A l’est d’Eden – John Steinbeck (1952)

« Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. 

Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère (…)

Caïn se retira de devant l’Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l’est d’Éden »

 (Genèse 4, 1-26)

Après avoir tué son frère Abel, Caïn est banni par son père et se retire à l’Est d’Eden. John Steinbeck avec cette référence biblique, comme titre de son roman, révèle déjà le tiraillement entre le bien et le mal mais également les rapports filiaux au coeur de son oeuvre.

A l’est d’Eden dresse des portraits profonds et humanistes de trois générations successives.

Dans la vallée de Salinas en Californie, des familles vont tenter leur chance afin de cultiver une terre qu’ils espèrent prospères.

Adam et Charles Trask sont demi-frères. Ils sont très différents et font face ensemble à la seule autorité paternelle. Adam est aussi calme et doux que son frère, Charles, est froid et violent. Destinés à embrasser une carrière militaire, ils vont cependant rapidement se différencier y compris dans leurs rapports avec leur père.

Quelques années plus tard, Adam rencontre Cathy. L’amour qu’il lui porte changera à jamais sa vie. Eperdu, il ne voit en elle que douceur et gentillesse. Pourtant, derrière cette beauté angélique, se cache les pires vices.

Cathy accouche des jumeaux Aaron et Caleb. Comme un écho sur cette ultime génération, les mécanismes du rapport au père semble se reproduire.

Adam Trask déménage avec sa famille en Californie et fait la connaissance de la famille Hamilton. Venus d’Irlande du Nord, les Hamiltons ont tissé des liens solides autour de la figure paternelle de Samuel.

Tout au long du roman, les Trasks et les Hamiltons vont évoluer côte à côte…

Cette fresque éblouissante aborde le rapport à la morale mais également à la destinée. Evoquant avec force, la prédominance des choix dans le conditionnement de l’existence, Steinbeck au-delà de l’épopée familiale livre un roman humaniste.

Chaque personnage est si profondément vivant sous la plume de Steinbeck que le lecteur est emporté avec eux durant les années qui s’écoulent avec délice.

Désormais profondément ancré dans mes mémoires de livres, je me suis délectée page après page de ce roman époustouflant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations : 

« Et pourtant nous empruntons tour à tour les chemins de l’innocence ou du péché. N’avons-nous pas tous dragué et fouillé les eaux noires de notre âme ? »

« Pour dire d’un homme qu’il fut heureux, attendez qu’il ait tourné sa dernière page »

« Il y a des preuves très solides pour affirmer que Dieu n’existe pas, mais, pour bien des gens, elles ne sont pas aussi fortes que l’impression qu’il existe »

« Je sais qu’on utilise parfois le mensonge pour ne pas blesser, mais je ne crois pas que son effet soit bienfaisant. La douleur fulgurante de la vérité se dissipe, alors que la douleur lancinante du mensonge demeure. C’est un mal rongeant »

La vague – Todd Strasser (1981)

Véritable manuel d’histoire, la vague est un roman indispensable dans l’éveil des consciences.

Ben Ross, professeur d’histoire brillant, tente de faire comprendre à ses élèves la montée du nazisme en Allemagne juste avant la seconde guerre mondiale.

Constatant que ses élèves éprouvent des difficultés à entendre l’ineffable, il décide de réaliser une « expérience » en créant un mouvement au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action ».

En quelques semaines, sa classe puis le lycée tout entier, sont emportés dans cette expérience. Les lycéens vont très vite perdre leur libre arbitre pour se rallier au mouvement et suivre mécaniquement les ordres.

Si cet enrôlement permet une organisation et une efficacité redoutable au travail, les membres vont peu à peu abandonner leur capacité de réflexion et de contradiction.

La dilution des individualités dans le groupe devient de plus en plus forte. Peu à peu, les non membres deviennent exclus puis discriminés dans un lycée devenu microcosme totalitaire.

