Les fulgurés – Susanna Bissoli (2025)

Et si nous découvrions un portrait de famille impertinent ?

Dans ce récit sensible et fragmenté, Susanna Bissoli crée une harmonie subtile entre les membres d’une même famille.

Vera, une femme sans attache qui aime préserver sa liberté, voit sa vie basculer à la suite d’une récidive de cancer. Elle regagne la maison familiale et s’installe auprès de son père. Lorsqu’elle découvre dans son bureau un manuscrit volumineux, elle va renouer avec lui et réinventer leur relation grâce à leur passion commune pour l’écriture. Blessés par la vie, ils tentent de se soigner mutuellement avec une profonde tendresse malgré le poids des silences. Parviendront-ils à réunir leurs vies fragmentées ?

Si le récit est décousu et parfois déconcertant, j’ai été sensible au souffle qui traverse ce roman. Susanna Bissoli évoque avec justesse les interactions entre ces êtres fragiles qui tentent maladroitement d’avancer ensemble. Si ce texte a parfois manqué de consistance, j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Nous devrions nous inscrire au club des fulgurés.
Qu’est ce que c’est ?
Un réseau de personnes qui ont été touchées par la foudre.
Quel rapport avec nous ? »

« Les histoires nous sauvent-elles ? Ou devons-nous, nous, les sauver ? Je pense qu’écrire cette histoire, jour après jour pendant des années, a sauvé la vie de mon père. Mais moi, je regrette, je n’ai pas le temps de sauver son histoire : je dois écrire la mienne ».

La cloche de détresse – Sylvia Plath (1963)

Et si nous évoquions un lent désespoir ?

Dans ce récit intime, Sylvia Plath lève le voile sur les ravages de la dépression.

Étudiante brillante, Esther Greenwood n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle remporte un concours de poésie et part, avec d’autres élèves, pour un séjour à New York. Cette opportunité professionnelle lui fait découvrir l’effervescence de la ville. Entre soirées mondaines et découverte de la sexualité, Esther oscille entre émerveillement et dégoût.

En décalage avec les autres, son mal-être est palpable. Elle perçoit le monde avec un regard acerbe et désabusé et entrevoit comment la construction d’un foyer compromet ses ambitions littéraires. Lorsqu’elle retourne vivre chez sa mère, la dépression l’envahit. Entre tentatives de suicide et internements, jusqu’où la conduira cette lente descente aux enfers ?

Nettement autobiographique, ce récit prend une dimension encore plus poignante quand on sait que Sylvia Plath s’est suicidée peu de temps après la publication de cette oeuvre. Un récit cru, d’une grande force, pour saisir la dépression de l’intérieur. Au-delà du portrait intime d’Esther, ce texte interroge sur la place des femmes dans les années 50 et le traitement réservé aux maladies mentales. J’ai été asphyxiée par le profond désespoir qui émane de ce roman.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’était qu’un mauvais rêve ».

« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur ». 

Voile vers Byzance – Robert Silverberg (2003)

Et si nous touchions à l’éternité ?

Dans ce récit dystopique, le lecteur est propulsé dans un monde dépeuplé où les seuls « citoyens » sont devenus immortels et sont servis par des êtres artificiels, « les temporaires ».

Charles Philips, un New-Yorkais du XXᵉ siècle, est projeté dans ce monde. De Tombouctou à Alexandrie, des cités lointaines et légendaires renaissent pour quelque temps avant de disparaître. Gioia, une femme au charisme et à l’énergie envoûtante, devient sa compagne. Elle semble habitée par une soif inépuisable. Elle lui fait découvrir les cités et l’initie aux fêtes dispendieuses, mais des secrets inavouables se cachent derrière cet horizon hédoniste. Charles parviendra-t-il à percer les mystères de ce monde ?

Dans ce court récit enchanteur, porté par une plume fluide, Robert Silverberg nous propose une immersion dans un univers déconnecté du réel, régi par l’oisiveté et le plaisir. Avec une grande réussite, il interroge notre rapport au temps, notre quête d’éternité et les méandres d’une société de divertissement sans limite.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« La vie n’était pour ces gens qu’un jeu auquel ils jouaient sans répit. Rome, Alexandrie, Tombouctou – pourquoi pas ? Créer une Asgard de ponts translucides et de palais de glace luisante, puis s’en lasser, l’effacer, la remplacer par Mohenjo-Daro – pourquoi pas ? »

Un chant de Noël – Charles Dickens (1843)

Et si nous prolongions la magie de Noël ?

Dans ce conte, Charles Dickens propose que la féérie de Noël vienne humaniser les relations.

Ebenezer Scrooge est un être aigri, colérique et avare ; il préfère rester seul et évite tout contact avec autrui. Taciturne, il cultive un caractère exécrable vis-à-vis de son entourage, qu’il s’agisse de son employé ou de sa propre famille.

