La nuit de l’oracle – Paul Auster (2003)

Et si nous évoquions un récit mêlant fiction et réalité ?

Chaque écrivain rêve de trouver l’inspiration et un carnet peut insuffler parfois cet élan littéraire.

En convalescence après un long séjour à l’hôpital, Sidney Orr découvre dans une charmante et minuscule papeterie, tenue par Monsieur Chang, un carnet bleu plein de promesses. Il fait l’acquisition de ce carnet sans prétention mais qui lui redonne l’envie d’écrire.

Lorsqu’il regagne son appartement new-yorkais et que les premiers mots jaillissent sur le papier un torrent d’inspiration l’inonde tout d’un coup.

Sidney Orr retrouve ainsi cette frénésie littéraire qui l’avait quitté et débute une captivante fiction.

Son personnage s’appelle Nick Bowen, il est éditeur et vit également à New-York. Enlisé dans une routine conjugale et un travail qui l’ennuie, il ressent une attirance pour une autre femme. Lorsqu’il échappe de justesse à la mort, Nick décide de recommencer sa vie et de prendre un aller simple pour Kansas City. Lors de son voyage, il lit un manuscrit « La nuit de l’Oracle », le roman oublié d’une écrivaine décédée.

Ainsi, dans ce roman se mêle trois personnages et plusieurs récits.

Tels des poupées russes, les trois romans vont s’entrêmeler et se répondre mutuellement avec une grande fluidité. Paul Auster nous transporte entre réalité et fiction et nous fait découvrir des personnages aux contours remarquables.

Avec beaucoup d’ingéniosité, il interroge son lecteur sur le rapport au hasard, au destin et au processus de création littéraire.

Avec une grande puissance narrative, Paul Auster nous offre un livre captivant. Je reste séduite par cette première découverte et j’ai hâte de me plonger davantage dans son oeuvre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« C’était au meilleur des temps, c’était au pire des temps, c’était l’âge de la sagesse, c’était l’âge de la sottise, c’était l’époque de la foi, c’était l’époque de l’incrédulité, c’était la saison de la Lumière, c’était la saison des Ténèbres, c’était le printemps de l’espérance, c’était l’hiver du désespoir, nous avions tout devant nous, nous n’avions rien devant nous… »

« Les pensées sont réelles, disait-il. Les mots sont réels. Tout ce qui est humain est réel et parfois nous savons certaines choses avant qu’elles ne se produisent, même si nous n’en avons pas conscience. Nous vivons dans le présent, mais l’avenir est en nous à tout moment. Peut-être est-ce pour cela qu’on écrit, Sid. Pas pour rapporter des événements du passé, mais pour en provoquer dans l’avenir »

Des souris et des hommes – John Steinbeck (1937)

Et si nous évoquions un grand classique de la littérature américaine ?

En quelques pages, John Steinbeck, avec une écriture d’une beauté implacable, nous offre un récit inoubliable !

Georges et Lennie parcourent ensemble la Californie. Allant de ferme en ferme, ils sont recrutés pour divers travaux en attendant le jour béni où ils pourront économiser assez d’argent pour être propriétaires de leur propre ferme.

Lennie ne dispose pas de toute l’intelligence de Georges mais il sait parfaitement user de ses bras. Immense colosse, il parvient sans mal à accomplir les travaux les plus harassants. Georges est vif d’esprit et veille chaque jour sur Lennie atteint d’un retard intellectuel.

Leur route va les conduire aux abords d’une nouvelle ferme. Très vite, ils font la connaissance de Curley, le fils du patron, qui semble bien décidé à leur faire du tort…

Au fil des pages, nous découvrons le personnage si émouvant de Lennie, sa tendresse et son innocence mais aussi, l’amitié inébranlable qui lie les deux hommes. Georges n’aura de cesse de protéger Lennie contre la dureté des hommes mais également contre lui-même…

John Steinbeck retrace avec brio, la grande dépression des années 30. Mais au-delà, la trame dramatique et l’étude minutieuse et pleine d’émotion de chacun des personnages m’a particulièrement bouleversée.

J’ai également été marquée par la simplicité de ce texte. En quelques mots et avec une facilité presque déconcertante, John Steinbeck arrive à nous en dire énormément sur notre rapport au monde, notre vision de l’Amérique mais plus encore sur la force des rapports humains.

Avec une plume somptueuse, John Steinbeck nous livre un roman court mais pourtant d’une infinie richesse. Je ne peux que vous conseiller ce classique indispensable qui frise la perfection.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations : 

« Ce qui compte, c’est parler, C’est être avec un autre. Voilà tout. »

« Les choses que nous admirons le plus dans l’humain : la bonté, la générosité, l’honnêteté, la droiture, la sensibilité et la compréhension, ne sont que des éléments de faillite, dans le système où nous vivons. Et les traits que nous détestons : la dureté, l’âpreté, la méchanceté, l’égoïsme, l’intérêt purement personnel sont les éléments mêmes du succès. L’homme admire les vertus des uns et chérit les actions des autres. »

My absolute Darling – Gabriel Tallent (2018)

Et si nous évoquions un livre extrêmement dérangeant ?

La fulgurance médiatique de ce roman à sa sortie a été incommensurable. J’ai préféré en différer sa lecture afin de pouvoir l’envisager le plus sereinement possible.

Certes, ce livre est profondément marquant et je ne pense pas pouvoir l’oublier dans les prochains mois. Mais, je reste partagée par cette lecture, qui a suscité, pour ma part, un profond sentiment de malaise.

Turtle, à tout juste quatorze ans, mais sait parfaitement manier les armes, les couteaux et survivre seule dans les bois. Si elle parvient chaque jour à se rendre au collège en bus, sa vie est bien loin de ses autres camarades de classe.

