Un autre m’attend ailleurs – Christophe Bigot (2024)

Et si nous évoquions les dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar ?

Dans ce roman, Christophe Bigot lève le voile sur la dernière relation fusionnelle et destructrice de Marguerite Yourcenar.

En 1980, Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie Française. Reconnue par ses pairs, sa renommée littéraire est à son apothéose.

Derrière cette réussite se cache un grand bouleversement dans l’existence personnelle de Marguerite Yourcenar. Grace Frick, sa compagne depuis quarante ans vient de succomber à la maladie qui la ronge depuis plusieurs années. Face au deuil, elle cherche à quitter une vie sédentaire aux États-Unis et retrouver un souffle de vie.

Quelques mois plus tôt, elle a rencontré Jerry Wilson, d’une beauté envoûtante, elle est subjuguée par cet homme qui fait renaître un amour enfoui. Le caractère solaire et la vitalité de Jerry l’entraînent à travers le monde. Mais que se cache-t-il derrière cet homme charismatique ?

Christophe Bigot choisit de nous révéler sa propre interprétation des dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar en se basant sur des faits réels. Si j’ai aimé me plonger dans la vie de cette écrivaine, je n’ai pas adhéré au versant romanesque de cette œuvre.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« La sensualité dure autant que la vie, plus ou moins forte selon les individus, et on est sans cesse forcé d’en tenir compte. J’ai appris à connaître que l’érotisme demeure un rite sacré jusqu’à la fin des jours. Ce dont j’avais cru m’évader est miraculeusement revenu ».

« Le bonheur, est-il autre chose qu’une illusion rétrospective? Quand bien même on saurait qu’on est heureux à un certain moment, ce sentiment serait encore altéré par la conscience qu’on en a, la crainte qu’il ne s’arrête, voire l’impression étrange que le ver est déjà dans le fruit ».

Stupeur – Zeruya Shalev (2023)

Et si nous évoquions un chamboulement intérieur ?

Dans Stupeur, Zeruya Shalev explore les méandres intérieurs de deux femmes entre pardon, culpabilité, colère et non-dits.

Ayant entretenu une relation conflictuelle avec son père, Atara n’a jamais véritablement compris cet homme. Au moment de son décès, elle entrevoit la vie de son père avant qu’il devienne cet être maltraitant qui a profondément fragilisé son enfance. Face à ce secret, elle essaie de le comprendre et rencontre sa première épouse : Sarah.

La rencontre avec le premier et unique grand amour de son père va heurter son existence. Atara parviendra-t-elle à résoudre ses propres névroses en découvrant l’histoire familiale ?

A travers les trajectoires de ces deux femmes, Zeruya Shalev dévoile l’histoire israélienne où se mêlent le politique et le religieux. Si j’ai trouvé quelques longueurs dans ce roman, j’ai aimé sa portée psychologique et les bouleversements intérieurs de ses deux protagonistes.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Elle avait aussi une prière spéciale, qu’elle se répétait avant de dormir, ses petites mains plaquées l’une contre l’autre dans une supplique chuchotée. « Mon Dieu, rappelle-le bientôt à toi ou alors apprends-lui à aimer » ».

« Leur vie commune lui apparait soudain comme des travaux forcés, ils creusent au fond d’une mine le plus souvent sombre et étouffante, mais, de temps en temps, découvrent quelques diamants d’une beauté inégalée »

« C’est qu’elle a soudain l’impression que la fin de sa famille annonce la fin du monde, tout va s’effondrer, la ville, le pays, la terre entière, et personne n’aura le temps de dire adieu à son prochain. En une nuit, une catastrophe soudaine va anéantir l’espèce humaine qui ne sait pas aimer. Vous avez réussi à aller dans l’espace, à construire des tours qui atteignent les cieux, à faire des découvertes époustouflantes, mais vous n’avez pas appris à aimer ».

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal (2013)

Et si nous interrogions notre rapport à la mort ?

Dans ce texte bouleversant, Maylis de Kerangal nous propose une course entre la vie et la mort.

Simon, un jeune surfeur vivant près du Havre, aime avec ses amis se mesurer à la puissance des vagues. Confronté à l’immensité de l’eau froide, il prend pleinement conscience de sa vitalité. Après une session de surf alors qu’il reprend la route, sa vie bascule. Victime d’un accident de la circulation, le verdict des médecins est implacable : Simon est en mort cérébrale.

Bien qu’il soit déclaré mort, ses organes continuent de fonctionner et les médecins envisagent rapidement la possibilité de don d’organes. Ses parents sont heurtés de plein fouet par ce drame et devront prendre une décision inimaginable. En vingt-quatre heures, la vie pourra-t-elle déferler à nouveau ?

Au-delà du récit d’une transplantation cardiaque, Maylis de Kerangal nous propose une oeuvre épidermique oscillant entre la réalité du milieu hospitalier et l’intimité des familles. Avec un style particulier, ce roman empreint d’émotion m’a profondément marquée. Une claque littéraire que je vous recommande vivement !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Que deviendra l’amour de Juliette une fois que le cœur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d’enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ?

« Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s’avançait la vague ? »

« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps« 

In carna – Fragments de grossesse – Caroline Hinault (2022)

Et si nous parlions d’un corps en pleine mutation ?

Dans ce récit, résolument féministe, Caroline Hinault dévoile son parcours intime et engagé autour de sa grossesse.

Du ventre vide au ventre plein, Caroline Hinault évoque avec un ton bouleversant et une vérité implacable, son expérience de la maternité.

Elle aborde tout d’abord ses aspirations à devenir mère, cette attente interminable et ce ventre qui reste creux. Puis cette incarnation, la mutation de son corps et de son esprit avec ce ventre devenu plein. Au-delà de l’intimité de son corps, cette grossesse se heurte à toute une société.

A travers son expérience personnelle, Caroline Hinault évoque cette appropriation du corps et révèle toutes les problématiques inégalitaires et sociétales. Ce récit percutant lève le voile sur des mécanismes ancrés et des injonctions contradictoires. Entre essai et journal intime, je vous recommande cette oeuvre passionnante qui ouvre de véritables pistes de réflexions autour de la maternité.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Seul le renoncement, mais parfois forcé, à la maternité permettait pour les femmes d’espérer une égalité de statut social et artistique. On n’a jamais demandé de tel renoncement aux hommes artistes ».

« Une chose la frappe dans cette peinture : Marie n’a pas son habituel visage empreint de générosité et de douceur mais baisse les yeux, le visage plutôt fermé. Certains commentateurs voient dans cette impassibilité un peu rêche la volonté du peintre de se démarquer de la tradition, en lui donnant davantage l’allure d’une paysanne. Mais Elle qui se trouve également en fin de grossesse, Elle devine. Marie est juste complètement crevée et, Christ ou pas Christ, exténuée par tant d’encombrements ».

La mémoire délavée – Nathacha Appanah (2023)

Et si nous témoignions de nos origines ?

Dans ce court récit, avec beaucoup d’émotion et de pudeur, Nathacha Appanah retrace le parcours de ses ancêtres. Elle raconte comment son trisaïeul est arrivé à l’île Maurice et a connu une vie d’asservissement sur les plantations sucrières coloniales.

En 1872, il quitte l’Inde et part dans un voyage lointain et dangereux vers l’Ile Maurice. A son arrivée avec sa femme et son fils, il rêve d’un avenir prospère mais connaîtra la servitude. D’une génération à l’autre, la famille de Nathacha Appanah a vécu sur l’île. Parviendront-ils à s’y intégrer ?

Dans ce livre intime et émouvant, Nathacha Appanah amorce un travail d’une grande sensibilité autour de la mémoire familiale. Ce récit est aussi l’occasion de rendre un véritable hommage à ses grands-parents. Ponctuée de photographies, cette oeuvre lumineuse fait monter les larmes…

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La déshumanisation immédiate que provoque l’attribution d’un numéro à un être humain ne m’échappe pas. C’est un couperet qui marque l’avant et l’après; c’est une marque au fer rouge qu’on applique, brûlante et grésillante »

« Tant qu’il y aura des mers, tant qu’il y aura la misère, tant qu’il y aura des dominants et des dominés, j’ai l’impression qu’il y aura toujours des bateaux pour transporter les hommes qui rêvent d’un horizon meilleur ».

Le passage de la nuit – Haruki Murakami (2004)

Et si nous choisissions le songe ?

Dans ce court récit hypnotique, la nuit mystérieuse révèle ses secrets.

Assise dans un restaurant en plein cœur de Tokyo, Marie est plongée dans un livre. Elle laisse les heures s’égrener et attend l’aube. Pendant ce temps,sa soeur Eli est plongée dans un profond sommeil.
Marie pensait que la nuit serait paisible et solitaire mais elle va multiplier les rencontres insolites. Elle revoit tout d’abord un étudiant et ami de sa sœur, qui répète toute la nuit dans une cave avec des musiciens. Il l’aborde et engage une longue conversation avec elle. Une femme va également venir interrompre sa lecture et lui demander de l’aide pour porter secours à une prostituée blessée. Jusqu’où cette nuit blanche la conduira-t-elle ?

Dans ce récit énigmatique où l’imaginaire a toute sa place, Haruki Murakami nous propose de garder l’oeil ouvert et de percer les mystères d’une nuit singulière. J’ai aimé l’ambiance onirique de ce texte qui demeure suspendu et laisse place à une rêverie nimbée de mystères.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Tu sais, nos vies ne sont pas découpées simplement en « sombre » et « lumineux « . Il y a une zone intermédiaire qui s’appelle « clair-obscur « . La saine intelligence consiste à en distinguer les nuances, à les comprendre. Et, pour acquérir cette saine intelligence, il faut pas mal de temps et d’efforts ».

Normal People – Sally Rooney (2018)

Et si nous parlions d’une histoire d’amour tortueuse ?

Dans Normal People, Sally Rooney arrive à percevoir, avec un grande acuité, les déchirures et les espérances d’une jeunesse désabusée.

Connell et Marianne partage une grande alchimie. Si leur attirance est indéniable, elle doit rester loin des regards. Au lycée, Connell se refuse à assumer une relation qu’il tisse pourtant avec Marianne jour après jour dans l’ombre. La puissance du regard des autres ne lui permet pas d’être complètement lui-même. Sa réputation au lycée risque d’être ternie par l’insaisissable Marianne. Un an plus tard, lorsqu’ils se retrouvent au Trinity College de Dublin, les rapports de force s’inversent. Marianne s’épanouit alors que Connell ne trouve pas sa place dans le monde universitaire. Jusqu’où cette relation aussi belle que sinueuse les conduira-t-elle ?

Avec un regard vif et profond, Sally Rooney parvient à nous plonger dans les aspirations intimes de ses personnages. Au-delà d’une histoire d’amour, elle arrive à décrire les fêlures qui traversent Connel et Marianne. Ayant adoré la série télévisée je manque sans doute d’objectivité mais j’ai aimé me plonger dans cette atmosphère sophistiquée et complexe.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Les conditions idéales – Mokhtar Amoudi (2023)

Et si nous évoquions une enfance brisée ?

Skander est un enfant de l’Aide sociale à l’enfance. Abandonné par une mère dysfonctionnelle qui doit faire face à ses démons, Skander n’a jamais connu son père. Très jeune, il est placé en famille d’accueil.

A huit ans, Skander voit sa vie à nouveau basculer et va devoir changer de famille. Il déménage à Courseine, en banlieue parisienne et rencontre Madame Khadija. Si ce nouveau repère maternel a choisi la garde des enfants pour répondre à ses besoins d’argent, une relation particulière se tisse entre eux au fil des années.

Passionné par les études et amoureux des dictionnaires, Skander va peu à peu s’acclimater au monde extérieur et côtoyer les jeunes du quartier. Skander arrivera-t-il à maitriser son avenir ou glissera-t-il inexorablement vers la délinquance ?

Dans ce premier roman tendre, Mokhtar Amoudi met en exergue les déterminismes sociaux et les stéréotypes lancinants qui planent dans notre société. Avec un personnage particulièrement attachant et une connotation autobiographique, Mokhtar Amoudi revient sur une enfance chaotique tout en nous livrant un message d’espérance.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Je ne pensais pas à l’argent, j’étais content. On n’en aura jamais assez de toute façon. C’est comme l’amour. Il faut s’y faire ».

« On a été abandonné une fois, on se dit que ça ne pourra plus arriver, que jamais on ne se permettra de vous la refaire. Mais un adulte, c’est capable de tout »

La mer est un mur – Marin Postel (2024)

Et si nous vivions sur une île ?

Loin du tumulte parisien, une famille retrouve sur des périodes estivales, le calme de ses origines dans une île de la Manche située à vingt kilomètres du continent. Sur ce bout de terre coupé du monde, les saisonniers, les propriétaires des maisons blanches et les pêcheurs se croisent.

Certains habitants vivent à demeure tandis que les propriétaires terriens ont choisi d’y séjourner pour de courtes périodes. S’ils ont en commun une passion pour la beauté des paysages et la splendeur de la mer, leur horizon reste différent. Ceux qui n’ont jamais quitté l’île perçoivent rapidement les limites de la mer dans une vie quotidienne spartiate entre la caserne et leur bateau de pêche.

Antoine, le fils d’une famille de propriétaires, est hypnotisé par la vie des locaux et va peu à peu se rapprocher des habitants de la caserne. Jusqu’où son attraction pour l’île le conduira-t-il ?

Dans ce premier roman, Marin Postel nous emporte avec beaucoup de mélancolie face aux embruns à l’assaut de cette île imaginaire. J’ai aimé naviguer dans ce roman délicat entre les séparations douloureuses, les amertumes et l’émancipation tant salvatrice que douloureuse d’un jeune homme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Alors mon père avait eu la même tête que ces baigneurs sur la plage, en fin de journée, quand le soleil subitement se retire : un frisson léger, une angoisse passagère, cette sensation étrange qu’un bout de leur bonheur s’achève, que la vie peut leur échapper ».

« Et c’est peut-être avec l’un de ces sourires narquois, l’une de ces plaisanteries faciles partagées autour d’un verre pris légèrement trop tôt, qu’un jour Antoine a décrété que sa place était ici. Il a cru, lui aussi, qu’il était fait d’un meilleur bois »

Libre Ida – Christian Boghos (2024)

Et si nous entendions le cri d’une révolte ?

Dans ce roman, Christian Boghos nous propose de suivre l’engagement d’une femme en quête de liberté.

Face à la montée du fascisme en Italie et à l’influence de Mussolini, Ida a décidé de s’éveiller. Elle choisit de faire face à la violence des chemises noires et s’engage dans la résistance. Si ses premiers pas dans le mouvement sont timides, son influence grandit peu à peu et elle devient un véritable relai pour permettre au parti communiste de consolider son influence en Sicile.

Tapie dans l’ombre, elle va multiplier les actions. Au coeur de la résistance, elle perçoit aussi qu’elle est une femme soumise à l’influence écrasante et à la violence des hommes. Au-delà d’une révolte politique pourra-t-elle gagner sa liberté ?

Si j’ai beaucoup aimé la thématique et le versant politique de ce roman, je n’ai pas été transportée par la trame narrative. Si ce roman propose une ode à la liberté féminine, il a pour ma part manqué de relief.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Quand un pays s’enfonce dans une folie que peut-on faire chacun à sa place ? Agir sur son cercle proche, relier, sauver, aider en espérant que les autres feront de même ».