La Nuit ravagée – Jean-Baptiste Del Amo (2025)

Et si nous étions happés par un roman d’épouvante ?

Dans ce vibrant hommage à Stephen King, Jean-Baptiste Del Amo dépeint une jeunesse désabusée aux prises avec ses démons.

Dans la petite ville de Saint-Auch, en périphérie de Toulouse, un groupe d’adolescents tente de dissiper l’ennui en visionnant des films horrifiques ou en se complaisant dans les effluves des joints pour mettre à distance la réalité. Dans cette atmosphère indolente, la maison abandonnée de l’impasse des Ormes a toujours suscité chez eux une forme d’attraction mêlée à une certaine répulsion.

Entre violence, drames, alcoolisme et désirs enfouis, ils aimeraient fuir ce quotidien défiguré par les traumatismes. Lorsqu’ils apprennent que le suicide d’un jeune homme de leur lycée serait lié à cette maison qui les a si longtemps fascinés, ils vont se décider ensemble à en franchir la porte. Jusqu’où seront-ils rattrapés par leur peur et leur désir ?

Jean-Baptiste Del Amo, avec sa plume percutante, signe un roman addictif. Si la dimension fantastique de la dernière partie m’a moins conquise, j’ai aimé l’analyse sociale et psychologique des personnages. Ce roman propose une plongée hallucinée dans les peurs de toute une génération.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Il y avait eu, dans des temps immémoriaux, des tourbières et des forêts primitives qui avaient été patiemment rongées par l’agriculture, cédant la place à de mornes terres ponctuées de corps de ferme, de petits villages de brique rouge – une campagne où n’advenait jamais que la vie et la mort des hommes ».

Vagabondes – Joséphine Tassy (2026)

Et si l’amitié façonnait nos identités ?

En convoquant un triangle amical exaltant, Joséphine Tassy construit un roman d’apprentissage aussi riche qu’étincelant.

Jipsy, Noé et Thessa se sont trouvés dans la fragilité adolescente. Ils ont essayé de se construire, séparément et ensemble. Ils se sont perdus, retrouvés puis réinventés.

En partant pour Zanzibar, Thessa tente de comprendre ses origines, mais une passion amoureuse finit par l’ensevelir. Jipsy, rebelle et libre, s’envole pour l’Amérique à la recherche d’une vie artistique étincelante. Noé, lui, oscille entre une quête de réussite et une sensibilité désarmante. Dans ce vagabondage incessant, parviendront-ils à façonner leur identité ?

J’ai aimé l’énergie qui irradie de ce roman, la force et les contradictions de ses personnages, ainsi que la complexité de leurs relations. Joséphine Tassy questionne une génération en quête d’elle-même, tiraillée par des désirs contradictoires et qui réinvente sans cesse le sentiment amoureux.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Les enfants ne se souviennent pas des mères parfaites, ni de leurs erreurs. Ils se souviennent des êtres qui les ont élevés, du ton de leur voix, des histoires qu’ils racontent, le soir avant de dormir. Les enfants se souviennent de l’histoire que leurs parents écrivent en menant simplement leur vie »

« son inspiration ne vient pas de la graine mais de la terre travaillée »

« Certains amis disparaissent et nous regrettons le passé que nous avons partagé. D’autres brisent nos coeurs parce qu’il faut oublier l’avenir ensemble ».

Trois garçons – Daniel de Roulet (2026)

Et si nous parlions d’engagement politique ?

Dans ce récit aux résonances politiques et historiques profondes, Daniel de Roulet fait voler en éclats l’image d’une Suisse politiquement neutre à travers l’engagement de trois garçons.

Alors qu’ils se connaissent depuis l’enfance, trois amis issus de classes sociales opposées voient leur amitié se renforcer par un engagement politique ardent. Maximilien est issu d’une famille aisée, son avenir est déjà tout tracé par les ambitions de son père. Fabio est élevé dans un milieu modeste mais ne semble connaître aucune limite grâce à son caractère intrépide. Enfin, Wolfgang est politisé dès l’enfance par les convictions antimilitaristes de son père. Ils vont chacun s’émanciper de leur famille et s’influencer mutuellement par la force de leur amitié.

