Ghost Stories – Siri Hustvedt (2026)

Et si nous nous imprégnions des mots de Siri Hustvedt ?

Avec une voix vibrante d’humanité et d’amour, Siri Hustvedt revient sur le décès de son mari, Paul Auster.

Elle retrace les longs mois de la maladie qui l’a terrassé, évoque avec beaucoup de tendresse leur évidence amoureuse et artistique et la déchirure de ce deuil. Ils ont partagé quarante-trois ans d’une vie commune fusionnelle, imprégnée de leur amour viscéral pour la littérature.

Avec une liberté désarmante, Siri Hustvedt aborde l’intime et publie les dernières lettres que Paul avait écrites pour son petit-fils. Elle dévoile sans compromission les tragédies familiales, leurs convictions, mais surtout le profond amour qui irradie autour d’eux. Comment survivre à cette perte ?

Par l’écriture, elle tente de se reconstruire et de contenir sa souffrance. Paul Auster lui répétait « Je veux être un revenant. ». Par ces mots, elle le convoque avec une force incroyable. Ce texte révèle aussi toute l’intelligence et l’engagement de Siri Hustvedt et ne peut susciter que l’admiration. Un des plus beaux récits autour du deuil que j’ai pu lire, ce texte m’a profondément marquée.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Tandis que nos livres se déployaient et que nous nous en faisions la lecture, nous plongions pour ainsi dire le regard dans les rêves de l’autre »

« Je pleurais aussi Paul et Siri, Siri et Paul. » Ce « ET », ce « Nous », est au coeur du livre. Pour elle, l’absence est un vertige où tout se dérègle, le temps « s’écoule apparemment sans moi »

« J’écris des histoires sur toi maintenant, sur nous. J’écris pour me blottir contre toi ».

Une histoire d’amour et de violence – Olivier Bourdeaut (2026)

Et si nous transformions notre héritage ?

Dans ce récit intime et poignant, Olivier Bourdeaut revient sur la figure inquiétante et toute-puissante de son père.

Alors qu’il connaît la consécration pour son livre En attendant Bojangles, salué par la critique, Olivier Bourdeaut vit le décès de son père. Ce deuil ravive les souvenirs douloureux de son enfance. Sous la domination d’un homme endetté, imprévisible, alcoolique et d’une violence extrême, cette famille s’est brisée. Il a grandi dans une relation construite autour d’une profonde ambivalence entre admiration et peur. Malgré la brutalité de son père, il n’a cessé de vouloir se rapprocher de lui. Comment parviendra-t-il à se libérer de cette filiation ?

Dans ce récit bouleversant sur la transmission de la violence, Olivier Bourdeaut nous livre comment elle lui a été inculquée et s’est immiscée en lui. Père à son tour, il craint la reproduction de ce modèle parental destructeur. Par l’écriture, il se libère de cet héritage. Ce texte, d’une force et d’une sincérité désarmantes, entremêle l’amour et la violence.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Avec lui, tout se finissait mal, les jeux, les journées, les fêtes. Ses pions n’étaient jamais à la hauteur et ce constat amer entraînait sa fureur ».

« De toutes les drogues que j’ai consommées la lecture est la plus puissante, sans descente. C’est la seule qui ne réduise pas l’espérance de vie, au contraire, elle la multiplie par mille sans bouger d’un centimètre ».

« Nous sommes tous partis en claquant la porte, soit parce qu’il nous l’avait ouverte, soit parce qu’on ne pouvait plus respirer. Alors nous partions la nuit, nous courions dans la rue avec des rires déments, des rires de soulagement. La liberté nous enivrait. De ses enfants, je suis le seul à être revenu. Pourquoi ? Parce que j’étais trop médiocre pour me trouver un travail qui me permette de vivre sans lui. Mais aussi et surtout parce que je n’arrivais pas à vivre en dehors de lui. J’en avais besoin, sa violence était ma drogue. Ce conflit permanent, cette ambiance mortifère me rendaient vivant. Les ennemis extérieurs n’étaient jamais à la hauteur. Alors que lui, c’était le combat de ma vie. Pierre n’était jamais décevant, il gagnait tout le temps »

Mon refuge et mon orage – Arundhati Roy (2026)

Et si nous évoquions une relation ambivalente ?

