Un automne de Flaubert – Alexandre Postel (2020)

Et si nous partions à Concarneau avec Flaubert ?

Dans ce court récit, Alexandre Postel tente de percer les mystères qui entourent Gustave Flaubert.

Miné par des problèmes d’argent et par la vente probable de la demeure de sa nièce à Croiset, Gustave Flaubert est rongé par l’inquiétude. En proie à des pensées sombres, il décide de s’éloigner pour quelques semaines et choisit une petite pension proche de la mer. Il séjourne ainsi à Concarneau et retrouve son ami le Docteur Pouchet. Flaubert observe le travail de son ami, chercheur au musée d’histoire naturelle, il dissèque des poissons dans un calme chirurgical. Son séjour sera aussi l’occasion de savourer la cuisine bretonne et de pratiquer, tous les jours, des bains de mer comme pour calmer son anxiété croissante. Si proche de la mer, Gustave Flaubert réussira-t-il à trouver l’apaisement et à écrire ?

J’ai aimé être propulsée au côté de Gustave Flaubert dans ses quelques semaines de villégiatures. Les libertés prises par Alexandre Postel pour retranscrire la vie de l’écrivain rapprochent cet ouvrage du roman. Si j’ai aimé cette délicieuse promenade avec Flaubert et le développement de son processus d’écriture, j’aurai aimé que les aspects biographiques de sa vie soient davantage abordés.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Faute de pouvoir atteindre le calme en lui-même, c’est à la mer qu’il le demandera. Même agitée, la mer accorde toujours le repos à celui qui la regarde. Sa pulsation obstinée inspire à l’homme égaré dans son labyrinthe intérieur le sentiment des choses simples; et à celui qui doute de la vie, le sentiment de la nécessité. Simple et nécessaire, la mer accueille toutes les douleurs. Elle n’offense pas les âmes fatiguées« .

Le livre de Neige – Olivier Liron (2022)

Et si nous rendions hommage à une mère ?

Dans ce récit infiniment personnel, Olivier Liron retrace le parcours de sa mère, Maria Nieves.

Arrivée en France à l’âge de neuf ans, elle a grandi à Madrid. Confrontée au régime de Franco, sa famille a fui l’Espagne dans l’espoir d’un avenir meilleur. Maria dite « Neige » en Espagnol doit s’acclimater à sa nouvelle vie française.

L’atmosphère asphyxiante de cette zone industrielle de la Plaine Saint Denis où ils se sont installés devient leur quotidien. Neige essaye d’apprivoiser cette vie française. Brillante élève, elle rattrape son retard et réussit à intégrer une nouvelle langue. Suite à cet exil déchirant, Neige parviendra-t-elle à construire sa vie en France ?

Olivier Liron dresse le portrait d’une mère proche de la nature, fantaisiste qui a toujours su préserver sa liberté. Agrémenté des photos de sa mère à toutes les périodes de sa vie, ce récit tendre et personnel, est particulièrement touchant. J’ai passé un agréable moment de lecture en compagnie de Neige sous la plume sensible de son fils.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Ce que nous ne voulons pas savoir de nous-mêmes, ce que nous évitons de reconnaître en nous-mêmes, tout ce qui n’est pas formulé, pas su, tout ce qui est ignoré, effacé, tout ce qui se love et se cache dans les silences brûlants du passé, tout cela, je crois que nous le rencontrons, un jour ou l’autre, et que nous devons l’affronter ».

« Être triste, c’est avoir épuisé toutes les façons possibles de parler à ceux qu’on aime »

Numéro deux – David Foenkinos (2022)

Et si nous rencontrions le double de Harry Potter ?

A l’âge de 11 ans, le destin de Daniel Radcliffe bascule quand il décroche le rôle d’Harry Potter. Pourtant en 1999 quand le casting d’Harry Potter débute il n’était pas prédestiné à un tel rôle. Après de nombreuses auditions, il ne reste que deux candidats en compétition : Daniel Radcliffe et Martin Hill.

Repéré sur un tournage, Martin Hill accompagnait son père, décorateur de cinéma et n’avait jamais eu pour ambition de devenir acteur. Très vite, les auditions se succèdent et Martin Hill commence à rêver à l’obtention du rôle de ce jeune sorcier. Quand la production lui annonce qu’il n’est pas choisi et que Daniel Radcliffe a « un petit quelque chose en plus », tout s’effondre. L’impression étouffante d’être passé à côté de son destin ne le quittera jamais. L’omniprésente de Harry Potter lui rappelle inlassablement cette terrible défaite. Ce sentiment d’échec va le poursuivre durant toute sa vie. Comment Martin Hill parviendra-t-il à se reconstruire ?