Au fil des années, ils s’interrogent, se renseignent, militent et prennent conscience de la violence de classe tout en partageant leurs émotions face aux mutations politiques de leur génération. Ils décident de lutter ensemble, tout en empruntant chacun leur propre trajectoire. Grâce à leur amitié, ils expérimentent de nouveaux modèles d’organisation collective, de parentalité et d’engagement politique. Jusqu’où les portera la force de leurs convictions ?

Au-delà d‘un roman d’émancipation face aux déterminismes familiaux, Daniel de Roulet célèbre la puissance de l’engagement politique et explore l’intensité d’une amitié qui défie les épreuves du temps et de la vie.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Rien d’humain ne m’est étranger – Virginie Ollagnier (2026)

Et si nous découvrions un roman glaçant ?

Dans cette œuvre aussi saisissante que superbe, Virginie Ollagnier revient sur les mécanismes implacables de déshumanisation.

Réfugié en Bretagne depuis de nombreuses années, Horatio s’est coupé de sa vie passée. Devenu muet, il s’est peu à peu réadapté au quotidien et a fait la rencontre d’une famille débordante d’humanité. En décembre 1989, lorsqu’il apprend la chute de Nicolae Ceaușescu, il prend subitement sa voiture pour la Roumanie.

À mesure qu’il se rapproche de son pays natal, les souvenirs affluent. En décembre 1950, il a tenté de fuir la Roumanie avec son frère, mais ils ont tous les deux été arrêtés. Emprisonné, Horatio a essayé de survivre durant une longue captivité. Les élans de solidarité lui ont permis de rester connecté à la vie, mais les tortures physiques et psychologiques n’ont cessé de s’intensifier au fil des mois et de broyer son âme. Durant son trajet, les images terribles de cette détention le submergent, mais ce voyage sur les traces de son frère lui permet de renouer avec un passé traumatique. Que reste-t-il de la fraternité ?

J’ai été profondément secouée par ce récit sur la tyrannie qui décrit avec un réalisme asphyxiant des mois de captivité et de torture. Virginie Ollagnier parvient à faire jaillir des souffles d’humanité dans un roman d’une brutalité saisissante.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« Obéissant et courbé sur mon ombre d’été, j’ai écrasé l’herbe qu’elle avait à peine couchée, j’ai écrasé ses pas des miens, j’ai écrasé la terre injuste et douloureuse ».

La dernière des Wilberforce – Julia Kerninon (2026)

Et si nous voyagions sur une presqu’île ?

Dans la nature sauvage, Julia Kerninon entremêle l’insouciance de l’enfance et une menace impalpable.

Les Schnabel et leurs deux garçons, Adam et Waldo, viennent passer des vacances d’été en Bretagne. Ils font la connaissance de la gérante de l’hôtel, Eva Wilberforce. Mère célibataire, elle vit à demeure sur la presqu’île avec ses trois filles : Annabel, Olivia et Naomi. Dès leur rencontre, ils nouent une profonde amitié.

Les deux familles se retrouvent chaque été dans le décor éblouissant du bord de mer. Adam, Waldo, Annabel et Olivia, du même âge, ne se quittent plus. Ils se surnomment « les jumeaux cosmiques », tant leur proximité est une évidence. Ils s’épanouissent dans une liberté absolue tandis que leurs mères entretiennent une relation complice.

Les enfants évoluent dans le monde innocent de l’enfance, loin de la réalité des adultes. Lorsqu’ils grandissent, ils doivent soudainement faire face à la violence. Jusqu’où cette amitié va-t-elle les conduire ?

Au fil des pages, Julia Kerninon tisse une toile sombre qui se déploie au cœur de la lumière estivale et dans laquelle elle enferme peu à peu ses personnages. Avec une construction narrative implacable, elle signe un roman haletant qui fait surgir des secrets enfouis.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Les Malarazza – Ugo Barbara (2025)

Pour votre été, et si vous choisissiez une fresque familiale ?

Dans ce roman dense, Ugo Barbara nous fait voyager de la Sicile aux côtes new-yorkaises.

