Régime sec – Dan Fante (2005)

Je vous avais déjà parlé sur le blog d’un de mes auteurs américains préférés, j’ai nommé : John Fante.

Aujourd’hui nous abordons ensemble son héritage, Dan Fante, son fils, qui a réussi à poursuivre avec talent son oeuvre.

Il a d’ailleurs dédié son livre à son père en ces termes si Fantesque :

A mon père, John Fante.
Merci, fils de pute sublime.

Dan Fante, après avoir multiplié les petits boulots à New York comme vendeur, gardien de nuit, chauffeur de taxis, détective privé ou laveur de carreaux entame sa carrière d’écrivain à l’âge de 45 ans.

Digne héritier de son père, son œuvre est marquée par l’argent, l’alcool, la drogue, le sexe et la quête d’un succès littéraire.

Dan Fante n’oubliera jamais que le premier éditeur à lui faire confiance était français, il continuera à vouer une belle attache pour la France en se présentant comme un écrivain français.

Régime sec, ce recueil de huit nouvelles, dans la lignée de John Fante et de Charles Bukowski est un très joli instant littéraire et m’a fait replonger avec délice dans l’univers de ces auteurs que j’affectionne tant !

Sous fond de débâcle d’alcool et de drogue, l’écrivain nous livre un recueil brut, caustique, noir et vif.

Entre des tentatives de désintoxication avortées, des aventures décousues, des pannes d’écriture, Dan Fante nous fait rencontrer des clients sordides et nous plonge dans ses aventures et dérapages multiples.

L’écrivain nous fait voyager dans son taxi à la rencontre de personnages plus déjantés les uns que les autres et tous difficilement recommandables : des stripteaseuses, des écrivains ratés, un portier macho, des réalisateurs sur le retour, un éleveur de serpent…

Fils désabusé du rêve américain, il n’a de cesse de surprendre et d’horrifier son lecteur.

J’aime particulièrement l’atmosphère acide de son œuvre qui se lit d’un trait, transforme le sordide en poésie, fait esquisser un sourire et des envies de voyages dans un Los Angeles sans pitié.

A consommer sans modération avec un verre !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Le taxi me sauvait de la folie. Depuis des mois j’avais le cerveau chauffé au rouge par la dépression, l’insomnie et une effrayante solitude. Je me réveillais cinq ou six fois chaque nuit, ivre de rage, avec dans la tête les visages de tous les gens que je haïssais » 

« Je faisais mon diagnostic : trop déglingué pour écrire. J’avais décidé de toute laisser tomber, tout sauf la poésie que je griffonnais dans le taxi. Tout le reste – essais de roman, de nouvelle – n’était que mensonge et imposture. Des bouses insauvables. »

De sang-froid – Truman Capote (1966)

Un livre coup de poing à vous procurer d’urgence !

De sang-froid, le roman culte de Truman Capote, nous plonge avec effroi dans un fait divers glaçant, survenu en 1959, dans le village de Holcomb, à l’ouest du Kansas. Le lecteur est transporté dans les hautes plaines de blé de cette région américaine aride et solitaire où vient se nicher un petit village.

Rien ne semble pouvoir troubler ce joli paysage américain où les habitants vivent presque en autarcie. Pourtant la ville d’Holcomb restera à jamais meurtrie par le passage de deux truands sans grande envergure, Dick et Perry.

Ils vont assassiner de sang-froid, les Clutter, famille connue, aimée et respectée dans tout Holcomb.

Si le mobile et les détails du crime nous demeurent inconnus, le lecteur est tenu, tout au long du livre, en haleine par la traque policière des deux criminels.

Truman Capote nous transporte, nous glace, nous attache à ses personnages avec un style magistral !

Dick et Perry, ces deux assassins aux caractères si différents, nous laissent à la fois pétrifié et paradoxalement touché par leur histoire de vie.

Perry, surtout, est décrit sous un double visage, à la fois terrifiant et attachant. Truman Capote arrive à faire se succéder des sentiments si diamétralement opposés mais surtout questionne et bouleverse son lecteur sur la société américaine.