Le professeur lui-même, se retrouve dépassé et piégé dans son propre jeu.

Si ce roman ne transcende pas par des prouesses d’écriture, il demeure foudroyant par la démonstration du danger des mécanismes totalitaires. En effet, inspiré d’une histoire vraie, le réalisme de ce récit est saisissant.

Un livre à transmettre aux générations futures pour comprendre le danger de l’aliénation individuelle au profit d’un groupe ou d’une doctrine.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Si l’histoire est condamnée à se répéter, alors vous aussi, vous voudrez tous nier ce qui vous est arrivé dans la Vague. En revanche, si notre expérience est réussie, et vous admettrez que c’est bien le cas, vous aurez appris que nous sommes tous responsables de nos propres actes et que nous devons toujours réfléchir sur ce que nous faisons plutôt que de suivre un chef aveuglément ; et pour le restant de vos jours, jamais, au grand jamais, vous ne permettrez à un groupe de vous déposséder de vos libertés individuelles »

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir »

Dans la forêt – Jean Hegland (1996)

De quoi l’être humain a-t-il véritablement besoin  ?

C’est à cette question existentielle que le roman « Dans la forêt » tente de répondre. Dans un contexte contemporain où la surconsommation fait rage et où les possessions matérielles semblent vitales, Jean Hegland nous décrit une autre voie : celle de la nature.

Au Nord de la Californie, une famille vit en bordure de forêt. S’ils ont choisi une vie à proximité de la nature, ils ne sont pas, pour autant, coupés du monde et continuent à utiliser les technologies modernes.

Pourtant, l’impensable va se produire. Peu à peu, la région se retrouve privée d’électricité. Le monde moderne, tel que l’être humain l’a toujours connu, va s’en trouver profondément anéanti.

Au coeur de cette fin de civilisation, deux soeurs, Nell et Eva, vont devoir survivre dans les bois. Tout d’abord dans l’attente d’un sauvetage, elles vont peu à peu apprendre à vivre des interactions brutes avec la forêt.

Si l’une voulait devenir danseuse professionnelle et l’autre était destinée à un brillant avenir à Harvard, leur monde s’effondre et les décès successifs de leurs parents ne font qu’accentuer leur isolement.

Dans un contexte post-apocalyptique, ce roman transperce le lecteur par sa force. En effet, avec l’urgence des dangers environnementaux, la résonance de ce récit est particulièrement vive. J’ai aimé les questionnements implicites sur nos modes de vie contemporains.

Véritable prophétie écologique, ce récit brut et intense semble remettre de l’ordre dans notre vision du monde. La relation entre les deux héroïnes évolue au fil des pages et donne également beaucoup de relief au roman.

Un roman d’anticipation, un brin utopique, mais qui ne laisse pas indifférent.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« Je n’ai jamais vraiment su comment nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’y ait des guerres, que la terre et l’eau soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée »

« Pendant tout ce temps on a vécu dans le passé, en attendant d’y revenir. Mais le passé n’existe plus. Il est mort »

« J’ai fait le tri dans le tas de livres par terre, et je les aimais tous. … J’aimais tout ce qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact, et j’ai mesuré à quel point choisir était tragique, car en prendre un signifiait laisser les autres »

Si Beale Street pouvait parler – James Baldwin (1974)

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Une histoire d’amour emprisonnée dans une Amérique rongée par le racisme. 

James Baldwin nous raconte une histoire d’amour, celle de Tish et Fonny. Amoureux depuis l’enfance, ils n’ont qu’une seule envie : créer une vie de famille comme les autres.

Le couple doit néanmoins survivre dans un climat oppressant de ségrégation. Ils restent marqués par leur couleur de peau, trace indélébile qui imprègne chacun de leur pas dans New-York. Tish est enceinte et un avenir paisible semble malgré tout se dessiner pour le jeune couple.