Antonio Montalto, un riche propriétaire terrien à l’ambition dévorante, voit sa terre natale, la Sicile, peu à peu ébranlée par une instabilité politique croissante. Il cède une partie de ses terres pour acquérir un voilier et rêve d’une nouvelle vie en Amérique. Malgré les réticences de sa femme, Rosaria, la famille traverse l’Atlantique à la conquête de l’Amérique. Cette terre nouvelle est pleine de promesses, mais aussi d’incertitudes. Très vite, c’est la persévérance de Rosaria qui lui permettra de bâtir un empire.

Face à la détermination de la famille Montalto se dessine un tout autre destin, celui de Nicola, fils de pêcheur au service d’Antonio. Envoûté par la mystérieuse et magnifique Bianca, une jeune orpheline recueillie comme dame de compagnie par Rosaria, Nicola se consume pour elle et va jusqu’à commettre l’irréparable. Il doit quitter la Sicile et s’embarque avec Antonio et sa famille. Ce voyage lui donne l’occasion de s’affranchir de sa condition et de se réinventer. Jusqu’où ces destins s’entrecroiseront-ils ?

Ce roman historique nous plonge dans le destin de cette famille italienne entre la Sicile et l’Amérique. À mon sens, ce livre présente quelques longueurs et l’épilogue manque de souffle, mais j’ai aimé me plonger dans le destin de ces personnages. Tout au long de cette fresque ambitieuse, nous suivons des personnages incarnés qui ancrent le récit et lui donnent une véritable dimension romanesque. Le charisme et la force de Rosaria m’ont particulièrement conquise. Si vous aimez les sagas familiales de grande ampleur, je ne peux que vous recommander de glisser ce livre dans votre valise pour cet été !

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Caché derrière l’un des rochers que la main de Dieu avait disposés en cercle auprès des remparts, de sorte à créer une piscine naturelle, Nicola était plongé dans ses pensées. Face à lui s’étalait ce miroir d’eau calme et critalline qu’on appelait le bassin de la Reine »

À quatre pattes – Miranda July (2025)

Et si nous choisissions la fugue ?

À l’approche de la cinquantaine, une femme vivant à Los Angeles avec son mari et son fils décide d’entreprendre un long périple en voiture pour rejoindre New York.

Ce voyage, bien loin de ses habitudes et de son quotidien casanier, vient perturber une routine stable. Artiste jouissant d’une certaine notoriété, elle est perçue par ses proches comme une femme prudente, loin d’être aventureuse. Elle se met alors au défi d’entreprendre cette traversée des États-Unis. Pourtant, elle s’arrête très vite, à quelques kilomètres de chez elle, et entame une retraite saugrenue dans un motel miteux. Elle décide de redécorer sa chambre et s’abandonne à une aventure sensuelle avec un homme qu’elle vient à peine de croiser… Jusqu’où la portera son désir d’émancipation ?

Véritable exploration de la féminité, ce récit évoque la permanence du désir. Dans ce roman cru et fantasque, qui désarçonne à plusieurs reprises, nous suivons la reconstruction d’une femme ébranlée par la crise de la cinquantaine, qui réinvente sa sexualité. Si la plume ne m’a pas conquise, ce roman aussi lubrique que ludique promet de vous dérouter !

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« J’essayais de trouver quelque chose à quoi me raccrocher. Le mariage était peut-être une illusion cruelle, mais elle était ancienne et familière, comme le Père Noël. Il fallait quelque chose pour la remplacer. Même si, en y réfléchissant, rien n’avait remplacé le Père Noël, sinon la réalité, quand on grandissait ».

Un jour sans femme – Laetitia Colombani (2026)

Et si les femmes faisaient une grève générale ?

Dans ce roman choral, Laetitia Colombani met en lumière le pouvoir des femmes dans le monde entier.

En abordant le destin de quatre femmes issues de continents différents que tout oppose, ce roman propose une union féminine.

En Islande, Katla perd sa meilleure amie qui meurt brutalement sous les coups de son conjoint. Au Japon, Michiko subit chaque jour une mise à l’écart implacable du fait de sa grossesse. Au Sénégal, Hawa, épuisée par sa vie à l’hôpital, vient trouver refuge auprès des siens mais ravive un traumatisme profond. Au Salvador, Ana Maria, face à la violence de ses conditions de travail à l’usine, lutte chaque jour pour sa fille. Chacune à sa manière, elles font face au poids des traditions et aux inégalités entre hommes et femmes.

Si leurs vies semblent inconciliables, le souvenir de la grève générale des femmes en Islande, le 24 octobre 1975, qui avait paralysé le pays, fait naître l’espoir d’une nouvelle mobilisation des femmes. Ces destins, si opposés, pourront-ils se rejoindre ?

En tressant les destins de femmes, Laetitia Colombani redonne une voix à ces femmes invisibilisées. Un roman puissant qui prône une solidarité féminine. J’ai aimé toute la dimension militante de ce livre qui insuffle un véritable espoir et appelle à la révolte.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Hawa est habituée à ce type de méprise, teintée de racisme ordinaire. N’importe quel aide-­soignant à la peau blanche est pris pour un médecin, mais aux yeux de certains, une femme noire est forcément une infirmière. Son genre et sa couleur passent avant sa fonction, et tous les badges du monde n’y changeront rien ».

« Au terme d’une course aux études éprouvante, les Japonaises se retrouvaient contraintes à ce choix insensé : devenir mère ou avoir un métier ».

F. comme frères – Alain Claude Sulzer (2026)

Et si nous évoquions une relation fraternelle ?

En grandissant ensemble dans le même immeuble, Franck et le narrateur ont tissé une amitié fusionnelle. Ils pensent se connaître intimement et se comprendre d’un simple regard.

Pourtant, Franck cache un secret. Lorsqu’il révèle son homosexualité, son ami perçoit pour la première fois d’autres aspects de son existence. Dans l’Allemagne des années 1960, cette orientation sexuelle reste inavouable et leur gémellité s’en trouve ébranlée. Franck se plonge avec passion dans la peinture et intègre le milieu artistique bouillonnant new-yorkais. Avec ce départ, leur lien se délite inéluctablement. Le narrateur parviendra-t-il à comprendre Franck et à percevoir tout son génie ?

Porté par une écriture d’une grande sobriété, j’ai été saisie par la puissance de ce court récit, qui interroge le monde artistique, met en exergue la force des liens et révèle toutes les fêlures d’une époque.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Il s’en allait dans une direction, et moi dans l’autre »

« La signification de tant de choses, autrefois très importantes, se désagrège au fil du temps pour ne plus former qu’un amas de souvenirs sans substance, cantonnés dans la mémoire défaillante des rares personnes qui croient se les rappeler ».

Ce qui reste – Bernhard Schlink (2026)

Et si nous nous questionnions sur ce qui reste ?

Dans un récit sensible, Bernhard Schlink s’interroge sur la transmission.

Lorsque Martin apprend qu’il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre, il se questionne sur le sens de ces derniers instants. Entouré de sa femme Ulla et de son fils, David, âgé de 6 ans, il partage avec eux ces moments devenus si précieux.

C’est aussi l’occasion d’interroger cette part de lui qui continuera de vivre chez ses proches. À l’approche de la mort, Martin se demande quel message transmettre à David : sa vision de l’amour, de la justice, de la liberté. Faut-il lui délivrer ce qu’il semble avoir appris de la vie ? Lui laissera-t-il une empreinte trop pesante pour lui permettre de se construire librement ? Que doit-il confier à son fils ?

Bernhard Schlink livre un court récit tout en délicatesse qui soulève des réflexions philosophiques sur le sens de la vie et le rapport à la mort. Une œuvre pleine de douceur où la beauté du monde et le calme de la mer se révèlent dans la mélancolie des derniers instants d’une vie.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Les objets ont plus de sens et transmettent davantage qu’ils ne laissent soupçonner au premier abord. C’est beau quand on connaît leur histoire, mais on n’est pas forcé de la connaître. Il suffit d’un peu d’imagination, une trace de brûlure à la surface du bureau, un petit creux sur la montre, un vieux billet d’entrée glissé entre le siège et le dossier, et que tu retrouves un jour dans le fauteuil ».

« Mais il me reste de ce roman, l’idée qu’on doit vivre sa vie de telle sorte que, quel que soit le moment où frappe la mort, on ait accompli sa vie ».