Avec le titre évocateur et sublime « mon refuge et mon orage », Arundhati Roy évoque son rapport tumultueux avec sa mère. Elle dresse le portrait d’une mère audacieuse, forte et déterminée mais dessine aussi les zones d’ombres de cette mère impitoyable qui déverse toute sa violence sur ses enfants.

Malgré une enfance meurtrie par les orages, Arundhati a su retrouver sa liberté. Elle est parvenue à s’émanciper de cette mère implacable. Elle a quitté son village natale pour explorer Delhi et son effervescence. Elle s’est épanouie dans ses études d’architecte puis a nourri sa passion viscérale pour l’écriture. En retraçant son parcours sous le prisme de sa relation tempétueuse avec sa mère, Arundhati Roy se livre. Elle met en lumière ses premiers pas timides dans l’écriture, et la fulgurance du succès avec son roman « Le Dieu des Petits Riens ». Parviendra-t-elle à trouver la paix dans le chaos de cet amour ?

Un roman riche qui explore toutes les aspects de la vie d’Arundhati Roy, j’ai aimé toute la dimension psychologique de cette oeuvre. S’il peut présenter quelques longueurs, ce texte est puissant par sa force et l’ampleur des sujets évoqués.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Fille – Camille Laurens (2020)

Et si nous évoquions la place de la femme ?

Dans ce récit personnel, Camille Laurens évoque la destinée des femmes sur plusieurs générations.

Née à Rouen dans une famille bourgeoise, les stéréotypes de genre ont imprégné son éducation. Dès sa naissance, le poids du mot « fille » jaillit avec fracas. La déception de son père est palpable, lui qui avait toujours voulu un garçon. Même si « Une fille, c’est bien aussi », sa condition féminine va profondément ébranler son enfance.

Elle sait qu’il aurait sans doute été plus facile de naître garçon, mais elle apprend à composer avec l’image qu’elle doit renvoyer d’elle-même. Quand elle devient mère à son tour, elle va devoir poser un nouveau regard sur son identité. Que va-t-elle transmettre à sa propre fille ?

Avec une mise à nu émouvante, Camille Laurens explore les étapes de la vie d’une femme et révèle toutes les injonctions insidieuses et les renoncements qui ont jalonné son parcours.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Vous avez des enfants ? demande le monsieur.

— Non, dit mon père. J’ai deux filles »

« Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mais n’est-ce pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c’est un constat. Garce, c’est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs. »

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ». Louise Labé

Ce que je ne veux pas savoir – Deborah Levy (2013)

Et si nous nous interrogions sur le sens de l’écriture ?

Lors d’un séjour à Majorque, Deborah Levy tente de renouer avec l’écriture en passant par le prisme de son enfance en Afrique du Sud, un pays rongé par l’apartheid.

Dans ce court récit, elle fait entendre la voix déchirée de sa jeunesse. Privée de son père à la suite de son incarcération pour ses engagements politiques, elle s’est construite autour de ce traumatisme. Cet événement a profondément marqué son enfance et a durablement influencé son travail. Elle témoigne aussi de ses années d’exil en Angleterre et de son acclimatation à la vie londonienne. Comment parviendra-t-elle à se construire face aux fractures de son enfance ?

Dans ce récit infiniment personnel, Deborah Levy choisit de se libérer de son enfance pour se reconnecter à l’écriture. Dans un style limpide, elle use d’images et fait résonner une voix forte et vibrante. Sa plume unique me donne envie de prolonger ce moment et de découvrir le second opus de cette biographie.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Certaines mères deviennent folles parce que le monde qui les a fait se sentir inutiles est le monde dont leurs enfants tomberont amoureux ».

« Qu’est-ce qu’un bonhomme de neige ? C’est une présence paternelle ronde fabriquée par des enfants pour garder un œil sur la maison. Il pèse lourd, il ne manque pas de matière, mais manque de substance, il est fragile, spectral. À la seconde où on lui a donné des yeux en biscuit, j’ai su qu’il s’était transformé en fantôme de neige ».

