Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt (2003)

Et si nous suivions les vies croisées de deux couples ?

Dans le New York des années 1970 porté par l’effervescence et l’exubérance artistique, deux couples d’amis vont lier leurs vies, s’inspirer les uns des autres et ériger l’art au centre de leur existence.

Lorsque Léo, historien d’art, rencontre Bill, un artiste peintre et plasticien, la fulgurance de son admiration est palpable. Face au talent prometteur de Bill et à son charisme, Léo se lie d’amitié avec lui. Lucille et Erica, leurs femmes, se rencontrent et les deux couples d’amis vont partager leur passion pour l’art et s’enrichir mutuellement. À la naissance de leurs fils, Matt et Mark, l’imbrication entre eux se renforce. Quand un drame terrible vient heurter leurs idéaux et ébranler cette amitié fusionnelle, tout bascule. Parviendront-ils à survivre aux épreuves ?

Dans ce roman psychologique sensible, Siri Hustvedt révèle, avec mélancolie, toute l’ambiguïté des relations humaines. Si ce texte dense est parfois exigeant, il parvient à dévoiler tous les tourments qui planent sur les êtres et s’avère parfaitement abouti.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Une femme est assise près de la fenêtre. Elle pense / et, en pensant, elle se désespère / elle se désespère d’être qui elle est / et non quelqu’un d’autre ».

« Elle était mon rapport au monde, ma souffrance et mon bonheur, et je savais qu’en cet instant j’étais en train de la perdre, et ce savoir me glaça ».

Le dernier voyage de Momoko Hidaka – Chisako Wakatake (2024)

Et si à l’aube de la vieillesse nous jetions un regard sur le passé ?

Dans ce récit japonais en apesanteur, Chisako Wakatake évoque avec nostalgie le temps passé.

Isolée dans un pavillon de la banlieue de Tokyo, Momoko vit seule. Peu de choses la rattachent encore à l’effervescence de la vie : son mari est décédé depuis 15 ans et elle entretient peu de contact avec ses deux enfants. Les visites de sa fille sont rares et elle s’est acclimatée à une solitude synonyme de liberté.

Le temps s’étend et elle s’échappe régulièrement dans les méandres de ses pensées. Lorsqu’elle convoque les souvenirs de son passé, elle est comme hantée par des voix intérieures. Jusqu’où la conduira cette introspection ?

Ce récit assez fragmentaire n’a pas suscité autant d’émotions que je l’espérais. Je n’ai pas été pleinement imprégnée par la douceur de ce roman ni par le personnage pourtant attachant de Momoko. Si ce texte offre de belles images sur le temps qui s’écoule et les relations humaines, il n’a pas marqué durablement mes lectures.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Elle n’avait pas besoin de se souvenir de lui, car il ne quittait jamais son cœur ».

Les francs-tireuses – Emmanuelle Hutin (2024)

Et si nous parlions de résistance ?

Dans ce récit puissant, Emmanuelle Hutin retrace la témérité de deux femmes qui se sont mobilisées face à l’occupation.

Claude Cahun et Suzanne Malherbe sont deux artistes parisiennes, figures du mouvement surréaliste. Lorsque la guerre éclate, elles vivent à Jersey et elles vont rapidement être confrontées à l’occupation allemande sur l’île. Elles décident ensemble de mener une activité militante et de promouvoir la paix. Préservées des soupçons grâce à leur âge et leur santé fragile, elles inondent l’île de tracts pacifiques. En prenant des risques inouïs, elles persévèrent chaque jour et multiplient les actions pour insuffler la révolte dans l’esprit des soldats. Malgré le danger, parviendront-elles à préserver cet élan fraternel ?

