Léviathan – Paul Auster (1992)

Et si nous évoquions une enquête psychologique ?

Couronné du Prix Médicis étranger, « Léviathan » est un texte emblématique de l’oeuvre de Paul Auster.

Ben Sachs est un écrivain engagé. Guidé toute sa vie par son regard posé sur une Amérique démystifiée et violente, il va pousser ses idéaux jusqu’à l’extrême et entreprendre des actions terroristes. Ben Sachs trouve soudainement la mort dans l’explosion d’une bombe. Mais comment une destinée peut-elle aboutir à un tel paroxysme ?

C’est la question posée par le narrateur, Peter Aaron, le plus proche ami de Ben Sachs, également écrivain. Il va remonter le fil de sa vie et tenter de résoudre le mystère de sa disparition.

Peter Aaron navigue entre l’évidence de leur première rencontre dans un bar New-Yorkais et des années d’amitié partagées. Le narrateur décrit une autre facette de la vie de Ben Sachs : il raconte son ami, leur passion commune pour l’écriture et son parcours semé de rencontres fortes. Au-delà, Peter Aaron use du portrait de son alter ego pour se comprendre lui-même durant tout le roman.

Avec réussite, Paul Auster tisse une toile narrative dense et parvient à explorer la psychologie et les paradoxes de ses personnages. Portée par une plume envoûtante, ce roman retrace une histoire d’amitié profonde qui évolue au fil des années. Véritable enquête psychologique, Paul Auster, à travers son double narratif Peter Aaron, tente de comprendre la force des rencontres dans la destinée des hommes.

Un livre fascinant qui explore la psyché des personnages avec brio ! Je recommande chaudement !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Un livre est un objet mystérieux et une fois qu’il a pris son envol, n’importe quoi peut arriver »

« En quinze ans, Sachs a voyagé d’un bout à l’autre de lui même, et quand il a enfin atteint ce lieu ultime, je me demande s’il savait encore qui il était »

Légendes d’automne – Jim Harrison (1978)

Et si nous plongions dans une oeuvre légendaire ?

Aujourd’hui, je vous présente un recueil constitué de trois nouvelles brutes et sans concession où la nature sauvage s’entremêle avec la force des personnages.

Tout d’abord, nous suivons dans « Vengeance » le destin de Cochran, ancien militaire, tombé éperdument amoureux de Miryea. Cette liaison n’entrainera que violence et désolation. L’époux de Miryea, Tibey, aveuglé par une vengeance implacable, les conduira tous à leur perte.

Puis, « l’homme qui renonça à son nom », dresse également le destin d’un homme : Nordstrom. A l’aube de ses quarante ans, il constate la fin de son couple et la perte de tout désir sexuel. Cette prise de conscience sera la première étape d’un retour en arrière sur son existence et une remise en question totale de sa vie conformiste. Cette quête le mènera à faire face, pour la première fois, à lui-même.

Enfin « Légendes d’automne », la plus célèbre nouvelle de Jim Harrison, nous raconte une fresque familiale. Trois frères, Alfred, Tristan et Samuel quittent le Montana en octobre 1914 pour participer à la Grande guerre. Ce départ changera à jamais leur existence paisible et les confrontera à des tragédies successives. Là encore, nous suivons le parcours d’un homme, Tristan, être rebelle et passionné, il passe son existence à fuir.

Si les univers de ces nouvelles sont bien différents, elles dressent toutes la renaissance de trois hommes. Face au destin implacable et aux drames qui jalonnent leur vie, ils vont faire face à eux-mêmes. La nature, omniprésente dans l’oeuvre de Jim Harrison, fusionne avec brio avec l’homme. Un recueil qui invite au voyage et nous plonge au coeur des grands espaces et de la psyché des personnages.

