Les conditions idéales – Mokhtar Amoudi (2023)

Et si nous évoquions une enfance brisée ?

Skander est un enfant de l’Aide sociale à l’enfance. Abandonné par une mère dysfonctionnelle qui doit faire face à ses démons, Skander n’a jamais connu son père. Très jeune, il est placé en famille d’accueil.

A huit ans, Skander voit sa vie à nouveau basculer et va devoir changer de famille. Il déménage à Courseine, en banlieue parisienne et rencontre Madame Khadija. Si ce nouveau repère maternel a choisi la garde des enfants pour répondre à ses besoins d’argent, une relation particulière se tisse entre eux au fil des années.

Passionné par les études et amoureux des dictionnaires, Skander va peu à peu s’acclimater au monde extérieur et côtoyer les jeunes du quartier. Skander arrivera-t-il à maitriser son avenir ou glissera-t-il inexorablement vers la délinquance ?

Dans ce premier roman tendre, Mokhtar Amoudi met en exergue les déterminismes sociaux et les stéréotypes lancinants qui planent dans notre société. Avec un personnage particulièrement attachant et une connotation autobiographique, Mokhtar Amoudi revient sur une enfance chaotique tout en nous livrant un message d’espérance.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Je ne pensais pas à l’argent, j’étais content. On n’en aura jamais assez de toute façon. C’est comme l’amour. Il faut s’y faire ».

« On a été abandonné une fois, on se dit que ça ne pourra plus arriver, que jamais on ne se permettra de vous la refaire. Mais un adulte, c’est capable de tout »

Etre mère – Julia Kerninon (2024)

Et si nous écoutions des voix féminines ?

Dans ce recueil initié par Julia Kerninon, sept autrices vont évoquer leurs parcours autour de la maternité.

Des témoignages intimes où se mêlent peur, angoisse, joie, culpabilité ou incertitude. Les thèmes abordés sont vastes de l’accouchement, aux représentations autour de l’allaitement, à la dualité de la femme devenue mère ou encore à son rapport au corps et la crainte éprouvée pour l’avenir de ses enfants. La diversité des témoignages est frappante et chaque autrice va aborder cette thématique avec son propre vécu.

Admirative de l’oeuvre de Julia Kerninon, j’ai aimé son initiative et cette parole libérée des femmes. Cette mise a nu permet de lever le voile sur les tabous qui planent toujours autour de la maternité. Un agréable moment de lecture que je vous recommande.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Avoir des enfants nous fait peur et nous rend fortes, nous égare et nous retrouve, nous empêche et nous autorise, nous pèse et nous grise, ne nous apprend rien sinon que tout restera toujours à apprendre »

« Nos peurs, nos réflexions, nos déchirures ont droit de cité au sein des livres. Nous ne sommes peut-être que la moitié de l’humanité, mais nous l’avons créée tout entière »

Les nuits que l’on choisit – Elise Costa (2023)

Et si nous lisions des chroniques judiciaires ?

Dans ce récit, Elise Costa nous permet d’entrevoir son métier de journaliste judiciaire. Elle nous propose une immersion dans des procès criminels et partage un autre versant du système judiciaire.

Elise Costa publie de longues chroniques judiciaires sur la plateforme Slate.fr. Elle renouvelle les parutions autour des affaires criminelles en proposant un format beaucoup plus étoffé en plusieurs épisodes. Dans ce livre, elle partage ses chroniques autour de plusieurs affaires dont les plus médiatiques comme la joggeuse de Bouloc, Troadec, Nordahl Lelandais.

Afin d’assister à ces divers procès, Elise parcourt la France. Elle a choisi une vie particulière entre la salle des pas perdus, le banc inconfortable de la salle d’audience et une chambre d’hôtel anonyme. Elle dissèque l’audience, s’attache à des détails, s’imprègne des témoignages et de ses entretiens avec les victimes. Au-delà de chroniques judiciaires, ses écrits sont aussi le reflet de la psychologie des accusés.

Un livre incarné qui propose un nouvel angle pour aborder les affaires criminelles. J’ai beaucoup aimé l’empathie et l’humanité qui se dégage de sa plume. Un livre captivant où Elise Costa nous partage sa passion pour son métier.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La morale dans les affaires criminelles, ça n’existe pas, pas plus que les saints ou les démons, les héros ou les monstres. Comme à chaque fois, c’est une histoire de gens ordinaire ». 

« Le mal existe, c’est vrai, mais à l’instar de la couleur noire, il est rarement absolu ».

Combats et métamorphoses d’une femme – Edouard Louis (2021)

Et si nous évoquions le portrait d’une mère ?

Dans un style tranchant, Edouard Louis dresse le portrait sans concession de sa mère et fait jaillir ses souvenirs d’enfance.

Comme il avait déjà évoqué son père dans son oeuvre, Edouard Louis dans ce court récit fait surgir les traits de sa mère. Une mère parfois radicale dans ses mots ou ses gestes mais surtout une femme ignorée et incomprise. Séparée du père de son premier enfant, elle a reconstruit sa vie avec un homme qu’elle pensait différent. Pourtant, elle demeure toujours asservie et opprimée. Sous le poids d’une violence inexorable tant sociale que masculine, sa mère a depuis toujours perdu sa liberté et son insouciance. Réussira-t-elle à s’émanciper ?