Le contexte de cet ouvrage nous en dit aussi très long sur la force de ce roman. Truman Capote en lisant le New York Time, en 1959, découvre le quadruple meurtre d’une famille de fermiers. Il décide d’enquêter lui-même sur cette affaire pendant plus de cinq ans.

Considérablement ébranlé par sa rencontre avec Perry Smith, l’un des meurtriers, l’écrivain sera plongé dans une inéluctable descente aux enfers…

Plus globalement, Truman Capote dévoile un roman psychologique sur les mécanismes qui poussent l’être humain jusqu’au crime. Il décrit un quadruple meurtre atroce et parvient également à humaniser la monstruosité.

Ce fil tendu par l’écrivain entre la noirceur de l’homme mais aussi cette humanité qui tente de survivre est captivant…

Une force admirable se dégage de cet œuvre qui bien au-delà de décrire un terrible fait divers ne peut laisser son lecteur indemne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert ».

« Et les Clutter n’y étaient pour rien. Ils ne m’ont jamais fait de mal. Comme les autres. Comme les autres m’en ont fait toute ma vie. Peut-être simplement que les Clutter étaient ceux qui devaient payer pour les autres »

« Ces péquenots, ils vont voter la corde aussi vite qu’un cochon vide son auge. Regardez leurs yeux. J’veux bien être pendu si je suis le seul tueur dans la salle d’audience ».

Mon désir le plus ardent – Pete Fromm (2018)

Et si nous parlions d’un livre bouleversant ? « Mon désir le plus ardent » de Pete Fromm

Il m’apparaît difficile de décrire ce roman qui nous laisse le regard embué et la gorge serrée…

Sur le papier, il s’agit d’une simple histoire d’amour unissant Maddy et Dalt, deux guides ayant fondé leur petite entreprise de rafting dans l’Oregon.

Mais pourtant, Pete Fromm, nous livre bien plus, une histoire d’amour hors du commun qui touche en plein cœur sans pour autant tomber dans le larmoyant.

Maddy et Dalt se rencontrent à l’âge de vingt ans, ils ont la vie devant eux et un amour immense et sans limite les unit. Ils se marient au bord de l’eau dans le Wyoming et entament leur nouvelle vie, pleine de promesse, en descendant en raft cette rivière.

L’amour peut-il tout affronter ? Maddy et Dalt semblent être le témoignage parfait de l’adage « pour le meilleur et pour le pire » et vont réussir l’impossible en transcendant la maladie.

Maddy apprend, alors qu’elle est enceinte, qu’elle a contracté la sclérose en plaques. Ils vont bouleverser leur projet et leur futur face à l’impensable. Ils vont, malgré la maladie qui transforme Maddy jour après jour, réussir à fonder une famille.

Pete Fromm nous livre un sublime roman d’amour et nous décrit le destin de cette famille capable d’une formidable force d’adaptation face à cette maladie dégénérative qui bouleverse leur quotidien.

Maddy et Dalt, couple indestructible, nous laissent sans voix face à leur force et à leur courage.

La finesse de l’écriture de Pete Fromm s’agissant de la description des personnages, de leur quotidien, de leurs épreuves est envoûtante.

Un amour porté au tréfonds de la chair décrit avec une grande beauté et une grande pudeur par Pete Fromm.

J’ai totalement dévoré ce livre qui m’a profondément transportée et qui s’approcherait presque d’un coup de cœur !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« On va commencer le décompte de nos vies tout de suite. On a des décennies devant nous, Mad. Toi et moi, côté à côté, front contre front. Peau contre peau. Une vie entière »

« Il faut que je fasse tant de choses, et quand il entre en moi, me faisant expirer, parce qu’il le fait toujours, parce qu’il pourrait aussi se charger de cela, devenir mon cœur, mes poumons, je m’accroche à lui comme s’il était tout ce dont j’aurai jamais besoin, une vérité que j’imaginais absolue avant » 

« Il est agenouillé sur le carrelage qu’il a posé lui-même dix ans plus tôt, et je suis à moitié sortie du fauteuil, nous nous enlaçons dans ma salle de bains pour handicapés, et maintenant je sais précisément pourquoi mes yeux sont voilés, et je n’ai aucune intention de le lâcher, jamais » 

Pastorale Américaine – Philip Roth (1999)

C’est avec émotion que j’évoque aujourd’hui, Philip Roth, un très grand écrivain disparu le 22 mai dernier.

Le jour de sa disparition, coïncidence perturbante, je lisais pour la première fois, un de ses romans « Le Théâtre de Sabbath ». Depuis, je me suis plongée avec délice dans l’œuvre de cet auteur qui a bouleversé mes mémoires de livres.

Philip Roth, auteur controversé, a révolutionné l’Amérique puritaine en abordant des thèmes polémiques tels que le sexe, les juifs et la démystification du rêve américain.

Je ne peux que vous inciter à vous plonger dans l’oeuvre de Philip Roth, partie intégrante de la littérature américaine. Pourquoi ne pas commencer par ce volume composé de quatre romans sur l’histoire américaine ?

L’Amérique, colonne vertébrale de l’oeuvre de Philip Roth, traverse l’intégralité de ses romans.

Ainsi, il a redonné une nouvelle couleur à l’histoire américaine de l’avant-guerre aux années 1980 en parcourant l’Amérique en lutte contre la guerre du Vietnam dans « Pastorale Américaine », en décrivant la croisade anticommuniste des années 1950 dans « J’ai épousé un communiste », en créant une nouvelle version de l’histoire du monde dans « Le complot contre l’Amérique » ou encore dans « La tâche » en exposant le monde politique des années 1970 à 1980.

Dans Pastorale Américaine, Philip Roth nous livre une Amérique sclérosée par la guerre du Vietnam.

Au travers de la vision de Zuckerman, écrivain et alter ego de Philip Roth dans plusieurs de ses romans, nous découvrons Seymour Levov dit « Le Suédois », célèbre joueur de baseball de son lycée de Newark. L’écrivain voue un véritable culte à cet athlète qui a traversé sa jeunesse. Le Suédois, petit fils d’un immigré juif, est devenu un américain accompli.

Symbole de la réussite industrielle, il est devenu, dans les traces de son père, un chef d’entreprise prospère de la ganterie et a épousé Miss New Jersey, une irlandaise qui avait failli devenir Miss Amérique. « Le Suédois » a créé une vie digne de l’Amérique adulée par son père.

Mais sous ce tableau idyllique se cache une Amérique meurtrie, celle de la guerre du Vietnam, sa fille dans un acte de rebellion extrême deviendra une militante anti-guerre puis une terroriste.

Ainsi, au-delà du rêve américain, Philip Roth nous livre avec toute sa force une Amérique démystifiée, scandalisée et mortifiée par la guerre du Vietnam.

Philip Roth nous décrit avec une extrême justesse le portrait d’une famille américaine avec un roman d’une très grande profondeur. Je n’ai pu que m’attacher à des personnages, remplis de controverses, leur psychologie est admirablement bien traitée par Roth. Les interactions entre leurs rêves, leurs religions, leurs aspirations, leurs idéologies nous transportent.

Mais au-delà, l’auteur nous retrace avec précision un panorama de la société américaine.

Un roman bouleversant et incontournable de l’œuvre de Philip Roth…

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« On ne traverse pas la vie sans être marqué par la mélancolie, la douleur, le désarroi, le deuil. Même ceux qui ont eu une enfance comblée finissent par avoir leur part de malheur obligé, voire davantage » 

« Voilà sa fille qui l’exile de sa pastorale américaine tant désirée pour le précipiter dans un univers hostile qui en est le parfait contraire, dans la fureur, la violence, le désespoir d’un chaos infernal qui n’appartient qu’à l’Amérique » 

« C’était des usines où les gens avaient perdu des doigts, des bras, où ils s’étaient fait écraser les pieds, brûler le visage, où les enfants avaient trimé jadis dans la chaleur et dans le froid, des usines du dix-neuvième siècle qui broyaient les hommes pour produire des marchandises, et qui n’étaient plus que des tombes impénétrables, étanches » 

Demande à la poussière – John Fante (1939)

Aujourd’hui, je reviens vers vous pour vous présenter une des oeuvres d’un de mes auteurs américains préférés, j’ai nommé John Fante.

John Fante, le tumultueux, auteur imminent dont la reconnaissance me paraît parfois sous estimée son talent magistral ! Sa plume brutale, puissante et sans concession est à découvrir de toute urgence !

Si vous ne le connaissez pas, commencez à le découvrir au travers de son roman « Demande à la poussière » publié en 1939. Cette oeuvre largement autobiographique raconte le destin d’Arturo Bandini, fils d’immigré italien, il quitte le Colorado pour Los Angeles où il rêve de devenir un écrivain reconnu.

Sans expérience, il survit dans une chambre d’hôtel miteuse avec pour seule compagne, cette soif de vivre et de devenir un auteur célèbre. Il fera alors la connaissance de Camilla Lopez, une serveuse au tempérament fougueux…

Ce roman admirable sur le rêve américain nous fait découvrir le personnage clé de l’oeuvre de John Fante que vous pouvez retrouver dans quatre de ses romans, Arturo Bandini, ce jeune écrivain tourmenté, impulsif, orgueilleux, menteur, en quête du succès littéraire.

John Fante, l’auteur qui a inspiré Charles Bukowski, nous parle de cafés miteux, de chambres d’hôtels minables, de débâcle littéraire mais aussi il nous conte une incroyable histoire d’amour…

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citation : 

« A coté d’elle j’étais un étranger. Elle était toutes ces nuits calmes, ces grands eucalyptus, elle était les étoiles du désert, terre et ciel et brouillard dehors, et moi je n’étais venu ici que pour écrire, pour gagner de l’argent, pour me faire un nom et toutes ces singeries »

Le monde selon Garp – John Irving (1978)

Choisir le premier livre pour la première chronique n’est pas une chose aisée.

Aujourd’hui, j’ai décidé pour notre premier rendez-vous littéraire, de vous conter mon ressenti par rapport à un des romans cultes des années 80, le Monde selon Garp…

Adapté au cinéma par George Roy Hill en 1982, il m’est apparu comme « un des romans incontournables » de la littérature américaine. L’occasion est encore plus vive que ce chef d’oeuvre fête ses 40 ans cette année !

Il s’agit d’une première pierre à l’édifice de nos mémoires de livres car cet ouvrage demeurera, toute ma vie, dans ma mémoire littéraire.

Le Monde selon Garp, c’est un roman féministe, une oeuvre qui dérange par son caractère cru mais surtout par ses trésors d’imagination.

Une infirmière, désireuse d’avoir un enfant seule, sans se lier à la vie d’un homme, profite de l’érection d’un soldat mourant pour concevoir un enfant. De cette union née S.T GARP.

Devenu écrivain en quête du roman qui bouleversa sa carrière, S.T GARP est un personnage complexe, protecteur envers sa famille, désireux de connaître la gloire dont fera l’objet sa mère devenue, au travers de son propre roman, une figure de proue du féministe.

Il s’agit d’une histoire qui ne ressemble à aucune autre, la destinée tragique, émouvante et drôle d’un homme paralysé par ses rôles de père protecteur, de fils, d’époux, d’amant…

Se mêlent dans ce roman, des prouesses d’imagination ancrées dans le réel tragique des hommes et de leurs vices.

Les personnages sont beaux et complexes, John Irving dans un interview récent accordé au magazine « América, Ladies First n°6 » confiait qu’il venait d’achever l’écriture d’une série télévisée consacrée à Roberta, un personnage secondaire qui est pourtant une des clés du roman.

Je ne peux que vous inciter à découvrir ou (re)découvrir ce petit trésor de la littérature américaine qui n’a pas pris une ride !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Les écrivains sont de simples observateurs, de fidèles et implacables imitateurs de la nature humaine »

« Une partie de l’adolescence, écrivit-il à Helen, réside dans ce sentiment qu’il n’existe nulle part personne qui vous ressemble assez pour pouvoir vous comprendre »

« Puis je voulus un enfant, sans être, pour autant, obligée de partager mon corps ni ma vie, écrivit l’infirmière Jenny. Cela aussi me rendit, sexuellement parlant, suspecte. »