La bedondaine des tanukis – Inoue Hisashi (2024)

Et si nous choisissions l’extravagance ?

Dans ce roman japonais onirique, Inoue Hisashi nous propose une aventure loufoque où se mêle humains, renards et tanukis.

Dans le comté d’Awa, les humains cultivent l’indigo depuis de nombreuses années. Les tanukis, des chiens viverrins cohabitent avec les hommes. Espiègles, ils multiplient les facéties et les transformations en tout genre. Les tanukis peuvent ainsi devenir une bouilloire, un pont ou même un humain. Si leurs plaisanteries souvent grossières mettent à rude épreuve les humains, ils parviennent à vivre en harmonie.

Yamatoya Moémon est un maître teinturier bien connu dans la région. Lorsque le maléfique messire Hamashima l’intendant du gouverneur, jette son dévolu sur sa fille unique Omiyo, son père s’inquiète. Pour sauver sa fille, un tanuki, transformé en humain sous le nom de Chôkichi, va lui venir en aide. Un amour interdit né alors entre Omiyo et Chôkichi. Réussiront-ils à s’unir malgré les obstacles ?

Avec un style original et truculent, Inoue Hisashi nous plonge dans un conte farfelu. Si j’ai aimé m’imprégner du folklore japonais, je n’ai malheureusement pas adhéré à l’univers de ce roman. Entre les digressions de Inoue Hisashi et les canulars des tanukis, je n’ai pas été transcendée par cet imaginaire foisonnant.

Ma note

Note : 1 sur 5.

Citation

« Mais c’est avec raison, oui, c’est avec raison que je m’en vais
Avec mes roupettes de sansonnet qui pendouillent
Je m’en vais pour le royaume des ombres, plein de rage »

La douceur de l’eau – Nathan Harris (2022)

Et si nous suivions une quête vers l’émancipation ?

Dans ce premier roman, Nathan Harris nous propose une immersion au lendemain de la guerre de Sécession. Au coeur de la Géorgie, dans la petite ville de Old Ox, Landry et Prentiss connaissent la liberté. Ils viennent d’être émancipés par les soldats unionistes et peuvent enfin se libérer de leur maître et quitter la plantation de Ted Morton.

S’ils ne sont plus asservis, l’avenir des deux frères reste incertain. Le pays n’offre aucun travail pour les anciens esclaves. Ils se réfugient en forêt et rencontrent le propriétaire des terres voisines de leur ancienne plantation, George Walker. Ravagé par la douleur et la mélancolie, George se lie d’amitié avec les deux frères et leur propose un travail. Récemment affranchis, Landry et Prentiss se montrent d’abord méfiants et redoutent une nouvelle servitude. Ils finissent par accepter cette proposition inespérée mais le retour de Caleb, le fils de George, bouleversera leur destin. Pourront-ils enfin accéder à la liberté ?

Cette fresque américaine réussie dresse le portrait de personnages intenses et déchirés par leurs contradictions. Avec une belle maîtrise, Nathan Harris parvient à nous plonger dans une intrigue pleine de rebondissements mêlant violence et fraternité. J’ai apprécié ce roman profondément humain qui nous interroge sur le prix de la liberté.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Réunis au départ par une passion partagée pour l’indépendance, la capacité de traverser une grande partie de la journée en silence, ils avaient, pour exprimer leurs sentiments, seulement l’échange de regards et d’effleurements. Ainsi le lien qui les unissait s’était solidifié au fil des années, mais si ce lien était peu enclin à plier, il présentait néanmoins un point de faiblesse, un seul, du fait que son existence même était pour eux une source d’embarras. Ils étaient deux à prétendre n’avoir besoin de personne et voilà à présent qu’ils avaient désespérément besoin l’un de l’autre ».

Combats et métamorphoses d’une femme – Edouard Louis (2021)

Et si nous évoquions le portrait d’une mère ?

Dans un style tranchant, Edouard Louis dresse le portrait sans concession de sa mère et fait jaillir ses souvenirs d’enfance.

Comme il avait déjà évoqué son père dans son oeuvre, Edouard Louis dans ce court récit fait surgir les traits de sa mère. Une mère parfois radicale dans ses mots ou ses gestes mais surtout une femme ignorée et incomprise. Séparée du père de son premier enfant, elle a reconstruit sa vie avec un homme qu’elle pensait différent. Pourtant, elle demeure toujours asservie et opprimée. Sous le poids d’une violence inexorable tant sociale que masculine, sa mère a depuis toujours perdu sa liberté et son insouciance. Réussira-t-elle à s’émanciper ?