Cependant, à peine fiancés, ils sont rattrapés par un racisme implacable qui broie leur destinée. 

Fonny, cible toute tracée, est accusé à tort de viol et jeté en prison par un policier blanc. La justice américaine partiale se referme peu à peu sur lui.

La famille de Tish va essayer de braver l’impossible et entamer une défense perdue d’avance.

James Baldwin nous dresse le portrait d’un couple qui suffoque dans une Amérique profondément raciste. Reflet autobiographique, l’écrivain, ne supportant plus les discriminations ambiantes, quitte les Etats-Unis à l’âge de 24 ans.

Avec une profonde justesse, James Baldwin fait s’entremêler une histoire d’amour flamboyante avec les méandres d’une Amérique puritaine et raciste.

Un roman, malheureusement si contemporain, qui questionne et redonne malgré tout une forme de foi en l’humanité.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Dans cet oeil, vous n’existez pas, si vous avez de la chance. Mais si cet oeil, de sa hauteur, a été contraint de vous voir ; si vous existez dans cet univers hivernal qui s’étend derrière cet oeil, vous êtes marqué, marqué comme un homme en manteau noir qui s’enfuit en rampant dans la neige ».

« Le vrai crime, c’est d’avoir le pouvoir de placer ces hommes là où ils sont et de les y maintenir. Ces hommes captifs sont le prix secret d’un mensonge secret : les justes doivent pouvoir identifier les damnés »

Une prière pour Owen – John Irving (1989)

Envie de plonger dans un univers hors norme ?

Bienvenue dans l’œuvre de John Irving et ses personnages hors du commun  !

Avec « Une prière pour Owen », nous faisons la connaissance d’Owen, ce petit être à la voix stridente et au caractère bien trempé. Owen est un personnage extrêmement humain qui touche le lecteur en plein cœur. Issu d’une famille de carriers, d’une intelligence supérieure et extrêmement croyant, il est malmené par ses camarades du fait de sa petite taille et de sa voix étrange. Ces railleries ne feront que renforcer son caractère au fil du temps.

Complémentaires, John et Owen, au fil des années, vont tisser une amitié forte et indestructible. John, le narrateur, est un être insignifiant, qui va mettre toute la lumière sur l’extravagance d’Owen.

Cette amitié sera aussi façonnée par un décès dramatiquement burlesque, hautement improbable et pourtant crédible. Cette mort tragique, au lieu de les séparer, sera comme le granit de leur relation.

Owen durant toute sa vie se sentira comme élu par une puissance qui le dépasse. Ce sentiment de toute puissance ne l’empêche pas de toucher son lecteur par sa sensibilité.

Si Owen se sent l’élu de Dieu, John, personnage largement autobiographique, est à la recherche de son père. Cette quête identitaire reste une clé de lecture de l’œuvre d’Irving.

John et Owen grandiront dans une Amérique sujette aux bouleversements politiques. A travers leurs voix, John Irving nous parle aussi de ses convictions politiques et nous plonge dans la guerre du Vietnam. J’ai apprécié cette toile de fond engagée qui transparaît durant tout le roman.

Le roman est aussi truffé de passages dramatiquement comiques, grotesques même. John Irving arrive ainsi à transporter son lecteur du rire aux larmes.

La densité du roman nous donne l’impression d’avoir littéralement vécu aux côtés de ses personnages dans leurs profondes intimités.

Owen fait partie des caractères qui ont marqué mon chemin littéraire.

Le monde d’Irving est inclassable et nous transporte à chaque roman ! Je ne peux que vous recommander son œuvre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

A découvrir aussi ma chronique coup de ❤ sur son roman >> Le monde selon Garp (1978)

Citations :

« La mémoire est un monstre : vous oubliez ; elle, non. Elle se contente de tout enregistrer à jamais. Elle garde les souvenirs à votre disposition ou vous les dissimule, pour vous soumettre à la demande. Vous croyez posséder une mémoire, mais c’est elle qui vous possède ! »

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante »

« Elle ne cessait de parler des livres comme des dernières cathédrales du savoir, que la télévision aurait pillées, puis abandonnées ». 