Je n’ai pas été totalement emportée par ce roman qui présente, selon moi, quelques longueurs mais j’ai apprécié la dimension biographique de cette lecture. J’ai ainsi aimé percevoir la vie de ces deux femmes exceptionnelles qui forcent l’admiration. Si Emmanuelle Hutin parvient à nous faire entrevoir leur relation amoureuse forte et complice, elle retranscrit surtout avec talent un combat acharné pour la liberté.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« La violence ne devrait pas laisser indifférent, mais au contraire creuser le lit de la révolte, imposer le réveil des consicences, rendre impossible toute acceptation ».

« Serrée contre Suzanne, Claude s’accrochait à cet absolu, à cette Autre qui la faisait devenir elle-même l’Autre, réinventé par la vision de l’aimée ».

La Collision – Paul Gasnier (2025)

Et si nous évoquions un drame personnel ?

En retraçant la tragédie qui a ébranlé toute sa famille, Paul Gasnier évoque la collision entre deux mondes que les instrumentalisations politiques haineuses ne cessent d’opposer.

En se rendant à son travail à vélo, la mère de Paul Gasnier est violemment percutée par un jeune homme à moto, sous l’emprise de stupéfiants, pratiquant le rodéo urbain en plein cœur de Lyon. La violence de cet accident entraîne le décès de sa mère et met en cause un jeune homme déjà condamné. Ce drame provoque aussi une collision sociologique entre deux trajectoires : celle d’une femme évoluant dans un environnement favorisé, architecte devenue professeure de yoga, et celle d’un jeune homme, issu d’un milieu modeste, qui ne cesse de s’enfoncer dans un engrenage de délinquance.

Cette tragédie fait basculer la vie de Paul à l’âge de 21 ans. Dix ans plus tard, il décide de décortiquer le dossier de l’affaire et retrace le parcours de Saïd, le jeune motard. Il rencontre avocats, juges et policiers, allant même jusqu’à échanger avec la sœur du prévenu. En reconstitutant la trajectoire de Saïd, Paul Gasnier parviendra-t-il à comprendre l’impensable ?

À travers ce processus de reconstruction, Paul Gasnier fonde une réflexion plus vaste sur les déterminismes sociaux et notre rapport à la justice. Avec élégance et honnêteté, sans glisser dans le pathos, il parvient à combattre les stéréotypes et à interroger les fractures de notre société.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« On ne mesure pas assez le rôle de l’ennui dans la transgression et la mise en danger de soi »

« Davantage qu’une sentinelle, c’est peut-être cette image qu’il faut conserver de Philippe Moreau, celle d’un homme qui depuis son bureau prend la loi comme un patron, dont il ajuste en permanence les finitions et les coutures pour ne pas étouffer l’homme qu’il s’apprête à condamner ».

« Le deuil, cet état quotidien qui altère la vie sans rien en changer ».

Les fulgurés – Susanna Bissoli (2025)

Et si nous découvrions un portrait de famille impertinent ?

Dans ce récit sensible et fragmenté, Susanna Bissoli crée une harmonie subtile entre les membres d’une même famille.

Vera, une femme sans attache qui aime préserver sa liberté, voit sa vie basculer à la suite d’une récidive de cancer. Elle regagne la maison familiale et s’installe auprès de son père. Lorsqu’elle découvre dans son bureau un manuscrit volumineux, elle va renouer avec lui et réinventer leur relation grâce à leur passion commune pour l’écriture. Blessés par la vie, ils tentent de se soigner mutuellement avec une profonde tendresse malgré le poids des silences. Parviendront-ils à réunir leurs vies fragmentées ?

Si le récit est décousu et parfois déconcertant, j’ai été sensible au souffle qui traverse ce roman. Susanna Bissoli évoque avec justesse les interactions entre ces êtres fragiles qui tentent maladroitement d’avancer ensemble. Si ce texte a parfois manqué de consistance, j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Nous devrions nous inscrire au club des fulgurés.
Qu’est ce que c’est ?
Un réseau de personnes qui ont été touchées par la foudre.
Quel rapport avec nous ? »

« Les histoires nous sauvent-elles ? Ou devons-nous, nous, les sauver ? Je pense qu’écrire cette histoire, jour après jour pendant des années, a sauvé la vie de mon père. Mais moi, je regrette, je n’ai pas le temps de sauver son histoire : je dois écrire la mienne ».

La cloche de détresse – Sylvia Plath (1963)

Et si nous évoquions un lent désespoir ?

Dans ce récit intime, Sylvia Plath lève le voile sur les ravages de la dépression.

Étudiante brillante, Esther Greenwood n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle remporte un concours de poésie et part, avec d’autres élèves, pour un séjour à New York. Cette opportunité professionnelle lui fait découvrir l’effervescence de la ville. Entre soirées mondaines et découverte de la sexualité, Esther oscille entre émerveillement et dégoût.

En décalage avec les autres, son mal-être est palpable. Elle perçoit le monde avec un regard acerbe et désabusé et entrevoit comment la construction d’un foyer compromet ses ambitions littéraires. Lorsqu’elle retourne vivre chez sa mère, la dépression l’envahit. Entre tentatives de suicide et internements, jusqu’où la conduira cette lente descente aux enfers ?

Nettement autobiographique, ce récit prend une dimension encore plus poignante quand on sait que Sylvia Plath s’est suicidée peu de temps après la publication de cette oeuvre. Un récit cru, d’une grande force, pour saisir la dépression de l’intérieur. Au-delà du portrait intime d’Esther, ce texte interroge sur la place des femmes dans les années 50 et le traitement réservé aux maladies mentales. J’ai été asphyxiée par le profond désespoir qui émane de ce roman.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’était qu’un mauvais rêve ».

« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur ». 

Voile vers Byzance – Robert Silverberg (2003)

Et si nous touchions à l’éternité ?

Dans ce récit dystopique, le lecteur est propulsé dans un monde dépeuplé où les seuls « citoyens » sont devenus immortels et sont servis par des êtres artificiels, « les temporaires ».

Charles Philips, un New-Yorkais du XXᵉ siècle, est projeté dans ce monde. De Tombouctou à Alexandrie, des cités lointaines et légendaires renaissent pour quelque temps avant de disparaître. Gioia, une femme au charisme et à l’énergie envoûtante, devient sa compagne. Elle semble habitée par une soif inépuisable. Elle lui fait découvrir les cités et l’initie aux fêtes dispendieuses, mais des secrets inavouables se cachent derrière cet horizon hédoniste. Charles parviendra-t-il à percer les mystères de ce monde ?

Dans ce court récit enchanteur, porté par une plume fluide, Robert Silverberg nous propose une immersion dans un univers déconnecté du réel, régi par l’oisiveté et le plaisir. Avec une grande réussite, il interroge notre rapport au temps, notre quête d’éternité et les méandres d’une société de divertissement sans limite.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« La vie n’était pour ces gens qu’un jeu auquel ils jouaient sans répit. Rome, Alexandrie, Tombouctou – pourquoi pas ? Créer une Asgard de ponts translucides et de palais de glace luisante, puis s’en lasser, l’effacer, la remplacer par Mohenjo-Daro – pourquoi pas ? »

Un chant de Noël – Charles Dickens (1843)

Et si nous prolongions la magie de Noël ?

Dans ce conte, Charles Dickens propose que la féérie de Noël vienne humaniser les relations.

Ebenezer Scrooge est un être aigri, colérique et avare ; il préfère rester seul et évite tout contact avec autrui. Taciturne, il cultive un caractère exécrable vis-à-vis de son entourage, qu’il s’agisse de son employé ou de sa propre famille.

Dans la nuit de Noël, le fantôme de son ancien associé, Jacob Marley, lui apparaît. Il lui annonce que plusieurs esprits vont venir remettre en cause ses convictions. Ces apparitions successives convoquent son passé, son présent et son futur, et l’initient à l’empathie. Scrooge va alors percevoir le monde sous un nouveau regard. Comment cette nuit magique viendra-t-elle ébranler son existence ?

Malgré la richesse de l’écriture, qui promeut avec réussite les bons sentiments, ce texte ne m’a pas réellement émue. En effet, ce conte n’est pas parvenu à me transporter pleinement dans son univers onirique.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Par une heureuse, juste et noble compensation des choses d’ici-bas, si la maladie et le chagrin sont contagieux, il n’y a rien qui le soit plus irrésistiblement aussi que le rire et la bonne humeur ».

« Le brouillard et les frimas enveloppaient tellement la vieille porte sombre de la maison, qu’il semblait que le génie de l’hiver se tient assis sur le seuil, absorbé dans ses tristes méditations »

Le bruit et la fureur – William Faulkner (1929)

Et si nous assistions au déchirement d’une famille ?

À travers le point de vue d’une fratrie, William Faulkner dresse le lent déclin des Compson, une famille aristocratique du Sud des États-Unis.

Dans ce récit, nous suivons plusieurs monologues intérieurs. Nous évoluons tout d’abord avec Benjy, le dernier-né de la fratrie, atteint d’une déficience mentale qui reste plongé dans les déchirements de son enfance. Puis, nous découvrons Quentin, l’aîné, cette âme torturée est sujette à des vagues de dépression. Il éprouve une passion empreinte de jalousie pour sa sœur Caddy tandis que Jason, lui, est envahi par la colère et une soif de vengeance. Enfin, Dilsey, la servante, assiste avec son regard réfléchi à l’évolution de ces bouleversements familiaux. Les générations successives de cette famille arriveront-elles à affronter ce délitement ?

D’une certaine complexité narrative, il n’est pas facile de comprendre les tourments intérieurs qui ébranlent les membres de cette famille. Malgré un style déroutant entre obscurité et déconstruction, tout finit par s’éclairer au fil de la lecture. Si ce roman arbore un aspect élitiste, il est aussi d’une très grande richesse et promet une véritable expérience littéraire !

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Mon père dit qu’un homme est la somme de ses propres malheurs. On pourrait penser que le malheur finirait un jour par se lasser, mais alors, c’est le temps qui devient votre malheur, dit papa ».

« Il n’y a que lorsque la pendule s’arrête que le temps se remet à vivre. Les aiguilles étaient allongées, pas tout à fait horizontales. Elles formaient une courbe légère comme des mouettes qui penchent dans le vent. Contenant tout ce qui d’habitude m’inspirait des regrets, comme la nouvelle lune contient de l’eau… »

L’Usure d’un monde : Une traversée de l’Iran – François-Henri Désérable (2023)

Et si nous partions pour l’Iran ?

À l’image de son modèle Nicolas Bouvier, François-Henri Désérable s’aventure dans une traversée périlleuse et dangereuse en Iran.

Suite à la mort en détention de Mahsa Amini, le pays connaît un grand mouvement de révolte et une importante répression du régime islamique. Malgré les avertissements et les menaces qui planent sur le pays, l’écrivain décide d’entreprendre ce voyage.

A la rencontre de la population iranienne, François-Henri Désérable entrevoit les contrastes de ce pays et les élans de révoltes qui surgissent dans toutes les régions d’Iran. Le mouvement « femme, vie, liberté » prend de l’ampleur et les cris « Mort au dictateur » résonnent dans tout le pays. François-Henri Désérable pourra-t-il achever son séjour ?

Dans ce récit de voyage foisonnant, François-Henri Désérable retranscrit toute l’atmosphère d’un pays en pleine mutation. Entre espoir et oppression, nous vivons à l’unisson les bouleversements du peuple iranien.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Même si l’abri de ta nuit est peu sûr

et ton but encore lointain

sache qu’il n’existe pas

de chemin sans terme

Ne soit pas triste »

« Il semble qu’il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique qu’on pourrait appeler la mémoire poétique et qui enregistre ce qui nous a charmés, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa beauté », Kundera