« Quand le bonheur est là on a l’impression de n’avoir rien connu avant, le bonheur est une sensation qui ne connaît que le présent de l’indicatif »

Touche fantôme – Amaury Da Cunha (2026)

Et si nous retenions les voix ?

Dans un texte chargé d’émotions, Amaury Da Cunha témoigne, avec une voix intime, de son parcours face au deuil.

Suite à l’annonce du suicide de son frère par téléphone, Amaury est resté profondément marqué par les voix qui transpercent nos vies à travers le prisme du téléphone. Amaury s’interroge sur cet objet qui fait résonner les voix passées et présentes, et préserve un lien puissant et parfois ambiguë avec nos proches. Des années plus tard, Amaury garde la trace indélébile de cet échange téléphonique qui a fait basculer sa vie en 2009.

Depuis cette date, il a toujours entretenu un rapport contrasté avec cet objet du quotidien. Il se décide à enregistrer les conversations avec ses proches comme pour suspendre le temps, retenir certains instants ou prévenir le drame. Comment parviendra-t-il à se réconcilier avec la vie ?

Dans ce récit autobiographique, Amaury Da Cunha convoque une tragédie intime mais fait aussi résonner le lien avec nos proches et la persistance de la mémoire. Dans cette reconstruction sensible, il révèle les voix vacillantes ou fortes qui surgissent dans la nuit.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citation

« À demi-mot, je t’ai dit que les voix inaudibles des morts continuent de creuser des images au tréfonds de nous-mêmes, et puis tu as approché ton visage très près du mien pour m’embrasser ».

La Collision – Paul Gasnier (2025)

Et si nous évoquions un drame personnel ?

En retraçant la tragédie qui a ébranlé toute sa famille, Paul Gasnier évoque la collision entre deux mondes que les instrumentalisations politiques haineuses ne cessent d’opposer.

En se rendant à son travail à vélo, la mère de Paul Gasnier est violemment percutée par un jeune homme à moto, sous l’emprise de stupéfiants, pratiquant le rodéo urbain en plein cœur de Lyon. La violence de cet accident entraîne le décès de sa mère et met en cause un jeune homme déjà condamné. Ce drame provoque aussi une collision sociologique entre deux trajectoires : celle d’une femme évoluant dans un environnement favorisé, architecte devenue professeure de yoga, et celle d’un jeune homme, issu d’un milieu modeste, qui ne cesse de s’enfoncer dans un engrenage de délinquance.

Cette tragédie fait basculer la vie de Paul à l’âge de 21 ans. Dix ans plus tard, il décide de décortiquer le dossier de l’affaire et retrace le parcours de Saïd, le jeune motard. Il rencontre avocats, juges et policiers, allant même jusqu’à échanger avec la sœur du prévenu. En reconstitutant la trajectoire de Saïd, Paul Gasnier parviendra-t-il à comprendre l’impensable ?

À travers ce processus de reconstruction, Paul Gasnier fonde une réflexion plus vaste sur les déterminismes sociaux et notre rapport à la justice. Avec élégance et honnêteté, sans glisser dans le pathos, il parvient à combattre les stéréotypes et à interroger les fractures de notre société.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« On ne mesure pas assez le rôle de l’ennui dans la transgression et la mise en danger de soi »

« Davantage qu’une sentinelle, c’est peut-être cette image qu’il faut conserver de Philippe Moreau, celle d’un homme qui depuis son bureau prend la loi comme un patron, dont il ajuste en permanence les finitions et les coutures pour ne pas étouffer l’homme qu’il s’apprête à condamner ».

« Le deuil, cet état quotidien qui altère la vie sans rien en changer ».

La cloche de détresse – Sylvia Plath (1963)

Et si nous évoquions un lent désespoir ?

Dans ce récit intime, Sylvia Plath lève le voile sur les ravages de la dépression.

Étudiante brillante, Esther Greenwood n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle remporte un concours de poésie et part, avec d’autres élèves, pour un séjour à New York. Cette opportunité professionnelle lui fait découvrir l’effervescence de la ville. Entre soirées mondaines et découverte de la sexualité, Esther oscille entre émerveillement et dégoût.

