L’arabe du futur, tome 1 Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) – Riad Sattouf (2014)

Et si nous abordions le premier tome d’une série devenue incontournable ?

Oeuvre emblématique de Riad Sattouf, l’arabe du futur nous révèle la jeunesse de l’auteur entre la Syrie et la Libye.

A travers son propre récit, Riad Sattouf jette un regard sur les bouleversements que le Moyen-Orient a pu connaitre au cours de ces dernières années. Issu d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf a dû se construire autour de ces deux cultures.

La famille s’installe tout d’abord en Lybie. Les portraits de Mouammar Kadhafi se multiplient et le régime ne permet pas un accès à la moindre propriété. Les maisons n’ont pas de clés et il est difficile pour eux de s’installer.

Après un rapide retour en France, la famille emménage en Syrie. Le père de Riad croit à un retour prospère et florissant dans son pays natal. Pourtant, son fils d’un blond vénitien a bien des difficultés à s’intégrer, il subit les brimades de ses camarades ou de ses cousins. Comment Riad parviendra-t-il à se construire ?

Porté par un dessin incisif, Riad Sattouf nous dévoile des fragments de son enfance. J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée infiniment personnelle où transparait une grande tendresse.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

L’herbe rouge – Boris Vian (1950)

Et si nous partagions un instant d’absurdité avec Boris Vian ?

Dans ce récit fantastique et à travers le personnage de Wolf, Boris Vian amorce une introspection psychanalytique.

Wolf a créé une machine à remonter le temps. Avec une frénésie inquiétante, il se replonge inlassablement dans son passé. A cette occasion, il revit son éducation religieuse et les grandes étapes de son parcours amoureux. Ce voyage dans le passé fera ressurgir ses plus profondes angoisses dans le but de les détruire.

Wolf parviendra-t-il à se libérer de ses démons intérieurs ?

Véritable psychanalyse, Boris Vian use du personnage de Wolf pour se libérer de ses propres turpitudes. Avec un style sombre et absurde, il nous plonge dans les méandres de son rapport aux femmes, à son éducation ou à sa conception de la société. Si j’ai aimé le style inimitable de Boris Vian, ce récit complètement loufoque n’est pas mon préféré de l’auteur.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Il y a deux façons de ne plus avoir envie de rien : avoir ce qu’on voulait ou etre découragés parce qu’on l’a pas »

« C’est tuant, de traîner avec soi ce qu’on a été avant, dit Wolf. »

Nana – Emile Zola (1880)

Et si nous nous rapprochions d’un mythe féminin ?

Personnage emblématique de l’oeuvre de Zola, Nana la fille de Gervaise est l’une des courtisanes les plus célèbres de la littérature.

La jeune Nana peine à élever son fils Louis et doit user de son corps pour subvenir à ses besoins. Peu à peu, sa beauté et sa sensualité lui permettent d’accéder à la réussite. Les portes du théâtre s’ouvrent face à son charisme, elle devient Vénus et se mue en actrice.

Ses charmes indéniables lui donnent accès à une ascension tant convoitée. Elle utilise son pouvoir implacable sur les hommes pour asseoir sa domination. Pourtant, comme une ombre le déclin rode autour d’elle, un élan amoureux inéluctable va précipiter sa perte. Nana cédera-t-elle à la passion alors que son goût du luxe ne cesse de croitre ?

Emile Zola nous offre un portrait de femme fascinant. Récit d’une émancipation féminine d’une grande modernité, j’ai aimé suivre le parcours flamboyant de Nana jusqu’à la dernière ligne. Une des oeuvres les plus marquantes de la série des Rougon-Macquart que je vous recommande les yeux fermés.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Alors, Nana devint une femme chic, rentière de la bêtise et de l’ordure des mâles, marquise des hauts trottoirs »

« C’était comme la cuisson d’une blessure ancienne, non plus ce désir aveugle et immédiat, s’accommodant de tout, mais une passion jalouse de cette femme, un besoin d’elle seule, de ses cheveux, de sa bouche, de son corps qui le hantaient. Lorsqu’il se rappelait le son de sa voix, un frisson courait ses membres. Il la désirait avec des exigences d’avare et d’infinies délicatesses »

« C’étaient des souplesses de couleuvre, un déshabillé savant, comme involontaire, exquis d’élégance, une distinction nerveuse de chatte de race, une aristocratie du vice, superbe, révoltée, mettant le pied sur Paris, en maîtresse toute-puissante »

L’amour aux temps du choléra – Gabriel Garcia Marquez (1985)

Et si nous suivions le parcours d’un amoureux éconduit ?