Dans la nuit de Noël, le fantôme de son ancien associé, Jacob Marley, lui apparaît. Il lui annonce que plusieurs esprits vont venir remettre en cause ses convictions. Ces apparitions successives convoquent son passé, son présent et son futur, et l’initient à l’empathie. Scrooge va alors percevoir le monde sous un nouveau regard. Comment cette nuit magique viendra-t-elle ébranler son existence ?

Malgré la richesse de l’écriture, qui promeut avec réussite les bons sentiments, ce texte ne m’a pas réellement émue. En effet, ce conte n’est pas parvenu à me transporter pleinement dans son univers onirique.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Par une heureuse, juste et noble compensation des choses d’ici-bas, si la maladie et le chagrin sont contagieux, il n’y a rien qui le soit plus irrésistiblement aussi que le rire et la bonne humeur ».

« Le brouillard et les frimas enveloppaient tellement la vieille porte sombre de la maison, qu’il semblait que le génie de l’hiver se tient assis sur le seuil, absorbé dans ses tristes méditations »

Le bruit et la fureur – William Faulkner (1929)

Et si nous assistions au déchirement d’une famille ?

À travers le point de vue d’une fratrie, William Faulkner dresse le lent déclin des Compson, une famille aristocratique du Sud des États-Unis.

Dans ce récit, nous suivons plusieurs monologues intérieurs. Nous évoluons tout d’abord avec Benjy, le dernier-né de la fratrie, atteint d’une déficience mentale qui reste plongé dans les déchirements de son enfance. Puis, nous découvrons Quentin, l’aîné, cette âme torturée est sujette à des vagues de dépression. Il éprouve une passion empreinte de jalousie pour sa sœur Caddy tandis que Jason, lui, est envahi par la colère et une soif de vengeance. Enfin, Dilsey, la servante, assiste avec son regard réfléchi à l’évolution de ces bouleversements familiaux. Les générations successives de cette famille arriveront-elles à affronter ce délitement ?

D’une certaine complexité narrative, il n’est pas facile de comprendre les tourments intérieurs qui ébranlent les membres de cette famille. Malgré un style déroutant entre obscurité et déconstruction, tout finit par s’éclairer au fil de la lecture. Si ce roman arbore un aspect élitiste, il est aussi d’une très grande richesse et promet une véritable expérience littéraire !

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Mon père dit qu’un homme est la somme de ses propres malheurs. On pourrait penser que le malheur finirait un jour par se lasser, mais alors, c’est le temps qui devient votre malheur, dit papa ».

« Il n’y a que lorsque la pendule s’arrête que le temps se remet à vivre. Les aiguilles étaient allongées, pas tout à fait horizontales. Elles formaient une courbe légère comme des mouettes qui penchent dans le vent. Contenant tout ce qui d’habitude m’inspirait des regrets, comme la nouvelle lune contient de l’eau… »

L’Usure d’un monde : Une traversée de l’Iran – François-Henri Désérable (2023)

Et si nous partions pour l’Iran ?

À l’image de son modèle Nicolas Bouvier, François-Henri Désérable s’aventure dans une traversée périlleuse et dangereuse en Iran.

Suite à la mort en détention de Mahsa Amini, le pays connaît un grand mouvement de révolte et une importante répression du régime islamique. Malgré les avertissements et les menaces qui planent sur le pays, l’écrivain décide d’entreprendre ce voyage.

A la rencontre de la population iranienne, François-Henri Désérable entrevoit les contrastes de ce pays et les élans de révoltes qui surgissent dans toutes les régions d’Iran. Le mouvement « femme, vie, liberté » prend de l’ampleur et les cris « Mort au dictateur » résonnent dans tout le pays. François-Henri Désérable pourra-t-il achever son séjour ?

Dans ce récit de voyage foisonnant, François-Henri Désérable retranscrit toute l’atmosphère d’un pays en pleine mutation. Entre espoir et oppression, nous vivons à l’unisson les bouleversements du peuple iranien.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Même si l’abri de ta nuit est peu sûr

et ton but encore lointain

sache qu’il n’existe pas

de chemin sans terme

Ne soit pas triste »

« Il semble qu’il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique qu’on pourrait appeler la mémoire poétique et qui enregistre ce qui nous a charmés, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa beauté », Kundera

Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes – Titiou Lecoq & Marie Dubois (2025)

Et si nous retracions l’histoire sous un jour nouveau ?

Avec cette bande dessinée passionnante, Titiou Lecoq nous propose de redécouvrir, sous une forme percutante, son célèbre essai.

Ces femmes ont façonné nos révolutions, elles ont construit notre monde, mais elles sont restées tues pendant des années. Leurs noms, longtemps gardés sous silence dans nos manuels d’histoire, ne résonnent pas dans notre vision du passé parce qu’elles ont été bâillonnées et invisibilisées. En retraçant les grandes étapes de l’histoire, Titiou Lecoq leur redonne une place, de la préhistoire à nos jours, tandis que Marie Dubois, avec ses dessins dynamiques, leur redonne vie et intensité. Ensemble, elles les incarnent avec une force vivifiante. Pourra-t-on réhabiliter ces femmes oubliées ?

Portée par un ton corrosif, cette bande dessinée pleine d’énergie attrape le lecteur et l’entraîne aux confins de l’histoire en proposant un nouveau regard sur la place des femmes dans nos sociétés. J’ai adoré cette lecture, aussi instructive que mordante !

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« En France, nous, on est des intellectuels, on aime les idées, on a brûlé moins de femmes que nos voisins ; En revanche, on a beaucoup écrit pour justifier ces massacres »

La neige noire – Paul Lynch (2015)

Et si nous faisions face à la brutalité d’une destinée ?

Dans ce roman sombre, Paul Lynch décrit la descente aux enfers d’une famille irlandaise confrontée à la rudesse et à l’inhospitalité de ses voisins.

Lorsque Barnabas s’installe avec sa famille dans son pays natal après des années passées aux États-Unis, il se décide à acquérir des terres et à construire une ferme. Lorsqu’un terrible incendie ravage l’étable où se trouvent ses bêtes, la famille est démunie. Alors que sa femme voudrait quitter le pays, Barnabas s’obstine à reconstruire sa grange. Face aux non-dits et aux croyances tenaces présentes dans la région, la famille ressent une hostilité ambiante de plus en plus menaçante. Tandis que ses parents sont tourmentés par l’avenir de leur ferme, Billy, leur fils s’enferme dans le silence. La famille pourra-t-elle affronter ces forces obscures ?

D’une violence extrême, ce récit irradie d’une grande noirceur. Si je reconnais la force de ce roman, j’ai trouvé cette lecture particulièrement éprouvante. Plongée dans cette atmosphère oppressante, j’ai parfois suffoqué face à la brutalité de ce texte.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Il s’enveloppe de ses propres ténèbres sous un ciel nocturne sans nuages, illuminé par la lointaine beauté des étoiles qui lui révèlent une échelle de temps inaccessible à son intelligence. S’échapper. Se glisser hors du présent pour se diluer dans la fraîcheur de l’obscurité, atteindre un lieu où les bruits s’estompent en un vague tintement ».

« On s’accroche à de petits détails, et c’est ainsi qu’on écrit le livre de sa vie ».

Terre des hommes – Antoine de Saint-Exupéry édition illustrée par Riad Sattouf (2025)

Et si nous redécouvrions un classique ?

Dans cette nouvelle édition de « Terre des hommes » d’Antoine de Saint-Exupéry, illustrée par Riad Sattouf, le dessinateur propose une vision envoûtante de ce récit de voyages emblématique.

Grâce à ses illustrations, Riad Sattouf donne un nouveau souffle à ce classique de la littérature et nous promet une évasion entre ciel et terre. Dans ce récit, Antoine de Saint-Exupéry partage sa vision du monde et ses expériences d’aviateur. En proposant ses dessins, Riad Sattouf témoigne de l’attachement profond qu’il porte à cette œuvre qu’il n’a jamais cessé de lire.

Je n’avais pas été totalement conquise lors de ma première découverte de ce texte hybride, oscillant entre roman philosophique et récit de voyages, mais cette somptueuse réédition lui redonne force et vitalité. Un magnifique objet littéraire à glisser sous le sapin.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté pendant des années, mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir ».

Ce que je sais de toi – Eric Chacour (2023)

Et si nous partions pour le Caire ?

Avec ce premier roman sensible, Éric Chacour livre les ressorts d’une relation qui ébranle toute une vie.

Depuis son plus jeune âge, Tarek s’est conformé aux attentes familiales. Face au modèle intimidant de son père, un médecin réputé du Caire, il a appris auprès de lui ce métier pour lui succéder. À son décès en digne héritier, il reprend le cabinet médical et accepte ce destin qui semble tout tracé. Dans le sillage de son père, il reçoit sa patientèle et assimile, avec une aisance naturelle, ses gestes et son intonation.

Tarek continue de se conformer aux espoirs familiaux en épousant Mira, son amour de jeunesse. Adoubé par sa famille, ce mariage sonne comme une évidence. Pourtant, sa rencontre avec Ali, un homme plus jeune aussi beau que libre, issu d’un milieu social opposé au sien, va profondément le bouleverser. Face à la puissance de cette relation interdite, Tarek choisira-t-il l’exil ?

Porté par une plume poétique et gracieuse, ce roman nous transporte aisément et dresse un portrait tout en humanité de ses personnages. Avec finesse, Éric Chacour explore l’imbrication entre le désir intime et l’impact d’un héritage familial et culturel.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Ali te fascinait. Il y avait chez lui une liberté absolue, une absence de calcul, une exaltation du présent. Il n’était lié par aucun passé et ne concevait pas l’avenir à travers les mêmes contraintes que toi. Il se contentait de vivre et tu te surprenais parfois à espérer que vivre serait contagieux ».

« On pleure pour se sentir vivant, on pleure comme un rappel de son propre sursis, on pleure de mesurer l’extrême précarité de celui-ci. On dit que l’on pleure ceux qui nous ont quittés mais, à la vérité, on ne pleure jamais que sa propre impuissance ».