuel ?

Présentatrice phare d’une célèbre matinale, le visage de Léonore de Karadec est connu de la France entière.

Alors que sa vie professionnelle et familiale semble parfaite, elle prend la décision brutale de quitter son mari. Cette désillusion amoureuse révèle les tourments profonds qui l’assaillent. Ensevelie dans une relation toxique avec Alexis, son amant et coprésentateur de l’émission, elle se sent submergée par cette passion dévastatrice.

Si sa vie personnelle s’effondre, elle doit préserver une image publique irréprochable. Pourtant, derrière le maquillage, son visage commence à présenter ses premières rides et elle perçoit l’ombre qui plane autour de son avenir de présentatrice vedette. Jusqu’où ce chaos intérieur la conduira-t-elle ?

Nolwenn Le Blevennec porte un regard aiguisé sur la sphère médiatique. Elle dissèque le culte de la jeunesse et de la performance dans une société faite d’apparences. J’ai aimé ce récit entraînant qui nous plonge au cœur d’un milieu redoutable et permet aussi de percevoir la crise profonde d’une femme qui semblait au sommet de sa vie.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« J’ai gardé tous ces reproches et la formule qui roulait sur ma langue : Tu traverses la vie, mais la vie ne te traverse pas »

Allegra – Emmanuelle Fournier-Lorentz (2026)

Et si nous oscillions entre mal-être et désinvolture adolescente ?

Dans le décor vaporeux d’un tournage, nous suivons le parcours de Jacob Allegra, une jeune femme égarée qui cherche à s’échapper du monde.

Suite au décès tragique de son frère, Jacob est hantée par cette perte et ne parvient pas à renouer avec une mère devenue transparente après le drame. Issue d’un milieu privilégié, elle baigne dans le luxe, mais une profonde solitude la ronge. Malgré les excès et les outrances, son talent d’actrice est reconnu par Pénélope, une réalisatrice influente qui lui propose un nouveau tournage dans la Drôme. Lors de ce séjour, elle rencontre Ardente, une adolescente blessée. Leurs souffrances se répondent, et elles vivent une fusion charnelle où se mêlent des pulsions de mort. Jusqu’où les entraînera cette relation tourmentée ?

Ce court récit dépeint le parcours d’une jeunesse dorée qui se noie dans les excès et révèle des fêlures profondes. Porté par la plume incisive d’Emmanuelle Fournier-Lorentz, ce roman troublant laisse une empreinte persistante.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Des filles comme il faut – Nadia Daam (2026)

Et si nous nous nourrissions de l’échec ?

Après un accouchement traumatique et un licenciement, Blanche dérive. Elle s’isole, erre dans les bars, se noie dans l’alcool et se complaît dans une forme de médiocrité. Lorsqu’elle retrouve Athéna, une féministe en apparence accomplie, le projet d’un podcast autour des disparitions volontaires lui donne un nouveau souffle.

Elle décide de mener une enquête obsédante sur les traces de Martha, son ancienne professeure, qui a disparu après avoir quitté brusquement le domicile familial. En s’improvisant journaliste, elle tente de percer le mystère qui plane autour de Martha. Dans cette quête, parviendra-t-elle à se retrouver ?

Avec un ton vif et mordant, Nadia Daam révèle avec beaucoup d’humour les contrastes de nos vies et interroge les choix qui façonnent une existence. Elle invite à la fuite tout en questionnant les violences invisibles du quotidien. Nadia Daam alterne avec finesse entre un ton émouvant et grinçant pour porter des réflexions percutantes autour du masculinisme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Un homme plaque tout => on se demande POURQUOI il a fait ça.
Une femme plaque tout => on se demande COMMENT elle a pu faire ça ».

« Pour qu’une « femme » disparaisse et que cela étonne franchement, puis préoccupe tout à fait, il faut qu’elle appartienne à une catégorie bien précise, avec un indispensable prérequis: que cette femme soit attendue quelque part et qu’on ne sache pas faire sans elle ».