Edouard Louis propose le récit d’une métamorphose face à une fatalité mécanique. Entre honte et admiration, il évoque sa relation tumultueuse avec sa mère. Dans un style radical et personnel, ce récit sensible est celui de leur réconciliation.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Notre rapprochement n’a pas seulement changé son avenir, il a aussi transformé notre passé ».

« Quand j’étais enfant, nous avions honte ensemble – de notre maison, de notre pauvreté. Maintenant j’avais honte de toi, contre toi. Nos hontes se sont séparées »

« Elle était certaine qu’elle méritait une autre vie, que cette vie existait quelque part, abstraitement, dans un monde virtuel, qu’il aurait fallu un rien pour l’effleurer, et que sa vie n’était ce qu’elle était dans le monde réel que par accident »

Le lait de l’oranger – Gisèle Halimi (1988)

Et si nous évoquions les souvenirs d’une femme de combats ?

Gisèle Halimi dévoile dans ce livre infiniment tendre et personnel son enfance en Tunisie, la mort tragique de son frère, son parcours et ses engagements.

A travers ses mots, Gisèle Halimi parle surtout d’Edouard, son père. Elle raconte la place du premier homme de sa vie et le lien indestructible qui les unissait. Avec émotion, nous découvrons la fierté dans les yeux de ce père, sa fille avait réussi au-delà de ses espérances mais elle s’était aussi engagée dans des luttes qui le dépassaient.

Dans ce récit, Gisèle Halimi mentionne également des rencontres savoureuses de Simone de Beauvoir à Jacques Chirac en passant par Sartre, Simone Veil ou Aragon. Ces personnalités qui ont jalonné sa vie permettent d’éclairer toute une époque.

Ce livre révèle l’émancipation admirable d’une femme. Gisèle Halimi s’est investie dans des causes loin des valeurs traditionnelles inculquées par sa famille. J’ai beaucoup aimé cette autobiographie, portée par une écriture limpide et délicieuse, qui nous permet de mieux comprendre cette femme incroyable.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il me fallait toucher, humer, caresser, ouvrir, fermer les pages. Comme un rite sensuel qui me préparait au plaisir. La lecture me submergeait alors de ses vagues et j’accédais à un autre monde ».

« Seule la grande émotion de « toucher » enfin la France me submergeait. Ce pays que j’avais construit en moi, à partir de mes lectures, de mes images, de mes fantasmes, me devenait terre et lumière. j’allais m’y intégrer, m’y fondre avec volupté. La tour Eiffel me mettait les larmes aux yeux, Notre-Dame, tel un aimant, me tenait immobile de longues heures sur le parvis, je me perdais, éblouie, dans le Marais. A chaque rue, chaque place, je voyais surgir des vieux hôtels Le Roi-Soleil et Racine »

Love me tender – Constance Debré (2021)

Et si nous parlions d’un livre coup de poing ?

Dans ce court récit largement autobiographique, Constance Debré dresse le parcours d’une mutation.

Avocate et mère de famille, Constance Debré a décidé de changer de voie et de se connecter à sa véritable identité. Elle devient écrivaine et se libère de ses attaches. Constance se connecte à sa sexualité et multiplie les conquêtes féminines. Assumer ses choix va provoquer de nouveaux sacrifices. Face à l’homosexualité de son ex-femme le père de son fils décide d’entamer une procédure pour lui enlever la garde de son enfant. Entre les combats d’une mère et sa quête de liberté, Constance Debré parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Ce texte sans concession, loin des stéréotypes, donne à réfléchir sur notre rapport à la liberté, nos besoins de dépossession et porte un nouveau regard sur la maternité. Porté par une écriture âpre presque viscérale, ce récit poignant est une véritable claque littéraire.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre . Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’en foutre, une fois pour toutes de l’amour, de l’amour prétendu, de toutes les formes d’amour, même de celui- là, pourquoi il faudrait absolument qu’on s’aime »

« En vrai un juge dit à un petit garçon qui sera un homme mon fils que sa mère est coupable parce que son père tout-puissant le décide. Qu’elle n’est pas vraiment une mère puisqu’elle n’est pas vraiment une femme puisqu’elle n’aime pas vraiment les hommes. Que l’endroit est toujours du côté du plus fort et que la liberté n’est qu’une farce »

L’arabe du futur, tome 2 Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985) – Riad Sattouf (2015)

Et si nous voyagions au Moyen-Orient avec Riad Sattouf ?

Dans ce second volume de l’arabe du futur, nous continuons à parcourir l’enfance de Riad Sattouf en plein cœur du Moyen Orient.

