Miss Islande – Auður Ava Ólafsdóttir (2018)

Et si nous parlions de littérature islandaise ?

A vingt et un ans, Hekla quitte sa campagne natale au coeur de l’Islande. Avec son prénom de volcan, Hekla porte en elle un feu créateur depuis son plus jeune âge. En 1963, lors de son arrivée au sein de la capitale, elle n’a qu’une seule idée en tête : devenir écrivain. Pourtant, le seul titre qu’on lui propose est celui de « Miss Islande ».

En tant que femme, Hekla a peu de perspectives pour accéder à son rêve et devenir un auteur reconnu. Malgré les obstacles, son énergie créatrice ne trouve pas de limite. Elle continue à écrire inlassablement.

Femme mystérieuse et indépendante, dévouée à son art, elle peut compter sur ses amis d’enfance, Isey et Jón John, pour la soutenir. Isey est une femme au foyer qui écrit sans cesse pour échapper à son quotidien tandis que Jón John cache son homosexualité à la société.

Ce roman illustré par des paysages magistraux mêle différence et force créatrice avec une grande beauté. Un livre rempli d’espérance et de liberté où jaillit des êtres prêts à se transcender !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« En dehors des étoiles qui scintillent au firmament, le monde est noir.
Une phrase vient à moi puis une autre, une image se dessine, cela fait tout une page, tout un chapitre qui se débat dans ma tête, pataud comme un phoque pris dans un filet. J’essaie d’accrocher mon regard à la lune par la lucarne, je demande aux phrases de s’en aller, je leur demande de rester, il faut que je me lève pour les écrire avant qu’elles s’évanouissent »

« Je rêve d’un monde où chacun aurait sa place »

Ma dévotion – Julia Kerninon (2018)

Et si nous parlions d’une véritable dévotion amoureuse ?

A Londres, Helen revoit fortuitement Frank pour la première fois depuis vingt-trois ans. A cette occasion elle revient avec nostalgie sur leur relation fusionnelle.

Face à des parents absents et inexpressifs, ils ont fait le choix de se lier l’un à l’autre. Ils sont pourtant extrêmement différents, Helen est aussi raisonnable que Frank est excessif.

Lorsqu’ils débutent leur vie commune à Amsterdam le parcours d’Helen est déjà tout tracé, elle se dirige naturellement vers la littérature tandis que Frank reste indécis sur son avenir. Il découvre pour la première fois l’univers de la peinture, la fulgurance de son désir artistique est telle qu’il trouve enfin un sens à sa vie.

Leur relation est aussi forte que déséquilibrée, Helen malgré son indépendance d’esprit voue une véritable dévotion pour Frank. Lorsqu’ils parviennent enfin à trouver une harmonie dans leur relation tumultueuse un drame viendra bouleverser à tout jamais leur vie.

Ponctué de mélancolie, ce livre nous emporte avec une facilité déconcertante auprès de ce couple. L’intensité et la puissance de leurs sentiments est parfaitement retranscrites par la plume de Julia Kerninon. Un joli moment de lecture qui confirme mon intérêt pour cette autrice !

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Lorsque quelqu’un est aussi discret que moi, personne n’imagine qu’il puisse avoir un tempérament passionné. Les gens pensent que ma personnalité est un genre de bruit blanc, que le silence que je fais en société est l’écho de celui qui résonne, depuis toujours, dans l’espace clos de ma tête, sous les cheveux coiffés. Mais – je le sais mieux que personne – il ne faut pas juger un livre à sa couverture ».

« Je jure que j’ai fait de mon mieux – mais au fond je pense que mon mieux ne valait rien, que mon mieux n’aurait jamais, en aucun cas, pu être suffisant – parce que je n’avais rien à apprendre à personne sinon ma propre sidération, mon hébétude face au monde, que j’avais passé ma vie à fuir dans les livres ».

Décomposée – Clémentine Beauvais (2021)

Et si nous divaguions autour d’un poème de Charles Baudelaire ?

Dans ce court récit, entre roman et poésie, Clémentine Beauvais donne un nouveau souffle à l’oeuvre de Charles Baudelaire. Elle revisite avec inventivité le célèbre poème « une charogne ».

Pour Baudelaire, cette charogne n’est qu’une femme lubrique en décomposition, Clémentine Beauvais dévoile sa face cachée. Elle dresse son parcours, ses rencontres et sa destinée jusqu’au détour d’un sentier. Elle redonne vie à cette inconnue en l’imaginant amoureuse, avorteuse ou tueuse.

