Si l’espoir apaise la douleur – Simone Veil (2022)

Et si nous évoquions un témoignage bouleversant ?

Ce récit nous propose d’écouter la voix lumineuse et puissante de Simone Veil.

Parmi les témoignages des rescapés des camps, l’INA détenait un long entretien inédit de Simone Veil enregistré en 2006. Ce livre nous propose la retranscription de l’intégralité de son récit.

Avec pudeur et humanité, Simone Veil raconte sa déportation mais dévoile aussi son intimité. Elle évoque sa jeunesse insouciante à Nice entourée d’une famille aimante et unie. Elle décrit ensuite les prémisses de la Seconde Guerre mondiale. Elle raconte comment tout bascule le 30 mars 1944, au lendemain des épreuves du baccalauréat, quand elle se fait contrôler par des soldats allemands.

Elle est déportée avec sa mère et sa soeur dans les camps d’Auschwitz et de Bergen-Belsen. Elles restent toutes les trois unies face à l‘humiliation constante et l’indescriptible horreur des camps. Simone Veil raconte, pas à pas, les années de déportation mais aussi l’humiliation du retour. Elle nous fait part de son ressenti lors de la libération face au silence assourdissant autour des déportés juifs.

Un récit bouleversant, criant d’humanité, que je ne peux que vous recommander.

Merci aux éditions flammarion pour cet envoi

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citation :

« Il faut savoir faire des concessions, des sacrifices, quelque chose de dur, même, affectivement, si on veut que les jeunes aient un avenir qui ne soit pas obéré dès le départ par des rancoeurs, des haines, des désirs de revanche et de vengeance ».

La femme gelée – Annie Ernaux (1981)

Et si nous parlions d’un récit qui interroge l’émancipation féminine ?

Annie Ernaux a été éduquée par un couple moderne. Son père s’acquittait des tâches ménagères pendant que sa mère gérait la comptabilité de leur commerce. Ce modèle parental, à contrecourant des parents de ses amies, a contribué à façonner sa personnalité.

Quand Annie grandit elle rencontre l’amour et partage avec un homme, résolument progressiste, les mêmes idéaux. Pourtant, lorsqu’ils se marient et fondent leur vie commune, leur quotidien est bien éloigné de celui de ses parents.

Dès leur mariage, la différence entre eux devient visible par des petits gestes. Par ses actes, son mari démontre qu’il est bien éloigné des valeurs égalitaires qu’il prône. Lorsqu’elle devient mère de famille la différence est encore plus flagrante. Annie doit concilier ses aspirations professionnelles avec son rôle de mère tandis que son époux ne peut jamais se détourner une seconde de sa carrière.

Avec beaucoup de finesse, Annie interroge l’enlisement progressif de ses aspirations sous le poids de ce rôle de femme et de mère ayant pour charge toute l’organisation du foyer.

Les renoncements d’une femme gelée sous les conventions sociales et masculines sont parfaitement décrits dans ce récit aussi fort que personnel.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Femmes fragiles et vaporeuses, fées aux mains douces, petits souffles de la maison qui font naître silencieusement l’ordre et la beauté, femmes sans voix, soumises, j’ai beau chercher, je n’en vois pas beaucoup dans le paysage de mon enfance ».

« Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence« 

« Un univers de femme rétréci, bourré jusqu’à la gueule de minuscules soucis. de solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l’entretien des choses« 

Le palanquin des larmes – Chow Ching Lie (1975)

Et si nous parlions d’un récit autobiographique d’une humanité bouleversante ?

Dans cette oeuvre infiniment personnelle, Chow Ching Lie raconte sa destinée en tant que femme au coeur d’une Chine ancestrale soumise à de grandes transformations.

Dans un Shanghai en pleine mutation politique, Chow Ching Lie, repérée par sa beauté exceptionnelle, est contrainte à treize ans de se marier avec un homme maladif issu d’une des familles les plus fortunées du pays.

