Ethan Frome – Edith Wharton (1911)

Et si nous voyagions au coeur du Massachusetts ?

Dans une ferme reculée, au coeur des montagnes du Massachusetts, Ethan Frome vit avec le poids de son héritage. Propriétaire d’une ferme et d’une scierie appartenant à ses ancêtres, il est contraint de demeurer dans cette ville calme et reculée où le temps reste comme suspendu.

Malgré ses rêves de voyages et d’études supérieures, il a dû s’occuper de la propriété à la mort de ses parents. Marié par nécessité à sa cousine Zeena, il a noué avec elle une union sans amour et doit supporter quotidiennement une femme taciturne, plaintive et hypocondriaque.

Dans ce paysage sombre et déserté, Ethan Frome va découvrir pour la première fois l’amour sous les traits purs et lumineux de Mattie. Cet amour passionné parviendra-t-il à faire face à une destinée implacable et désespérante ?

Ce roman, porté par une très belle écriture mêle la pureté des paysages et de ce premier amour. J’ai été littéralement subjuguée par ce récit qui arrive en quelques lignes à nous glisser dans la complexité de ses personnages aussi fascinants qu’envoûtants.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Au milieu de la pente, elle butta sur quelque obstacle qu’elle n’avait pas vu, et se retint au bras d’Ethan pour rétablir son équilibre. La chaleur qui pénétra le jeune homme lui sembla comme le prolongement de son rêve. Pour la première fois, il mit son bras autour de la taille de Mattie, et elle ne se déroba point. Ils continuèrent à marcher, s’abandonnant au courant qui les emportait »

« Je sentais simplement qu’il vivait dans un isolement moral trop profond pour qu’on y eût accès fortuitement, et j’avais l’impression que cette solitude n’était pas seulement le fruit de son sort, quelque tragique qu’il pût être, mais qu’elle recélait le froid, accumulé couche après couche, de maints hivers à Starkfield »

La plus secrète mémoire des hommes – Mohamed Mbougar Sarr (2021)

Et si nous révélions notre amour pour la littérature ?

Un jeune auteur sénégalais, Diégane Latyr Faye découvre dans un manuel de littérature un livre singulier « Le labyrinthe de l’inhumain ».

Publié en 1938, ce livre écrit par T.C Elimane, auteur lui aussi sénégalais, a bouleversé le milieu littéraire. Suite aux accusations de plagiat et aux critiques acerbes, la maison d’édition a fermé et presque tous les exemplaires de cet oeuvre ont été détruits. Depuis ce scandale littéraire, T. C Elimane a disparu.

Grâce à l’autrice Siga D, Diégane Latyr Faye parvient à mettre la main sur un des exemplaires de ce livre. Transcendé par cette lecture, il décide de partir sur les traces de cet auteur oublié.

Sa quête périlleuse va le mener vers plusieurs continents entre magie noire, littérature et saga familiale. Il découvre au cours de son enquête un écrivain aussi sombre que lumineux. Cette quête littéraire n’est que le prétexte pour nous transporter dans des milieux vastes et pourtant enchevêtrés les uns aux autres.

Porté par une grande érudition, ce roman foisonnant nous emporte vers des chemins inattendus. Même si la confusion règne parfois durant la lecture, ce roman déroutant n’a de cesse de nous surprendre !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Le hasard n’est qu’un destin qu’on ignore, un destin écrit à l’encre invisible ».

« La littérature m’apparut sous les traits d’une femme à la beauté terrifiante. Je lui dis dans un bégaiement que je la cherchais. Elle rit avec cruauté et dit qu’elle n’appartenait à personne ».

Debout les morts – Fred Vargas (1995)

Et si nous parlions d’un roman policier ?

Quatre hommes partagent la même maison. Chacun à leur étage, ils forment une famille atypique. Marc étudie le Moyen-âge, Mathias la préhistoire et Lucien la première guerre mondiale. S’ils ont en commun leurs parcours d’historiens, ils se distinguent par leurs personnalités foncièrement différentes. Pour compléter ce trio, l’oncle de Marc, Armand Vandoosler, un ancien policier cohabite avec eux dans cette vieille bâtisse délabrée. Cette vie en communauté, initiée par Marc, est avant tout la conséquence de leurs problèmes financiers. Marginalisés et sans argent, ils ont décidé de vivre ensemble.

Leur voisine, Sophia Simeonidis va les rassembler. Un matin, elle découvre un cèdre planté dans son jardin. Cherchant de l’aide afin de le déraciner, elle frappe à la porte de cette grande demeure. Quand Sophia Siméonidis disparaît subitement, le quatuor se retrouve entraîné dans une enquête policière.