En décalage avec les autres, son mal-être est palpable. Elle perçoit le monde avec un regard acerbe et désabusé et entrevoit comment la construction d’un foyer compromet ses ambitions littéraires. Lorsqu’elle retourne vivre chez sa mère, la dépression l’envahit. Entre tentatives de suicide et internements, jusqu’où la conduira cette lente descente aux enfers ?

Nettement autobiographique, ce récit prend une dimension encore plus poignante quand on sait que Sylvia Plath s’est suicidée peu de temps après la publication de cette oeuvre. Un récit cru, d’une grande force, pour saisir la dépression de l’intérieur. Au-delà du portrait intime d’Esther, ce texte interroge sur la place des femmes dans les années 50 et le traitement réservé aux maladies mentales. J’ai été asphyxiée par le profond désespoir qui émane de ce roman.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’était qu’un mauvais rêve ».

« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur ». 

Les crédits – Damien Peynaud (2025)

Et si nous évoquions le surendettement ?

Damien Peynaud, en multipliant les références cinématographiques, dissèque le rapport tumultueux d’une famille modeste avec l’argent.

Rongé par une société de consommation sans limite, le père du narrateur a accumulé les crédits jusqu’à l’asphyxie. Accordés avec un sourire bienveillant par la banque, les crédits se multiplient et les dettes enlisent peu à peu toute la famille. La spirale infernale s’accélère et cette famille modeste sera bientôt ensevelie sous l’ampleur de sa dette. Avec le prisme de la photographie et des souvenirs, le narrateur fait ressurgir cette enfance meurtrie. Comment la surconsommation a-t-elle profondément altéré cette famille ?

Avec une écriture sobre et soignée, Damien Peynaud scrute les perversions de cette société de consommation. Si ce premier roman conserve une certaine retenue et a manqué, pour moi, d’émotions, j’ai beaucoup aimé l’engagement de ce récit qui, a travers un drame familial, nous propose une critique plus large autour de la problématique du surendettement.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« La Banque, elle, estime le crédit neutre. Ni bon, ni mauvais. Les marchands d’armes avancent le même argument ».

« Les objets sont entrés par la porte de notre appartement, comme chez Berthier. Ils ont pris place. Je ne les ai pas tous vus entrer, mais j’ai vécu leur présence parmi nous. Ils sont devenus notre démesure, ménagère et abordable, petite sœur de celle qui détruit les civilisations ».

« Cumulés, les crédits contractés par notre père représentaient alors environ 300000 francs. Il faut bien compter les zéros, puis séparer les chiffres par groupe de trois, sinon ils ont tendance à s’effriter, victimes de l’érosion monétaire qui disperse la valeur. L’inflation a la cruauté de minimiser les problèmes d’argent du passé ».

Marcher dans tes pas – Léonor de Recondo (2025)

Et si nous évoquions un exil familial ?

Dans ce récit poétique et sensible, Léonor de Recondo évoque la fuite précipitée de sa famille sous la menace franquiste.

En 2022, Léonor de Recondo a la possibilité d’acquérir la nationalité espagnole, en tant que descendante d’exilés politiques. Ces démarches administratives seront l’occasion de comprendre son histoire familiale.

Dans cette quête identitaire intime, Léonor de Recondo fait surgir l’image de sa grand-mère, Enriqueta. Femme courageuse et discrète, Enriqueta est un véritable point d’ancrage pour toute sa famille et vit dans un foyer paisible en Espagne. En août 1936, lorsque le pays plonge dans la guerre civile, elle doit fuir brusquement sa maison et traverse le pont reliant Irun et Hendaye avec ses enfants. Loin de ses terres natales, Enriqueta arrivera-t-elle à préserver l’identité familiale et à se reconstruire ?

En convoquant les fantômes familiaux, Léonor de Recondo s’enracine dans le territoire de ses ancêtres. Elle plonge dans ce passé fragilisé et interroge cette filiation avec un style intime mêlant souvenirs et poésie.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Mais on n’oublie pas sa langue maternelle, aussi complexe soit-elle. Elle est la terre, le lien, le chant, le réconfort, la rigueur avec laquelle on se construit ». 

« Enfants et petits-enfants, souvenons-nous.
La mémoire se travaille, elle n’est pas acquise, elle se cultive.
Souvenons-nous ».