Et si nous transformions notre héritage ?
Dans ce récit intime et poignant, Olivier Bourdeaut revient sur la figure inquiétante et toute-puissante de son père.
Alors qu’il connaît la consécration pour son livre En attendant Bojangles, salué par la critique, Olivier Bourdeaut vit le décès de son père. Ce deuil ravive les souvenirs douloureux de son enfance. Sous la domination d’un homme endetté, imprévisible, alcoolique et d’une violence extrême, cette famille s’est brisée. Il a grandi dans une relation construite autour d’une profonde ambivalence entre admiration et peur. Malgré la brutalité de son père, il n’a cessé de vouloir se rapprocher de lui. Comment parviendra-t-il à se libérer de cette filiation ?
Dans ce récit bouleversant sur la transmission de la violence, Olivier Bourdeaut nous livre comment elle lui a été inculquée et s’est immiscée en lui. Père à son tour, il craint la reproduction de ce modèle parental destructeur. Par l’écriture, il se libère de cet héritage. Ce texte, d’une force et d’une sincérité désarmantes, entremêle l’amour et la violence.
Ma note
Citations
« Avec lui, tout se finissait mal, les jeux, les journées, les fêtes. Ses pions n’étaient jamais à la hauteur et ce constat amer entraînait sa fureur ».
« De toutes les drogues que j’ai consommées la lecture est la plus puissante, sans descente. C’est la seule qui ne réduise pas l’espérance de vie, au contraire, elle la multiplie par mille sans bouger d’un centimètre ».
« Nous sommes tous partis en claquant la porte, soit parce qu’il nous l’avait ouverte, soit parce qu’on ne pouvait plus respirer. Alors nous partions la nuit, nous courions dans la rue avec des rires déments, des rires de soulagement. La liberté nous enivrait. De ses enfants, je suis le seul à être revenu. Pourquoi ? Parce que j’étais trop médiocre pour me trouver un travail qui me permette de vivre sans lui. Mais aussi et surtout parce que je n’arrivais pas à vivre en dehors de lui. J’en avais besoin, sa violence était ma drogue. Ce conflit permanent, cette ambiance mortifère me rendaient vivant. Les ennemis extérieurs n’étaient jamais à la hauteur. Alors que lui, c’était le combat de ma vie. Pierre n’était jamais décevant, il gagnait tout le temps »