Ce policier nous transporte dans des investigations sinueuses. Tout au long du roman, le lecteur peut s’adonner à ses propres élucubrations pour accompagner les protagonistes à la recherche de la vérité ! Si j’ai trouvé les personnages assez caricaturaux, ce roman reste un bon moment de divertissement !

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citation :

« La quête des paroxysmes oblige à se confronter à l’essentiel qui est ordinairement caché »

Nadja – André Breton (1928)

Et si nous parlions de surréalisme ?

André Breton évoque sa passion pour Nadja dans ce récit hybride mêlant essai philosophique, roman ou récit autobiographique.

En 1926, André Breton rencontre la fantasque et fascinante Nadja à Paris, ce nom envoûtant signifie « le commencement du mot espérance ». Il échange avec elle un baiser « dans lequel il y a une menace ». Captivé par sa liberté, il multiplie les rencontres avec cet être unique aux quatre coins de Paris.

Sous les traits de Nadja, André Breton prône la liberté et l’émancipation. Il laisse le fil de sa pensée et de ses réflexions s’écouler avec une grande fluidité dans ce texte. Au-delà de cette passion amoureuse, il dévoile sa critique de la psychanalyse, sa réflexion sur la folie et ponctue cette oeuvre de références littéraires et artistiques.

Ce texte surréaliste mêle avec harmonie dessins et photographies pour une immersion dans Paris et dans les interstices de la pensée d’André Breton. Ce texte hors norme, devenu intemporel, est traversé par des mots d’une fulgurante beauté.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu’il ne saurait être question de se soumettre ».

« Je savais tout, j’ai tant cherché à lire dans mes ruisseaux de larmes »

« Seul l’amour au sens où je l’entends – mais alors le mystérieux, l’improbable, l’unique, le confondant et l’indubitable amour – tel enfin qu’il ne peut être qu’à toute épreuve, eût pu permettre ici l’accomplissement du miracle ».

« La beauté sera convulsive ou ne sera pas ».

La Conquête de Plassans – Emile Zola (1874)

Et si nous plongions dans un des tomes méconnus de la série des Rougon-Macquart ?

Ce quatrième volume du cycle des Rougon-Macquart, nous transporte à nouveau à Plassans, petite ville du Sud de la France, imaginée par Emile Zola.

A Plassans, Marthe et François Mouret mènent une vie calme et harmonieuse avec leurs trois enfants. L’abbé Faugas s’installe avec sa mère à leur domicile. Les nouveaux locataires à la fois sévères et sombres viennent bouleverser l’équilibre familiale.

Fascinée par l’abbé, Marthe tisse une relation avec lui mélant dévotion religieuse et passion dévorante. Installés dans une chambre à l’étage, ils semblent tout d’abord invisibles mais leur austérité ensevelit peu à peu toute la famille. Entre ambition, pouvoir et manipulation, l’abbé Faugas parvient peu à peu à conquérir la ville.

Un roman riche avec une intrigue travaillée qui mêle avec justesse lutte politique et religieuse. Je suis restée transportée par cette oeuvre qui parvient avec brio à mélanger le feu des passions et l’austérité de la soutane. Un roman méconnu de la série que je vous invite vivement à découvrir !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Il semblait qu’au fond de l’oeil, d’un gris morne d’ordinaire, une flamme passât brusquement, comme ces lampes qu’on promène derrière les façades endormies des maisons ».

« Marthe, plus mince, les joues rosées, les yeux superbes, ardents et noirs, eut alors pendant quelques mois une beauté singulière. La face rayonnait ; une dépense extraordinaire de vie sortait de tout son être, l’enveloppait d’une vibration chaude. Il semblait que sa jeunesse oubliée brûlât en elle, à quarante ans, avec une splendeur d’incendie »

Le lac – Yasunari Kawabata (1950)

Et si nous évoquions l’étrangeté d’une oeuvre japonaise ?

Dans ce court récit, Yasunari Kawabata mêle avec une parfaite harmonie étrangeté et poésie.

Homme énigmatique, Gimpei passe ses journées à suivre les jeunes filles dans la rue. Ses pérégrinations le conduisent à la rencontre de plusieurs femmes qui marqueront sa vie.

Dans sa jeunesse, il entretient une relation avec Yagoï, sa cousine, et la rencontre régulièrement aux abords du lac de son enfance. Puis il devient professeur et s’éprend d’une de ses étudiantes, Hisako. Il croise également la route de Miyako et Machié dont la beauté ne cesse de l’envoûter.

Gimpei se construit à travers l’obsession qu’il voue pour ces jeunes filles. Cette fascination chimérique grandit au fil du temps et le confronte de plus en plus à son immense solitude. Nous naviguons avec Gimpei entre ses pulsions de vie et un oppressant instinct morbide.

D’une étrangeté envoûtante, la plume de Yasunari Kawabata nous emporte dans une atmosphère à la fois oppressante et malsaine. Toujours fascinée par son oeuvre, j’en suis restée désarçonnée.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Quand ces choses-là m’arrivent, je me sens d’une tristesse mortelle, j’ai le vertige, je ne sais même plus ce que je fais. Je voudrais la suivre, elle, la femme, jusqu’au bout du monde. Mais cela non plus ce n’est pas possible. La suivre ainsi, cela voudrait dire qu’il faudrait la tuer »

« Comme si une créature de rêve me chuchotait des mots d’amour… Que ne peux-tu, avec ton doigt, extirper de mon oreille toutes les voix humaines qui l’ont salie, n’y laisser que l’enchantement de ta propre voix… Ainsi, les mensonges eux-même s’en iraient… »

Splendeurs et misères des courtisanes – Honoré de Balzac (1838)

Et si nous plongions dans une œuvre dense de Balzac ?

Partie intégrante de la comédie humaine, dans Splendeurs et misères des courtisanes nous rencontrons à nouveau les protagonistes des « Illusions Perdues » ou du « Père Goriot ».

De retour à Paris, Lucien de Rubempré est bien décidé à poursuivre son ascension. Sous la protection de Carlos Herrera, un ecclésiastique au passé trouble, il use de tous les stratagèmes pour faire sa place dans la haute société. Avec l’appui de son mentor, il se rapproche de Clotilde de Grandlieu. Leur union pourrait lui permettre d’accéder à une position tant convoitée.

Lucien de Rubempré s’est épris d’Esther Gobseck, une ancienne courtisane. Leur passion pure et charnelle doit rester secrète afin de ne pas entraver son ascension sociale. Carlos Herrera contribue à cette dissimulation et installe Esther dans une demeure sous la protection et la surveillance de deux domestiques, Europe et Asie. Par amour, Esther sera bâillonnée et emprisonnée dans cette maison et devra renouer avec son passé de courtisane…

Cette lecture aussi dense qu’exigeante mélange lutte de pouvoir, passion amoureuse et ambition personnelle. Les protagonistes s’entrecroisent et ce volume pourrait finalement contenir plusieurs oeuvres. Je ne vous invite pas à débuter votre découverte de la comédie humaine avec ce volume présentant des longueurs. Cependant, je ne peux que saluer l’ampleur du travail d’Honoré de Balzac.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Quiconque a trempé dans le journalisme, ou y trempe encore, est dans la nécessité cruelle de saluer les hommes qu’il méprise, de sourire à son meilleur ennemi, de pactiser avec les plus fétides bassesses, de se salir les doigts en voulant payer ses agresseurs avec leur monnaie. On s’habitue à voir faire le mal, à le laisser passer ; on commence par l’approuver, on finit par le commettre. À la longue, l’âme, sans cesse maculée par de honteuses et continuelles transactions, s’amoindrit, le ressort des pensées nobles se rouille, les gonds de la banalité s’usent et tournent d’eux-mêmes »

« L’amour sans espoir quand il inspire la vie, quand il y met le principe des dévouements, quand il ennoblit tous les actes par la pensée d’arriver à une perfection idéale »

La soeur – Sándor Márai (1946)

Et si nous partions dans l’obscurité avec Sándor Márai ?

En plein hiver sous la seconde guerre mondiale, sept protagonistes se réunissent dans une auberge de haute montagne. Parmi ces hôtes, nous découvrons un couple de bourgeois, des chasseurs, un homme solitaire et un célèbre pianiste qui a brutalement mis un terme à sa carrière.

Ce séjour sera l’occasion de revenir sur la vie de cet artiste. Le pianiste transmet au narrateur un manuscrit et lui révèle pourquoi il a cessé de jouer. En 1939, il est hospitalisé brusquement à Florence. Ravagé par une maladie inexpliquée, sa vie semble sans issue et synonyme d’intense souffrance.