Des vies à bâtir – Basile Mulciba (2026)

Et si nous évoquions une reconstruction ?

Avec une plume délicate et imprégnée d’histoire, Basile Mulciba propose une plongée dans la reconstruction du Havre au lendemain de la guerre.

Émilien et Monica, deux architectes portés par une vision innovante, vivent ensemble à Paris et cultivent une certaine rivalité professionnelle. En 1949, au Havre, la guerre s’est achevée depuis plusieurs années, mais la ville est marquée par un profond traumatisme. Les habitants du Havre, relogés provisoirement, ont vu leur vie anéantie par les bombardements.

Un élan architectural novateur imprègne cette ville en pleine mutation. Émilien est propulsé dans cette effervescence. Il est choisi pour intégrer le prestigieux atelier d’Auguste Perret. Entre modernité et nostalgie des habitants, l’équilibre est précaire. Le souffle urgent de la reconstruction ébranle la ville et ravive les blessures des Havrais. L’équilibre de ce couple vacille également entre la distance et les silences. Émilien parviendra-t-il à insuffler l’espoir ?

J’ai aimé la dimension architecturale de ce roman qui s’avère très enrichissant. Ce texte offre une immersion passionnante dans cette ville traversée par de terribles blessures de guerre. Basile Mulciba explore avec finesse l’harmonie chancelante d’un couple et d’une ville.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« Leurs traits s’inscrivent au plus profond de mon coeur et, dans mes doutes et ma tristesse, je comprends que pour moi, les lieux que l’on quitte prennent aussi le visage de ceux qui restent ».

Alors c’est bien – Clémentine Mélois (2024)

Et si nous rendions hommage à une vie anticonformiste ?

Dans ce récit lumineux et fantasque, Clémentine Mélois rend un hommage vibrant à son père.

Célèbre artiste plasticien, Bernard Mélois s’est construit autour de ses sculptures et grâce à la relation indéfectible qu’il partageait avec sa femme. Son amour viscéral pour ses filles n’a cessé de croître au fil des années. À son décès, Clémentine Mélois décrit avec admiration la personnalité singulière de son père et l’hommage déchirant rendu par ses proches. En recouvrant le cercueil de bleu, la famille choisit un symbole fort pour refléter sa vie excentrique. Parviendront-ils à restituer la mémoire de leur père et les souvenirs partagés ?

J’ai beaucoup aimé la tendresse qui transparaît de ce portrait. Bernard Mélois a su cultiver avec force et espièglerie une vie d’artiste. Un roman sur la vie, la mort et l’amour qui irradie d’une lumière sublime.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Le couple que formaient mes parents, c’est La Promesse de l’aube, de Romain Gary : « On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. » Lorsque j’étais enfant, je n’avais aucun doute sur le fait qu’une fois adulte, je vivrais dans la plus idéale complicité avec quelqu’un qui m’aime sans condition. Tout comme, en voyant les seins identiques et parfaits des danseuses du Crazy Horse à la télévision les soirs de réveillon, j’étais convaincue que, plus tard, j’en aurais de pareils. Pour les seins comme pour l’amour, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient pas toujours »

Comme l’écrivait Proust à la fin de la Recherche : « Nos plus grandes craintes, comme nos plus grandes espérances, ne sont pas au-dessus de nos forces, et nous pouvons finir par dominer les unes et réaliser les autres ».

« Ceux qu’on aime souffrent et meurent, et on se surprend à rire encore. Le chocolat est délicieux. Le champ de lin n’a rien perdu de sa beauté, la clématite sauvage croule sous les fleurs. Ca sent le maquis corse et la lande bretonne, les ronces larges comme des tuyaux d’arrosage promettent des mûres aussi grosses que des noix, on se dit qu’on pourra en faire des tonnes de confiture. Malgrè tout. »