Proche de ses parents depuis sa tendre enfance et en particulier de son père, Chow Ching Lie doit quitter sa famille pour se soumettre à celle de son mari. Elle vit cette séparation comme un déchirement. Malgré sa tristesse, sa famille choisit la tradition. Si le pays tout entier entrevoit le sursaut de l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé- Toung, ce vent nouveau n’atteint pas le cercle familial.

Devenue l’esclave de sa belle-famille, elle va devoir s’acclimater à cette nouvelle vie. Passionnée par la musique, parviendra-t-elle à concilier son rôle d’épouse, ses aspirations artistiques et sa soif de liberté ?

Un récit passionnant qui entremêle avec brio la destinée d’une femme dans un pays oscillant entre modernité et valeurs séculaires. Je reste admirative de la personnalité et du parcours de Chow Ching Lie. Une grande humanité émane de ce livre qui nous emporte dans ce drame familial saisissant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Je me disais alors et je me dis encore avec la sincérité la plus totale que si les marques de la lèpre séculaire que fut la misère de la Chine devaient être effacées à jamais au prix des souffrances et du châtiment d’une poignée de riches, ce prix était juste et valait la peine d’être payé ».

« Petite fille , j’ai souffert et pleuré de bonne heure. J’étais jolie : ce n’est pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n’aurais sans doute pas été mariée de force à l’âge de treize ans ».

« C’est pourquoi, à cause de la cupidité d’une partie de ma famille, j’ai été vendue, moi aussi, sous des apparences certes plus honorables, celles du mariage, et même avec un déploiement de faste comme on en vit peu dans mon pays. Comédie de grande alliance familiale qui augmenta, par sa dérision, ma tragédie personnelle : j’étais une écolière connaissant la légende de Liang et Tso qui meurent pour leur amour comme Roméo et Juliette et je me voyais condamnée à vivre sans amour. D’autres, par millions, ont connu la faim du corps alors que je n’ai manqué de rien, mais les malheurs de la Chine sont les enfants d’une même famille »

La place – Annie Ernaux (1983)

Et si nous parlions de transfuge ?

Avec ce récit, aux tonalités viscéralement autobiographiques, Annie Ernaux nous parle de son changement de classe sociale. Elle raconte avec des détails précis et ciselés son enfance à Yvetot en Normandie.

Dans ce court récit, elle évoque par bride sa famille et principalement son père. Modeste commerçant, il s’est extrait de sa condition ouvrière et a ouvert un café-épicerie à Yvetot. Il a vu sa fille réaliser de brillantes études et accéder à l’enseignement, une sphère qui lui paraissait inaccessible.

Froid et fragmentaire, ce livre est une mise à nu dénuée d’émotion. Annie Ernaux raconte avec une certaine hauteur et un ton qui peut se percevoir comme méprisant la classe dont elle est issue. Avec un style singulier, elle évoque un sentiment de honte vis-à-vis de son milieu lorsque, devenue écrivain et professeur, elle a trouvé sa place. Cette élévation sociale s’accompagne aussi d’un tout nouveau regard porté sur son père.

Malgré cette mise à distance et ce style factuel, Annie Ernaux arrive à faire surgir une émotion brute et terriblement intense. Avec ses mots d’une profonde pudeur, elle fait renaître toute une époque et fait revivre son père jusqu’à nous émouvoir aux larmes.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Peut-être sa plus grande fierté, ou même la justification de son existence : que j’appartienne au monde qui l’avait dédaigné »

« Je voudrais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l’adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n’a pas de nom. Comme de l’amour séparé »

Nadja – André Breton (1928)

Et si nous parlions de surréalisme ?

André Breton évoque sa passion pour Nadja dans ce récit hybride mêlant essai philosophique, roman ou récit autobiographique.

