La femme du deuxième étage – Jurica Pavičić (2022)

Et si nous choisissions un polar ?

Quand Bruna rencontre Frane l’évidence de leur attraction est indéniable. Face à l’intensité de leur amour, ils décident de se marier précipitamment. Malgré la relation forte qu’elle noue avec Frane, Bruna doit s’accommoder de l’omniprésence de la mère de son mari. En effet, Frane est extrêmement proche de Anka, sa mère, qui a assuré seule son éducation et celle de sa soeur. Rapidement, Bruna accepte les premières concessions et emménage au deuxième étage de la maison familiale.

Cette proximité fait de Anka une personne centrale dans la nouvelle vie de Bruna. Cependant Frane part régulièrement en mer, son travail de marin le contraint à de longues absences. Dans sa solitude, Bruna se retrouve isolée au deuxième étage de la maison sous le regard scrutateur de sa belle-mère. Lorsque nous retrouvons Bruna, trois ans plus tard en prison, nous comprenons qu’elle a commis l’irréparable. Comment cette animosité grandissante a-t-elle pu la conduire au crime ?

Un polar qui pose le crime mais qui recherche les mobiles du meurtre. Nous suivons la lente progression de Bruna vers l’assassinat. Dans une logique implacable et presque un déterminisme social, Bruna expose les circonstances qui l’ont conduite au crime. Le détachement de Bruna est glaçant tout au long du roman.

Même s’il manque de rebondissements, j’ai été littéralement emportée par ce récit qui se dévore et qui explore avec réussite la psychologie des personnages.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Le monde n’est qu’une suite rectiligne de dominos mettant à bas d’autres dominos, eux-mêmes abattant les suivants, sans autre alternative ».

« Elle regardait la mer sombre et froide, ces longues guirlandes d’immeubles socialistes dominant la mer, ces milliers d’alvéoles illuminées où tout un tas de gens vivaient leur vie. Elle regardait ces milliers de points comme des lucioles et pensait à la vie qu’elle-même menait, à la vie qu’elle désirait et à l’avenir qui l’attendait »

La décision – Karine Tuil (2022)

Et si nous partagions le quotidien d’une juge d’instruction antiterroriste ?

Alma Recel est une juge d’instruction au sein du pôle antiterroriste. Elle interroge depuis de nombreux mois Kacem Abdeljalil, mis en examen. Alma doit déceler la vérité et rassembler les preuves face à la suspicion de radicalisation qui plane depuis son retour de Syrie.

Alma s’est acclimatée à l’exigence et aux pressions de sa vie professionnelle, elle sait garder son calme face aux menaces quotidiennes. Lorsque son mariage éclate, elle commence à nouer une relation passionnelle avec l’avocat de Kacem ce qui perturbe l’instruction du dossier. Face à ces vacillements, Alma commence à perdre pied.

Tiraillée entre l’exigence de son métier et les bouleversements de sa vie personnelle, Alma saura-t-elle tout maitriser ?

Karine Tuil parvient avec une grande acuité à nous plonger dans la vie de cette juge d’instruction. Sa description du milieu judiciaire est juste et parfaitement documentée. Si ce récit nous emporte facilement, j’ai trouvé que la dimension personnelle de la vie d’Alma notamment sa passion amoureuse n’apportait pas une réelle dynamique narrative.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« L’homme n’est pas un bloc monolithique mais un être mouvant, opaque et d’une extrême ambiguïté, qui peut à tout moment vous surprendre par sa monstruosité comme par son humanité »

« Il était là devant moi, il me donnait à voir quelque chose de lui mais je ne savais pas qui il était vraiment ; je pouvais bien le fréquenter, l’aimer, je ne devais pas espérer comprendre sa nature profonde, je ne descendrais jamais en deçà du premier sous-sol et même là, je ne trouverais que de l’opacité – de lui, je ne verrais que ce qu’il voulait bien me montrer »

Le mage du Kremlin – Giuliano Da Empoli (2022)

Et si nous accédions aux pensées de Poutine ?

Dans ce brillant récit politique, Giuliano Da Empoli nous ouvre les portes du Kremlin.

Le héros de ce roman, Vadim Baranov est un personnage inspiré de Vladislav Sourkov un des hommes clés dans l’ascension de Vladimir Poutine. Ce conseiller n’était pas prédestiné à une telle collaboration. Issu d’un milieu aisé, il devient producteur à la télévision après des études d’art dramatique. Cette carrière tournée vers le milieu artistique est éloignée du projet politique de Vladimir Poutine.

Pourtant, le narrateur est approché par un homme d’affaire qui lui propose d’accéder aux arcanes du pouvoir. Ils décident ensemble de contribuer à l’ascension de Vladimir Poutine, chef du KGB. La personnalité et les aspirations du chef du Kremlin conduisent Vadim à une toute autre destinée…

Ce roman mêlant dimension politique et historique nous emporte littéralement au côté de Poutine et nous dévoile avec une grande acuité le fonctionnement du pouvoir en Russie. Un livre saisissant qui nous donne un nouvel éclairage sur l’actualité.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Personnellement je suivais toutes ces élucubrations avec un certain détachement. Les vivants m’ont toujours moins intéressé que les morts. Je me sentais perdu dans le monde jusqu’au moment où j’ai découvert que je pouvais passer la plus grande partie de mon temps en leur compagnie plutôt que de m’embêter avec mes contemporains »

« Poutine n’était pas un grand acteur comme je le croyais mais seulement un grand espion. Métier schizophrénique qui requiert, c’est certain, des qualités d’acteur. Mais le véritable acteur est extraverti, son plaisir de communiquer est réel. L’espion, en revanche, doit savoir bloquer toute émotion, si tant est qu’il en ait ».

Les chutes – Joyce Carol Oates (2004)

Et si nous contemplions les chutes du Niagara ?

Issue d’une famille religieuse, Ariah Littrell s’est mariée à un jeune pasteur. Au lendemain de la noce, elle découvre que son époux s’est jeté dans les chutes du Niagara.

Foudroyée par ce drame, elle demeure à la recherche de son mari aux abords des chutes. L’effervescence médiatique autour de cette disparition met en lumière Ariah qui devient « La Veuve blanche des Chutes ». Dick Burnaby, célèbre avocat de la région, s’associe aux recherches au côté d’Ariah. Il est littéralement fasciné par la jeune femme énigmatique au point de la demander en mariage.

Au fur et à mesure que les années s’écoulent et qu’Ariah fonde une famille ses névroses s’accentuent. L’ombre angoissante et maléfique des Chutes continue à planer sur sa famille. Comment Ariah survivra-t-elle aux nouveaux bouleversements de son existence ?

Dans ce roman dense et descriptif, la psychologie des personnages et le poids de l’héritage familial sont travaillés avec minutie. J’ai observé quelques longueurs mais je garde un souvenir fort de la complexité du personnage d’Ariah.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Bien qu’il fût un homme grand et fort, Dirk se découvrit le don de se blottir dans la courbe osseuse au flan de sa femme; le don de pousser et d’enfouir son visage contre son cou; le don de glisser béatement dans le sommeil, sans que la moindre pensée le tourmente. Ah ! la vie était si simple. La vie c’était cela ».

« Peut-être l’amour est-il toujours pardon, jusqu’à un certain point »

Brothers – Yu Hua (2005)

Et si nous parlions d’une fresque éblouissante de la littérature chinoise ?

Dans ce roman dense, nous suivons avec émotion et promiscuité le destin de deux demi-frères dans une Chine en pleine mutation. 

Li Guangtou et Song Gang sont liés l’un à l’autre depuis leur enfance. Le mariage de leurs parents a créé entre eux une véritable fratrie. Face aux tragédies familiales, ils sont restés unis. A l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong, leur père malgré son métier de professeur est rapidement perçu, en raison de sa famille, comme un propriétaire terrien. La nouvelle condition de leur père transforme le quotidien de cette famille modeste. 

Confrontés aux brimades et aux humiliations, leurs parents, modèles de courage et de droiture, gardent toute leur dignité et parviennent à guider leurs enfants.  

L’arrivée des deux frères dans l’âge adulte marque leurs premières divergences. Les bouleversements qui traversent le pays vont les conduire vers des chemins opposés. Parviendront-ils à rester unis ?  

Entre révolution culturelle et modernité, Yu Hua décrit avec intensité les changements profonds de la Chine durant ses quarante dernières années. A travers le regard de ses deux frères, les mutations de la Chine sont parfaitement retranscrites. Portée par un ton truculent mêlant humour et émotion, j’ai été emportée par cette fresque familiale qui offre un très beau panorama de la Chine. 