Conquise par l’écriture de Jim Harrison, j’ai découvert une plume crue et vibrante qui parvient à dépeindre sans artifice l’âme humaine.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« L’espace d’un instant, il flotta au-dessus de lui-même et contempla en souriant l’homme au costume impeccable assis en contrebas sur la souche, dans une clairière ensoleillée de la forêt. Regardant autour de lui, il comprit qu’il s’était perdu, mais ce constat le laissa de marbre, car il savait aussi qu’il n’avait jamais été trouvé »

« Il craignait de se contenter de rêver sa vie jusqu’à sa mort, telle une modèle rivière qui traverse lentement un pré vers un grand fleuve situé juste derrière une haie d’arbres »

Un homme – Philip Roth (2006)

Et si nous amorcions avec Philip Roth, un retour en arrière sur notre existence ?

C’est l’objet de ce court ouvrage, Philip Roth retrace la vie d’un homme ordinaire, existence faite de remords et de joies.

Entre une enfance heureuse entourée de parents aimants, des échecs maritaux successifs et des succès professionnels relatifs, le narrateur a vu passer sa vie.

Ces relations à autrui sont l’objet de regrets. Il a eu deux fils issus d’une première union qui n’ont pour lui que du mépris. Ils le perçoivent comme un imposteur dans son rôle de père. Amoureux d’une jeune fille de 26 ans, il a quitté son foyer. Ses enfants ne semblent jamais avoir pu lui pardonner cette défection. Encore aujourd’hui, un sentiment de culpabilité l’inonde à cette pensée.

De cette seconde union est née Nancy : sa fille, véritable repère, elle donne un sens à sa vie. Pour autant, à nouveau, il va s’enliser dans le mensonge et détruire ce second mariage. Par dépit, sa dernière union sera bien insipide.

Sa relation avec son frère, Howie, semble être le seul encrage solide. Pour autant, encore une fois, il va réussir à tout faire vaciller.

Très vite, le corps reprend ses droits et la maladie, tout d’un coup, l’accable. La décrépitude du corps le confronte à une dure réalité. Seul un profond sentiment d’amertume et de solitude demeure.

Philip Roth signe un ouvrage brillant sur les ravages de la vieillesse. Ce roman d’une grande justesse m’a beaucoup émue.

Philip Roth nous raconte le parcours d’une vie, faite de relations qui se font et se défont, mais surtout le rapport au temps, implacable, qui continue sa course.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Combien de temps peut-on passer à fixer l’océan, quand bien même on aime cet océan depuis qu’on est tout petit? Combien de temps pouvait-il contempler le flux et le reflux sans se rappeler, comme n’importe qui dans une rêverie littorale, que la vie lui avait été donnée, à lui comme aux autres, par hasard, fortuitement, et une seule fois, sans raison connue ni connaissable ? »

Sa mère était morte à quatre-vingts ans, son père à quatre-vingt-dix. Il leur dit à haute voix : « J’ai soixante et onze ans. Votre petit garçon a soixante et onze ans. – Tant mieux, répondit sa mère. Tu as vécu. » Et puis son père lui dit : « Penche-toi sur ton passé, répare ce que tu peux réparer, et tâche de profiter de ce qui te reste. »

La conjuration des imbéciles – John Kennedy Toole (1980)

Et si nous évoquions l’un des personnages les plus exécrables de la littérature américaine ?

Ignatius Reilly a tout pour plaire, il est irascible, paresseux, arrogant, colérique, odieux et disgracieux.

A plus de trente ans, il vit toujours avec sa mère à la Nouvelle Orléans et passe la moitié de ses journées vautré sur son lit. Son égo surdimensionné lui donne la certitude de son talent d’écrivain, il noircit d’innombrables carnets où il dépeint la stupidité de ses congénères. Ignatius entretient également des correspondances véhémentes avec son unique amie : Myrna Minkoff, une jeune femme extravagante et déjantée.

Enlisé avec sa mère dans une situation financière précaire, un accident de la route va alourdir leur dette et le contraindre à travailler. Ces tentatives pour chercher un emploi se soldent par des frasques successives. Il parvient finalement à trouver un travail dans une petite entreprise : « Pantalons Levy ».  A cette occasion, il fera la connaissance de personnages burlesques et loufoques.

Dans ce roman culte de la littérature américaine, John Kennedy Toole dresse le portrait d’un homme intelligent mais profondément névrosé et asocial. Ses rapports à autrui sont chaotiques. Imbuvable, il engendre la désolation autour de lui et met chaque jour les nerfs de sa mère à rude épreuve.

Avec une plume pleine d’humour, John Kennedy Toole dépeint des personnages excentriques tous plus drôles les uns que les autres et nous emporte facilement dans son univers truculent. Ignatius, cet anti-héros grotesque a fait de ce livre, un roman indiscutablement inclassable.

J’ai été charmée et j’ai incontestablement ri face à l’originalité de ce livre. Ignatius est unique mais demeure antipathique et agaçant durant tout le roman et n’a pas réussi à me toucher en plein coeur.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations : 

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui »

« Décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal » 

La nuit de l’oracle – Paul Auster (2003)

Et si nous évoquions un récit mêlant fiction et réalité ?

Chaque écrivain rêve de trouver l’inspiration et un carnet peut insuffler parfois cet élan littéraire.

En convalescence après un long séjour à l’hôpital, Sidney Orr découvre dans une charmante et minuscule papeterie, tenue par Monsieur Chang, un carnet bleu plein de promesses. Il fait l’acquisition de ce carnet sans prétention mais qui lui redonne l’envie d’écrire.

Lorsqu’il regagne son appartement new-yorkais et que les premiers mots jaillissent sur le papier un torrent d’inspiration l’inonde tout d’un coup.

Sidney Orr retrouve ainsi cette frénésie littéraire qui l’avait quitté et débute une captivante fiction.

Son personnage s’appelle Nick Bowen, il est éditeur et vit également à New-York. Enlisé dans une routine conjugale et un travail qui l’ennuie, il ressent une attirance pour une autre femme. Lorsqu’il échappe de justesse à la mort, Nick décide de recommencer sa vie et de prendre un aller simple pour Kansas City. Lors de son voyage, il lit un manuscrit « La nuit de l’Oracle », le roman oublié d’une écrivaine décédée.

Ainsi, dans ce roman se mêle trois personnages et plusieurs récits.

Tels des poupées russes, les trois romans vont s’entrêmeler et se répondre mutuellement avec une grande fluidité. Paul Auster nous transporte entre réalité et fiction et nous fait découvrir des personnages aux contours remarquables.

Avec beaucoup d’ingéniosité, il interroge son lecteur sur le rapport au hasard, au destin et au processus de création littéraire.

Avec une grande puissance narrative, Paul Auster nous offre un livre captivant. Je reste séduite par cette première découverte et j’ai hâte de me plonger davantage dans son oeuvre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« C’était au meilleur des temps, c’était au pire des temps, c’était l’âge de la sagesse, c’était l’âge de la sottise, c’était l’époque de la foi, c’était l’époque de l’incrédulité, c’était la saison de la Lumière, c’était la saison des Ténèbres, c’était le printemps de l’espérance, c’était l’hiver du désespoir, nous avions tout devant nous, nous n’avions rien devant nous… »

« Les pensées sont réelles, disait-il. Les mots sont réels. Tout ce qui est humain est réel et parfois nous savons certaines choses avant qu’elles ne se produisent, même si nous n’en avons pas conscience. Nous vivons dans le présent, mais l’avenir est en nous à tout moment. Peut-être est-ce pour cela qu’on écrit, Sid. Pas pour rapporter des événements du passé, mais pour en provoquer dans l’avenir »

Des souris et des hommes – John Steinbeck (1937)

Et si nous évoquions un grand classique de la littérature américaine ?

En quelques pages, John Steinbeck, avec une écriture d’une beauté implacable, nous offre un récit inoubliable !

Georges et Lennie parcourent ensemble la Californie. Allant de ferme en ferme, ils sont recrutés pour divers travaux en attendant le jour béni où ils pourront économiser assez d’argent pour être propriétaires de leur propre ferme.

Lennie ne dispose pas de toute l’intelligence de Georges mais il sait parfaitement user de ses bras. Immense colosse, il parvient sans mal à accomplir les travaux les plus harassants. Georges est vif d’esprit et veille chaque jour sur Lennie atteint d’un retard intellectuel.

Leur route va les conduire aux abords d’une nouvelle ferme. Très vite, ils font la connaissance de Curley, le fils du patron, qui semble bien décidé à leur faire du tort…

Au fil des pages, nous découvrons le personnage si émouvant de Lennie, sa tendresse et son innocence mais aussi, l’amitié inébranlable qui lie les deux hommes. Georges n’aura de cesse de protéger Lennie contre la dureté des hommes mais également contre lui-même…

John Steinbeck retrace avec brio, la grande dépression des années 30. Mais au-delà, la trame dramatique et l’étude minutieuse et pleine d’émotion de chacun des personnages m’a particulièrement bouleversée.

J’ai également été marquée par la simplicité de ce texte. En quelques mots et avec une facilité presque déconcertante, John Steinbeck arrive à nous en dire énormément sur notre rapport au monde, notre vision de l’Amérique mais plus encore sur la force des rapports humains.

Avec une plume somptueuse, John Steinbeck nous livre un roman court mais pourtant d’une infinie richesse. Je ne peux que vous conseiller ce classique indispensable qui frise la perfection.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Ce qui compte, c’est parler, C’est être avec un autre. Voilà tout. »

« Les choses que nous admirons le plus dans l’humain : la bonté, la générosité, l’honnêteté, la droiture, la sensibilité et la compréhension, ne sont que des éléments de faillite, dans le système où nous vivons. Et les traits que nous détestons : la dureté, l’âpreté, la méchanceté, l’égoïsme, l’intérêt purement personnel sont les éléments mêmes du succès. L’homme admire les vertus des uns et chérit les actions des autres. »

My absolute Darling – Gabriel Tallent (2018)

Et si nous évoquions un livre extrêmement dérangeant ?

La fulgurance médiatique de ce roman à sa sortie a été incommensurable. J’ai préféré en différer sa lecture afin de pouvoir l’envisager le plus sereinement possible.

Certes, ce livre est profondément marquant et je ne pense pas pouvoir l’oublier dans les prochains mois. Mais, je reste partagée par cette lecture, qui a suscité, pour ma part, un profond sentiment de malaise.

Turtle, à tout juste quatorze ans, mais sait parfaitement manier les armes, les couteaux et survivre seule dans les bois. Si elle parvient chaque jour à se rendre au collège en bus, sa vie est bien loin de ses autres camarades de classe.

Elle grandit dans une maison reculée avec pour seul repère, Martin, un père charismatique. Dès le début de l’ouvrage, nous découvrons la relation d’emprise qui les unit. Avec effroi, le lecteur devient témoin impuissant des pires sévices qu’un parent peut infliger à son enfant.

La jeune fille est si enlisée dans cette relation dépendante que sa délivrance semble impossible. Sa professeur, Anna, alertée par ses conditions de vie lui offre son aide. Pourtant, cette main tendue semble bien fragile face à la violence qui prospère de jour en jour dans son cercle familial.

Durant ces errances en forêt, Turtle fait la connaissance de Brett et Jacob, deux jeunes lycéens enjoués et immanquablement reliés à la vie. Cette rencontre fait vaciller légèrement le carcan dans lequel est enfermé la jeune fille.

Le lecteur, tenu en haleine pendant tout le roman, va osciller entre l’espoir d’une délivrance pour Turtle et la montée en puissance de cette violence ambiante…

Ce roman coup de poing décrit avec justesse une relation d’emprise. La psychologie des personnages est bien amenée par l’auteur.  Pour autant, doit-on véritablement supporter ces images, à la limite de l’insoutenable, pour comprendre la complexité du lien unissant un père et sa fille ?

Doit-on s’engouffrer ainsi dans les profondeurs les plus sombres pour mieux appréhender la psychologie des personnages et comprendre la relation qui les unit ?