En 1926, André Breton rencontre la fantasque et fascinante Nadja à Paris, ce nom envoûtant signifie « le commencement du mot espérance ». Il échange avec elle un baiser « dans lequel il y a une menace ». Captivé par sa liberté, il multiplie les rencontres avec cet être unique aux quatre coins de Paris.

Sous les traits de Nadja, André Breton prône la liberté et l’émancipation. Il laisse le fil de sa pensée et de ses réflexions s’écouler avec une grande fluidité dans ce texte. Au-delà de cette passion amoureuse, il dévoile sa critique de la psychanalyse, sa réflexion sur la folie et ponctue cette oeuvre de références littéraires et artistiques.

Ce texte surréaliste mêle avec harmonie dessins et photographies pour une immersion dans Paris et dans les interstices de la pensée d’André Breton. Ce texte hors norme, devenu intemporel, est traversé par des mots d’une fulgurante beauté.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu’il ne saurait être question de se soumettre ».

« Je savais tout, j’ai tant cherché à lire dans mes ruisseaux de larmes »

« Seul l’amour au sens où je l’entends – mais alors le mystérieux, l’improbable, l’unique, le confondant et l’indubitable amour – tel enfin qu’il ne peut être qu’à toute épreuve, eût pu permettre ici l’accomplissement du miracle ».

« La beauté sera convulsive ou ne sera pas ».

J’ai un nom – Chanel Miller (2021)

Et si nous écoutions le cri d’une femme ?

Le 17 janvier 2015, Chanel Miller assiste avec sa soeur à une soirée étudiante sur le campus de Stanford. Elle se réveille à l’hôpital, quelques heures plus tard, et ne se souvient de rien. Les examens médicaux lui révèlent l’impensable, elle a été victime d’un viol.

Le mis en cause serait un athlète au parcours irréprochable, il soutient qu’il s’agissait d’un rapport consenti. Etape par étape, Chanel tente de reconstruire les événements de la soirée dans les moindres détails pour faire éclater sa vérité. Des examens médicaux aux auditions par la police ou lors du procès, Chanel nous livre son éprouvant parcours et celui de ses proches. Elle fait face, avec beaucoup de courage, aux institutions et à un système judiciaire implacable.

Au-delà des faits, Chanel dévoile le récit de son parcours de reconstruction et nous interroge sur le fonctionnement de la procédure judiciaire aux Etats-Unis. Un récit personnel d’une grande force où Chanel Miller livre son lent et douloureux combat. Je salue ce témoignage bouleversant et criant de sincérité.

Merci aux éditions « cherche midi » pour cet envoi !

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage – Maya Angelou (1969)

Et si nous parlions d’une histoire de vie poignante ?

Dans ce récit autobiographique, Maya Angelou nous parle de son enfance et de son adolescence dans le sud des Etats-Unis. Ses parents la confient avec son jeune frère à sa grand-mère, Momma. Aussi dure que protectrice, Momma va leur donner une éducation religieuse rigide. Son enfance est rythmée par l’école, l’église et les corvées au sein du magasin alimentaire où travaille sa grand-mère.

À l’âge de sept ans, Maya et son frère partent retrouver leur mère, une femme belle et indépendante. Lors de ce séjour, Maya connaîtra la fin définitive de son enfance et retournera vivre brutalement chez sa grand-mère.

Malgré les nombreux drames qui jalonnent sa vie, Maya arrive à puiser sa force dans la littérature. Elle côtoie Poe, Shakespeare ou encore les soeurs Brontë et apprend à lire à voix haute. Son caractère fort et indomptable prend aussi racine dans les femmes qui accompagnent son enfance notamment sa grand-mère. À travers sa propre histoire, Maya Angelou dessine à chaque page le poids du racisme qui a impacté toute sa vie et celle de sa famille.

Figure du mouvement américain pour les droits civiques, Maya Angelou est à la fois poétesse, écrivaine, actrice et militante, ce livre nous permet d’en savoir bien plus sur l’enfance d’une femme hors du commun.