Ma note : 

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations : 

« Sois tranquille Maman : s’il ne me reste qu’un bol de riz, il sera pour Li Guantou, et s’il ne me reste qu’une chemise, elle sera pour lui aussi ».  

« ….les rires fusèrent: des gros rires, des rires discrets, des rires pointus, des rires perfides, des rires bêtes, des rires secs, des rires mouillés et des rires contraints. Quand la forêt est grande, on y trouve toutes sortes d’oiseaux: quand la foule est nombreuse, on y entend toutes sortes de rires ». 

V13 – Emmanuel Carrère (2022)

Et si nous parlions d’une chronique judiciaire ?

Dans un récit immersif, Emmanuel Carrère raconte sa traversée du procès des attentats du 13 novembre 2015.

Journaliste pour l’Obs il a suivi pour l’hebdomadaire le procès organisé de septembre 2021 à juin 2022. Pendant dix mois, il a assisté chaque jour à ce procès hors norme et nous propose d’en suivre chacune des étapes. Avec un style très journalistique, il nous propose le récit de l’audition de certaines parties civiles, des accusés ou évoque l’organisation de la Cour.

Si ce récit n’est pas exhaustif, il permet cependant de nous offrir une chronique documentée et factuelle sur l’organisation du procès. Ce livre dévoile aussi son ressenti et ses questionnements sur cette expérience forte mais également éprouvante.

Je ne peux que recommander cet éclairage pour ceux qui auraient souhaité en savoir davantage sur cette traversée judiciaire.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Profession? Combattant de l’Etat islamique. » Le président regarde ses notes et, placide: « Moi, je vois intérimaire. »

« J’ai lu, entendu dire et quelquefois pensé que nous vivons dans une société victimaire, qui entretient une confusion complaisante entre les statuts de victimes et de héros. Peut-être, mais une grande partie des victimes que nous écoutons jour après jour me paraissent bel et bien des héros. À cause du courage qu’il leur a fallu pour se reconstruire, de leur façon d’habiter cette expérience, de la puissance du lien qui nous unit aux morts et aux vivants. Je me rends compte en relisant ces lignes qu’elles sont empathiques, mais je ne sais pas comment le dire moins emphatiquement : ces jeunes gens, puisque presque tous sont jeunes, qui se succèdent à la barre, on leur voit l’âme. On en est reconnaissant, épouvanté, grandi ».

La solitude Caravage – Yannick Haenel (2019)

Et si nous mêlions art et littérature ?

Foudroyé par le portrait de Judith de Caravage, Yannick Haenel a été envouté adolescent par ce tableau aussi sensuel que réaliste.

A travers une analyse méticuleuse des oeuvres du Caravage, l’auteur présente ce peintre mythique aussi talentueux que scandaleux. Il décrit avec précision le réalisme de ses toiles, la lumière de ses tableaux, la relation du Caravage avec Dieu ou encore son rapport à la mort.

Avec beaucoup d’érudition,Yannick Haenel nous emporte sur les traces du Caravage de Rome à Naples et délivre une analyse personnelle de son rapport au peintre.

Si j’ai trouvé les propos parfois verbeux, j’ai aimé le regard porté par l’écrivain sur l’oeuvre de cet artiste et sa passion communicative pour son art.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« En un sens, durant cette nuit consumée dans l’attente d’une femme, et dans le feu exaspéré des livres dont je tournais les pages avec la vitesse d’un dément, j’ai tout vu du Caravage »

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour ; il nous enjoint de lever haut notre coupe remplie d’un vin d’amour, et de la vider jusqu’à la lie »

« Les peintres nous ouvrent à la consistance du visible; alors que la sensibilité s’épaissit et que les ténèbres ne cessent de l’engraisser, regarder aujourd’hui de la peinture élargit notre révélation du monde jusqu’à une opulence inespérée »

Vox – Christina Dalcher (2018)

Et si nous évoquions une oeuvre dystopique ?

Dans ce roman, Christina Dalcher imagine un monde où les femmes sont bâillonnées par une société masculine dominatrice et absolue.

Comme toutes les femmes, Jean McClellan porte désormais un bracelet innocent au poignet. Pourtant, celui-ci a une fonction glaçante, il s’agit d’un compteur de mots. Depuis la montée au pouvoir d’un parti extrémiste, toutes les femmes sont limitées par jour à cent mots. Si jamais elles enfreignent la règle, une décharge électrique d’une grande violence vient les rappeler à l’ordre. Sonia, la fille de Jean a désormais peur de prononcer le moindre mot.

Assujetties, les femmes sont cantonnées à leur rôle de mère et d’épouse. Depuis l’avènement du nouveau régime, elles ne peuvent plus travailler et sont assignées aux tâches domestiques.

Brillante docteur en neurosciences, Jean est appelée par le gouvernement pour venir en aide au frère du Président. Elle voit dans cette mission le moyen de libérer sa fille mais va découvrir l’impensable. Quand elle se rapproche du pouvoir, elle perçoit la révolte qui sommeille en elle…

Un récit résolument féministe qui décrit une société cauchemardesque. Si la thématique abordée me semblait prometteuse je n’ai pas réussi à être captivée par ce récit qui a manqué selon moi de densité.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Betty – Tiffany McDaniel (2020)

Et si nous parlions d’une fresque familiale envoûtante ?

Avec un sens narratif certain, Tiffany McDaniel oscille entre l’obscurité des secrets de famille et la lumière de ses personnages.

Betty Carpenter est la sixième née de l’union d’un couple atypique. De couleurs de peau différentes, la rencontre de ses parents n’était pas une évidence. Pourtant, ils ont construit une famille portée par la voix de leur père cherokee. Ses mains magiques et sa voix peuplée de paysages imaginaires ont fait l’unanimité auprès de ses enfants.

Après plusieurs années d’errements dans toute l’Amérique, la famille s’installe dans un petit village de l’Ohio et s’intègre pas à pas.

Betty partage avec son père une relation forte et fusionnelle qui lui permet d’affronter le rejet dû à sa couleur de peau. A la différence de sa soeur, elle a hérité du physique de son père et doit faire face aux moqueries de ses camarades de classe. Si Betty partage une relation unie et débordante de sentiments avec son père, les rapports avec sa mère sont plus complexes. Hantée par son passé fait de violences, sa mère ne parvient pas à lui témoigner son attachement.

Lorsque les drames successifs viennent frapper cette famille, comme une malédiction, tout bascule. Malgré la lumière qu’ils portent en eux, des silences douloureux mettent en péril les liens qui les unissaient…

Portée par une plume forte et des personnages travaillés, ce roman initiatique sur la transmission est très réussi. Tiffany McDaniel parvient à nous épouvanter par des passages d’une brutalité glaçante mais aussi à nous émouvoir jusqu’aux larmes par un récit étincelant. Submergée par cette fresque familiale, je reste ébranlée par la densité de ce roman et le rayonnement de son héroïne.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Me révoltant contre une fatalité écrasante, ne fût-ce que pour défier et combattre la souffrance, je concevais des histoires qui me commandaient de survivre »

« Mes poèmes embrassaient tout ce que mes bras ne pouvaient étreindre. Ils hurlaient ce que je taisais. Ils étaient aussi un murmure brûlant qui proclamait que parfois l’amour est un châtiment ».

Ce n’est pas loin du paradis – Laurent Peyrard (2022)

Et si nous parlions d’un premier roman ?

Ce roman d’apprentissage dessine une jeunesse fougueuse emportée par ces élans amoureux et violents.

Jeune homme désabusé et en perte de repères, Eric est un adolescent qui a dû mal à trouver sa place dans la société. Constatant la distance grandissante qui le sépare de ses parents, il n’arrive plus à communiquer avec eux. Au collège, Eric se rapproche de fréquentations douteuses où la violence et les excès façonnent les amitiés.

Quand Eric croise le regard de Anne, la simplicité et la sincérité de leur relation est une évidence. Emporté par cet amour naissant, Anne contribue à le faire grandir. Quand leur union est compromise par une bande rivale, Eric fera tout pour préserver la quintessence de leur passion.

Récit d’un amour contrarié, ce roman conjugue passion amoureuse et exploration d’une jeunesse en perdition. Ce premier roman prometteur n’est pas sans rappeler une oeuvre qui m’avait bouleversée, « leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu.

Malheureusement j’ai trouvé ce roman parfois stéréotypé et je n’ai pas été complètement conquise. Cependant, ce moment de lecture reste agréable et entrainant notamment grâce au personnage attachant et contrasté d’Eric.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.