Je dois avouer que je suis assez mitigée à ce propos ayant plutôt ressenti durant ma lecture une forme de surenchère des descriptions sordides…

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations :

« La vie est étrange, si on regarde autour de soi, si on regarde bien, on peut presque s’y perdre »

« Elle se sent éventrée, vidée, rien en elle, rien à dire, elle n’arrive pas à penser, ne ressent rien. S’il y a du chagrin quelque part en elle, elle ne le sent pas. Elle a l’impression qu’on lui a arraché quelque chose dans les tripes, les racines et tout le reste, un grand aulne, et à la place ne demeure plus qu’un vide écœurant, mais c’est tout ce qu’elle éprouve, pas de chagrin, rien. Elle serait capable d’infliger de terribles dégâts, si elle le souhaitait. Elle pourrait faire n’importe quoi, il n’y aurait aucune limite à la peine qu’elle pourrait causer, sauf qu’en cet instant, elle souhaite simplement fermer les yeux, faire tourner son esprit autour de ce vide comme on fait tourner sa langue autour du trou laissé par une dent arrachée. Si elle en était capable, elle ferait cesser ce bruit constant dans ses oreilles, terrible et aigu. »

La bête qui meurt – Philip Roth (2001)

Et si la sexualité était le dernier rempart contre le vieillissement ?

Avec le même plaisir renouvelé, je me suis plongée dans une oeuvre de Philip Roth.

Devenu un de mes auteurs phares, j’ai découvert avec délice « La bête qui meurt », court roman paru en 2001.

A l’aube de sa vieillesse, David Kepesh, âgé de 62 ans est un professeur émérite. Eternel séducteur, il n’a de cesse de prôner une liberté sexuelle exacerbée et multiplie les conquêtes féminines.

Comme à son habitude, il rencontre une de ses étudiantes, Consuela Castillo, une pétillante jeune femme de vingt-quatre ans. Issue d’une riche famille cubaine, elle est éprise de culture et très vite fascine David Kepesh qui s’éprend de son inégalable beauté.

David Kepesh vacille sous le coup de cette rencontre qui le renvoi à son inéluctable vieillissement.

Pour la première fois, il est complètement bouleversé par cette belle ingénue encore candide et s’enferme dans une relation déséquilibrée et dépendante.

Il commence à connaître les affres de la jalousie, sa relation avec Consuela Castillo n’ayant de cesse de le renvoyer vers la peur de sa propre mort.

Certes, comme tout roman de Philip Roth, la sexualité est très prégnante. Si on peut trouver ce thème banal, pour autant, ce récit nous en dit bien plus. J’ai aimé l’extrême sincérité de ce roman qui nous laisse réfléchir sur la révolution sexuelle dans une Amérique puritaine et au-delà sur le vieillissement et la mort. Ainsi, le rapport à la sexualité du narrateur s’apparente à un véritable souffle de vie.

En effet, la sexualité exacerbée comme seule rempart face au vieillissement du corps est extrêmement bien amenée durant tout le roman.

Finalement David Kepesh par cette dernière relation voluptueuse se remémore également son passé : ses rapports houleux à son fils, ses difficultés à nouer des relations amicales et surtout sa profonde solitude.

Contre toute attente et derrière les passages incontestablement crus, Philip Roth nous livre, avec une très belle plume, un roman émouvant et nous questionne sur notre rapport au corps et au temps.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Ce n’est pas le sexe qui corrompt l’homme, c’est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à une friction, à un plaisir épidermique. C’est aussi une revanche sur la mort ».

« Figure-toi la vieillesse en ces termes : tu risques ta vie au quotidien. Tu n’échappes pas à la conscience de ce qui t’attend à brève échéance, ce silence qui va t’entourer pour toujours. A part ça, c’est pareil. A part ça, on est immortel tant qu’on est vivant »

Une histoire des loups – Emily Fridlund (2017)

Pour débuter cette rentrée et si nous évoquions un roman mêlant drame et suspens ?

Madeline est une adolescente qui semble, sous certains aspects, déjà adulte mais s’avère surtout terriblement seule. Elevée par des parents distants issus d’une communauté hippie, elle grandit dans une cabane en pleine forêt et aux abords d’un lac, très loin du confort de la ville.

Sa solitude la conduira à espionner les nouveaux voisins installés dans la maison juste en face du lac. Elle découvre, à travers ses jumelles, un couple parfait ainsi qu’un jeune enfant, âgé de 4 ans.

Elle finit par rencontrer cette voisine mystérieuse, Patra, qui lui propose de garder son fils. Madeline, qui se présente sous le nom de Linda, se rapproche de cette famille modèle finissant peu à peu par l’intégrer. Elle emmène le jeune enfant, Paul, à la découverte de la forêt.

Un trio paisible se forme entre Patra, Madeline et le jeune garçon. Cependant, le retour du père de Paul avec son caractère indécelable accentue l’angoisse naissante.

Complètement fascinée par Patra et par les rapports familiaux qui se nouent entre le jeune enfant et ses parents, Madeline ne décèle pas la noirceur sous-jacente qui conduira jusqu’au drame…

Si le lecteur est rapidement mis dans la confidence du décès de Paul, Emily Fridlund choisit de semer des indices afin d’en expliciter au fil du roman les causes.

Je n’ai pas été complètement tenue en haleine durant tout le roman. En effet, la montée en puissance de l’intrigue m’a parue assez lente. J’aurai également aimé aller plus en profondeur dans l’analyse de la psychologie des personnages. Le pouvoir des croyances conduisant à l’impensable donne au lecteur l’envie de comprendre ce qui conduit l’humain à de telles extrémités.

Pour ma part, j’ai trouvé que le roman conserve jusqu’à la dernière ligne sa dose de mystère.

J’ai été quelque peu désarçonnée par ce roman énigmatique mais néanmoins conquise par les ressorts psychologiques abordés par Emily Fridlund ainsi que sa jolie plume. Un premier roman réussi qui donne envie d’en découvrir davantage…

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« L’épaisseur visqueuse de l’eau glissait sous moi – combien d’années d’étés étais-je restée étendue sur ce lac ? Je sentis l’empreinte exacte laissée par mon corps dans l’eau, l’estampe d’une fille maigre, et après avoir flotté un moment à la surface, je retins ma respiration et plongeai. »

« L’enfer et le paradis sont deux manières de penser. La mort et la croyance erronée que tout chose puisse avoir une fin »

Une journée d’automne – Wallace Stegner (1937)

Et si par ses chaleurs caniculaires, nous retournions l’espace d’un instant en Automne ?

C’est la proposition alléchante qui nous est faite par Wallace Stegner dans ce court roman demeuré longtemps inconnu en France.

Au décès de son père, Elspeth, la jeune soeur de Margaret, regagne la ferme familiale située dans l’Iowa. Elspeth, une jeune femme pétillante se révèle pleine de légèreté, de fantaisie et de joie de vivre.

Elle s’immisce peu à peu entre sa soeur, Margaret, digne et raisonnable et son époux, Alec, un jeune homme rieur et spontané.

A l’ombre des feuilles d’autonome, un triangle amoureux se noue jusqu’à la tragédie. Le rapprochement entre Elspeth et Alec apportera une rupture nette et indissoluble.

L’équilibre familial s’en trouvera, à jamais, dévasté. La maison ne devient plus que silence et solitude, chacun restant enfermé dans sa culpabilité, sa colère ou son sentiment de trahison.

Les deux femmes deviennent les ombres d’elles-mêmes. La description de cette déshumanisation est superbement retranscrite par l’auteur.

J’ai follement apprécié la plume de Stegner à la fois âcre et profonde. L’efficacité du fil narratif est implacable. Le lecteur est rapidement transporté dans ce court roman.

La très belle écriture de Stegner révèle à la fois la force de ses personnages et l’impasse dramatique qui se noue au fil du livre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Un jour, l’ayant surpris, elle lui demanda d’en déchiffrer les paroles, et le soir dans sa chambre, nota tout ce dont elle se souvenait, en se remémorant à la lueur paisible de sa lampe la nostalgie mélancolique de la complainte et le Viking calme et blond qui la lui avait chantée sans gêne »

« Cette passion-là était morte étouffée dans les geôles irrespirables de la culpabilité »

« Les années s’écoulèrent comme du sable sous leurs pieds, les saisons se succédèrent au même rythme lent, du premier rouge-gorge et des premiers boutons de lilas à la chaleur étouffante de l’été, aux trilles métalliques des grillons et aux lucioles illuminant le velours noir de la nuit ; des dernières flammes du sumac et de l’érable à la longue attente de l’hiver ; puis de nouveau les premières pointes de crocus sous la neige ».