Grâce à ce personnage fantasmé, David Foenkinos raconte l’histoire d’un « numéro deux ». Un roman facile d’accès qui nous encourage à nous relever face aux revers de nos existences. Je n’ai pas été envoutée par le style assez plat de l’auteur mais ce roman reste un moment de lecture divertissant.

Merci aux éditions Folio pour ce cadeau.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« La vie humaine se résume peut-être à ça, une incessante expérimentation de la désillusion, pour aboutir avec plus ou moins de succès à une gestion des douleurs »

« Rencontrer quelqu’un, c’est se permettre d’exister à nouveau sans son passé. On se raconte comme on veut, on peut sauter des pages et même commencer par la fin »

Invisible – Paul Auster (2009)

Et si nous voyagions de New-York à Paris en compagnie de Paul Auster ?

Lors de ses études à Colombia, Adam Walker croise un énigmatique professeur, Rudoff Born. Si Adam aimerait percer le mystère de cet homme, il s’inquiète de ses opinions provocantes. La femme qui accompagne Rudoff fascine littéralement le jeune homme. Sulfureuse, elle jette un regard plein d’intérêt pour cet étudiant qui aspire à devenir poète.

Attiré par cette femme, il se rapproche du couple jusqu’à envisager des projets d’avenir. Être naïf et tourmenté, Adam va être envouté par l’aura nocive de Rudoff. Un sombre drame va lier les deux hommes et faire basculer leurs destins.

Maîtrisant la trame narrative avec virtuose, Paul Auster dresse les portraits de personnages complexes. Captivée, je me suis plongée dans ce roman qui nous emporte dans des zones d’ombre parfois malsaines et dérangeantes mais où la psychologie des personnages est finement travaillée.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« La distance entre la pensée et les actes peut être immense, un gouffre aussi vaste que le monde lui-même »

« Elle est de nature plus libre que toi, plus heureuse que toi et, chaque fois que tu es en sa compagnie, le monde te paraît plus lumineux et plus accueillant, un endroit où ton ego maussade et introverti peut presque commencer à se sentir chez lui »

« Il se demande si les mots ne constituent pas un élément essentiel de la relation sexuelle, si la parole n’est pas finalement une forme plus subtil du toucher, si les images qui nous dansent en tête n’ont pas tout autant d’importance que les corps que nous tenons dans nos bras » 

La fille parfaite – Nathalie Azoulai (2022)

Et si nous parlions d’une amitié fusionnelle ?

Rachel et Adèle sont de jeunes filles blondes aux teints parfaits. Presque jumelles, leur ressemblance physique est indéniable mais elles sont intellectuellement à l’extrême opposées. Rachel a choisi naturellement les lettres. Depuis son enfance, elle évolue dans une famille d’érudits où les mots sont une évidence. Adèle, initiée par son père depuis son jeune âge aux calculs, a choisi les sciences. Son destin de brillante mathématicienne semble tracé.

Face à un déterminisme social inévitable, les deux femmes vont-elles changer de cap ? Tout au long de leur vie, Rachel et Adèle appréhendent le monde différemment et l’ambivalence de leur relation sera de plus en plus forte.

Dans ce roman initiatique, Nathalie Azoulai trace les contours d’une amitié tumultueuse faite de jalousie et de complémentarité. Au-delà de la relation qui les unit, Nathalie Azoulai cherche à percer les mystères de deux mondes qui se font face. Si j’ai aimé la clivage entre sciences et lettres, je l’ai trouvé très présent peut-être au détriment de la psychologie des personnages.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Si elle avait su. Elle savait. C’était une de ses théories, que les gens naissent tous chiffrés, avec leur nombre d’années à vivre au-dessus de la tête, une auréole qui déclenche toutes les vies comme des
comptes à rebours qui tournent en silence. Ne va pas t’imaginer que ça fasse du bruit, ça s’oublie, mais si chacun au fond sait combien d’années il a à vivre, ça fait quoi ? se demandait-elle. Ça donne plus d’intensité ? plus d’angoisse ? En tout cas, niveau inégalités, ça se pose là, on comprendrait au moins d’emblée que le monde est inégal, que certes, on peut lutter, mais qu’il vaut mieux le savoir, ne pas caresser de folles espérances, rêver à des choses qui n’existent pas »

Soleil amer – Lilia Hassaine (2021)

Et si nous évoquions un long processus d’intégration ?

Quand Saïd quitte son pays natal l’Algérie pour la France il veut offrir à sa famille un avenir meilleur. Embauché dans une usine automobile en 1959, les conditions de travail sont désastreuses et il est perçu comme un étranger. Après plusieurs années de solitude, sa femme et ses trois filles le rejoignent en France.

Les rêves s’évanouissent rapidement face à l’amertume du quotidien. La famille s’installe dans une cité HLM et leurs conditions de vie restent difficiles. Quand Naja tombe enceinte, l’accueil d’un nouvel enfant leur semble impossible. Lorsqu’elle accouche de jumeaux, Daniel et Amir, le couple décide que Daniel sera élevé par son frère et sa compagne française, Eve. Eve ne peut pas avoir d’enfant et la proximité des deux femmes fait de ce choix une évidence. Le destin des deux frères s’en trouvera profondément bouleversé. Un tel secret de famille pourra-t-il survivre aux temps ?

Dans ce roman social, Lilia Hassaine parvient en peu de lignes à retranscrire toute la complexité de la désillusion d’une intégration. Une fresque familiale envoutante qui parvient à nous captiver !

Merci aux éditions folio pour cette découverte !

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« La joie sans mélancolie, c’est un soleil qui brillerait sans discontinuer. La joie n’est la joie que parce qu’elle joue au funambule au-dessus du vide ».

« Quitter un pays qu’elles aimaient, suivre un mari qui trimait, perdre leurs enfants un par un, se demander si elles avaient fait le bon choix, être mère c’était ça, accumuler les erreurs, apprendre sans cesse, échouer encore. Les héroïnes, c’était elles ».

« D’un côté il se disait fier de ses origines et de sa culture, de l’autre il espérait se fondre dans le paysage français. D’un côté il désirait rentrer au bled, de l’autre il rêvait que ses enfants s’intègrent. Il oscillait entre deux pays, entre deux projets, et élevait ses enfants dans la même dualité. La dualité comme identité, c’était déjà une contradiction, il n’existait pas de mot pour dire « un et deux » à la fois »

L’attentat – Yasmina Khadra (2005)

Et si nous comprenions la violence du monde avec Yasmina Khadra ?

Au coeur de Tel-Aviv, une explosion foudroyante fait de nombreuses victimes. Rapidement, la piste de l’attentat est confirmée, une femme kamikaze a actionné les bombes qu’elle portait.

Chirurgien, Amine s’occupe des nombreux blessés toute la nuit. Quand il rentre à son domicile, le téléphone retentit à nouveau, il doit se rendre à l’hôpital en urgences. Il va apprendre par ses collègues et par la police que la kamikaze est son épouse Sihem. Face à cette annonce irréelle, sa vie s’écroule. Au fil du temps, il se rend compte qu’il ne connaissait pas la femme avec qui il partageait sa vie. Dans une lente descente aux enfers, il doit faire le deuil de la femme qu’il aimait mais aussi comprendre l’inimaginable. Amine part alors sur les traces du parcours de radicalisation de Sihem.

Dans sa quête de vérité, Amine va aussi rechercher son identité. Israélien d’origine palestinienne, en tant que chirurgien il a évolué dans un milieu privilégié lui faisant oublier ses racines.

Par une oeuvre incisive et nerveuse, Yasmina Khadra cherche à nous faire comprendre l’impensable. J’ai aimé la force de ce récit qui porte un regard intime sur le conflit israélo-palestinien.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Je veux juste comprendre comment la femme de ma vie m’a exclu de la sienne, comment celle que j’aimais comme un fou a été plus sensible au prêche des autres plutôt qu’à mes poèmes ».

« Garde tes peines pour toi, elles sont tout ce qu’il te reste lorsque tu as tout perdu ».

Ils ont tué Oppenheimer – Virginie Ollagnier (2022)

Et si nous rencontrions le père de la bombe atomique ?

Ce roman nous propose une rencontre avec Robert Oppenheimer, un éminent scientifique devenu le père de la bombe atomatique.

En pleine Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine tente de trouver une solution pour mettre un terme au conflit. Quand, le général Groves rencontre Robert Oppenheimer, sa promiscuité avec la mouvance gauchiste inquiète les militaires. Pourtant le général Groves fait le choix audacieux de le nommer directeur scientifique du Projet Manhattan. Dans un laboratoire coupé du monde à Los Alamos, Robert Oppehnheimer et son équipe feront naître la première bombe atomatique. Cette bombe va bouleverser le cours de l’histoire.