Au-delà du simple corps décomposé, Clémentine Beauvais oeuvre avec poésie pour donner un souffle féministe et libre à cette femme meurtrie par la vie.

J’ai passé de douces minutes en compagnie de cette autrice au style inventif et audacieux !

Merci à la collection @icono.pop et aux @ed_iconoclaste pour cet envoi.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Tout en elle était reste. Reste de beauté nuageuse,
reste de fierté jaune dans les yeux,
reste de joie, reste de mélancolie,
tout ce qu’elle avait été un jour jusqu’à l’excès,
elle ne l’était plus que peu,
comme la cendre garde quelque temps sa tiédeur
dans ses replis les mieux tassés »

Le bal des folles – Victoria Mas (2019)

Et si nous acceptions une invitation pour le bal ?

En 1885 au sein de l’hôpital de la Salpêtrière s’organise le « bal de la mi-carême ». Toute la haute société parisienne vient curieuse et fascinée à la rencontre de ces femmes enfermées dans l’établissement. Pour préparer cette soirée unique, les patientes s’apprêtent pendant des jours et associent ce bal à un élan de liberté retrouvé. Pourtant, cette soirée grotesque n’est que l’occasion de les exposer…

Sous prétexte d’une folie passagère, d’un comportement déviant ou juste d’une différence, elles sont emprisonnées de force souvent par leur mari ou leur père. Le bal est comme un instant suspendu dans leurs conditions de vie suffocantes entre enfermement et expérimentations du célèbre Professeur Charcot.

Eugénie est l’une d’entre elles. Loin d’être une jeune fille hystérique ou possédée par des voix, elle est pourtant connectée aux morts. Ses prédispositions vont l’entrainer malgré elle vers la Salpêtrière…

Ce premier roman singulier proposé par Victoria Mas nous ouvre les portes de la Salpêtrière, une immersion dans une réalité mêlant histoire et conditions de la femme au XIXème siècle. J’ai aimé ce livre qui se révèle comme un cri vibrant et puissant, celui de ces femmes muselées et condamnées à l’emprisonnement à perpétuité.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citation :

« Loin d’hystériques qui dansent nu-pieds dans les couloirs froids, seule prédomine ici une lutte muette et quotidienne pour la normalité »

Broadway – Fabrice Caro (2020)

Et si nous choisissions le rire comme rempart face à l’absurdité du monde ?

A l’âge de quarante-six ans, Alex reçoit une enveloppe pour le dépistage du cancer colorectal. Ce courrier le confronte, avec angoisse et humiliation, à son vieillissement.

Ce père de famille semble littéralement asphyxié entre le délitement de son couple, le comportement de ses enfants, les apéritifs réglementaires avec ses voisins ou encore la perspective de vacances paddle à Biarritz avec ses amis… Sa vie millimétrée dans une maison familiale au coeur d’un lotissement semble de plus en plus l’oppresser !

Piégé entre les années qui s’écoulent inexorablement et l’absurdité de la vie, cet homme jette un regard cynique et angoissé sur son existence. Ponctué par ses obsessions et son anxiété, nous suivons avec délice le parcours d’Alex.

Fabrice Caro, avec son ton acerbe et irrévérencieux, nous dresse le portrait jubilatoire d’un homme en pleine crise existentielle !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il est indiqué sur le porte-chandelier le tarif pour un cierge, un ou deux euros, et je me demande si la prière a statistiquement plus de chances d’aboutir si l’on donne deux euros plutôt qu’un »

« La vieille dame est toujours là, exactement à la même place, immobile, et je commence à me demander s’il s’agit d’une vraie dame ou si l’Église, devant la catastrophique désertion de ses ouailles, ne place pas des mannequins de cire pour sauver la face » 

« On devrait toujours s’inventer des angoisses insensées pour les déconstruire dans la foulée et se sentir léger »

La papeterie Tsubaki – Ogawa Ito (2016)

Et si nous nous exercions à la calligraphie ?

Suite au décès de sa grand-mère, Hatoko hérite de la papeterie Tsubaki et revient vivre à Kamukara, sa ville natale.

Au-delà de la simple papeterie, la modeste boutique est aussi le lieu où s’exerce un art exigeant : celui de la calligraphie. Initiée par sa grand-mère, Hatoko a appris cette écriture dès son plus jeune âge et elle est devenue un écrivain public reconnu.

Par son métier, Hatoko est plongée au coeur de la vie de ses clients. Ils viennent frapper à sa porte afin de la solliciter pour différents écrits : condoléances, lettres de rupture, voeux… Avec soin et exigence, Hatoko choisit une plume, une nuance de couleur, des matières ou des caractères particuliers d’après la personnalité qu’elle perçoit de son interlocuteur. Avec application, elle écrit et envoie les correspondances.

La découverte de ce métier fascinant s’accompagne d’une initiation au voyage au coeur de la station balnéaire Kamukara, située au sud de Tokyo. Ce livre nous dévoile un Japon rythmé par les saisons successives, l’art culinaire et la calligraphie.

Si j’ai aimé l’immersion dans un Japon mêlant tradition et modernité, j’ai cependant été déçue par le style et par l’aspect assez convenu de l’intrigue.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citation :

« Et maintenant que son corps avait disparu, elle continuait à vivre dans les calligraphies qu’elle avait laissées. Son âme les habitait. C’était ça, l’essence de l’écriture ».

Pour aller plus loin, la suite :

https://www.babelio.com/livres/Ogawa-La-Republique-du-bonheur/1244343

Le dîner – Herman Koch (2009)

Et si nous évoquions un dîner dérangeant ?

Entre l’apéritif et l’addition, ce dîner tout d’abord anodin révélera des drames familiaux glaçants.

Paul et Serge, deux frères, se donnent rendez-vous avec leurs épouses, Claire et Babette, dans un restaurant distingué d’Amsterdam. Un restaurant chic où la liste d’attente est de trois mois pour obtenir une table. Mais Serge, politicien en pleine campagne électorale, arrive sans difficulté à les faire accéder à la meilleure table.

Paul, le narrateur, est directement agacé par le retard de son frère et par tous les regards braqués sur le futur premier ministre du pays. Durant l’hors d’oeuvre, la discussion semble bien anodine et tourne autour des films à l’affiche et de leurs dernières vacances en Dordogne.

Pourtant dès le début du repas, Paul parvient difficilement à cacher la haine cordiale qu’il voue à son frère et multiplie les remarques acerbes. La tension monte peu à peu et le plat révélera le véritable enjeu de ce diner : parler de leurs trois enfants. Un acte de violence indescriptible relie leurs fils et révélera toute la force dramatique de cette soirée…

Si le début du roman témoigne d’un humour grinçant et acerbe, le dîner fait surgir au fil des pages un sentiment de malaise grandissant. Il révèle aussi une interrogation sur le poids de l’éducation dans la construction personnelle.

Je suis restée désarçonnée et viscéralement dérangée par ce roman. Entre racisme, violence et noirceur ce livre semble vouloir nous heurter profondément.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Le bonheur se satisfait de lui-même, il n’a pas besoin de témoin ».

« Cela arrive plus souvent qu’on ne le souhaite, dans ces restaurants prétendument haut de gamme, on perd le fil de la conversation à force d’être confronté à ces innombrables interruptions comme les explications bien trop détaillées sur le moindre pignon de pin dans son assiette, le débouchage interminable des bouteilles de vin et le remplissage opportun ou non de nos verres sans que personne n’ait rien demandé »

La caresse du loup – Catherine Robert (2021)

Et si nous évoquions un premier roman particulièrement poignant ?

La caresse du Loup met des mots sur l’impensable.

Pleine de vie, Chloé a huit ans et partage avec sa famille des vacances en Bretagne. Lors de cet été ensoleillé, Chloé est victime d’une agression sexuelle commise par un ami de sa famille venu séjourner dans leur maison de vacances.

Ce lourd secret Chloé le partage avec une unique personne : sa soeur, Clara. Cette marque indélébile a mis un terme à son enfance et a transformé sa vie d’adulte. Le sourire de Chloé s’est évanoui à jamais et sa quête de reconstruction semble un chemin impossible. Et pourtant, Chloé avec l’aide de sa soeur va trouver au fil des années la force de mettre des mots sur son agression et le courage de se relever.

Des années plus tard, à l’annonce des faits, ses parents lui répondront « Ce n’est pas possible ! ». Ce sont les premiers mots qui forcent la barrière de leurs lèvres blêmes et confirment l’irréalité des faits vécus par Chloé. Et pourtant, après des années de combat, ces mots libérateurs et acérés seront enfin prononcés.

Avec une profonde sincérité, Catherine Robert revient sur la terrible destruction dont Chloé a été victime. Un roman qui se lit d’une traite, sans interruption, tant la parole est forte et puissante. Profondément ébranlée, je n’ai pas pu lâcher ce roman avant la dernière ligne. Si cette lecture difficile lève à nouveau le voile sur l’impensable, elle met aussi en exergue la relation fusionnelle qui relie deux soeurs.

Au-delà de cette violence inouïe, ce livre révèle la force de résilience et la puissance du lien de sororité.

Merci aux @ed_iconoclaste pour cet envoi !

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Une éducation libertine – Jean-Baptiste Del Amo (2008)

Et si nous évoquions la chronique d’une décadence ?

Une éducation libertine nous parle de l’ascension sociale d’un homme dans un Paris d’une terrible noirceur.

En 1760, Gaspard arrive à Paris prêt à conquérir la ville. Venu de Quimper, il a quitté l’exploitation d’élevage porcin familiale avec pour seule ambition de se faire un nom au sein de la capitale.

Pourtant, dès son arrivée, il côtoie plutôt les bas-fonds parisiens et la misère. Près de la Seine, il trouve un premier travail harassant et survit dans un dénuement total. Le Fleuve l’a englouti. Lorsqu’il trouve un poste auprès d’un perruquier, la chance semble enfin lui sourire. Il fait alors la rencontre d’Etienne de V., un homme magnétique et insaisissable, qui va profondément bouleverser sa destinée.

Des profondeurs du fleuve au luxe des salons, cette élévation passera par la pire noirceur. En effet, l’accès à la noblesse a un prix que Gaspard n’avait jamais soupçonné…

Cette immersion dans un Paris peuplé de personnages fascinants est portée par une plume contemporaine. Ce roman retrace la quête d’une ascension sociale où Gaspard n’est pas sans nous rappeler l’emblématique Bel-Ami.

Avec une écriture crue et magnétique, à l’image de Zola, Jean-Baptiste Del Amo nous ensorcèle. Il parvient à faire éclater les tréfonds de l’âme humaine dans le Paris de l’Ancien Régime.

Coup de ❤

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Il fondait sur les hommes l’espoir d’être un jour parvenu, car c’était à ce jeu-là que s’échinait la race : monter, gravir, écraser, abattre, déposséder, s’emparer, régner ».

« Paris, nombril crasseux et puant de la France. Le soleil, suspendu au ciel comme un œil de cyclope, jetait sur la ville une chaleur incorruptible, une sècheresse suffocante. Cette fièvre fondait sur Paris, cire épaisse, brûlante, transformait les taudis des soupentes en enfers, coulait dans l’étroitesse des ruelles, saturait de son suc chaque veine et chaque artère, asséchait les fontaines, stagnait dans l’air tremblotant des cours nauséabondes, la désertion des places »

La Sirène, le Marchand et la Courtisane – Imogen Hermes Gowar (2021)

Et si nous naviguions dans un monde fantastique ?

Au XVIIIème siècle, en plein de coeur de Londres, Monsieur Hancock vit dans un modeste logis. Après avoir perdu sa femme et son fils, il cohabite avec sa nièce et attend le retour de l’un de ses bateaux. A son arrivée, le capitaine lui révèle qu’il a vendu son navire contre une créature hors du commun et énigmatique : une sirène.

Sceptique, Monsieur Hancock ne sait quoi faire de l’étrange créature. À sa plus grande surprise, la sirène fascine le public et lui permet d’accéder à un monde luxueux et inaccessible où navigue de somptueuses courtisanes.

Monsieur Hancock fait alors la connaissance d’Angelica Neal. Profondément belle et désirable, elle évolue dans un milieu Londonien mondain et grivois. Le marchand timide et laborieux fait face à une courtisane exubérante et indépendante. Au fil du temps, une relation complexe se noue entre ces deux êtres que tout semble opposer.

Avec ce premier roman, Imogen Hermes Gowar dévoile une société londonienne licencieuse. Un instant de lecture rafraichissant qui nous ouvre les portes d’un autre monde où se mêle le réalisme de l’époque géorgienne avec un soupçon de fantastique.

Merci à Babelio et aux éditions Belfond pour l’envoi de ce livre.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citation :

« Ces relations ne feront que se multiplier – elle sera belle-mère, grand-mère, veuve, invalide – et sa propre personne ne fera en conséquence que se diviser et se diviser encore, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien ».