Une prière pour Owen – John Irving (1989)

Envie de plonger dans un univers hors norme ?

Bienvenue dans l’œuvre de John Irving et ses personnages hors du commun  !

Avec « Une prière pour Owen », nous faisons la connaissance d’Owen, ce petit être à la voix stridente et au caractère bien trempé. Owen est un personnage extrêmement humain qui touche le lecteur en plein cœur. Issu d’une famille de carriers, d’une intelligence supérieure et extrêmement croyant, il est malmené par ses camarades du fait de sa petite taille et de sa voix étrange. Ces railleries ne feront que renforcer son caractère au fil du temps.

Complémentaires, John et Owen, au fil des années, vont tisser une amitié forte et indestructible. John, le narrateur, est un être insignifiant, qui va mettre toute la lumière sur l’extravagance d’Owen.

Cette amitié sera aussi façonnée par un décès dramatiquement burlesque, hautement improbable et pourtant crédible. Cette mort tragique, au lieu de les séparer, sera comme le granit de leur relation.

Owen durant toute sa vie se sentira comme élu par une puissance qui le dépasse. Ce sentiment de toute puissance ne l’empêche pas de toucher son lecteur par sa sensibilité.

Si Owen se sent l’élu de Dieu, John, personnage largement autobiographique, est à la recherche de son père. Cette quête identitaire reste une clé de lecture de l’œuvre d’Irving.

John et Owen grandiront dans une Amérique sujette aux bouleversements politiques. A travers leurs voix, John Irving nous parle aussi de ses convictions politiques et nous plonge dans la guerre du Vietnam. J’ai apprécié cette toile de fond engagée qui transparaît durant tout le roman.

Le roman est aussi truffé de passages dramatiquement comiques, grotesques même. John Irving arrive ainsi à transporter son lecteur du rire aux larmes.

La densité du roman nous donne l’impression d’avoir littéralement vécu aux côtés de ses personnages dans leurs profondes intimités.

Owen fait partie des caractères qui ont marqué mon chemin littéraire.

Le monde d’Irving est inclassable et nous transporte à chaque roman ! Je ne peux que vous recommander son œuvre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

A découvrir aussi ma chronique coup de ❤ sur son roman >> Le monde selon Garp (1978)

Citations :

« La mémoire est un monstre : vous oubliez ; elle, non. Elle se contente de tout enregistrer à jamais. Elle garde les souvenirs à votre disposition ou vous les dissimule, pour vous soumettre à la demande. Vous croyez posséder une mémoire, mais c’est elle qui vous possède ! »

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante »

« Elle ne cessait de parler des livres comme des dernières cathédrales du savoir, que la télévision aurait pillées, puis abandonnées ». 

Looping – Alexia Stresi (2017)

Et si nous parlions d’un portrait de femme ?

Dans ce récit, Alexia Stresi, dresse le portrait de sa « grand-mère » Noelie et de son destin inimaginable. Noelie voit le jour dans une petite ferme située au fin fond de l’Italie. Issue d’une famille modeste, elle est élevée par sa mère et semble prédestinée à une vie de paysanne.

Et pourtant ! Son destin sera bien différent. Elle sera comme guidée vers les palais, princesse du désert lybien, ambassadrice à l’étranger, diplomate, pilote d’avion… Absolument tout semble réussir à Noelie qui traverse la vie avec une facilité déconcertante…

Ces rencontres extraordinaires seront également insufflées par Bruno, son mari. Il ne saura rien lui refuser et ira même jusqu’à prendre tous les risques pour assouvir le moindre de ses désirs : allant jusqu’à lui laisser piloter son avion au mépris des règles militaires élémentaires.

Noelie, cette femme forte et fragile, au sourire désarmant et qui parvient à atteindre tous ses rêves.

Alexia Stresi nous offre un roman féministe, un joli moment de lecture qui ne restera pas forcement ancré dans ma mémoire.

J’ai aimé voyager en Lybie avec Noelie et j’ai apprécié sa force et sa ténacité. Cependant, le portrait de Noelie lisse et parfait ne nous permet pas de déceler les zones d’ombres et les fissures qui se cachent derrière ce personnage romanesque.