Nommé Président de la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis, Robert Oppenheimer devient intouchable. Son aura est indéniable et il s’oppose frontalement au développement exponentiel des armes nucléaires. En 1953, l’Amérique est bousculée par le maccarthysme, les relations communistes de Robert Oppenheimer sont minutieusement étudiées. Prétexte à sa chute, le brillant scientifique pourra-t-il lutter contre ses détracteurs ?

Construit sous forme de puzzle, ce roman alambiqué navigue dans les périodes historiques. Un roman intelligent, mêlant politique, science et histoire qui nous en apprend beaucoup sur la destinée de Robert Oppenheimer. J’ai apprécié cette découverte même si je me suis parfois perdue dans le fil narratif de ce récit.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Il était devenu le père de la bombe atomique, admiré, jalousé autant que haï dans le monde entier »

« Si Oppenheimer était un gauchiste, il l’était à la manière des grands bourgeois se préoccupant de la misère des petits, de l’injustice du coût de l’éducation et des soins. Rien dans son discours ne laissait à penser à un bolchevik couteau entre les dents ».

Mon maître et mon vainqueur – François-Henri Désérable (2021)

Et si nous partagions un éloge du sentiment amoureux ?

Dans ce roman plaisant aux références littéraires indéniables, nous suivons le parcours d’un couple emporté par la passion.

Face au juge d’instruction, le narrateur doit révéler la personnalité de son plus cher ami. Les pièces à conviction lui sont présentées pour tenter de faire la lumière sur les faits reprochés à Vasco. Un cahier noirci de l’écriture de son ami et de poèmes d’amour attire l’attention du juge. Le narrateur va devoir révéler le parcours amoureux de son acolyte.

Depuis leur première rencontre, Vasco voue un amour fou et absolu pour la magnétique Tina. Cette femme envoûtante est pourtant fiancée à un autre homme. Jusqu’où cet élan passionnel l’a-t-il conduit ?

J’ai passé un bon moment avec la plume spirituelle et malicieuse de François-Henri Désérable même si je regrette quelques lieux communs dans la trame narrative de ce récit.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Parfois on ne se comprend plus, on avance à l’aveugle, on se heurte à des murs, jusqu’au jour où l’on finit par se dire mutuellement ce qu’on a sur le coeur, comme on craque une allumette dans la nuit : pas pour y voir plus clair, mais pour mesurer la part de ténèbres que chacun porte en soi ».

Le livre des heures – Anne Delaflotte Mehdevi (2022)

Et si nous partagions la vie d’une femme en plein coeur de l’époque médiévale ?

En 1468, Marguerite vit sur le pont Notre-Dame dans une famille où son statut de femme la poursuit inlassablement.

Dès sa naissance sa mère semble lui reprocher son sexe. Heureusement elle partage une relation fusionnelle avec son frère jumeau, Jacquot, qui compense l’indifférence maternelle. Son frère, atteint d’épilepsie, est sujet à des crises foudroyantes. Sa mère s’alarme et use en vain de tous les remèdes pour sauver son fils. Elle finit par se détourner de cet enfant maladif et Marguerite doit veiller seule sur lui.

Marguerite est aussi une fille d’enlumineurs. Passionnée par le jeu des couleurs et l’art exigeant de la création de manuscrits, elle se cache dans l’atelier de son père et de son grand-père. Elle rêve de suivre une formation autour des livres à l’image de ses ancêtres. Sa mère s’oppose frontalement à ce souhait. Pourtant la détermination de Marguerite ne cesse de grandir et finir par convaincre les figures masculines de la famille. Brillante, elle s’acharne autour de la création « du livre des heures », ces livres de prières destinées à des clients bourgeois. L’ombre grandissante d’un indispensable mariage vient ébranler ses ambitions. Jusqu’où sa soif d’indépendance la conduira-t-elle ?

Une plongée intéressante au coeur de l’époque médiévale où nous suivons la destinée d’une femme confrontée à sa condition. J’ai bien aimé ce regard mêlant un portrait de femme avec des dimensions historiques et littéraires !

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Elle sait que l’héritage de son grand-père ne fera que passer par elle,elle sait que pour qu’il vaille,la société veut qu’il s’enracine dans une lignée d’homme. Pour que l’atelier vive,lui survive,il faut que Marguerite s’associe à un homme de la profession »