Love me tender – Constance Debré (2021)

Et si nous parlions d’un livre coup de poing ?

Dans ce court récit largement autobiographique, Constance Debré dresse le parcours d’une mutation.

Avocate et mère de famille, Constance Debré a décidé de changer de voie et de se connecter à sa véritable identité. Elle devient écrivaine et se libère de ses attaches. Constance se connecte à sa sexualité et multiplie les conquêtes féminines. Assumer ses choix va provoquer de nouveaux sacrifices. Face à l’homosexualité de son ex-femme le père de son fils décide d’entamer une procédure pour lui enlever la garde de son enfant. Entre les combats d’une mère et sa quête de liberté, Constance Debré parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Ce texte sans concession, loin des stéréotypes, donne à réfléchir sur notre rapport à la liberté, nos besoins de dépossession et porte un nouveau regard sur la maternité. Porté par une écriture âpre presque viscérale, ce récit poignant est une véritable claque littéraire.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre . Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’en foutre, une fois pour toutes de l’amour, de l’amour prétendu, de toutes les formes d’amour, même de celui- là, pourquoi il faudrait absolument qu’on s’aime »

« En vrai un juge dit à un petit garçon qui sera un homme mon fils que sa mère est coupable parce que son père tout-puissant le décide. Qu’elle n’est pas vraiment une mère puisqu’elle n’est pas vraiment une femme puisqu’elle n’aime pas vraiment les hommes. Que l’endroit est toujours du côté du plus fort et que la liberté n’est qu’une farce »

La fille Elisa – Edmond de Goncourt (1877)

Et si nous dressions le portrait d’une prostituée devenue criminelle ?

Après la mort de son frère, Edmond de Goncourt poursuit le travail entamé avec lui et publie un roman dressant le portrait d’une prostituée. Fille de sage-femme, Elisa veut fuir sa mère et s’éloigner des souvenirs de son enfance.

Elle rencontre une prostituée qui loge parfois chez sa mère. Cette femme fait basculer son destin. A son contact, elle imagine que le métier de prostituée sera source d’épanouissement et de liberté. Elle saisit cette opportunité pour prendre la fuite et suit cette femme dans un petit village de province.

Finalement, elle décide de poursuivre sa route jusqu’à Paris mais son caractère ne lui permet pas de trouver véritablement sa place. Indolente, elle erre entre les maisons de prostitution et s’étiole jour après jour. Quand elle est condamnée pour le meurtre d’un homme, sa déchéance devient implacable. Jusqu’où cette descente aux enfers la conduira-t-elle ?

Si le personnage d’Elisa n’est pas flamboyant mais plutôt apathique, j’ai apprécié cependant la description du milieu carcéral de l’époque. Au-delà de dépeindre la destinée d’une femme et sa lente décadence, Edmond de Goncourt expose un véritable manifeste contre la cruauté pénitentiaire qui demeure intéressant.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Elle aima avec les tendresses amassées dans un vieux coeur qui n’a point aimé. Elle aima avec l’aliénation d’un cerveau, comme frappé d’une folie de bonheur »

« Elle eût voulu l’aimer, être aimée de lui, rien qu’avec des lèvres qui embrasseraient toujours »

Beaux et damnés – Francis Scott Fitzgerald (1922)

Et si nous rencontrions un couple New-Yorkais ?

Anthony est un homme aussi beau que riche. Oisif, il attend patiemment d’hériter de la fortune de son grand-père et vit dans un New-York luxueux. Quand Anthony rencontre Gloria, l’attraction est immédiate. Aussi belle que fantasque, elle fascine rapidement Anthony par son insouciance. Elle partage avec lui le même goût du luxe et de la volupté.

Malgré les beaux partis qui évoluent autour d’elle, Gloria va s’éprendre d’Anthony. Ensemble, ils vont partager une vie pleine d’ivresse et dilapider leur argent dans l’attente de l’héritage espéré. Pourtant le manque d’ambition d’Anthony inquiète son grand-père. Ancien financier de Wall Street, il semble déçu de son petit-fils. Face à une oisiveté exacerbée et des élans dispendieux, le couple sombrera-t-il dans la décadence ?

Dans un milieu New-Yorkais luxueux, le portrait de ces héritiers arrogants et cupides est finement dressé par F. Scott Fitzgerald. Si j’ai trouvé une certaine lenteur au début de ce roman, j’ai été au fil des pages emportée par l’évolution de ce couple.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Elle était un soleil, radieux, qui grandissait, recueillait la lumière et l’emmagasinait – puis, au bout d’une éternité, la faisait rejaillir dans un regard, un fragment de phrase, et cette lumière se répandait sur ce qui, en lui, chérissait tout ce qui est beauté, tout ce qui est illusion ».

« Il n’y a pas de beauté sans émotion qui serre le coeur, et il n’y a pas d’émotion qui serre le coeur sans la conviction que tout cela s’en va, les hommes, les noms, les livres, les maisons… que cela va retourner en poussière, que c’est mortel… »

Moins qu’hier (plus que demain) – Fabcaro (2018)

Et si nous choisissions le rire pour retranscrire les relations amoureuses ?