Tandis que la guerre fait rage, le temps est comme suspendu dans sa chambre d’hôpital. Cet homme est placé hors du monde faisant face, impuissant, à une lente et sombre maladie. Sa vie d’artiste, son parcours amoureux et son existence sont anéantis sous le poids de sa terrible souffrance. Entre hallucinations et prise de médicaments, l’artiste vit cloisonné. Les religieuses et les médecins se dressent autour de lui, comme des ombres aussi rassurantes qu’inquiétantes, et contribuent à l’angoisse de ce huis clos.

Ce roman profondément noir décrit avec acuité l’intangible souffrance d’un homme et sa prise d’opiacé. Même si ce livre difficile laisse un sentiment d’oppression et d’angoisse, je ne peux que saluer la plume incommensurable de Sándor Márai qui nous plonge dans les profondeurs des souffrances humaines.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Comment espérer, comment croire que de grandes nations puissent se comprendre, et vivre en paix sur terre les unes à côté des autres alors que certains individus se sacrifient d’une façon aussi désespérée et irrationnelle à des passions et des émotions insensées ? »

« Je m’attelais à la maladie, comme à une quelconque tâche, un voyage aventureux ou un travail dont on ne mesurerait pas les véritables difficultés dès le début. La seule chose que je devinais était que cette tâche allait se révéler compliquée et longue à accomplir. »

Un dernier verre avant la guerre – Dennis Lehane (1994)

Et si nous parlions d’un polar ?

Dans ce roman policier, nous rencontrons pour la première fois Patrick Kenzie accompagné de son acolyte Angela Gennaro. Tous deux sont détectives privés et aspirent à une certaine forme de justice. Ils entretiennent une relation professionnelle depuis plusieurs années mêlant respect et attirance mutuelle.

Patrick Kenzie se voit confier une nouvelle mission par un sénateur : retrouver la trace de Jenna Angeline, une femme de ménage disparue avec entre les mains des documents confidentiels.

A travers son enquête Patrick Kenzie voit ressurgir ses propres failles et les blessures de son enfance. Anti-héros écorché vif, Patrick Kenzie touche le lecteur et le plonge facilement avec lui au coeur de cette enquête policière.

Leurs recherches vont les mener vers une sombre guerre des gangs mêlant politique et crimes. Avec cynisme, Dennis Lehane nous confronte à un milieu politique impitoyable, au racisme et à la violence.

Porté par une plume crue et tranchante et un ton irrévérencieux, ce roman noir immerge le lecteur en plein coeur de Boston. Je ne sais pas si cet ouvrage restera indélébile dans mes mémoires mais j’ai aimé cette première découverte avec la plume de Dennis Lehane !

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« le feu couve en attendant le jet d’essence qui arrosera les braises, et nous écoutons des politiciens qui alimentent notre haine et notre étroitesse d’esprit, qui nous disent qu’il s’agit simplement de revenir aux vraies valeurs, alors qu’eux sont assis dans leurs propriétaires de bord de mer à écouter les vagues pour ne pas avoir à entendre les cris des noyés »

« La violence des gangs avait fini par atteindre nos portes et il fallait faire quelque chose, à tout prix. C’est toujours quand elle atteint « nos portes » que nous finissons par considérer que c’est un problème. Quand elle se confine à nos arrières-cours pendant des décennies, il n’y a personne pour la remarquer »

J’ai un nom – Chanel Miller (2021)

Et si nous écoutions le cri d’une femme ?

Le 17 janvier 2015, Chanel Miller assiste avec sa soeur à une soirée étudiante sur le campus de Stanford. Elle se réveille à l’hôpital, quelques heures plus tard, et ne se souvient de rien. Les examens médicaux lui révèlent l’impensable, elle a été victime d’un viol.

Le mis en cause serait un athlète au parcours irréprochable, il soutient qu’il s’agissait d’un rapport consenti. Etape par étape, Chanel tente de reconstruire les événements de la soirée dans les moindres détails pour faire éclater sa vérité. Des examens médicaux aux auditions par la police ou lors du procès, Chanel nous livre son éprouvant parcours et celui de ses proches. Elle fait face, avec beaucoup de courage, aux institutions et à un système judiciaire implacable.

Au-delà des faits, Chanel dévoile le récit de son parcours de reconstruction et nous interroge sur le fonctionnement de la procédure judiciaire aux Etats-Unis. Un récit personnel d’une grande force où Chanel Miller livre son lent et douloureux combat. Je salue ce témoignage bouleversant et criant de sincérité.

Merci aux éditions « cherche midi » pour cet envoi !

Ma note :

Note : 3 sur 5.