Portnoy et son complexe – Philip Roth (1969)

Et si nous commencions cette nouvelle année par des confessions sur le divan d’un psychanalyste ?

Alexander Portnoy, ce jeune homme de 33 ans livre à son psychanalyste les pires confessions. Il lui dévoile son rapport aux femmes, son rejet viscéral de ses parents surprotecteurs, son obsession pour la sexualité, son dédain pour la religion juive…

Elevé par une mère possessive et un père pour qui il n’a que très peu d’admiration, son destin d’enfant juif modèle le répugne.

Dès l’adolescence, il va s’engouffrer presque hystériquement dans un appétit sexuel qui ne semble jamais parvenir à contenir. Exutoire à ses frustrations et ses dilemmes moraux, son obsession pour la sexualité ne cesse de grandir.

Devenu un homme accompli intellectuellement, il refuse de reproduire le schéma familial en épousant une juive. Il préfère laisser libre court à ses pulsions.

Il fait la connaissance de Mary Jane Reed dit le « Singe », cette femme si lointaine du modèle parental. Complètement libre sexuellement, elle assouvit son appétit sexuel mais Alexander Portnoy estime qu’elle n’est pas à la hauteur de son intellect.

Arrogant et antipathique, Alexander n’engendre que très peu de tendresse et d’attachement chez le lecteur.

Durant toutes ses confessions à son psychanalyste, il effectue des va-et-vient incessants entre son modèle parental ancré et le rejet de son éducation.

Les ingrédients de l’univers de Philip Roth sont tous présents dans ce roman : un style corrosif, un humour carnassier, une description de la religion juive, des conflits familiaux, une culpabilité exacerbée et des préjugés tenaces décrits dans un style brillant.

Et pourtant, pour ma part, la magie n’a pas opéré. Ensevelie dans un discours parfois incohérent et noyée sous les références sexuelles crues, j’ai fini par perdre le fil de ma lecture.

Philip Roth n’a jamais cessé de me charmer au fil de ses romans et pour la première fois je suis malheureusement restée de marbre.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Mais enfin, pourquoi, bon Dieu, est-ce que je ne pourrais pas m’amuser un peu ? Pourquoi la moindre tentative de ma part dans la recherche du plaisir est-elle aussitôt illicite –pendant que le reste du monde se vautre en riant dans la boue ? « 

« Imaginez la chose : supposons que je me décide et que j’épouse A avec ses délicieux nichons et ainsi de suite, qu’arrivera-t-il lorsque B qui en possède d’encore plus délicieux –ou en tout cas de plus nouveaux- fera son apparition ? Ou C qui a une façon spéciale de remuer son cul dont je n’ai encore jamais fait l’expérience ; ou D, ou E, ou F. J’essaie d’être sincère vis-à-vis de vous, Docteur –parce qu’avec le sexe l’imagination humaine galope jusqu’à Z et ensuite au-delà ! »

Machenka – Vladimir Nabokov (1926)

« Mais aujourd’hui, le printemps est là,

A tous les coins, on vend du mimosa,

Je t’en apporte une branche ;

Elle est frêle comme un rêve… »

« Machenka », le premier roman de Vladimir Nabokov retrace les souvenirs nébuleux d’un amour adolescent.

Cet amour lie Ganine et Machenka, cette jeune femme mystérieuse dont on ne sait presque rien tout au long du récit.

Le cadre de ce roman nous laisse rêveur : une pension berlinoise où se rencontrent des réfugiés russes, plus attachants les uns que les autres, ayant fui leur pays après la révolution.

Koline et Gornotsvetov, un couple de danseurs professionnels ; Anton Sergueïevitch Podtiaguine, un vieux poète russe ; Klara, une femme naïve et tendre ou encore la logeuse, Lydia Nikolaïevna Dorn, veuve d’un homme d’affaires allemand timide et d’une extrême douceur.

Ganine, un homme froid et énigmatique, évolue dans cette pension où règne une atmosphère qui lui rappelle sa ville natale : la Russie.

Lors de son séjour, il rencontre Alfiorov, cet homme qui attend impatiemment sa femme : Machenka.

Ganine déniche une photo de cette femme énigmatique. Il découvre alors que cette épouse tant attendue n’est autre que son premier amour, un souvenir éblouissant et tendre. Il se replongera avec mélancolie et délice dans ce premier émoi d’une extrême pureté.

Avec ravissement, le lecteur revit cette passion de jeunesse. Tout en candeur, nous savourons l’émerveillement d’un premier amour.

Vladimir Nabokov nous dévoile un premier roman magistral qui nous transporte dans une écriture riche et poétique.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Ganine avait l’impression que le crépuscule fuligineux qui s’infiltrait graduellement dans la chambre pénétrait aussi lentement son corps, transformant son sang en brouillard, sans qu’il fût capable d’échapper au maléfice que le clair-obscur avait jeté sur lui ».

« Toutes ces choses banales et pourtant précieuses qui nous deviennent si familières à la vue et au toucher et dont la seule vertu est qu’elles permettent au voyageur condamné au mouvement perpétuel de se sentir chez lui, si peu que ce soit, quand, vidant ses malles, il retrouve ces bibelots fragiles, précieux, humains, pour la centième fois ».

« Rien ne ressuscite le passé aussi complètement qu’une odeur qui lui a jadis été associée ».

« Ce baiser de pluie d’automne était si long et si profond qu’ensuite de grandes taches lumineuses dansaient devant ses yeux ».

L’attrape-coeurs – J.D. Salinger (1951)

Je me suis enfin attelée à une lecture culte, l’attrape-cœurs de J.D. Salinger, le classique de la littérature américaine des années 50.

Quelques jours avant Noël, un jeune adolescent, Holden Caufield est renvoyé d’un collège réputé, la pension de Pencey, et débute une errance New-Yorkaise.

Loin de connaître le dénuement, il semble évoluer dans une famille aimante et bourgeoise. Entre un père conseiller juridique prospère et une mère femme au foyer, ses parents sont le symbole de l’Amérique des années 50.

Malgré son entourage familial aimant, il ne se résout pas à regagner son domicile et prolonge ses vagabondages dans un froid hivernal. N’osant avouer à sa famille son échec scolaire, il erre d’hôtel en hôtel et fera quelques rencontres impromptues.

Nous naviguons pendant quelques jours en compagnie d’Holden, de ses amis atypiques, de ses premiers émois amoureux et des conseils avisés de ses professeurs qu’il continue de fréquenter malgré son renvoi.

Cet adolescent nous apparaît choyé. Et pourtant tout au long de ma lecture, j’ai rencontré un jeune homme profondément seul et perdu. Sa solitude est celle d’un cœur désoeuvré et détruit par la mort brutale de son frère.

C’est finalement sa relation fraternelle et fusionnelle avec sa jeune sœur Phoebe qui le guidera vers une vie d’adulte…

Ce récit initiatique s’ouvre sur la vie anodine d’un adolescent en manque de repères. Pourtant, le roman nous dévoile, au fil des pages, une puissance inégalée et remue le lecteur presque sans le vouloir.

J’ai achevé ma lecture conquise !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Mon rêve, c’est un livre qu’on arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en aurait envie. »

« L’homme qui manque de maturité veut mourir noblement pour une cause. L’homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause. »

« Juste parce que les morts sont morts on n’arrête pas comme ça de les aimer, bon Dieu – spécialement quand ils étaient mille fois plus gentils que ceux qu’on connaît qui sont vivants et tout »

Des fleurs pour Algernon – Daniel Keyes (1966)

Touchée en plein cœur.

Daniel Keyes publie en 1966 son roman « Des fleurs pour Algernon », version étayée de sa nouvelle parue en 1959 dans la revue de science-fiction « The Magazine of Fantasy et Science Fiction », auréolée du prix Hugo de la meilleure nouvelle courte.

Des fleurs pour Algernon retrace le destin de Charlie Gordon, ce jeune homme souffrant d’un retard mental qui n’a qu’un seul souhait « devenir plus intelligent ».

Deux scientifiques vont finalement s’intéresser à lui et lui proposer d’être le cobaye d’une de leurs recherches scientifiques visant à démultiplier les facultés mentales. L’expérience ayant réussi sur la souris du laboratoire, nommée Algernon, ils vont étendre leur expérimentation à l’homme.

A la suite d’une opération, Charlie va devenir progressivement bien plus intelligent que n’importe quel homme. Ses facultés ne vont cesser de s’accroitre, il va apprendre de multiples langues, assimiler des connaissances dans tous les domaines et finalement devenir un être humain aux qualités intellectuelles nettement supérieures.

Mais cette quête de savoir s’accompagne aussi d’une pleine conscience de son être. Il va revivre son enfance, ses peurs et ses traumatismes et sera confronté au sentiment amoureux…

Un roman bouleversant où le lecteur est touché en plein cœur par le personnage de Charlie Gordon. Sa fragilité, son humilité et sa profonde gentillesse sont bouleversantes. Sa découverte du monde, la pleine conscience progressive des autres et de lui-même sont particulièrement intéressantes.

Daniel Keyes, au travers de son personnage, parvient à poser un regard naif, innocent et foncièrement juste sur l’être humain. La créativité qui se dégage de la construction du roman elle-même et l’évolution du personnage dans sa pensée, dans son langage et dans son écriture sont vraiment captivantes.

L’édition augmentée publiée aux éditions « J’ai lu » contient également la nouvelle originale « Des fleurs pour Algernon ». La comparaison avec le roman permet de voir la structure initiale du texte et le travail approfondi effectué par David Keyes.

Par ailleurs, l’essai autobiographique « Algernon, Charlie et moi » expose la construction de l’œuvre « Des fleurs pour Algernon ». La découverte du travail d’écrivain et du parcours pour parvenir à un tel roman suscite chez le lecteur beaucoup d’admiration.

On y découvre notamment une très belle citation de Tourgueniev face aux critiques littéraires acerbes :

« Poète, ne t’attache pas aux acclamations du public. L’instant de la louange extrême passera, et tu entendras porter sur toi le jugement des idiots et les rires de la multitude insensible. Mais reste ferme, serein, et ne te laisse pas décourager.

Tu es un roi ; comme tel, vis dans la solitude. Va librement là où conduit l’esprit de la liberté, en améliorant sans cesse le fruit de tes pensées fécondes et ne cherche aucune récompense pour tes nobles actions.

Ton œuvre est sa propre récompense : tu es le juge suprême de ce que tu as accompli. Tu peux déterminer sa valeur avec plus de sévérité que quiconque.

Es-tu satisfait ? Si c’est le cas, tu peux te permettre d’ignorer la condamnation de la foule »

Ce roman ingénieux, créatif et touchant m’a beaucoup plu.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations : 

« L’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher »

« Je ne prétends pas comprendre le mystère de l’amour, mais cette fois, c’était bien plus qu’un acte sexuel, que la jouissance donnée par le corps d’une femme. C’était être soulevé de terre, au-delà de la peur et des tourments, faire partie d’une entité plus vaste que moi-même. J’étais arraché de la sombre caverne de mon esprit pour fusionner avec quelqu’un d’autre… »

Tendre est la nuit – F.Scott Fitzgerald (1934)

« Tendre est la nuit », ce titre évocateur dévoile déjà l’univers poétique de cet ouvrage de Scott Fitzgerald.