Maya Angelou construit ses mémoires sous forme de brides et mélange les petits instants insignifiants de son quotidien et les grands événements qui ont marqué son enfance.

À la fois tendre et cynique, ce récit dévoile au lecteur toute l’intimité et les combats de Maya Angelou.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Pour la bonne raison qu’en réalité j’étais blanche et qu’une cruelle fée Carabosse, bien naturellement jalouse de ma beauté, m’avait changée en un échalas de négresse, avec des cheveux noirs crépus, des pieds plats et, entre les dents, un espace où on aurait pu glisser un crayon ».

« Laissez donc aux Blancs leur argent et leur pouvoir, leur ségrégation et leurs sarcasmes, leurs grandes maisons et leurs écoles, et leurs pelouses comme des tapis et leurs livres et surtout – surtout – laissez-leur donc leur blancheur. Il valait mieux être humble et modeste, insulté et maltraité pour un petit bout de temps que de passer l’éternité à rôtir en enfer »

Mémoires d’une jeune fille rangée – Simone de Beauvoir (1958)

Et si nous évoquions une œuvre autobiographie ?

Ce texte d’apprentissage nous confronte au destin unique de Simone de Beauvoir. De ses premiers pas à ses émois de jeune fille, cette autobiographie retrace sa jeunesse mais aussi ses rapports avec la littérature et la philosophie.

Simone est une jeune fille sérieuse et conformiste, imprégnée de son éducation catholique, elle va peu à peu s’éloigner des codes dictés par son milieu et réfléchir par elle-même.

Depuis son plus jeune âge, elle idolâtre son père qu’elle voit comme un modèle. Puis, à l’adolescence, elle s’émancipe, peu à peu, de ses parents. Elle prend pour la première fois conscience que ses valeurs peuvent être bien différentes. Eprouvant une passion pour la littérature et la philosophie, elle décide de poursuivre ses études plutôt que de devenir une mère de famille. Le mariage n’est plus sa norme et Simone pense, avant tout, à son indépendance intellectuelle.

Ces mémoires sont également construits autour de rencontres déterminantes. Ainsi, au-delà des mots, c’est au travers d’autrui que Simone découvre d’autres manières de penser et d’aborder la vie. Elle va ainsi réussir à évoluer et à s’éloigner du carcan familial. Ses rapports avec Jacques, Zaza, Herbaud mais surtout Sartre sont particulièrement intéressants. A ce titre, j’aurai aimé que sa relation avec Sartre, qui apparaît à la fin du livre, soit plus enrichie.

J’ai ressenti des longueurs durant la première partie de l’ouvrage, mais peu à peu, le charme opère. J’ai aimé son rapport aux livres, cette passion va prendre une place centrale dans son existence et être aussi le terrain de son indépendance. Ainsi, c’est une femme résolument moderne qui nous est dépeinte, elle se place au même niveau que les hommes qu’elle côtoie.

Finalement, Simone de Beauvoir nous raconte sa libération intellectuelle et féministe dans une époque construite autour de valeurs traditionnelles.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« J’aimais mon entourage, mais quand je me couchais le soir, j’éprouvais un vif soulagement à l’idée de vivre enfin quelques instants sans témoin ; alors que je pouvais m’interroger, me souvenir, m’émouvoir, prêter l’oreille à ces rumeurs timides que la présence des adultes étouffe ».

« La littérature prit dans mon existence la place qu’y avait occupée la religion : elle l’envahit toute entière, et la transfigura ».

« Je veux la vie, toute la vie. Je me sens curieuse, avide, avide de brûler plus ardemment que toute autre, fût-ce à n’importe quelle flamme ».

Le consentement – Vanessa Springora (2020)

Et si nous évoquions un témoignage bouleversant et courageux ?