Edouard Louis propose le récit d’une métamorphose face à une fatalité mécanique. Entre honte et admiration, il évoque sa relation tumultueuse avec sa mère. Dans un style radical et personnel, ce récit sensible est celui de leur réconciliation.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Notre rapprochement n’a pas seulement changé son avenir, il a aussi transformé notre passé ».

« Quand j’étais enfant, nous avions honte ensemble – de notre maison, de notre pauvreté. Maintenant j’avais honte de toi, contre toi. Nos hontes se sont séparées »

« Elle était certaine qu’elle méritait une autre vie, que cette vie existait quelque part, abstraitement, dans un monde virtuel, qu’il aurait fallu un rien pour l’effleurer, et que sa vie n’était ce qu’elle était dans le monde réel que par accident »

Les tourmentés – Lucas Belvaux (2022)

Et si nous débutions une chasse à l’homme ?

Dans ce thriller psychologique, Lucas Belvaux propose un triangle inquiétant entre un ancien légionnaire qui a tout perdu, un majordome mystérieux et une femme hautaine.

Passionnée de chasse, Madame est une femme aussi fortunée qu’impitoyable. Elle a réussi à conquérir tous les gibiers à l’exception d’une seule espèce : l’homme. Avec l’aide de son unique et dévoué employé Max, elle décide d’entamer une toute nouvelle partie de chasse.

Pour entamer ce jeu cruel, Max doit trouver un homme prêt à risquer sa vie. Il a partagé un passé de légionnaire avec Skender. Cet homme qu’il a bien connu a aujourd’hui tout perdu. Enlisé dans la misère et rongé par ses traumatismes, il s’est éloigné de sa famille et n’a plus d’avenir. Max lui propose de mettre en jeu sa vie pour satisfaire les ambitions glaçantes de Madame. Skender acceptera-t-il ce pacte sanglant ?

Dans une ambiance cinématographique, nous découvrons l’union de ces trois personnages déchirés par des tourments obscurs. Si je n’ai pas été conquise par la dimension littéraire de ce roman, Lucas Belvaux parvient facilement à nous entrainer dans ce pacte par l’intensité psychologique de ses personnages.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Je suis sans contours. Sans peau ni rien entre le monde et moi qui me protège. Rien qui me tient ».

« Je connais la haine, le mépris, l’humiliation mieux qu’il ne l’imagine, depuis plus longtemps, depuis toujours. J’ai surmonté tout ça. J’ai appris à ne plus m’y fracasser à coups de poing ou de tête, à les esquiver, devenir plus noir encore et les absorber comme les trous noirs absorbent l’énergie autour d’eux. Je les vide de toute substance. Je les épuise »

Une rose seule – Muriel Barbery (2020)

Et si nous entamions un voyage à Kyoto ?

A la mort de son père, Rose part à Kyoto sur les traces d’un père qu’elle n’a jamais connu. Elle s’installe dans sa maison et s’imprègne peu à peu de l’atmosphère qui se dégage des lieux. Marchand d’art, son père avait une vie très établie à Kyoto. Il n’a pour autant jamais oublié l’existence de sa fille Rose. Tout d’abord assaillie par la colère vis-à-vis de cet homme resté dans l’ombre, elle va s’approprier son passé.

Lors de son séjour, elle rencontre Paul, l’assistant de son père, qui lui sert de guide et avec qui elle tisse peu à peu une relation forte. Jusqu’où la quête de ses origines va-t-elle la conduire ?

Dans ce court récit, tout en pudeur, Muriel Barbery dresse l’itinéraire d’une femme à la découverte d’elle-mêmeSi ce roman à l’écriture délicate ne m’a pas profondément marquée dans le portrait de ses personnages, j’en garde un beau souvenir de lecture tout en raffinement.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Si on n ‘est pas prêt à souffrir, dit-elle, on n’est pas prêt à vivre ».

« Sa jeune vie avait été morose. Celles des autres lui paraissaient chatoyantes et gracieuses, la sienne, lorsqu’elle y songeait, la fuyait comme l’eau sur la paume. Quoiqu’elle eût des amis, elle les aimait sans élan ; ses amants traversaient le paysage comme des ombres, ses jours se passaient à fréquenter des silhouettes indécises ».

« Elle se sentait assommée de beauté, de minéralité et de bois ; tout lui était torpeur, tout lui était intense »

Challah la danse – Dalya Daoud (2024)

Et si nous vivions au coeur d’un lotissement ?

Dans ce premier roman, Dalya Daoud propose une immersion dans un lotissement.

A proximité de son usine de tissage, Armand Kechichian a créé des logements ouvriers. Entre la chapelle et l’église, six longères sont sorties de terre. Des familles majoritairement issues du Maghreb se sont installées dans ce lotissement niché au coeur d’un village rural.

S’ils vivent à proximité du Village, ils demeurent reclus dans cette cité. Les conflits entre voisins se multiplient au fil des années. Bassou, un des enfants de la cité est le symbole de cette intégration difficile. Entre ses origines et sa volonté de côtoyer les enfants de la ville parviendra-t-il à trouver sa place ?

Si j’ai trouvé la thématique abordée et la dimension sociale de ce premier roman particulièrement intéressante, je garde un avis mitigé à propos de cette lecture. Malheureusement, j’ai trouvé le fil narratif légèrement confus et je n’ai pas réussi à m’imprégner des différents personnages.

Merci à Babelio pour cet envoi !

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citation

« Quand leurs enfants en partirent, Hassan leur prescrivit de ne pas oublier leurs origines mais, avec le temps et la façon de leur père de si bien composer avec le Village, ils ne surent pas s’il parlait de l’Algérie ou du Lotissement »

L’amour – François Bégaudeau (2023)

Et si nous parlions d’un amour sans passion ?

Sans artifice ni envolé lyrique, François Bégaudeau décrit un amour construit autour des gestes simples du quotidien.

Les Moreau vont partager leur vie pendant cinquante ans. Ce couple modeste se rencontre au début des années 70 sans éprouver un grand émoi amoureux. Jeanne est réceptionniste dans un hôtel et Jacques travaille comme maçon à côté de l’établissement hôtelier. Ils échangent quelques mots anodins et décident de se retrouver pour une balade en forêt. Ils n’ont été traversés par aucun coup de foudre.

Pourtant, au fil du temps, ils apprennent à se connaître et vont partager une vie côté à côté. Une vie simple se dessine avec un mariage, une maison avec jardin, un enfant. Sans cri ni larme, les Moreau partage la douce harmonie des petits instants du quotidien. L’amour peut-il donc éclore loin de la passion ?

Si j’ai aimé entrevoir cet amour dans les gestes du quotidien, j’ai malheureusement trouvé ce roman assez plat. Le travail autour de la psychologie des personnages a manqué pour moi de profondeur et ne me laissera pas une trace indélébile.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citation

« L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour ne jalouse pas. Il ne s’emporte pas. Il n’entretient pas de rancune. Il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai. Il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout, l’amour ne passera jamais ».

D’autres vies que la mienne – Emmanuel Carrère (2009)

Et si nous parlions d’un roman émouvant ?

A travers ce roman choral, Emmanuel Carrère évoque notre rapport au deuil. Les destins croisés de deux Juliettes vont se faire écho durant tout le récit.

La première Juliette n’est qu’une enfant quand le 24 décembre 2004, un terrible tsunami touche le Sri Lanka. Emmanuel Carrère avec sa femme et ses enfants passent des vacances sur place et vont assister, impuissants, aux désarrois des victimes.

A leur retour en France, la femme d’Emmanuel Carrère apprend que sa soeur, Juliette, est atteinte d’un cancer. L’écrivain devient le témoin de ses destins tragiques. Il va, à travers le portrait de plusieurs personnages, retracer le lent processus de deuil.

Le ton est particulièrement émouvant et nous permet de retranscrire avec beaucoup de finesse notre rapport à la perte. La diversité des sujets abordés entre le tsunami, la maladie, le surendettement aurait pu conduire à des romans complètement indépendants. Même si l’omniprésence d’Emmanuel Carrère durant tout le récit m’a parfois dérangée, ces témoignages bouleversants émeuvent jusqu’aux larmes.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Pour le moment il était là, il tenait dans ses bras sa femme en train de mourir et, quel que soit le temps qu’elle y mettrait, on pouvait être sûr qu’il la tiendrait jusqu’au bout, que Juliette dans ses bras mourrait en sécurité. Rien ne me paraissait plus précieux que cette sécurité-là, cette certitude de pouvoir se reposer jusqu’au dernier instant dans les bras de quelqu’un qui vous aime entièrement ».

« La pire des souffrances, c’est celle qu’on ne peut pas partager »

Connemara – Nicolas Mathieu (2022)

Et si nous pouvions corriger le passé ?

Dans ce récit immersif, Nicolas Mathieu dévoile l’union de deux destins opposés.

A quarante ans, Hélène a depuis longtemps quitter sa ville natale. Elle a construit sa vie et sa carrière, loin de la modeste ville de son enfance. Elle évolue avec son époux et ses deux filles dans le confort d’une vie bourgeoise. Si toutes ses ambitions semblent avoir été accomplies, ses aspirations ont pourtant un arrière goût de désillusion.

Par hasard, elle croise à nouveau le regard de Christophe, l’ancien joueur de hockey adulé par toutes les jeunes filles du lycée. Cet amour inachevé va la heurter de plein fouet et faire ressurgir ses fantasmes d’adolescente. Christophe n’a pas quitté la ville et ses rêves de jeunesse. Ces vies si diamétralement opposées vont-elles pouvoir se réunir ?

Avec des personnages incarnés, Nicolas Mathieu mêle avec brio nostalgie du passé, rêves déchus et ambitions avortées. Grâce à son sens de l’observation redoutable et ce ton toujours aussi acerbe, Nicolas Mathieu dans ce roman politique et social confirme son indéniable talent.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il fallait vivre pourtant et espérer, malgré le compte à rebours et les premiers cheveux blancs. Des jours meilleurs viendraient. On le lui avait promis. »

« Enfin la voix de Sardou, et ces paroles qui faisaient semblant de parler d’ailleurs, mais ici, chacun savait à quoi s’en tenir. Parce que la terre, les lacs, les rivières, ça n’était que des images, du folklore. Cette chanson n’avait rien à voir avec l’Irlande. Elle parlait d’autre chose, d’une épopée moyenne, la leur, et qui ne s’était pas produite dans la lande ou ce genre de conneries, mais là, dans les campagnes et les pavillons, à petits pas, dans la peine des jours invariables, à l’usine puis au bureau, désormais dans les entrepôts et les chaînes logistiques, les hôpitaux et à torcher le cul des vieux, cette vie avec ses équilibres désespérants, des lundis à n’en plus finir et quelquefois la plage, baisser la tête et une augmentation quand ça voulait, quarante ans de boulot et plus, pour finir à biner son minuscule bout de jardin, regarder un cerisier en fleur au printemps, se savoir chez soi, et puis la grande qui passait le dimanche en Megane, le siège bébé à l’arrière, un enfant qui rassure tout le monde : finalement, ça valait le coup. Tout ça, on le savait d’instinct, aux premières notes, parce qu’on l’avait entendue mille fois cette chanson, au transistor, dans sa voiture, à la télé, grandiloquente et manifeste, qui vous prenait aux tripes et rendait fier ».

La vie clandestine – Monica Sabolo (2022)

Et si nous parvenions à percer les mystères autour d’Action Directe ?

En retraçant le parcours d’un groupe terroriste d’extrême gauche, Action Directe, c’est son propre passé que Monica Sabolo remet en perspective. Elle va essayer de percer les secrets autour d’un groupe politique, engagé et violent pour mieux comprendre les zones d’ombres de sa propre famille et notamment les activités occultes de son père.

Monica Sabolo concentre son enquête sur l’assassinat en 1986 de Georges Besse, PDG de Renault. Elle va notamment essayer de dresser le portrait de deux femmes, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron, condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité pour ce meurtre. Comment ces deux femmes sont-elles devenues des meurtrières ?

Je me suis un peu perdue dans ce récit qui retrace à la fois les actions d’un groupe extrémiste mais aussi le passé sombre de la narratrice. J’aurai préféré une véritable immersion dans le mouvement d’Action Directe afin de mieux comprendre leur mécanisme. Finalement ce sujet est uniquement un prétexte pour Monica Sabolo pour se réveler à elle-même et évoquer un passé traumatique. Ce mélange ne m’a malheureusement pas convaincu.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Nous nous racontons une histoire, puis nous la réécrivons, au fil du temps. Ce spectre fantasque s’appelle la mémoire. Le souvenir est un organisme vivant, un corps autonome, qui s’auto-génère. Personne ne ment, le spectre a juste pris la main ».

« On ne peut pas tout expliquer, non, mais face au désespoir, demeure la possibilité d’une échappée, une vie clandestine, née d’un court-circuit ».