Cette phrase est d’ailleurs tiré d’un poème de John Keats « Ode à un rossignol », la référence envoûtante à tout pour conquérir son lecteur !

Nous rencontrons, Rosemary Hoyt, jeune actrice ingénue, évoluant dans l’univers hollywoodien et en séjour pour quelques mois sur la côte d’azur.

Cette belle jeune femme, candide et pétillante toujours accompagnée de sa mère, fait la connaissance d’un couple fascinant, Dick et Nicole Diver. Emerveillée par la délicatesse et la prestance de ce couple, elle sera conquise et finira par succomber au charisme de Dick.

Cette rencontre va la bouleverser et l’ensorceler avant de la faire définitivement rompre avec son enfance.

Dick et Nicole Diver, ce couple mondain, si fascinant, que rien ne semble pouvoir désunir cache pourtant un lourd secret…

L’ouvrage de Scott Fitzgerald est composé en trois livres, le premier, sous l’angle de Rosemary, nous fait côtoyer ce couple mythique sous le regard émerveillé de la jeune actrice.

Le deuxième livre, essentiellement du point de vue de Dick, nous dévoile la part d’ombre de Dick et Nicole Diver, leur rencontre et l’obscur secret partagé par le couple : la maladie psychique de Nicole.

Le rapprochement du lecteur avec Dick, devenu narrateur, nous permet de découvrir cet homme inaccessible et envoûtant.

Le dernier livre, nous fait plonger dans les méandres de ce couple en apparence si attrayant mais dissimulant l’étiolement de leur relation sous le poids de profondes fêlures.

Une très belle œuvre sur un trio amoureux et sur la complexité des relations humaines. Le personnage de Nicole m’a fascinée et m’a captivée. J’ai beaucoup aimé ce roman, qui malgré quelques lenteurs, nous attache à ce couple si complexe.

Nous découvrons tout d’abord Dick et Nicole, couple unie en 1925, dans la première partie, avant de revenir en arrière en 1917, sur la naissance de leur relation. Ce fil narratif est ainsi admirablement bien amené par l’écrivain.

A ce propos, Scott Fitzgerald avait envisagé de réécrire la narration de son œuvre estimant que cette construction détruisait la force de son roman. Ayant la volonté de rétablir un récit chronologique, en 1936, il propose une nouvelle version de son ouvrage, en vain.

Au contraire, cette présentation du récit contribue à l’attractivité du roman, Hemingway écrira d’ailleurs à ce propos :

« Je crains que tout ça ne soit qu’une mauvaise idée. Ainsi remis dans le strict ordre chronologique, le roman perd totalement sa magie ».

La force de ce roman réside aussi dans son volet autobiographique, Scott Fitzgerald ayant lui-même évolué dans une relation similaire. Confronté à la schizophrénie de sa femme Zelda, il fera face à son alcoolisme et à la destruction de son couple.

Sous la plume magnifique de Fitzgerald, la déchéance de ce couple aux apparences trompeuses est captivante.Je ne peux que vous conseiller ce classique de la littérature américaine !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Elle se cramponna davantage, avec désespoir, et il l’embrassa de nouveau, et frissonna devant l’innocence du baiser qu’elle lui donnait, devant le regard qu’à ce moment, à son contact, elle plongeait derrière lui, dans la pénombre de la nuit, la pénombre du monde » 

« Ils en étaient encore au stade le plus heureux de leur amour. Ils nourrissaient de braves illusions l’un sur l’autre, des illusions grandioses : ainsi la communion de leurs âmes semblait-elle se produire à un niveau où aucune autre relation humaine n’avait d’importance » 

« Ils s’éloigna en poussant son vélo, conscient que Nicole le suivait du regard, conscient de lui inspirer un premier amour sans espoir, conscient que cet amour s’enroulait autour de lui jusqu’à le pénétrer »