Trois garçons – Daniel de Roulet (2026)

Et si nous parlions d’engagement politique ?

Dans ce récit aux résonances politiques et historiques profondes, Daniel de Roulet fait voler en éclats l’image d’une Suisse politiquement neutre à travers l’engagement de trois garçons.

Alors qu’ils se connaissent depuis l’enfance, trois amis issus de classes sociales opposées voient leur amitié se renforcer par un engagement politique ardent. Maximilien est issu d’une famille aisée, son avenir est déjà tout tracé par les ambitions de son père. Fabio est élevé dans un milieu modeste mais ne semble connaître aucune limite grâce à son caractère intrépide. Enfin, Wolfgang est politisé dès l’enfance par les convictions antimilitaristes de son père. Ils vont chacun s’émanciper de leur famille et s’influencer mutuellement par la force de leur amitié.

Au fil des années, ils s’interrogent, se renseignent, militent et prennent conscience de la violence de classe tout en partageant leurs émotions face aux mutations politiques de leur génération. Ils décident de lutter ensemble, tout en empruntant chacun leur propre trajectoire. Grâce à leur amitié, ils expérimentent de nouveaux modèles d’organisation collective, de parentalité et d’engagement politique. Jusqu’où les portera la force de leurs convictions ?

Au-delà d‘un roman d’émancipation face aux déterminismes familiaux, Daniel de Roulet célèbre la puissance de l’engagement politique et explore l’intensité d’une amitié qui défie les épreuves du temps et de la vie.

Ma note

Note : 3 sur 5.

F. comme frères – Alain Claude Sulzer (2026)

Et si nous évoquions une relation fraternelle ?

En grandissant ensemble dans le même immeuble, Franck et le narrateur ont tissé une amitié fusionnelle. Ils pensent se connaître intimement et se comprendre d’un simple regard.

Pourtant, Franck cache un secret. Lorsqu’il révèle son homosexualité, son ami perçoit pour la première fois d’autres aspects de son existence. Dans l’Allemagne des années 1960, cette orientation sexuelle reste inavouable et leur gémellité s’en trouve ébranlée. Franck se plonge avec passion dans la peinture et intègre le milieu artistique bouillonnant new-yorkais. Avec ce départ, leur lien se délite inéluctablement. Le narrateur parviendra-t-il à comprendre Franck et à percevoir tout son génie ?

Porté par une écriture d’une grande sobriété, j’ai été saisie par la puissance de ce court récit, qui interroge le monde artistique, met en exergue la force des liens et révèle toutes les fêlures d’une époque.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Il s’en allait dans une direction, et moi dans l’autre »

« La signification de tant de choses, autrefois très importantes, se désagrège au fil du temps pour ne plus former qu’un amas de souvenirs sans substance, cantonnés dans la mémoire défaillante des rares personnes qui croient se les rappeler ».

Les archives des sentiments – Peter Stamm (2023)

Et si nous redonnions vie à un amour inachevé ?

Dans ce récit nimbé de mystère et de mélancolie, Peter Stamm ravive un amour fantasmé.

Face à l’obsolescence de sa profession à l’ère du numérique, un archiviste au sein d’un journal est licencié. Il décide de transférer les documents chez lui et continue son travail méticuleux et obsessionnel de classement. Il répertorie les quotidiens du monde dans la solitude de sa cave aménagée. S’il est entouré de coupures de presse, il est aussi asphyxié par un profond isolement.

Dans les méandres de ces classeurs, il fait resurgir les archives de Franziska, son amour de jeunesse, devenue une célèbre chanteuse avant de tomber dans l’oubli. Il révèle ainsi un amour inachevé qui l’a profondément marqué. Parviendra-t-il à faire renaître le souvenir de Franziska ?

Avec ce roman d’une douceur infinie, Peter Stamm nous entraîne dans des sentiments complexes et ambigus et parvient à faire jaillir en quelques pages toute la singularité de cet archiviste. J’ai aimé la pudeur de ce texte, qui déploie toute la quintessence du sentiment amoureux et la profondeur de la solitude.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours douté de mes sentiments, et même dans les plus grands moments d’effervescence affective, j’ai toujours été un peu à distance de moi-même, en train de m’observer ».

La paix des ruches – Alice Rivaz (1947)

Et si nous choisissions un récit résolument féministe ?

Avec une plume moderne et dynamique, Alice Rivaz explore l’usure du couple.

Jeanne n’aime plus son mari. Pourtant, elle ne se résout pas à le quitter. Peu à peu, leur relation s’est distendue, entre absences et infidélités. Face à ses désillusions, Jeanne se prend à rêver d’indépendance et de liberté, loin de la sphère domestique. Malgré ses élans d’émancipation, elle idéalise les relations sentimentales et demeure une éternelle amoureuse.

Ses réflexions sont enrichies par les amitiés féminines qu’elle a nouées dans sa sphère professionnelle. La vision de ses amies et leurs choix résonnent en elle, entre divergences et similitudes. Jeanne parviendra-t-elle à changer sa vision des rapports amoureux ?

Dans ce récit précurseur, Alice Rivaz met en exergue des thématiques féministes contemporaines. Agrémentée de l’excellente préface de Mona Chollet, je recommande cette lecture percutante, à la fois courte et cinglante !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Nous ne pouvons rien effacer ; nos souffrances, nos joies, s’ajoutent les unes aux autres. Elles ne s’annulent pas, elles s’additionnent, traçant ces cercles concentriques autour du noyau de notre être. Ainsi nos amours. Il n’en est point qui puissent vraiment mourir une fois nés, ils convient leur vie en nous. Même si nous ne le savons pas ».

« Ce que nous n’aimons pas, c’est cette absence de solidarité entre eux et nous, cette incorrection première dans la distribution des tâches journalières entre eux et nous. Quand donc apprendront-ils le sens de la justice qui pourtant enfle parfois leurs voix dans les parlements, les cathédrales, qui les fait descendre dans la rue et élever des barricades ? »