J’aurais aimé accéder à la psychologie des personnages et deviner de l’humanité derrière cette vision idyllique d’une destinée.

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations :

« Peu importe l’éloignement géographique, un départ est cruel s’il fabrique un passé »

« Bruno se souviendrait toute sa vie de ce vol, sa femme, et quelle femme, endormie derrière lui, le désert tranquille sous l’avion, les loupiotes au loin qui le dirigeaient. S’il n’avait eu peur de la réveiller ou qu’elle ne se fasse mal, de bonheur il aurait volontiers fait un looping. Même deux »

Le Joueur – Fiodor Dostoïevski (1866)

Qu’est-ce qu’une passion ?

Dostoïevski nous décrit avec virtuosité les désirs qui dépassent tous les autres. Le sujet d’une passion est comme happé, transcendé, incapable de résister à cette force obscure et saisissante.

« Partout, je ne vois que vous, explique le narrateur à Polina, le reste m’est indifférent ».

Dans le joueur Dostoïevski dévoile la confession d’un homme, Alexis Ivanovitch, tiraillé entre deux passions : le jeu et l’amour.

Alexis Ivanovitch, précepteur, navigue dans une famille bourgeoise. Le « Général », un veuf fou amoureux d’une femme vénale, Mme Blanche, n’a qu’une seule idée en tête : l’épouser. Pour cela, il attend impatiemment l’héritage de sa tante « la Grand-mère ».

Alexis est épris de Polina, la belle-fille du Général. Et pourtant, elle n’a de cesse de le mépriser et semble éperdument amoureuse de « De Grieux », un français distingué auquel le Général doit beaucoup d’argent.

La fameuse « Grand-mère », personnage haut en couleur au franc-parler et au tempérament de feu, va apparaître brusquement dans le récit. Tel un coup de tonnerre, bien vivante, elle heurte l’harmonie familiale et vient remettre en doute les perspectives d’un héritage proche.

Lors de son séjour elle se rendra, sous l’hébétement de sa famille, au Casino. Elle retombera alors en enfance et sera complètement happée par la force du jeu et du hasard. Obnubilée par la « roulette », elle finira par dilapider peu à peu l’héritage promis.

Alexis Ivanovitch sera lui aussi entrainé par l’emprise des jeux d’argent. Cette fascination des jeux de hasard finira par faire basculer son avenir.

Si j’ai été transportée par cette analyse fine des mécanismes qui emportent vers le jeu, malgré tout, ce récit n’a pas détrôné la place particulière de « Crime et Châtiment » dans mon coeur.

En effet, je ne peux que vous contraindre à aborder l’univers de Dostoïevski au travers de « Crime et Châtiment ». L’analyse du psychisme et des causes qui amène au meurtre laisse sans voix. « Crime et Châtiment » demeure le livre indélébile de mes mémoires de lires.

En tout état de cause, quel plaisir de retrouver Dostoïevski et sa plume de génie. Dans cette confession saisissante, il reprend l’héritage du romantisme russe et révèle les forces indomptables des passions sur l’être humain.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Pourquoi et comment je vous aime – je n’en sais rien. Vous savez que, peut-être, vous n’êtes pas belle du tout ? »

« Que m’importe votre colère ! J’aime avec désespoir, et je sais que plus tard je vous aimerai cent fois plus. Si je vous tue un jour, il faudra bien que je me tue aussi. Alors je me tuerai le plus tard possible, afin de ressentir cette souffrance atroce sans vous »

« Le jeu brûle tout. Il est la passion. Il est le rêve. L’enfer et la démesure. Le révélateur des abîmes de l’âme et l’ignoble concentré de la comédie bourgeoise. Il est l’argent ! »

Sérotonine – Michel Houellebecq (2019)

Le très controversé Michel Houellebecq nous dévoile enfin son dernier roman Sérotonine.