Nous retrouvons Riad pour sa première année d’école en Syrie. Malgré ses cheveux blonds et ses origines bretonnes, Riad fait tout pour s’intégrer. Dès les premiers jours, il parvient à nouer des relations amicales qui l’aident à faire face aux conditions d’enseignement. En effet, son institutrice use de brimades d’une particulière violence. Malgré tout, Riad réussit progressivement à s’accoutumer aux journées d’école rythmées par l’apprentissage de l’hymne national et du coran.

Son père croit en un avenir florissant dans ce petit village de Ter Maaleh, près de Homs. Il a d’ailleurs pour projet la construction d’une grande villa pour asseoir la position familiale dans la région. Sa mère ne parvient pas à s’acclimater à sa nouvelle vie et se désespère de leurs conditions d’existence. Comment Riad et sa famille vont-ils réussir à s’intégrer pleinement en Syrie ?

Riad Sattouf nous offre avec ce deuxième volume une nouvelle leçon d’humanité. Il parvient, avec tendresse, à nous transmettre des messages forts sur le contexte politique de l’époque et sur les conditions de vie en Syrie. Je continuerai à m’atteler à la découverte de la destinée de Riad.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Les armoires vides – Annie Ernaux (1974)

Et si nous évoquions une honte enfouie ?

Dans un récit sans concession Annie Ernaux évoque son enfance et son mépris croissant vis-à-vis de ses parents.

Issu d’un milieu modeste, Annie Ernaux a grandi dans le café-épicerie de ses parents à Yvetot en Normandie. Elle a côtoyé les effluves d’alcool, entrecoupées de mots d’argots et de manières rustres. L’ascension sociale et culturelle elle la découvre par l’école. Chaque année, ses réussites scolaires l’éloignent de ses parents et lui font prendre conscience de la réalité du milieu dont elle est issue.

A travers une écriture impulsive et nerveuse, Annie Ernaux livre un portrait dérangeant de ses parents. Par les mots, elle tente de s’affranchir de la honte qu’elle porte en elle.

Avec une écriture acerbe et tranchante, Annie Ernaux évoque une déchirure sociale. Si j’ai été moins emportée que par les autres oeuvres d’Annie Ernaux, ce premier récit d’une vérité criante et parfois cruelle ne peut laisser indifférent.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« On ne parle jamais de ça, de la honte, des humiliations, on les oublie pas les phrases perfides en plein dans la gueule, surtout quand on est gosse ».

« Quand ai-je eu la trouille folle de leur ressembler, à mes parents ? »

Les années – Annie Ernaux (2008)

Et si nous évoquions des souvenirs avec Annie Ernaux ?

Dans ce récit intime, Annie Ernaux fait coexister son existence singulière avec les bouleversements de toute une génération.

Depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre Mondiale jusqu’à sa vie d’adulte, elle témoigne de sa trajectoire inscrite dans une mutation historique et politique. Annie Ernaux retrace mai 68, les élections successives, les bouleversements économiques et technologiques pour mettre en lumière les propres évolutions de sa vie. Annie Ernaux évoque aussi son destin de femme aux multiples facettes, étudiante, mère, grand-mère, amante, autrice. Au travers des photos successives éclairant chaque étape de sa vie, elle parvient à faire surgir nos propres existences.

Dans ce récit imprégné d’une histoire collective, Annie Ernaux se met davantage à distance. Avec finesse, elle s’efface peut-être pour laisser résonner nos propres souvenirs. Si je garde un préférence pour d’autres textes plus intimes d’Annie Ernaux, je ne peux que vous encourager à découvrir l’ampleur de son oeuvre si singulière.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« La distance qui sépare le passé du présent se mesure peut-être à la lumière répandue sur le sol entre les ombres, glissant sur les visages, dessinant les plis d’une robe, à la clarté crépusculaire, quelle que soit l’heure de la pose, d’une photo en noir et en blanc ».

« Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération »

« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais »

Passion simple – Annie Ernaux (1991)

Et si nous évoquions le feu brûlant d’une passion amoureuse ?

Avec ses mots éminemment personnels, Annie Ernaux raconte une fulgurante et obsessionnelle passion amoureuse.

Lorsqu’elle rencontre un homme marié, la vie d’Annie Ernaux bascule : « Je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi ». L’omniprésence de la passion vient bouleverser toute sa vie de professeur et mère de famille. Elle raconte comment l’attente rythme chacune de ses journées. Si les rencontres avec cet homme sont fugaces, son obsession fanatique ravage toutes ses pensées.

Roland Barthès disait : « Suis-je amoureux ? – Oui, puisque j’attends, l’identité fatale de l’amoureux n’est rien d’autre que : je suis celui qui attend. » Au delà de l’autre, c’est le désir et cet état qui pousse Annie Ernaux a perpétué une histoire d’amour aussi passionnelle que vaine.

Avec une grande justesse, elle parvient à mettre des mots sur une expérience intime qui ne peut que faire écho à notre propre rapport avec la passion.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« J’ai découvert de quoi on peut être capable, autant dire de tout. Désirs sublimes ou mortels, absences de dignité, croyances et conduites que je trouvais insensées chez les autres tant que je n’y avais pas moi-même recours. À son insu, il m’a reliée davantage au monde ».

« J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment, en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger »