Malgré tout – Jordi Lafebre (2020)

Et si nous évoquions un amour impossible ?

À travers les années, cette bande dessinée retrace, à l’envers, une relation amoureuse.

Zéno et Anita se sont attendus toute leur vie. Voyageur infatigable, Zéno enchaîne les expéditions lointaines tandis qu’Anita reste sur la terre ferme et consolide sa ville. Femme forte, elle travaille en tant que maire sur le projet fou d’un pont asymétrique. Ils ne font que se croiser au fil des années, mais parviendront-ils à se retrouver malgré tout ?

Si les dessins pastels tout en douceur, et la trame à rebours particulièrement originale m’ont plu, je n’ai pas été emportée par cette histoire d’amour. Pour ma part, cette relation a manqué de crédibilité et de fulgurance. J’ai trouvé que l’évocation des sentiments était très convenue et malheureusement la magie n’a pas opérée.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Kafka : Les mécanismes du pouvoir – Tiphaine Rivière (2026)

Et si nous portions un nouveau regard sur l’œuvre de Kafka ?

Dans un roman graphique brillant, Tiphaine Rivière s’empare de La Métamorphose de Kafka pour retranscrire les mécanismes de domination à travers les sphères politique, personnelle et professionnelle.

Lors du baccalauréat blanc de français, Matthieu se retrouve démuni lorsqu’il doit analyser le livre emblématique de Kafka, La Métamorphose. Pourtant, il est confronté chaque jour au pouvoir insidieux et omniprésent de son père qui régit leur famille. Son père use ainsi de son autorité pour contraindre la professeure de français à lui dispenser des cours particuliers. À mesure que la famille comprend la pensée kafkaïenne, elle perçoit les oppressions insidieuses qui régissent son rapport au travail et à la société. Comment la compréhension de Kafka lui permettra-t-elle de mieux appréhender sa vision du monde ?

J’ai aimé toute l’intelligence qui émane de cette bande dessinée. Tiphaine Rivière use d’une œuvre majeure pour retranscrire la dimension moderne de la pensée de Kafka.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« On ne peut rien demander à un cafard. Il est donc libre ».

Nos amours modernes (2026)

Et si nous parlions d’amour ?

Dans cette bande dessinée vivifiante, Titiou Lecoq réunit journalistes, chercheuses, dessinateurs et dessinatrices pour donner un nouveau souffle à notre vision des rapports amoureux.

Avec un ton mordant, ce vaste roman graphique rassemble des réflexions décomplexées autour de nombreux sujets : l’éducation, la charge émotionnelle, la contraception, l’algorithme qui façonne nos rencontres amoureuses, la sexualité ou encore les différentes formes de couple. Titiou Lecoq s’entoure d’une multitude de voix et porte un regard contrasté et riche sur le couple.

Un ouvrage collectif aux multiples facettes, où les dessins aux styles variés s’entrecroisent et insufflent une lecture particulièrement dynamique. Un récit engagé qui attise nos questionnements et invite à la communication au sein du couple.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Salomé – Alice Bienassis (2026)

Et si nous brisions le silence autour des féminicides ?

Dans cette bande dessinée aux traits vifs et acérés, Alice Bienassis redonne une voix vibrante à Salomé.

À Cagnes-sur-mer, Salomé est assassinée par son conjoint le 31 août 2019. 100ème féminicide de l’année, ce décompte glaçant met en lumière les dysfonctionnements du système judiciaire.

Alice Bienassis remonte le fil de l’enquête. Elle interroge les proches, les témoins et révèle les manquements des services de police. À travers ces investigations, elle dénonce les mécanismes d’emprise et nous informe sur les associations qui viennent en aide aux victimes de violences. Comment témoigner des failles d’un système ?

Cette bande dessinée, au ton tranchant, pose un regard incisif sur l’accompagnement des victimes et nous invite à les entendre.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Tant qu’on compte les mortes au lieu d’écouter les vivantes, on ne fait que gérer l’hécatombe. »

« Elle me disait que les femmes victimes de violences ne se taisent pas, qu’elles luttent. Et qu’au final, le féminicide, c’est le point de rupture, le moment où toutes leurs tentatives d’être entendues échouent »

Vers la violence – Blandine Rinkel & Marguerite Boulanger (2026)

Et si nous étions percutés en plein cœur ?

Avec une narration puissante, cette bande dessinée met un terme à l’illusion de l’enfance.

Ce roman graphique dévoile une relation construite dans l’amour et la peur entre un père et sa fille. Un charisme de façade, le rire et un monde fantasmé ont longtemps préservé l’image de Gérard, ce père trouble. Malgré ce masque de panache, Gérard se révèle violent, colérique et profondément destructeur. La fascination que Lou porte à son père se fissure au fil du temps et, à mesure qu’elle grandit, elle pose sur lui un regard nouveau. Lou perçoit que cet amour inconditionnel se brise face à la réalité. Parviendra-t-elle à s’émanciper de ce père tout-puissant ?

Porté par des images aux traits tranchants, ce texte nous propulse, presque en apnée, dans cette relation marquée par la violence. D’une force magistrale, cette bande dessinée nous déchire le coeur et offre une leçon de courage et de liberté.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes – Titiou Lecoq & Marie Dubois (2025)

Et si nous retracions l’histoire sous un jour nouveau ?

Avec cette bande dessinée passionnante, Titiou Lecoq nous propose de redécouvrir, sous une forme percutante, son célèbre essai.

Ces femmes ont façonné nos révolutions, elles ont construit notre monde, mais elles sont restées tues pendant des années. Leurs noms, longtemps gardés sous silence dans nos manuels d’histoire, ne résonnent pas dans notre vision du passé parce qu’elles ont été bâillonnées et invisibilisées. En retraçant les grandes étapes de l’histoire, Titiou Lecoq leur redonne une place, de la préhistoire à nos jours, tandis que Marie Dubois, avec ses dessins dynamiques, leur redonne vie et intensité. Ensemble, elles les incarnent avec une force vivifiante. Pourra-t-on réhabiliter ces femmes oubliées ?

Portée par un ton corrosif, cette bande dessinée pleine d’énergie attrape le lecteur et l’entraîne aux confins de l’histoire en proposant un nouveau regard sur la place des femmes dans nos sociétés. J’ai adoré cette lecture, aussi instructive que mordante !

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« En France, nous, on est des intellectuels, on aime les idées, on a brûlé moins de femmes que nos voisins ; En revanche, on a beaucoup écrit pour justifier ces massacres »

Une jeunesse au secret – Anne Gorouben (2024)

Et si nous évoquions une oeuvre de reconstruction ?

Dans ce livre intime, mêlant la pudeur des souvenirs et le flou du crayon, Anne Gorouben partage une mémoire familiale douloureuse.

Entourée de parents qui ont dû faire face à leurs propres démons, Anne Gorouben témoigne de son enfance passée dans le XVème arrondissement de Paris. Elle dévoile la violence de son éducation et l’intransigeance de sa famille. Dans ce livre époustouflant nous naviguons dans ses souvenirs qu’elle a retranscrit à travers des dessins d’une grande poésie. Nous découvrons avec elle la transmission des silences d’une génération à l’autre dans cette famille juive. A travers ses mots, elle parvient à lever le voile sur une histoire familiale marquée par la déportation. Parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Ce livre m’a profondément bouleversée. Anne Gorouben nous transporte par l’évocation d’une enfance meurtrie où plane de nombreux fantômes. Pourquoi ne pas glisser sous le sapin cette oeuvre touchée par la grâce ?

Ma note

Note : 5 sur 5.

Caravage, l’ombre du peintre – Ernesto Anderle (2024)

Et si nous redécouvrions Caravage ?

Dans cette bande dessinée aux dessins oniriques et sombres, Ernesto Anderle propose une nouvelle lecture du mystérieux et emblématique Michelangelo Merisi dit Caravage.

Ernesto Anderle retrace les grandes périodes de la vie de Caravage. Il évoque notamment sa fuite et son exil à Naples, Malte ou en Sicile. Il retrace à la fois les duels violents et l’aspect bélliqueux de l’artiste tout en mettant en lumière la notoriété et la beauté de ses œuvres.

A travers des dessins audacieux et percutants, cette bande dessinée évoque aussi la dualité de la personnalité de Caravage entre la lumière de l’artiste et un aspect plus sombre imprégné de violence et poursuivi par la mort. Caravage reste ravagé par un véritable chaos intérieur qui nous permet aussi de comprendre toute la puissance de son oeuvre.

J’ai aimé les passages sur la biographie de l’artiste mais surtout certaines analyses de ses oeuvres qui donnent envie de se perdre dans les dédales des musées où elles sont exposées. Une bande dessinée d’une beauté presque cauchemardesque qui nous aide à percer le mystère de cet artiste insondable.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Moins qu’hier (plus que demain) – Fabcaro (2018)

Et si nous choisissions le rire pour retranscrire les relations amoureuses ?

A propos de l’amour, Fab Caro s’exprimait ainsi « J’ai beaucoup de tendresse pour les choses qui ne marchent pas : le couple est un super terreau »

Fidèle à cette idée, Fabcaro dissèque avec tendresse le couple dans cette bande dessinée brillante. Au fil des pages, il dévoile des instants de vie savoureux. Fabcaro met en scène des dizaines de couples. Dans leurs échanges du quotidien se mêlent des tirades cyniques et des mots acerbes. Entre des disputes piquantes, des scènes cocasses ou le monologue d’un homme qui nie la réalité d’une séparation, Fabcaro nous entraine facilement dans son univers.

Avec le ton unique et irrévérencieux de Fabcaro, nous suivons les moments volés de ce quotidien fait de désillusions. Un incontournable si vous voulez savourer quinze minutes de rire ininterrompu.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Le jeune acteur, tome 1 : Aventures de Vincent Lacoste au cinéma – Riad Sattouf  (2021)

Et si nous suivions les premiers pas d’un acteur ?

Vincent Lacoste est le prodige du cinéma français qu’on ne présente plus. Avant de devenir cet acteur talentueux, il n’était qu’un adolescent anonyme. Collégien de 14 ans, il aimait Scarface et rêvait de devenir un caïd de cité. Il était amoureux d’une jeune fille qui l’ignorait et passait son temps avec des amis de son âge.

Timide et complexé, Vincent participe sans conviction à un casting sauvage pour un long-métrage organisé dans son collège. Quand il est pris pour le rôle titre du film « les beaux gosses », sa vie bascule. Propulsé dans le milieu du cinéma, il doit rapidement se formater aux codes. Il est guidé par le réalisateur du film, Riad Sattouf. Passionné de François Truffaut, il espère faire de Vincent Lacoste son Antoine Doisnel. Le jeune homme, parviendra-t-il à devenir un vrai acteur ?

J’ai beaucoup apprécié cette bande dessinée, Riad Sattouf croque avec autodérision et tendresse la société et le parcours de ce jeune adolescent. La force de leur relation est parfaitement retranscrite, les premiers pas de Riad Sattouf comme réalisateur font écho aux premières scènes de Vincent Lacoste.

Une bande dessinée qui nous dévoile avec humour la face cachée du cinéma et nous permet de mieux découvrir Vincent Lacoste. J’ai hâte de dévorer la suite de ses aventures cinématographiques.

Ma note :

Note : 4 sur 5.