La Nuit ravagée – Jean-Baptiste Del Amo (2025)

Et si nous étions happés par un roman d’épouvante ?

Dans ce vibrant hommage à Stephen King, Jean-Baptiste Del Amo dépeint une jeunesse désabusée aux prises avec ses démons.

Dans la petite ville de Saint-Auch, en périphérie de Toulouse, un groupe d’adolescents tente de dissiper l’ennui en visionnant des films horrifiques ou en se complaisant dans les effluves des joints pour mettre à distance la réalité. Dans cette atmosphère indolente, la maison abandonnée de l’impasse des Ormes a toujours suscité chez eux une forme d’attraction mêlée à une certaine répulsion.

Entre violence, drames, alcoolisme et désirs enfouis, ils aimeraient fuir ce quotidien défiguré par les traumatismes. Lorsqu’ils apprennent que le suicide d’un jeune homme de leur lycée serait lié à cette maison qui les a si longtemps fascinés, ils vont se décider ensemble à en franchir la porte. Jusqu’où seront-ils rattrapés par leur peur et leur désir ?

Jean-Baptiste Del Amo, avec sa plume percutante, signe un roman addictif. Si la dimension fantastique de la dernière partie m’a moins conquise, j’ai aimé l’analyse sociale et psychologique des personnages. Ce roman propose une plongée hallucinée dans les peurs de toute une génération.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Il y avait eu, dans des temps immémoriaux, des tourbières et des forêts primitives qui avaient été patiemment rongées par l’agriculture, cédant la place à de mornes terres ponctuées de corps de ferme, de petits villages de brique rouge – une campagne où n’advenait jamais que la vie et la mort des hommes ».

Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan (2011)

Et si nous choisissions un récit intime ?

Dans ce texte, teinté d’émotions, Delphine de Vigan revient sur la figure énigmatique et tortueuse de sa mère.

Elle choisit de remonter le fil de la vie de Lucile. Comme une enquête, pas à pas, à travers les témoignages de ses proches, elle tente de déceler d’autres aspects de cette mère insaisissable, aussi fragile que forte. Elle dissèque les bribes de l’enfance et de la jeunesse de Lucile avant d’explorer ses propres souvenirs.

En grandissant, Lucile s’est construite dans l’ombre de la mort. Après le décès tragique de son frère, la famille demeure meurtrie par ce fantôme et rongée par les secrets. Delphine parvient à percevoir les silences de Lucile, sa manière de capter la lumière dans le tumulte familial. Jusqu’où la conduira le mutisme de sa mère ?

Delphine de Vigan évoque son rapport avec cette mère funambule pour qui elle craignait sans cesse la chute. À travers les mots, elle se libère d’un héritage familial douloureux. Elle évoque aussi avec une justesse saisissante les obstacles dans son processus d’écriture. Immense récit autobiographique, ce texte explore les douleurs de l’enfance et nous tord le cœur.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations :

« J’écris ce livre parce que j’ai la force de m’arrêter aujourd’hui sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l’ombre ».

« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire ».

« Je veux mourir vivante »

Vagabondes – Joséphine Tassy (2026)

Et si l’amitié façonnait nos identités ?

En convoquant un triangle amical exaltant, Joséphine Tassy construit un roman d’apprentissage aussi riche qu’étincelant.

Jipsy, Noé et Thessa se sont trouvés dans la fragilité adolescente. Ils ont essayé de se construire, séparément et ensemble. Ils se sont perdus, retrouvés puis réinventés.

En partant pour Zanzibar, Thessa tente de comprendre ses origines, mais une passion amoureuse finit par l’ensevelir. Jipsy, rebelle et libre, s’envole pour l’Amérique à la recherche d’une vie artistique étincelante. Noé, lui, oscille entre une quête de réussite et une sensibilité désarmante. Dans ce vagabondage incessant, parviendront-ils à façonner leur identité ?