Le narrateur, Florent-Claude Labrouse, est viscéralement dépressif. Cet ingénieur agronome de quarante-six ans semble plongé dans une apathie morbide et survit grâce au Captorix un anti-dépresseur puissant qui le prive de toute libido. Fuyant sa dernière compagne Yuzu, personnage grotesque à la sexualité débridée, il se refuge dans une chambre d’hôtel.

Entre un climat parisien morose et la profondeur des paysages Normands, Florent-Claude retrace son passé amoureux. Seules les femmes qu’il a connu et aimé semblent le relier à la vie. Ainsi Kate, Claire mais surtout Camille lui ont permis de trouver un semblant de sens à sa vie.

Sur sa route, il renouera avec son seul ami, Ayméric d’Harcourt, devenu un agriculteur plongeant peu à peu dans la violence du désespoir. Le personnage d’Ayméric, ami rencontré durant ses années étudiantes, est particulièrement fort et donne un vrai relief à l’ouvrage.

Au delà de ce portrait, Michel Houellebecq nous décrit la révolte qui gronde dans une société aux mutations individualistes grandissantes. Il dépeint avec une profonde justesse le déclin du monde agricole face aux mutations sociétales, le climat de violence qui surnage mais surtout la solitude extrême.

Florent-Claude au-delà de ses amours déchus doit faire face à la fin de ses idéaux.

Le lecteur, impuissant, assiste à l’agonie lente mais implacable d’un homme qui a perdu un à un ses espoirs. L’amour semble le seul sentiment encore viable dans une société moribonde.

Ce dernier roman serait-il désespérément romantique ?

Michel Houellebecq ne nous avait pas habitué à des tirades sur la puissance d’un grand amour. Et pourtant, entre les lignes, il s’agit avant tout d’un terrible roman d’amour. Cet amour pur, noir et obsessionnel qui a bouleversé la vie du narrateur en nourrissant ses espoirs mais surtout ses regrets.

Michel Houellebecq crée un malaise mais il sait aussi décrire avec une profonde justesse les maux de notre société. Il parvient à la fois à nous provoquer et à nous émouvoir avec une plume toujours aussi efficace.

J’aime décidément être dérangée par Michel Houellebecq qui signe avec Sérotonine un de ses plus beaux romans.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Je ne crois pas faire erreur en comparant le sommeil à l’amour ; je ne crois pas me tromper en comparant l’amour à une sorte de rêve à deux, avec il est vrai des petits moments de rêve individuel, des petits jeux de conjonctions et de croisements, mais qui permet en tout cas de transformer notre existence terrestre en un moment supportable – qui en est même, à vrai dire, le seul moyen ».

« Les gens fabriquent eux-mêmes le mécanisme de leur malheur, ils remontent la clef à bloc et ensuite le mécanisme continue de tourner, inéluctablement, avec quelques ratés, quelques faiblesses lorsque la maladie s’en mêle, mais il continue de tourner jusqu’à la fin, jusqu’à la dernière seconde ».

« Maintenant je me retournais et je m’apercevais que la vie était finie, qu’elle était passée à côté de nous sans vraiment nous faire de grands signes, puis qu’elle avait repris ses cartes avec discrétion et élégance, avec douceur, qu’elle s’était tout simplement détournée de nous ; vraiment, à y regarder de près, elle n’avait pas été bien longue, notre vie ».

Idiss – Robert Badinter (2018)

Idiss, un récit inclassable, extrêmement personnel et poignant.

Robert Badinter nous raconte la destinée de sa grand-mère Idiss. Cette femme forte grandit en Bessarabie, région rattachée à de nombreux pays au fil du temps et aujourd’hui partagée entre la Moldavie et l’Ukraine. Idiss connait la violence de l’antisémitisme à travers les pogroms perpétrés contre les juifs.

Malgré les persécutions, elle tombe éperdument amoureuse de Schulim. De cette union née trois enfants, Avroum, l’ainé de la famille qui parvient à faire les études les plus élevées, Naftoul, le plus altruiste et sensible, et Chiffra devenue Charlotte, la mère de Robert Badinter.

Réfugiée en France avec sa famille en 1912, Idiss est hantée par la honte de son analphabétisme mais s’adapte peu à peu à la bourgeoisie parisienne et s’intègre dans la République Française.

Une vie paisible se poursuit en France. Charlotte fait la connaissance de Simon, un entrepreneur ingénieux et profondément honnête avec qui elle aura deux fils, Claude et Robert.

Avec un portrait plein de tendresse, Robert Badinter nous dévoile sa grand-mère, une femme forte, digne, courageuse et aimante. Il nous offre une vision de la société de l’entre-deux-guerres et nous décrit le basculement inéluctable vers l’horreur de la seconde guerre mondiale.

Avec une très grande émotion, nous suivons le parcours de cette famille, exilée en France, leurs espoirs pour les principes Républicains jusqu’à l’effondrement de leurs idéaux avec la République de Vichy et le déchirement de la seconde guerre mondiale.

J’ai été littéralement happée par la force de ce récit qui témoigne de l’amour d’un petit-fils pour sa grand-mère maternelle et nous livre des confidences intimes. Avec une pudeur déchirante, Robert Badinter touche le lecteur en plein coeur !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Le moment était venu du grand départ, celui dont on ne revient que comme un étranger à ces lieux qui furent familiers, à ces amis qui furent proches, à une vie qui fut la vôtre. Bref, partir sans esprit de retour, sauf comme un visiteur de son passé ».

« Idiss vient nous embrasser. J’ai conservé le souvenir du parfum d’eau de Cologne dont elle se versait deux gouttes derrière les oreilles avant de « sortir », comme elle disait. Ce parfum- là, quand il m’arrive d’en percevoir l’odeur des décennies plus tard, évoque son visage penché vers moi pour me donner un dernier baiser. Je ferme les yeux. C’est mon enfance revisitée ».

« Valises bouclées, restait le plus douloureux : dire au revoir – en réalité adieu – à notre grand-mère. Ce moment-là, je l’appréhendais plus que tout autre. Je savais que ses jours étaient comptés. Sa vie allait s’achever et je ne la reverrais jamais. Cette pensée, je la repoussais de toutes mes forces. Mais elle était la vérité ».

Tristesse et beauté – Yasunari Kawabata (1965)

Et si nous voyagions dans la délicatesse de la littérature Japonaise ?

Tristesse et beauté est ma première découverte avec la plume de Yasunari Kawabata, écrivain majeur de la littérature japonaise du XXème siècle et prix Nobel de littérature en 1968.

Durant toute son oeuvre, il décrit des personnages hantés par la solitude, la mort et la beauté.

Tristesse et beauté, publié en 1965, ne déroge pas à la règle et traite des thèmes chers à l’auteur.

Nous rencontrons Otoko, une peintre d’une quarantaine d’années et découvrons, au fil des pages, son passé et son amour passionnel et fusionnel pour Oki, un homme marié.

Otoko est âgée de 16 ans lorsqu’elle rencontre Oki. Extrêmement belle, elle fait la connaissance de cet homme bien plus âgé avec qui elle noue une relation passionnée emprunte de domination.

Cette relation la hantera à tout jamais et la conduira même jusqu’à la folie. Oki lui aussi est resté marqué par cet amour qui le hissera jusqu’à la gloire avec l’écriture de son plus beau livre « une jeune fille de seize ans ».

Des années plus tard, la veille du jour de l’An, Oki part écouter les cloches du monastère bouddhiste situé à Kyoto. Il n’a qu’un désir écouter le son des cloches de fin d’année en compagnie d’Otoko son ancien amour.

A cette occasion, Oki rencontrera Keiko, élève et amante d’Otoko. Sa beauté inégalable, jette le trouble dans les sentiments d’Oki et vient bouleverser sa vie, telle un écho à son passé et à son ancien amour pour Otoko.

Le charme de Keiko est implacable, elle envoûte Oki mais également son fils, Taichiro. Et pourtant, on ne connaît pas ses véritables motivations : son amour inconditionnel pour Otoko, un esprit de vengeance, ses désirs de jeunesse ?

Au fil de l’ouvrage, la mort commence à tisser ses premiers fils et la mystérieuse Keiko vient bouleverser l’équilibre familial de la vie d’Oki.

Cet ouvrage terriblement japonais, est rempli de raffinement et de nostalgie.

Cependant, je ne sais pas s’il restera indélébile dans mes mémoires de livres, peut-être car ce récit n’est finalement qu’une brume délicate qui vient se poser sur les souvenirs amoureux ?

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« C’est du coucher du soleil aux premières lueurs de l’aube, installé au bord de la rivière en mangeant et en buvant du saké, qu’il faut jouir de la fraîcheur du soir ».

« Le temps s’écoule pareillement pour tous les êtres humains, mais chaque homme se meut en lui selon un rythme qui lui est propre ».

« La brise de la rivière
Un lèger kimono fauve sur le dos
Fraîcheur du soir »

Les huit montagnes – Paolo Cognetti (2016)

Envie d’un joli moment d’évasion ?

Paolo Cognetti nous transporte dans les paysages magnifiques de la Vallée d’Aoste en Italie.

Pietro est né à Milan mais découvre très jeune les torrents, les chemins escarpés, les alpages. En effet, ses parents qui n’ont jamais cessé d’aimer la nature l’initient chaque été aux paysages montagneux.

Il passe ainsi les vacances à Grana, un village niché au cœur de la montagne italienne. Pietro fait la connaissance de Bruno, un vacher de son âge qui ne s’est jamais éloigné de cette montagne. Cette rencontre le mène peu à peu vers la nature sauvage et la conquête de cette montagne si mystérieuse.

Bruno, montagnard né, est taciturne. Ses parents impénétrables ne semblent pas lui offrir un environnement familial aimant. Il trouve alors le réconfort et la protection auprès des parents de Pietro.

Les deux garçons, tous les deux silencieux et solitaires, partagent des relations difficiles avec leurs pères respectifs et finissent par se comprendre en un seul regard.

Les années s’écoulent et finalement les chemins des deux jeunes hommes vont s’éloigner.

Pietro, vingt ans plus tard, sera à nouveau ramené vers la montagne de Grana et redécouvrira avec émotion les souvenirs indélébiles de son enfance.

Bruno, le rat des champs, et Pietro, le rat des villes a nouveau lié dans cette amitié fraternelle affronteront ensemble les épreuves de leurs vies d’adultes.

Ode à la nature, ce roman offre un profond moment d’évasion à travers la description de paysages montagneux majestueux et des saisons successives s’écoulant dans la Vallée d’Aoste.

Mais c’est surtout avec une profonde émotion que Paolo Cognetti dépeint une belle histoire d’amitié et de solitude.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Un lieu que l’on a aimé enfant peut paraître complètement différent à des yeux d’adulte et se révéler une déception, à moins qu’il ne nous rappelle celui que l’on n’est plus, et nous colle une profonde tristesse ».

« Lui, irascible, autoritaire, intolérant, elle, forte et tranquille et conservatrice. Leur façon rassurante de jouer toujours le même rôle en sachant que l’autre jouera le sien : ce n’étaient pas de vraies discussions que les leurs, mais des dialogues écrits d’avance dont je devinais immanquablement la chute, et dans cette cage je finissais moi aussi par étouffer ».

« C’est dans le souvenir que se trouve le plus beau refuge ».

Portnoy et son complexe – Philip Roth (1969)

Et si nous commencions cette nouvelle année par des confessions sur le divan d’un psychanalyste ?

Alexander Portnoy, ce jeune homme de 33 ans livre à son psychanalyste les pires confessions. Il lui dévoile son rapport aux femmes, son rejet viscéral de ses parents surprotecteurs, son obsession pour la sexualité, son dédain pour la religion juive…

Elevé par une mère possessive et un père pour qui il n’a que très peu d’admiration, son destin d’enfant juif modèle le répugne.

Dès l’adolescence, il va s’engouffrer presque hystériquement dans un appétit sexuel qui ne semble jamais parvenir à contenir. Exutoire à ses frustrations et ses dilemmes moraux, son obsession pour la sexualité ne cesse de grandir.

Devenu un homme accompli intellectuellement, il refuse de reproduire le schéma familial en épousant une juive. Il préfère laisser libre court à ses pulsions.

Il fait la connaissance de Mary Jane Reed dit le « Singe », cette femme si lointaine du modèle parental. Complètement libre sexuellement, elle assouvit son appétit sexuel mais Alexander Portnoy estime qu’elle n’est pas à la hauteur de son intellect.

Arrogant et antipathique, Alexander n’engendre que très peu de tendresse et d’attachement chez le lecteur.

Durant toutes ses confessions à son psychanalyste, il effectue des va-et-vient incessants entre son modèle parental ancré et le rejet de son éducation.

Les ingrédients de l’univers de Philip Roth sont tous présents dans ce roman : un style corrosif, un humour carnassier, une description de la religion juive, des conflits familiaux, une culpabilité exacerbée et des préjugés tenaces décrits dans un style brillant.

Et pourtant, pour ma part, la magie n’a pas opéré. Ensevelie dans un discours parfois incohérent et noyée sous les références sexuelles crues, j’ai fini par perdre le fil de ma lecture.

Philip Roth n’a jamais cessé de me charmer au fil de ses romans et pour la première fois je suis malheureusement restée de marbre.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Mais enfin, pourquoi, bon Dieu, est-ce que je ne pourrais pas m’amuser un peu ? Pourquoi la moindre tentative de ma part dans la recherche du plaisir est-elle aussitôt illicite –pendant que le reste du monde se vautre en riant dans la boue ? « 

« Imaginez la chose : supposons que je me décide et que j’épouse A avec ses délicieux nichons et ainsi de suite, qu’arrivera-t-il lorsque B qui en possède d’encore plus délicieux –ou en tout cas de plus nouveaux- fera son apparition ? Ou C qui a une façon spéciale de remuer son cul dont je n’ai encore jamais fait l’expérience ; ou D, ou E, ou F. J’essaie d’être sincère vis-à-vis de vous, Docteur –parce qu’avec le sexe l’imagination humaine galope jusqu’à Z et ensuite au-delà ! »

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu (2018)

Nicolas Mathieu est devenu en quelques mois un auteur incontournable. Je n’étais pas de celle qui avait dévoré ce roman avant que son auteur soit propulsé dans la lumière en recevant le prestigieux « prix Goncourt ».

Et pourtant, le thème du roman m’avait déjà touchée en plein cœur : un adolescent pris au piège dans une région désindustrialisée de l’Est de la France et qui fait face à un certain déterminisme social.

Le lecteur découvre un groupe de jeunes évoluant dans l’atmosphère alangui de quatre étés successifs entre 1992 et 1998.

Anthony a grandi dans cette petite vallée où les hauts-fourneaux sont désaffectés. Aux prémices de son adolescence, il commence à ressentir les émois de son premier amour, les découvertes charnelles et à commettre ses premières bêtises de jeunesse…

Lors d’une fête, il fera la connaissance de Steph. Cette jeune fille qui n’a de cesse de réapparaître dans sa vie. Issue d’une classe supérieure, elle lui semble inaccessible et pourtant, elle lui apparaît proche, elle aussi coïncée dans cette ville qui n’offre aucune issue.

On y découvre également Hacine. Ce jeune homme grandit dans cette banlieue à côté de la ville qui le met à fortiori à l’écart. Soumis aux préjugés tenaces, il finit par plonger dans la délinquance.

L’imbrication de ces portraits issus de divers milieux sociaux est extrêmement bien travaillée par Nicolas Mathieu qui nous livre un roman dense, plein de contradiction et de force. Loin des clichés, il nous emporte littéralement dans le parcours de ces jeunes.

La trame de l’histoire apparaît anodine et pourtant Nicolas Mathieu nous offre bien plus dans ce roman d’une extrême richesse. Sous fond de colères adolescentes, l’auteur nous décrit une analyse des classes chère à Bourdieu.

Ces jeunes qui vivent dans une région étriquée et désaffectée projettent de fuir. Cependant, ils apparaissent comme encrés et sclérosés dans leur milieu social à reproduire inexorablement la trajectoire de leurs parents.

Un roman coup de cœur, qui allie avec brio émotion et fresque sociale, à dévorer jusqu’à la dernière ligne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Dans chaque ville que portait ce monde désindustrialisé et univoque, dans chaque bled déchu, des mômes sans rêve écoutaient maintenant ce groupe de Seattle qui s’appelait Nirvana. Il se laissaient pousser les cheveux et tâchaient de transformer leur vague à l’âme en colère, leur déprime en décibels ».

« La minorité avait cette vertu ambiguë, elle vous protégeait mais, en prenant fin, vous précipitait tout d’un coup dans un monde d’une férocité insoupçonnée jusque-là ».

« Ces femmes qui, d’une génération à l’autre, finissaient toutes effondrées et à moitié boniches, à ne rien faire qu’assurer la persistance d’une progénitures vouées aux mêmes joies, aux mêmes maux, tout cela lui collait un bourdon phénoménal. Dans cette obstination sourde, il devinait le sort de sa classe. Pire, la loi de l’espèce, perpétuée à travers les corps inconscients de ces femmes aux fourneaux, leurs hanches larges, leurs ventres pleins ».

Machenka – Vladimir Nabokov (1926)

« Mais aujourd’hui, le printemps est là,

A tous les coins, on vend du mimosa,

Je t’en apporte une branche ;

Elle est frêle comme un rêve… »

« Machenka », le premier roman de Vladimir Nabokov retrace les souvenirs nébuleux d’un amour adolescent.

Cet amour lie Ganine et Machenka, cette jeune femme mystérieuse dont on ne sait presque rien tout au long du récit.

Le cadre de ce roman nous laisse rêveur : une pension berlinoise où se rencontrent des réfugiés russes, plus attachants les uns que les autres, ayant fui leur pays après la révolution.

Koline et Gornotsvetov, un couple de danseurs professionnels ; Anton Sergueïevitch Podtiaguine, un vieux poète russe ; Klara, une femme naïve et tendre ou encore la logeuse, Lydia Nikolaïevna Dorn, veuve d’un homme d’affaires allemand timide et d’une extrême douceur.

Ganine, un homme froid et énigmatique, évolue dans cette pension où règne une atmosphère qui lui rappelle sa ville natale : la Russie.

Lors de son séjour, il rencontre Alfiorov, cet homme qui attend impatiemment sa femme : Machenka.

Ganine déniche une photo de cette femme énigmatique. Il découvre alors que cette épouse tant attendue n’est autre que son premier amour, un souvenir éblouissant et tendre. Il se replongera avec mélancolie et délice dans ce premier émoi d’une extrême pureté.

Avec ravissement, le lecteur revit cette passion de jeunesse. Tout en candeur, nous savourons l’émerveillement d’un premier amour.

Vladimir Nabokov nous dévoile un premier roman magistral qui nous transporte dans une écriture riche et poétique.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Ganine avait l’impression que le crépuscule fuligineux qui s’infiltrait graduellement dans la chambre pénétrait aussi lentement son corps, transformant son sang en brouillard, sans qu’il fût capable d’échapper au maléfice que le clair-obscur avait jeté sur lui ».

« Toutes ces choses banales et pourtant précieuses qui nous deviennent si familières à la vue et au toucher et dont la seule vertu est qu’elles permettent au voyageur condamné au mouvement perpétuel de se sentir chez lui, si peu que ce soit, quand, vidant ses malles, il retrouve ces bibelots fragiles, précieux, humains, pour la centième fois ».

« Rien ne ressuscite le passé aussi complètement qu’une odeur qui lui a jadis été associée ».

« Ce baiser de pluie d’automne était si long et si profond qu’ensuite de grandes taches lumineuses dansaient devant ses yeux ».