Vanessa Springora a treize ans lorsqu’elle devient la proie d’un prédateur : Gabriel Matzneff. Dans cet ouvrage, elle dépeint cette relation d’emprise et la retrace en plusieurs actes.

Son témoignage débute par le récit d’une enfance brisée où un père absent a laissé un vide insondable.

Lors d’une soirée où se rencontre les personnalités du monde littéraire, Vanessa Springora fait la connaissance d’un écrivain, G. Être intouchable par sa célébrité et par son intellect, c’est un regard plein de désir qu’il pose sur l’adolescente. Puis, la domination se tisse autour des mots par l’afflux de lettres où il lui déclare son amour.

G. se dresse en mentor et remplace une figure paternelle dramatiquement absente. Il se place comme le seul homme capable de l’initier à la sexualité. Puis, elle arrive peu à peu à se détacher de cette relation dépendante et parvient à s’en libérer.

Enfin, Vanessa Springora nous livre l’empreinte indélébile laissée par cet homme sur sa vie de femme. Elle décrit les traces profondes et traumatiques qui marqueront à jamais son corps et son âme.

Déflagration dans le milieu littéraire, ce livre loin d’un acte de vengeance est avant tout thérapeutique. Vanessa Springora par l’écriture cherche à se reconstruire. Cette relation d’emprise par la littérature l’a détournée des mots. Ce roman, véritable processus de résilience, lui a permis de renouer avec l’écriture.

Avec stupéfaction, nous découvrons l’impunité dont Gabriel Matzneff a bénéficié pendant tant d’années. Au-delà d’une parole enfin libérée, Vanessa Springora mène également une réflexion élégante et digne sur la notion de consentement.

Un livre qui se lie en quelques heures et qui invite, par les mots, à une prise de conscience nécessaire.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre ».

« Notre amour était un rêve si puissant que rien, pas un seul des maigres avertissements de mon entourage, n’avait suffi à m’en réveiller. C’était le plus pervers des cauchemars. C’était une violence sans nom ».

Qui a tué mon père – Edouard Louis (2018)

Envie de se plonger dans un pamphlet politique court et cinglant ?

J’avais déjà beaucoup apprécié En finir avec Eddy Bellegueule, c’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai débuté un des autres textes marquants d’Edouard Louis « Qui a tué mon père ».

L’écrivain raconte son père dans ce court récit amplement autobiographique.

Edouard Louis envisage son rapport complexe et profond à son père. L’ouvrage débute ainsi par ses quelques mots reflets de l’intensité de ce récit :

« Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots là qu’il faudrait commencer : Un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. »

Dès les premières lignes, Edouard Louis nous fait part du gouffre inouï creusé entre lui et son père au fil des années, deux êtres qui ne se sont jamais véritablement compris. Un père resté hostile à la féminité de son fils mais qui, pour autant, n’a jamais cessé de l’aimer.

Dès son enfance, l’écrivain se place comme différent et diamétralement opposé à son géniteur. Pour autant, durant tout le récit, un amour puissant les lie l’un à l’autre par la beauté de certains gestes. Cette ambivalence, reflet de leur rapport intime, est criante de vérité.

Mais ce texte est également un pamphlet politique, Edouard Louis exprimant avec beaucoup de force comment la politique a brisé son père.

Comment, l’usure du travail à l’usine a fini par broyer son dos. Puis, comment les réformes successives l’ont obligé à une reprise d’un travail comme balayeur malgré des souffrances physiques insoutenables.

J’ai découvert un réquisitoire acerbe sur les conséquences des choix politiques sur les individus.

Les deux volets de ce récit sont portés par une belle écriture incisive. Un livre viscéral qui emporte immédiatement son lecteur.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Quand on lui demande ce que le mot racisme signifie pour elle, l’intellectuelle américaine Ruth Gilmore répond que le racisme est l’exposition de certaines populations à une mort prématurée ».

« Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’était vivre ou mourir. »

« L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique ».