555 – Hélène Gestern (2022)

Et si nous écoutions de la musique classique ?

En travaillant sur l’étui d’un violoncelle Grégoire, un ébéniste, découvre une partition dissimulée. Il décide de montrer les feuillets anciens à Giancarlo, son associé luthier. Après avoir examiné la partition avec minutie leur curiosité s’accentue au point de se rapprocher d’une célèbre musicienne afin de percer le mystère.

Spécialiste du clavecin, Manig Terzian se voit confier la partition. Lorsqu’elle commence à interpréter la sonate, l’intensité de la musique est si incroyable qu’elle pense immédiatement à Domenico Scarlatti. La légende plane toujours autour de ce compositeur et sur l’existence de sonates inédites. Un musicologue et un collectionneur richissime vont aussi s’intéresser à cette partition. Qui parviendra à percer le mystère de cette musique ?

Dans ce roman choral rythmé, Hélène Gestern nous propose une enquête musicale. Nous suivons naturellement et avec fluidité les personnages dans cette quête tout en vitalité. Si ce roman ne me laissera pas une trace indélébile, j’ai cependant passé un moment de lecture agréable à l’écoute de la musique de Scarlatti.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Elle retournait la musique comme un gant, elle lisait à travers elle comme à travers une eau cristalline. Ses mains noueuses, sa silhouette marquée par la voussure de l’âge semblaient aimantées par le clavier ».

Fuir – Jean-Jacques Toussaint (2005)

Et si nous prenions la fuite pour la Chine ?

Dans ce récit onirique, le narrateur amorce un voyage inquiétant et envoûtant pour la Chine.

A son arrivée à Shanghai, le narrateur rencontre son seul contact sur place, l’énigmatique Zhang Xiangzhi. Cet homme, une connaissance de son ex-compagne Marie, devient son unique repère dans ce pays bouillonnant. Il lui offre un téléphone portable et lui sert de guide.

Enivré et perdu dans cette ville aux lumières crues et à l’atmosphère étouffante, le narrateur rencontre Li Qi. Leur attraction sensuelle est immédiate. Li Qi lui propose de la suivre à Pékin, que lui réserve la suite de ce voyage ?

Dans une atmosphère cinématographique où les images jaillissent à chaque page, Jean-Jacques Toussaint avec un style unique et contemporain, nous transporte en quelques lignes dans son univers. J’ai beaucoup aimé ce roman dépouillé qui nous propose un séjour aérien en Chine.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Depuis cette nuit (…), je percevais le monde comme si j’étais en décalage horaire permanent, avec une légère distorsion dans l’ordre du réel, un écart, une entorse, une minuscule inadéquation fondamentale entre le monde pourtant familier qu’on a sous les yeux et la façon lointaine, vaporeuse et distanciée, dont on le perçoit ».

« Puis, dans la brève hésitation que nous marquâmes l’un et l’autre avant de repartir, nos épaules se touchèrent, s’effleurèrent presque consciemment, s’abandonnèrent l’une à l’autre, il était impossible que ce fût fortuit, nos regards se croisèrent encore et je sus alors avec certitude qu’elle aussi avait été consciente de ce nouveau contact secret entre nous, comme une ébauche, la rapide esquisse de l’étreinte plus complète, de nouveau différée, qui ne tarderait plus ».

« j’écoutais la faible voix de Marie qui parlait dans le soleil du plein après-midi parisien et qui me parvenait à pleine altérée dans la nuit de ce train, la faible voix de Marie qui me transportait littéralement, comme peut le faire la pensée, le rêve ou la lecture, quand, dissociant le corps de l’esprit, le corps reste statique et l’esprit voyage, se dilate et s’étend, et que, lentement, derrière nos yeux fermés, naissent des images et resurgissent des souvenirs, des sentiments et des états nerveux, se ravivent des douleurs, des émotions enfouies, des peurs, des joies, des sensations, de froid, de chaud, d’être aimé, de ne pas savoir, dans un afflux régulier de sang dans les tempes, une accélération régulière des battements du coeur, et un ébranlement, comme une lézarde, dans la mer de larmes séchées qui est gelée en nous ».

Le château des trompe-l’oeil – Christophe Bigot (2022)

Et si nous rencontrions une baronne ?

En 1837 Baptiste Rivière, un jeune clerc de notaire, se voit confier l’estimation des biens du château d’Escreuil. Cette demeure inquiétante à proximité du Mont-Saint-Michel, cache de terribles secrets.

Une ancienne comédienne, veuve d’un baron guillotiné sous la Terreur reste recluse dans une partie inaccessible du château. Baptiste cherche à s’entretenir avec cette baronne mystérieuse. Cependant, avant de lui faire face, il doit rencontrer les intendants du domaine Rose et Etienne Langlois. L’ambiance pleine de dissimulations jette le trouble sur les intentions des proches de la Baronne. Baptiste en s’aventurant dans les recoins du château parviendra-t-il à en percer les mystères ?

Ce roman à l’atmosphère gothique entremêle des références historiques avec des récits sulfureux comme ceux du Marquis de Sade. Entre mystères, amours interdits et érotisme, Christophe Bigot cherche à surprendre le lecteur. Si je n’ai pas toujours été conquise par le mélange des genres, cette oeuvre a cependant attisé ma curiosité.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Cette nuit-la, Baptiste rêva de nouveau d’un bonheur vague et incandescent »

« L’amour naissant, nourri de la conscience d’une chance rare, a le don de tout dorer à l’or fin ».

La petite-fille – Bernhard Schlink (2023)

Et si l’amour pouvait tout réconcilier ?

Kaspar, un septuagénaire passionné de littérature tient une modeste librairie à Berlin. Suite au décès soudain de Brigit sa femme, Kaspar découvre dans son bureau l’ébauche d’un roman. Entre les lignes, les secrets de Brigit se dévoilent. Il découvre qu’elle a abandonné sa fille lors de sa naissance avant de prendre la fuite pour l’Allemagne de l’Ouest avec lui.

Cette fille inconnue, élevée dans l’Allemagne de l’Est, offre la possibilité pour Kaspar d’avoir une famille. Il décide de reconstruire le passé de Brigit et de retrouver l’enfant perdu de la RDA. Sa quête le mène jusqu’à sa petite-fille par alliance, Sigrun. Cette adolescente à la chevelure de feu redonne à Kaspar une toute nouvelle vitalité. Il va se jeter dans cette nouvelle relation pleine de promesses et lui faire partager son amour pour l’art et la culture.

Cependant, Sigrun a depuis toujours évolué dans un milieu bien différent des valeurs de Kaspar. Fervente antisémite et négationniste, Sigrun glorifie des idéaux glaçants. Une relation pourra-t-elle se tisser entre eux malgré tout ce qui les oppose ?

Dans ce roman émouvant, Bernhard Schlink convoque le passé d’une Allemagne morcelée. J’ai beaucoup aimé cette oeuvre, le personnage de Kaspar tout en pudeur suscite énormément de tendresse. La relation qu’il noue avec sa petite-fille m’a profondément émue.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Quand j’écoute Bach, j’ai le sentiment que la musique contient tout, le léger et le lourd, le beau et le triste, et qu’il les réconcilie ».

« Il fit une pause. Devait-il ajouter qu’il était fier d’elle?
Mais il voyait venir l’échange où elle se dirait fière d’etre une Allemande, et il répondrait qu’on ne peut pas être fier de ce qu’on est, mais seulement de ce qu’on a le mérite d’avoir fait, et il n’avait certes pas mérité Sigrun. II décida aussi de ne pas lui dire qu’il était heureux qu’elle soit sa petite-fille; soit il lui manifesterait ce bonheur et elle le remarquerait en de nombreuses situations, et alors il n’aurait pas besoin de l’exprimer, soit l’exprimer ne servirait à rien là où il échouerait à le manifester et à le lui faire remarquer. Il ne souhaitait pas avoir d’autre petite-fille, il avait trouvé celle-ci et voulait la garder. »

Chevreuse – Patrick Modiano (2021)

Et si nous côtoyons les fantômes de Patrick Modiano ?

Avec un sens inné de la plume, Patrick Modiano partage les souvenirs enfouis de son enfance et fait ressurgir la maison de la rue du Docteur-Kurzenne.

Double littéraire de Patrick Modiano, Jean Bosmans fait la rencontre de Camille. Avec elle, il fait un véritable voyage dans le passé. Elle le conduit pour un pélerinage dans la vallée de Chevreuse jusqu’à retrouver la maison de son enfance. Cette visite fera réapparaitre un magot dissimulé et avec lui des personnages inquiétants. Les noms de Michel de Gama et Guy Vincent émergent du passé et l’inquiétude de Jean Bosmans est de plus en plus palpable. Jusqu’où ces rencontres le conduiront-il ?

Avec une style remarquable, Patrick Modiano puise dans des rencontres nimbées de mystère pour faire jaillir de somptueux personnages de roman. J’ai aimé me plonger à nouveau dans cette ambiance si particulière enveloppée de nostalgie.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Son professeur de philosophie lui avait confié jadis que les différentes périodes d’une vie – enfance, adolescence, âge mur, vieillesse – correspondent aussi à plusieurs morts successives. De même pour les éclats de souvenirs qu’il tâchait de noter le plus vite possible : quelques images d’une période de sa vie qu’il voyait défiler en accéléré avant qu’elles ne disparaissent définitivement dans l’oubli ».

« Et puis, l’été était venu, un été comme il n’en avait jamais connu auparavant, un été à la lumière si limpide et si brûlante que ces fantômes avaient achevé de s’évaporer »

La bedondaine des tanukis – Inoue Hisashi (2024)

Et si nous choisissions l’extravagance ?

Dans ce roman japonais onirique, Inoue Hisashi nous propose une aventure loufoque où se mêle humains, renards et tanukis.

Dans le comté d’Awa, les humains cultivent l’indigo depuis de nombreuses années. Les tanukis, des chiens viverrins cohabitent avec les hommes. Espiègles, ils multiplient les facéties et les transformations en tout genre. Les tanukis peuvent ainsi devenir une bouilloire, un pont ou même un humain. Si leurs plaisanteries souvent grossières mettent à rude épreuve les humains, ils parviennent à vivre en harmonie.

Yamatoya Moémon est un maître teinturier bien connu dans la région. Lorsque le maléfique messire Hamashima l’intendant du gouverneur, jette son dévolu sur sa fille unique Omiyo, son père s’inquiète. Pour sauver sa fille, un tanuki, transformé en humain sous le nom de Chôkichi, va lui venir en aide. Un amour interdit né alors entre Omiyo et Chôkichi. Réussiront-ils à s’unir malgré les obstacles ?

Avec un style original et truculent, Inoue Hisashi nous plonge dans un conte farfelu. Si j’ai aimé m’imprégner du folklore japonais, je n’ai malheureusement pas adhéré à l’univers de ce roman. Entre les digressions de Inoue Hisashi et les canulars des tanukis, je n’ai pas été transcendée par cet imaginaire foisonnant.

Ma note

Note : 1 sur 5.

Citation

« Mais c’est avec raison, oui, c’est avec raison que je m’en vais
Avec mes roupettes de sansonnet qui pendouillent
Je m’en vais pour le royaume des ombres, plein de rage »

La douceur de l’eau – Nathan Harris (2022)

Et si nous suivions une quête vers l’émancipation ?

Dans ce premier roman, Nathan Harris nous propose une immersion au lendemain de la guerre de Sécession. Au coeur de la Géorgie, dans la petite ville de Old Ox, Landry et Prentiss connaissent la liberté. Ils viennent d’être émancipés par les soldats unionistes et peuvent enfin se libérer de leur maître et quitter la plantation de Ted Morton.

S’ils ne sont plus asservis, l’avenir des deux frères reste incertain. Le pays n’offre aucun travail pour les anciens esclaves. Ils se réfugient en forêt et rencontrent le propriétaire des terres voisines de leur ancienne plantation, George Walker. Ravagé par la douleur et la mélancolie, George se lie d’amitié avec les deux frères et leur propose un travail. Récemment affranchis, Landry et Prentiss se montrent d’abord méfiants et redoutent une nouvelle servitude. Ils finissent par accepter cette proposition inespérée mais le retour de Caleb, le fils de George, bouleversera leur destin. Pourront-ils enfin accéder à la liberté ?

Cette fresque américaine réussie dresse le portrait de personnages intenses et déchirés par leurs contradictions. Avec une belle maîtrise, Nathan Harris parvient à nous plonger dans une intrigue pleine de rebondissements mêlant violence et fraternité. J’ai apprécié ce roman profondément humain qui nous interroge sur le prix de la liberté.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Réunis au départ par une passion partagée pour l’indépendance, la capacité de traverser une grande partie de la journée en silence, ils avaient, pour exprimer leurs sentiments, seulement l’échange de regards et d’effleurements. Ainsi le lien qui les unissait s’était solidifié au fil des années, mais si ce lien était peu enclin à plier, il présentait néanmoins un point de faiblesse, un seul, du fait que son existence même était pour eux une source d’embarras. Ils étaient deux à prétendre n’avoir besoin de personne et voilà à présent qu’ils avaient désespérément besoin l’un de l’autre ».

Combats et métamorphoses d’une femme – Edouard Louis (2021)

Et si nous évoquions le portrait d’une mère ?

Dans un style tranchant, Edouard Louis dresse le portrait sans concession de sa mère et fait jaillir ses souvenirs d’enfance.

Comme il avait déjà évoqué son père dans son oeuvre, Edouard Louis dans ce court récit fait surgir les traits de sa mère. Une mère parfois radicale dans ses mots ou ses gestes mais surtout une femme ignorée et incomprise. Séparée du père de son premier enfant, elle a reconstruit sa vie avec un homme qu’elle pensait différent. Pourtant, elle demeure toujours asservie et opprimée. Sous le poids d’une violence inexorable tant sociale que masculine, sa mère a depuis toujours perdu sa liberté et son insouciance. Réussira-t-elle à s’émanciper ?

Edouard Louis propose le récit d’une métamorphose face à une fatalité mécanique. Entre honte et admiration, il évoque sa relation tumultueuse avec sa mère. Dans un style radical et personnel, ce récit sensible est celui de leur réconciliation.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Notre rapprochement n’a pas seulement changé son avenir, il a aussi transformé notre passé ».

« Quand j’étais enfant, nous avions honte ensemble – de notre maison, de notre pauvreté. Maintenant j’avais honte de toi, contre toi. Nos hontes se sont séparées »

« Elle était certaine qu’elle méritait une autre vie, que cette vie existait quelque part, abstraitement, dans un monde virtuel, qu’il aurait fallu un rien pour l’effleurer, et que sa vie n’était ce qu’elle était dans le monde réel que par accident »

Les tourmentés – Lucas Belvaux (2022)

Et si nous débutions une chasse à l’homme ?

Dans ce thriller psychologique, Lucas Belvaux propose un triangle inquiétant entre un ancien légionnaire qui a tout perdu, un majordome mystérieux et une femme hautaine.

Passionnée de chasse, Madame est une femme aussi fortunée qu’impitoyable. Elle a réussi à conquérir tous les gibiers à l’exception d’une seule espèce : l’homme. Avec l’aide de son unique et dévoué employé Max, elle décide d’entamer une toute nouvelle partie de chasse.

Pour entamer ce jeu cruel, Max doit trouver un homme prêt à risquer sa vie. Il a partagé un passé de légionnaire avec Skender. Cet homme qu’il a bien connu a aujourd’hui tout perdu. Enlisé dans la misère et rongé par ses traumatismes, il s’est éloigné de sa famille et n’a plus d’avenir. Max lui propose de mettre en jeu sa vie pour satisfaire les ambitions glaçantes de Madame. Skender acceptera-t-il ce pacte sanglant ?

Dans une ambiance cinématographique, nous découvrons l’union de ces trois personnages déchirés par des tourments obscurs. Si je n’ai pas été conquise par la dimension littéraire de ce roman, Lucas Belvaux parvient facilement à nous entrainer dans ce pacte par l’intensité psychologique de ses personnages.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Je suis sans contours. Sans peau ni rien entre le monde et moi qui me protège. Rien qui me tient ».

« Je connais la haine, le mépris, l’humiliation mieux qu’il ne l’imagine, depuis plus longtemps, depuis toujours. J’ai surmonté tout ça. J’ai appris à ne plus m’y fracasser à coups de poing ou de tête, à les esquiver, devenir plus noir encore et les absorber comme les trous noirs absorbent l’énergie autour d’eux. Je les vide de toute substance. Je les épuise »

Une rose seule – Muriel Barbery (2020)

Et si nous entamions un voyage à Kyoto ?

A la mort de son père, Rose part à Kyoto sur les traces d’un père qu’elle n’a jamais connu. Elle s’installe dans sa maison et s’imprègne peu à peu de l’atmosphère qui se dégage des lieux. Marchand d’art, son père avait une vie très établie à Kyoto. Il n’a pour autant jamais oublié l’existence de sa fille Rose. Tout d’abord assaillie par la colère vis-à-vis de cet homme resté dans l’ombre, elle va s’approprier son passé.

Lors de son séjour, elle rencontre Paul, l’assistant de son père, qui lui sert de guide et avec qui elle tisse peu à peu une relation forte. Jusqu’où la quête de ses origines va-t-elle la conduire ?

Dans ce court récit, tout en pudeur, Muriel Barbery dresse l’itinéraire d’une femme à la découverte d’elle-mêmeSi ce roman à l’écriture délicate ne m’a pas profondément marquée dans le portrait de ses personnages, j’en garde un beau souvenir de lecture tout en raffinement.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Si on n ‘est pas prêt à souffrir, dit-elle, on n’est pas prêt à vivre ».

« Sa jeune vie avait été morose. Celles des autres lui paraissaient chatoyantes et gracieuses, la sienne, lorsqu’elle y songeait, la fuyait comme l’eau sur la paume. Quoiqu’elle eût des amis, elle les aimait sans élan ; ses amants traversaient le paysage comme des ombres, ses jours se passaient à fréquenter des silhouettes indécises ».

« Elle se sentait assommée de beauté, de minéralité et de bois ; tout lui était torpeur, tout lui était intense »