Fermina et Florentino sont adolescents quand ils se rencontrent et débutent une idylle de jeunesse portée par une conception fantasmée de l’amour. Lorsqu’ils grandissent Fermina se détourne du jeune télégraphiste. Face aux élans poétiques et à l’aspect légèrement taciturne du jeune homme, Fermina remet en cause ses anciennes promesses d’amour éternel.

Si Florentino s’enivre dans des aventures scandaleuses, il ne se détourne jamais de ses sentiments passionnés pour la jeune femme. De son côté, Fermina épouse un brillant médecin et devient la femme de l’homme le plus reconnu de cette petite ville des Caraïbes.

Florentino demeure dans l’entourage lointain de Fermina, il la croise dans quelques évènements mondains et se promet de faire fortune bien décider à conquérir un jour le coeur qui lui a échappé. Lorsque le destin les réunit à nouveau, Fermina jettera-t-elle un seul regard sur ce fantôme du passé ?

Dans un pays dévasté par le choléra, Gabriel Garcia Marquez partage le quotidien d’une ville coupée du monde et décrit cette conquête amoureuse. Si ce classique est assurément bien écrit, je n’ai malheureusement pas été conquise. Je trouve que le personnage de Fermina a manqué de force dans un récit abordé sous un angle exclusivement masculin. La vision de la femme et les propos restent particulièrement dérangeants et je n’ai malheureusement pas été transportée. Si la consistance du sentiment amoureux de Florentino est indéniable, il n’a suscité pour moi aucune envolée.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Il était encore trop jeune pour savoir que la mémoire du cœur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c’est grâce à cet artifice que l’on parvient à accepter le passé ».

« Il devait lui apprendre à considérer l’amour comme un état de grâce qui n’était pas un moyen mais une fin en soi »

Le voyage en Hollande et autres poèmes – Louis Aragon (1964)

Et si nous nous délections du lyrisme de Louis Aragon ?

Accompagné par Elsa Triolet, Louis Aragon devait initialement s’accorder quelques jours de villégiatures en Suisse. Ils ont finalement fait le choix audacieux de poser leurs valises en Hollande.

Dans ce recueil de poèmes, Louis Aragon nous partage ses impressions de voyages. Si le séjour reste pluvieux, Louis Aragon parvient à décrire les paysages hollandais et nous le suivons dans sa découverte mélancolique et colorée d’Amsterdam.

D’autres poèmes sont rassemblés dans cet ouvrage et j’ai découvert avec délice « la messe d’Elsa », des poèmes ardents et irrésistibles qui parviennent à nous partager tout l’absolu du sentiment amoureux

Je ne peux que vous inciter à lire et (re)lire ces poèmes à voix hautes pour que leur force lyrique puisse définitivement vous imprégner. Un incontournable moment de poésie avec Louis Aragon.

Je remercie les éditions Seghers pour l’envoi de ce recueil de poèmes explicité avec beaucoup de délicatesse par la préface d’Olivier Barbarant. Un très bel objet pour bien débuter vos vacances d’été !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

Il n’est à voir que ton visage

Entendre que ta voix aimée

Car soient mes yeux ou non fermés

Je n’ai que toi de paysage

Que toi de ciel et d’horizon

Que toi de sable dans mes dunes

De nuit noir et de clair de lune

De soleil à mes frondaisons

Breughel d’Enfer ou de Velours

Moulins tulipes diableries

N’est Hollande à ma songerie

Que mon amour que mon amour

Ils ont tué Oppenheimer – Virginie Ollagnier (2022)

Et si nous rencontrions le père de la bombe atomique ?

Ce roman nous propose une rencontre avec Robert Oppenheimer, un éminent scientifique devenu le père de la bombe atomatique.

En pleine Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine tente de trouver une solution pour mettre un terme au conflit. Quand, le général Groves rencontre Robert Oppenheimer, sa promiscuité avec la mouvance gauchiste inquiète les militaires. Pourtant le général Groves fait le choix audacieux de le nommer directeur scientifique du Projet Manhattan. Dans un laboratoire coupé du monde à Los Alamos, Robert Oppehnheimer et son équipe feront naître la première bombe atomatique. Cette bombe va bouleverser le cours de l’histoire.

Nommé Président de la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis, Robert Oppenheimer devient intouchable. Son aura est indéniable et il s’oppose frontalement au développement exponentiel des armes nucléaires. En 1953, l’Amérique est bousculée par le maccarthysme, les relations communistes de Robert Oppenheimer sont minutieusement étudiées. Prétexte à sa chute, le brillant scientifique pourra-t-il lutter contre ses détracteurs ?

Construit sous forme de puzzle, ce roman alambiqué navigue dans les périodes historiques. Un roman intelligent, mêlant politique, science et histoire qui nous en apprend beaucoup sur la destinée de Robert Oppenheimer. J’ai apprécié cette découverte même si je me suis parfois perdue dans le fil narratif de ce récit.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Il était devenu le père de la bombe atomique, admiré, jalousé autant que haï dans le monde entier »

« Si Oppenheimer était un gauchiste, il l’était à la manière des grands bourgeois se préoccupant de la misère des petits, de l’injustice du coût de l’éducation et des soins. Rien dans son discours ne laissait à penser à un bolchevik couteau entre les dents ».

A propos d’amour – bell hooks (2000)

Et si nous abordions la question brûlante de l’amour avec bell hooks ?

Dans cet essai résolument féministe, bell hooks porte un nouveau regard sur la question épineuse de l’amour.

Dans cet écrit basé sur ses expériences personnelles et sur sa vision du féminisme, elle dresse une conception de l’amour fondée sur les actes. Entre respect, communication, affection et engagement elle pose au fur à mesure de cet essai les ciments des relations. bell hooks questionne également la place de l’amour dans les relations familiales pour mieux appréhender et façonner les relations futures.

La dimension foncièrement personnelle de cet essai le rend particulièrement abordable. Dans ce travail de vulgarisation, bell hooks n’hésite pas à partager avec sincérité son parcours amoureux et son rapport à la spiritualité. Pour ma part, ce récit n’a pas révolutionné ma vision de l’amour ou ouvert de nouvelles voies. Cependant, je salue la clarté et l’accessibilité de son propos.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Les mensonges aident parfois les gens à se sentir mieux, mais ils ne les aident pas à connaître l’amour »

« Lorsque l’on apprécie la solitude, on apprécie la compagnie des autres sans les utiliser pour échapper à soi-même »

J’ai épousé un communiste – Philip Roth (1998)

Et si nous comprenions une Amérique paranoïaque avec Philip Roth ?

Ira Ringold a créé un double médiatique, Iron Rinn. Vedette de la radio, il évolue dans un milieu privilégié et a épousé Eve Frame, une célèbre actrice du muet. Derrière ce rêve américain se cache un homme aux convictions politiques puissantes qui doit dissimuler son appartenance au parti communiste. Sa célébrité le protège des persécutions qui sévissent dans toute l’Amérique au cours des années 50.

Nathan Zuckerman, double littéraire de Roth, rencontre Ira. Fasciné par sa personnalité forte et ses valeurs, Nathan se rapproche d’Ira et devient son disciple. Face à une chasse aux sorcières de plus en plus omniprésente, les trahisons se multiplient et l’appartenance politique d’Ira menace d’être révélée. Jusqu’où cette politique américaine parviendra-t-elle à briser des destinées ?

Un roman érudit d’une grande intensité qui nous dévoile avec une grande acuité les vicissitudes du maccarthysme et toute la complexité et la noirceur d’une Amérique plongée dans la Guerre Froide. Je ne peux que vous recommander ce roman qui confirme la place fondamentale de Philip Roth dans la littérature américaine.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Pendant longtemps, la vie brûle, tout est tellement intense, et puis, peu à peu, la fièvre tombe, on refroidit, et puis viennent les cendres ».

« Quand on dévore des yeux la vitrine capitaliste, qu’on en veut toujours plus, qu’on a les doigts de plus en plus crochus, qu’on est de plus en plus avide, alors on acquiert, on possède, on accumule ; c’est la fin des convictions, et le commencement de la peur ».

Le maître des âmes – Irène Némirovsky (1939)

Et si vous consultiez un médecin sans scrupule ?

Installé à Nice avec sa femme, Dario est un jeune médecin ambitieux. Pourtant ses projets rencontrent l’obstacle de ses origines grecque et italienne. Cet étranger perçu comme un « métèque » n’inspire pas la confiance d’une clientèle bourgeoise du sud de la France.

Quand il devient père, l’urgence de s’établir en tant que médecin se fait de plus en plus pressante. Sa situation financière est si dramatique que Dario doit lutter pour sa survie et celle de sa famille. Acculé et affamé, il conclue un marché illégal en acceptant de pratiquer un avortement clandestin.

Ce premier pas illicite contribue à son basculement. Rongé par son arrivisme, il décide de détourner une théorie psychanalytique à son profit. En usant de propos savants et de son charisme, il parvient à susciter la confiance de ses patients. Génie illusionniste, il utilise la détresse et la crédulité des malades pour parvenir à une ascension sociale et financière. Devenu riche et célèbre, son élévation machiavélique connaîtra-t-elle une fin ?

Dans ce roman très bien mené, Irène Némirovsky interroge la rage d’un homme. Profondément meurtri par son statut d’immigré, Dario a soif de revanche sur sa condition. L’humiliation qui le ronge le transformera en un homme corrompu et froid. Porté par une plume maîtrisée et grinçante, ce roman est une belle réussite.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citation :

« Le désir des femmes l’envahissait parfois brusquement, aux instants les plus durs de son existence, comme si toute la lie, au fond de son âme, remontait alors à la surface ».

« Le départ avait toujours été pour lui le seul remède souhaitable. Là où d’autres travaillent davantage ou cherchent l’oubli dans le vin ou les femmes, il rêvait de trains rapides et de villes étrangères, sachant bien qu’il n’y trouverait que malheur et misère, mais une autre misère, sans doute. C’était déjà cela de gagné »

Soie – Alessandro Baricco (1996)

Et si nous partions au Japon ?

En quelques lignes, Alessandro Baricco façonne un récit marquant mêlant amours et aventures tumultueuses au coeur du Japon.

Vers 1860, Hervé Joncour mène une vie paisible en France. Niché au coeur des monts du Vivarais, il est spécialisé dans la fabrication et le commerce de la soie.

Lorsque les vers de soie, ravagés par une épidémie, viennent à manquer il doit s’embarquer dans un périlleux voyage jusqu’au Japon. Ce pays lointain et méconnu lui promet d’acquérir des oeufs remarquables et lui donne accès à une soie d’une qualité unique. Au-delà de ce commerce, ces voyages successifs au Japon vont permettre à Hervé de découvrir une toute nouvelle culture. Il va rencontrer le regard énigmatique et mystérieux d’une jeune fille qui va profondément le perturber. Jusqu’où ces voyages exotiques le conduiront-ils ?

Avec une maîtrise narrative et stylistique indéniable, Alessandro Baricco parvient à créer un court récit intense et énigmatique. Avec beaucoup de subtilité, il nous emporte dans un Japon évanescent et érotique. Un très beau moment de littérature que je ne peux que vous recommander.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il racontait avec douceur, regardant dans l’air des choses que les autres ne voyaient pas ».

« Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu’au lac et passait des heures à regarder, parce qu’il lui semblait voir, dessiné sur l’eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu’avait été sa vie »

« Elle pleuvait, sa vie, devant ses yeux, spectacle tranquille »