A propos de l’amour, Fab Caro s’exprimait ainsi « J’ai beaucoup de tendresse pour les choses qui ne marchent pas : le couple est un super terreau »

Fidèle à cette idée, Fabcaro dissèque avec tendresse le couple dans cette bande dessinée brillante. Au fil des pages, il dévoile des instants de vie savoureux. Fabcaro met en scène des dizaines de couples. Dans leurs échanges du quotidien se mêlent des tirades cyniques et des mots acerbes. Entre des disputes piquantes, des scènes cocasses ou le monologue d’un homme qui nie la réalité d’une séparation, Fabcaro nous entraine facilement dans son univers.

Avec le ton unique et irrévérencieux de Fabcaro, nous suivons les moments volés de ce quotidien fait de désillusions. Un incontournable si vous voulez savourer quinze minutes de rire ininterrompu.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Le noeud de vipères – François Mauriac (1932)

Et si nous percions le mystère d’un coeur haineux ?

Louis, un ancien avocat avare à la santé fragile, décide de confesser dans une lettre adressée à sa femme sa profonde amertume. Cette confession est aussi l’occasion pour lui de revenir sur son passé.

De son union avec son épouse, Isa, est née trois enfants. Au fil des années, il a porté un regard de plus en plus dur et violent sur sa famille.

Dans cette longue diatribe, il révèle son mépris des siens et sa soif de vengeance. Il soupçonne ses proches de roder autour de lui dans le seul but de le dépouiller de son argent. Empoisonné par une profonde rancoeur, il échafaude des plans afin de tous les déshériter. Derrière cette haine farouche se cache-t-il encore de l’amour ?

Porté par une écriture finement travaillée, ce portrait familial ponctué d’épines est incontestablement réussi. Un très beau texte sur la complexité des rapports familiaux qui s’érige comme un classique de la littérature.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Envier des êtres que l’on méprise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie »

« Ceux qui ont l’habitude d’être aimés accomplissent, d’instinct, tous les gestes et disent toutes les paroles qui attirent les cœurs. Et moi, je suis tellement accoutumé à être haï et à faire peur, que mes prunelles, mes sourcils, ma voix, mon rire se font docilement les complices de ce don redoutable et préviennent ma volonté ».

Clara lit Proust – Stéphane Carlier (2022)

Et si un roman nous insufflait l’envie de lire Proust ?

Dans ce court roman, Stéphane Carlier propose un hommage à Marcel Proust et met en lumière ce grand écrivain.

Coiffeuse dans une petite ville de Saône-et-Loire, Clara n’a jamais véritablement eu accès à la culture. Chaque jour de travail se ressemble entre la compagnie des clients successifs, de ses collègues mais aussi de sa patronne, solaire mais aussi mutique sur une partie de sa vie.

Clara est en couple avec un jeune homme séduisant mais avec qui les échanges se restreignent désormais à des platitudes. Les journées se déroulent avec une douce mélancolie dans un quotidien rythmé par les mêmes habitudes.

Le destin va mettre entre les mains de Clara un roman de Marcel Proust. Si elle ne pensait jamais lire un tel classique, elle va se laisser glisser entre les pages de cette oeuvre. Happée par l’écriture de Marcel Proust, les mots de l’écrivain font écho à ses propres souvenirs d’enfance et deviennent son refuge. Jusqu’où cette découverte littéraire la conduira-t-elle ?

J’ai trouvé la trame et le style de ce roman assez convenu et je n’ai pas été totalement emportée par le destin de Clara. Si la lecture reste agréable, j’ai surtout aimé les extraits de l’oeuvre de Proust qui nous donne terriblement envie de (re)découvrir ce grand écrivain.

Merci aux éditions Folio pour cet envoi dans le cadre du club des lecteurs Folio.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« À la lecture de ces pages, quelque chose d’un peu magique s’est passé qui, pour la première fois, lui a laissé penser que les livres pouvaient être meilleurs que la vie ».

« Il faut prendre son temps, faire des pauses. Maintenant, quand je le lis, j’ai l’impression de l’entendre me parler ».

Veiller sur elle – Jean-Baptiste Andrea (2023)

Et si nous nous délections d’un livre romanesque par excellence ?

Dans ce magnifique roman, Jean-Baptiste Andrea nous dévoile la destinée d’un sculpteur italien. De Rome, à Florence en passant par la Toscane, Mimo va connaître un parcours hors du commun et surtout une relation fusionnelle avec Viola.

Fille d’une des familles les plus riches de cette région italienne, elle est curieuse, érudite, émancipée et entraîne le jeune Mimo dans une trajectoire effervescente. Derrière le portrait de ce sculpteur, c’est une femme exceptionnelle dont Jean-Baptiste Andrea sculpte les traits au fur et à mesure de son oeuvre. Les destinées de Mimo et Viola seront-elles à jamais reliées ?

Dans un contexte italien aux dimensions historiques fortes, nous découvrons une oeuvre habitée par des personnages fascinants aux connexions puissantes. Une prouesse romanesque que je vous recommande chaudement, j’ai été complètement ensorcelée par cette merveille.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

« Elle me sourit, un sourire qui dura trente ans, au coin duquel je me suspendis pour franchir bien des gouffres »

« Il est des absences dont on ne se remet pas ».

La Bienfaitrice – Elizabeth von Arnim (1901)

Et si nous évoquions les ambitions indépendantes d’une femme ?

Anna Escourt vit avec Suzy, sa belle-soeur depuis plusieurs années. Dès qu’Anna atteint l’âge d’entrer dans le monde, Suzy l’entraine dans des mondanités afin de lui trouver un mari. Anna s’oppose à cette course au mariage. Elle est décidée à rester indépendante.

Lorsqu’elle reçoit la lettre de son oncle Joachim, sa vie bascule. Elle hérite d’un grand domaine en Allemagne. Cette demeure est enfin synonyme de liberté, elle peut s’y installer, faire fi du mariage et se consacrer à ses ambitions philanthropiques. Quand elle rencontre le séduisant Axan von Lohm, un aristocrate, cette quête d’indépendance féminine va-t-elle s’étioler ?

Elizabeth von Arnim met en exergue des élans de liberté face à la soumission des femmes aux exigences sociales. Si j’ai trouvé le personnage d’Anna intéressant, le fil narratif assez convenu ne m’a pas emportée.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Baumgartner – Paul Auster (2024)

Et si nous apprenions à survivre à la perte ?

Professeur de philosophie Sy Baumgartner a perdu sa femme Anna, il y a neuf ans. La présence de l’être aimée plane toujours dans leur appartement. S’il a perdu sa moitié, il continue à avancer imperceptiblement et ne cesse de la faire revivre.

Désormais âgé de soixante-dix ans, il plonge dans ses souvenirs et sa solitude pour révéler l’immense coup de foudre qu’il a éprouvé pour Anna. Traductrice, poétesse, il l’a profondément admirée et a partagé avec elle un mariage heureux. Il revient sur cet amour qui a marqué son existence. Parviendra-t-il à survivre à cette perte ?

D’une grande sensibilité, ce portrait de Sy Baumgartner fait écho à la vie de l’auteur et nous renvoie à nos propres rapports au deuil et à la vieillesse. Dernière oeuvre lumineuse de Paul Auster, ce récit tendre et mélancolique sur notre rapport à la mémoire résonne aujourd’hui encore davantage.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Comment cela se produit, elle n’en a pas la moindre idée, pas plus qu’elle ne comprend comment elle peut lui parler en ce moment, mais la seule chose qu’elle sait, c’est que vivants et morts sont reliés, et qu’une relation profonde comme la leur peut se poursuivre même dans la mort, car si l’un meurt avant l’autre, le survivant peut garder l’autre en vie dans une sorte de limbe temporaire entre la vie et la non-vie, mais quand le vivant meurt aussi c’est la fin, et la conscience du mort s’éteint à jamais ».

« Une personne n’a pas de vie sans relation à d’autres, et si on a la chance d’avoir une relation profonde avec une autre personne, si profonde que l’autre est aussi important à tes yeux que tu ne l’es à toi-même, alors la vie devient plus que possible, elle devient bonne ».

Le jeune acteur, tome 1 : Aventures de Vincent Lacoste au cinéma – Riad Sattouf  (2021)

Et si nous suivions les premiers pas d’un acteur ?

Vincent Lacoste est le prodige du cinéma français qu’on ne présente plus. Avant de devenir cet acteur talentueux, il n’était qu’un adolescent anonyme. Collégien de 14 ans, il aimait Scarface et rêvait de devenir un caïd de cité. Il était amoureux d’une jeune fille qui l’ignorait et passait son temps avec des amis de son âge.

Timide et complexé, Vincent participe sans conviction à un casting sauvage pour un long-métrage organisé dans son collège. Quand il est pris pour le rôle titre du film « les beaux gosses », sa vie bascule. Propulsé dans le milieu du cinéma, il doit rapidement se formater aux codes. Il est guidé par le réalisateur du film, Riad Sattouf. Passionné de François Truffaut, il espère faire de Vincent Lacoste son Antoine Doisnel. Le jeune homme, parviendra-t-il à devenir un vrai acteur ?

J’ai beaucoup apprécié cette bande dessinée, Riad Sattouf croque avec autodérision et tendresse la société et le parcours de ce jeune adolescent. La force de leur relation est parfaitement retranscrite, les premiers pas de Riad Sattouf comme réalisateur font écho aux premières scènes de Vincent Lacoste.

Une bande dessinée qui nous dévoile avec humour la face cachée du cinéma et nous permet de mieux découvrir Vincent Lacoste. J’ai hâte de dévorer la suite de ses aventures cinématographiques.

Ma note :

Note : 4 sur 5.