J’ai aimé l’énergie qui irradie de ce roman, la force et les contradictions de ses personnages, ainsi que la complexité de leurs relations. Joséphine Tassy questionne une génération en quête d’elle-même, tiraillée par des désirs contradictoires et qui réinvente sans cesse le sentiment amoureux.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Les enfants ne se souviennent pas des mères parfaites, ni de leurs erreurs. Ils se souviennent des êtres qui les ont élevés, du ton de leur voix, des histoires qu’ils racontent, le soir avant de dormir. Les enfants se souviennent de l’histoire que leurs parents écrivent en menant simplement leur vie »

« son inspiration ne vient pas de la graine mais de la terre travaillée »

« Certains amis disparaissent et nous regrettons le passé que nous avons partagé. D’autres brisent nos coeurs parce qu’il faut oublier l’avenir ensemble ».

Le passé est ma saison préférée – Julia Kerninon (2024)

Et si nous rencontrions deux femmes inspirantes ?

Dans ce court récit, Julia Kerninon revient sur le parcours de Gertrude Stein. Elle dessine avec une finesse remarquable son rapport à l’écriture, ses inspirations, sa relation amoureuse avec Alice Toklas et les liens qu’elle a pu nouer avec les grands artistes de sa génération, de Picasso à Hemingway.

Poétesse américaine audacieuse, elle a publié une œuvre parfois obscure. Julia Kerninon revient sur sa rencontre si inspirante avec L’Autobiographie d’Alice Toklas, récit qui l’a révélée. Quels sont les enseignements de Gertrude Stein sur notre rapport à l’écriture ?

Restée dans l’ombre des figures masculines parisiennes, Gertrude est réhabilitée dans ce texte par Julia Kerninon qui témoigne de toute son influence. En puisant dans la trajectoire de ce modèle qui a bousculé la littérature, Julia Kerninon fait écho à son propre travail et évoque son rapport aux livres et à l’écriture. Avec une plume admirable, ce livre empreint d’une passion pour les mots est un hommage vibrant à Gertrude.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citation

« Les livres ont toujours été mon refuge, le seul endroit du monde où je me sente en sécurité, opportune, digne d’être en vie. Quand je lis, c’est comme la péridurale, c’est la paix totale, la douleur qui s’arrête d’un coup, l’innocence. Je n’aime pas tous les livres mais j’aime les livres plus que tout, et ceux que je préfère sont ceux qui me parlent du passé, qui semble en tirer des leçons, traverser le temps par la pensée. Le passé est ma saison préférée ».

Joseph dans la nuit – Olivier Grondeau (2026)

Et si nous éclairions l’obscurité par la poésie ?

Avec ce récit intime, Olivier Grondeau revient sur les 72 premiers jours de sa détention dans les prisons iraniennes. Otage, il a été libéré le 17 mars 2025 après 887 jours de captivité.

Ce voyageur invétéré, qui s’est construit sur les routes à travers le monde, voit sa vie basculer lorsqu’il est arrêté brutalement par la police dans une auberge de jeunesse de Chiraz. Les services de renseignement iraniens le suspectent de recueillir des informations pour des pays étrangers. Comment tenir dans les ténèbres ?

Au-delà du quotidien de sa détention, Olivier Grondeau témoigne des élans de fraternité, mais révèle aussi l’exiguïté et la promiscuité avec les autres détenus.

Il décrit comment l’imaginaire a pu le transporter au-delà de sa cellule. Grâce à sa pensée foisonnante, il parvient à s’échapper en convoquant ses proches, la musique et le cinéma. Il improvise même des projections de films dans son esprit. Un récit lumineux et poétique qui irradie d’humanité face à la violence.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Moi, ce qui me sauvera, c’est de survivre selon ma fantaisie ».

Rien d’humain ne m’est étranger – Virginie Ollagnier (2026)

Et si nous découvrions un roman glaçant ?

Dans cette œuvre aussi saisissante que superbe, Virginie Ollagnier revient sur les mécanismes implacables de déshumanisation.

Réfugié en Bretagne depuis de nombreuses années, Horatio s’est coupé de sa vie passée. Devenu muet, il s’est peu à peu réadapté au quotidien et a fait la rencontre d’une famille débordante d’humanité. En décembre 1989, lorsqu’il apprend la chute de Nicolae Ceaușescu, il prend subitement sa voiture pour la Roumanie.

À mesure qu’il se rapproche de son pays natal, les souvenirs affluent. En décembre 1950, il a tenté de fuir la Roumanie avec son frère, mais ils ont tous les deux été arrêtés. Emprisonné, Horatio a essayé de survivre durant une longue captivité. Les élans de solidarité lui ont permis de rester connecté à la vie, mais les tortures physiques et psychologiques n’ont cessé de s’intensifier au fil des mois et de broyer son âme. Durant son trajet, les images terribles de cette détention le submergent, mais ce voyage sur les traces de son frère lui permet de renouer avec un passé traumatique. Que reste-t-il de la fraternité ?

J’ai été profondément secouée par ce récit sur la tyrannie qui décrit avec un réalisme asphyxiant des mois de captivité et de torture. Virginie Ollagnier parvient à faire jaillir des souffles d’humanité dans un roman d’une brutalité saisissante.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« Obéissant et courbé sur mon ombre d’été, j’ai écrasé l’herbe qu’elle avait à peine couchée, j’ai écrasé ses pas des miens, j’ai écrasé la terre injuste et douloureuse ».

La dernière des Wilberforce – Julia Kerninon (2026)

Et si nous voyagions sur une presqu’île ?

Dans la nature sauvage, Julia Kerninon entremêle l’insouciance de l’enfance et une menace impalpable.

Les Schnabel et leurs deux garçons, Adam et Waldo, viennent passer des vacances d’été en Bretagne. Ils font la connaissance de la gérante de l’hôtel, Eva Wilberforce. Mère célibataire, elle vit à demeure sur la presqu’île avec ses trois filles : Annabel, Olivia et Naomi. Dès leur rencontre, ils nouent une profonde amitié.

Les deux familles se retrouvent chaque été dans le décor éblouissant du bord de mer. Adam, Waldo, Annabel et Olivia, du même âge, ne se quittent plus. Ils se surnomment « les jumeaux cosmiques », tant leur proximité est une évidence. Ils s’épanouissent dans une liberté absolue tandis que leurs mères entretiennent une relation complice.

Les enfants évoluent dans le monde innocent de l’enfance, loin de la réalité des adultes. Lorsqu’ils grandissent, ils doivent soudainement faire face à la violence. Jusqu’où cette amitié va-t-elle les conduire ?

Au fil des pages, Julia Kerninon tisse une toile sombre qui se déploie au cœur de la lumière estivale et dans laquelle elle enferme peu à peu ses personnages. Avec une construction narrative implacable, elle signe un roman haletant qui fait surgir des secrets enfouis.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Une histoire d’amour et de violence – Olivier Bourdeaut (2026)

Et si nous transformions notre héritage ?

Dans ce récit intime et poignant, Olivier Bourdeaut revient sur la figure inquiétante et toute-puissante de son père.

Alors qu’il connaît la consécration pour son livre En attendant Bojangles, salué par la critique, Olivier Bourdeaut vit le décès de son père. Ce deuil ravive les souvenirs douloureux de son enfance. Sous la domination d’un homme endetté, imprévisible, alcoolique et d’une violence extrême, cette famille s’est brisée. Il a grandi dans une relation construite autour d’une profonde ambivalence entre admiration et peur. Malgré la brutalité de son père, il n’a cessé de vouloir se rapprocher de lui. Comment parviendra-t-il à se libérer de cette filiation ?

Dans ce récit bouleversant sur la transmission de la violence, Olivier Bourdeaut nous livre comment elle lui a été inculquée et s’est immiscée en lui. Père à son tour, il craint la reproduction de ce modèle parental destructeur. Par l’écriture, il se libère de cet héritage. Ce texte, d’une force et d’une sincérité désarmantes, entremêle l’amour et la violence.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Avec lui, tout se finissait mal, les jeux, les journées, les fêtes. Ses pions n’étaient jamais à la hauteur et ce constat amer entraînait sa fureur ».

« De toutes les drogues que j’ai consommées la lecture est la plus puissante, sans descente. C’est la seule qui ne réduise pas l’espérance de vie, au contraire, elle la multiplie par mille sans bouger d’un centimètre ».

« Nous sommes tous partis en claquant la porte, soit parce qu’il nous l’avait ouverte, soit parce qu’on ne pouvait plus respirer. Alors nous partions la nuit, nous courions dans la rue avec des rires déments, des rires de soulagement. La liberté nous enivrait. De ses enfants, je suis le seul à être revenu. Pourquoi ? Parce que j’étais trop médiocre pour me trouver un travail qui me permette de vivre sans lui. Mais aussi et surtout parce que je n’arrivais pas à vivre en dehors de lui. J’en avais besoin, sa violence était ma drogue. Ce conflit permanent, cette ambiance mortifère me rendaient vivant. Les ennemis extérieurs n’étaient jamais à la hauteur. Alors que lui, c’était le combat de ma vie. Pierre n’était jamais décevant, il gagnait tout le temps »

Un jour sans femme – Laetitia Colombani (2026)

Et si les femmes faisaient une grève générale ?

Dans ce roman choral, Laetitia Colombani met en lumière le pouvoir des femmes dans le monde entier.

En abordant le destin de quatre femmes issues de continents différents que tout oppose, ce roman propose une union féminine.

En Islande, Katla perd sa meilleure amie qui meurt brutalement sous les coups de son conjoint. Au Japon, Michiko subit chaque jour une mise à l’écart implacable du fait de sa grossesse. Au Sénégal, Hawa, épuisée par sa vie à l’hôpital, vient trouver refuge auprès des siens mais ravive un traumatisme profond. Au Salvador, Ana Maria, face à la violence de ses conditions de travail à l’usine, lutte chaque jour pour sa fille. Chacune à sa manière, elles font face au poids des traditions et aux inégalités entre hommes et femmes.

Si leurs vies semblent inconciliables, le souvenir de la grève générale des femmes en Islande, le 24 octobre 1975, qui avait paralysé le pays, fait naître l’espoir d’une nouvelle mobilisation des femmes. Ces destins, si opposés, pourront-ils se rejoindre ?

En tressant les destins de femmes, Laetitia Colombani redonne une voix à ces femmes invisibilisées. Un roman puissant qui prône une solidarité féminine. J’ai aimé toute la dimension militante de ce livre qui insuffle un véritable espoir et appelle à la révolte.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Hawa est habituée à ce type de méprise, teintée de racisme ordinaire. N’importe quel aide-­soignant à la peau blanche est pris pour un médecin, mais aux yeux de certains, une femme noire est forcément une infirmière. Son genre et sa couleur passent avant sa fonction, et tous les badges du monde n’y changeront rien ».

« Au terme d’une course aux études éprouvante, les Japonaises se retrouvaient contraintes à ce choix insensé : devenir mère ou avoir un métier ».

Kafka : Les mécanismes du pouvoir – Tiphaine Rivière (2026)

Et si nous portions un nouveau regard sur l’œuvre de Kafka ?

Dans un roman graphique brillant, Tiphaine Rivière s’empare de La Métamorphose de Kafka pour retranscrire les mécanismes de domination à travers les sphères politique, personnelle et professionnelle.

Lors du baccalauréat blanc de français, Matthieu se retrouve démuni lorsqu’il doit analyser le livre emblématique de Kafka, La Métamorphose. Pourtant, il est confronté chaque jour au pouvoir insidieux et omniprésent de son père qui régit leur famille. Son père use ainsi de son autorité pour contraindre la professeure de français à lui dispenser des cours particuliers. À mesure que la famille comprend la pensée kafkaïenne, elle perçoit les oppressions insidieuses qui régissent son rapport au travail et à la société. Comment la compréhension de Kafka lui permettra-t-elle de mieux appréhender sa vision du monde ?

J’ai aimé toute l’intelligence qui émane de cette bande dessinée. Tiphaine Rivière use d’une œuvre majeure pour retranscrire la dimension moderne de la pensée de Kafka.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« On ne peut rien demander à un cafard. Il est donc libre ».