Elle grandit dans une maison reculée avec pour seul repère, Martin, un père charismatique. Dès le début de l’ouvrage, nous découvrons la relation d’emprise qui les unit. Avec effroi, le lecteur devient témoin impuissant des pires sévices qu’un parent peut infliger à son enfant.

La jeune fille est si enlisée dans cette relation dépendante que sa délivrance semble impossible. Sa professeur, Anna, alertée par ses conditions de vie lui offre son aide. Pourtant, cette main tendue semble bien fragile face à la violence qui prospère de jour en jour dans son cercle familial.

Durant ces errances en forêt, Turtle fait la connaissance de Brett et Jacob, deux jeunes lycéens enjoués et immanquablement reliés à la vie. Cette rencontre fait vaciller légèrement le carcan dans lequel est enfermé la jeune fille.

Le lecteur, tenu en haleine pendant tout le roman, va osciller entre l’espoir d’une délivrance pour Turtle et la montée en puissance de cette violence ambiante…

Ce roman coup de poing décrit avec justesse une relation d’emprise. La psychologie des personnages est bien amenée par l’auteur.  Pour autant, doit-on véritablement supporter ces images, à la limite de l’insoutenable, pour comprendre la complexité du lien unissant un père et sa fille ?

Doit-on s’engouffrer ainsi dans les profondeurs les plus sombres pour mieux appréhender la psychologie des personnages et comprendre la relation qui les unit ?

Je dois avouer que je suis assez mitigée à ce propos ayant plutôt ressenti durant ma lecture une forme de surenchère des descriptions sordides

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations :

« La vie est étrange, si on regarde autour de soi, si on regarde bien, on peut presque s’y perdre »

« Elle se sent éventrée, vidée, rien en elle, rien à dire, elle n’arrive pas à penser, ne ressent rien. S’il y a du chagrin quelque part en elle, elle ne le sent pas. Elle a l’impression qu’on lui a arraché quelque chose dans les tripes, les racines et tout le reste, un grand aulne, et à la place ne demeure plus qu’un vide écœurant, mais c’est tout ce qu’elle éprouve, pas de chagrin, rien. Elle serait capable d’infliger de terribles dégâts, si elle le souhaitait. Elle pourrait faire n’importe quoi, il n’y aurait aucune limite à la peine qu’elle pourrait causer, sauf qu’en cet instant, elle souhaite simplement fermer les yeux, faire tourner son esprit autour de ce vide comme on fait tourner sa langue autour du trou laissé par une dent arrachée. Si elle en était capable, elle ferait cesser ce bruit constant dans ses oreilles, terrible et aigu. »

La bête qui meurt – Philip Roth (2001)

Et si la sexualité était le dernier rempart contre le vieillissement ?

Avec le même plaisir renouvelé, je me suis plongée dans une oeuvre de Philip Roth.

Devenu un de mes auteurs phares, j’ai découvert avec délice « La bête qui meurt », court roman paru en 2001.

A l’aube de sa vieillesse, David Kepesh, âgé de 62 ans est un professeur émérite. Eternel séducteur, il n’a de cesse de prôner une liberté sexuelle exacerbée et multiplie les conquêtes féminines.

Comme à son habitude, il rencontre une de ses étudiantes, Consuela Castillo, une pétillante jeune femme de vingt-quatre ans. Issue d’une riche famille cubaine, elle est éprise de culture et très vite fascine David Kepesh qui s’éprend de son inégalable beauté.

David Kepesh vacille sous le coup de cette rencontre qui le renvoi à son inéluctable vieillissement.

Pour la première fois, il est complètement bouleversé par cette belle ingénue encore candide et s’enferme dans une relation déséquilibrée et dépendante.

Il commence à connaître les affres de la jalousie, sa relation avec Consuela Castillo n’ayant de cesse de le renvoyer vers la peur de sa propre mort.

Certes, comme tout roman de Philip Roth, la sexualité est très prégnante. Si on peut trouver ce thème banal, pour autant, ce récit nous en dit bien plus. J’ai aimé l’extrême sincérité de ce roman qui nous laisse réfléchir sur la révolution sexuelle dans une Amérique puritaine et au-delà sur le vieillissement et la mort. Ainsi, le rapport à la sexualité du narrateur s’apparente à un véritable souffle de vie.

En effet, la sexualité exacerbée comme seule rempart face au vieillissement du corps est extrêmement bien amenée durant tout le roman.

Finalement David Kepesh par cette dernière relation voluptueuse se remémore également son passé : ses rapports houleux à son fils, ses difficultés à nouer des relations amicales et surtout sa profonde solitude.

Contre toute attente et derrière les passages incontestablement crus, Philip Roth nous livre, avec une très belle plume, un roman émouvant et nous questionne sur notre rapport au corps et au temps.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Ce n’est pas le sexe qui corrompt l’homme, c’est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à une friction, à un plaisir épidermique. C’est aussi une revanche sur la mort ».

« Figure-toi la vieillesse en ces termes : tu risques ta vie au quotidien. Tu n’échappes pas à la conscience de ce qui t’attend à brève échéance, ce silence qui va t’entourer pour toujours. A part ça, c’est pareil. A part ça, on est immortel tant qu’on est vivant »

Une histoire des loups – Emily Fridlund (2017)

Pour débuter cette rentrée et si nous évoquions un roman mêlant drame et suspens ?

Madeline est une adolescente qui semble, sous certains aspects, déjà adulte mais s’avère surtout terriblement seule. Elevée par des parents distants issus d’une communauté hippie, elle grandit dans une cabane en pleine forêt et aux abords d’un lac, très loin du confort de la ville.

Sa solitude la conduira à espionner les nouveaux voisins installés dans la maison juste en face du lac. Elle découvre, à travers ses jumelles, un couple parfait ainsi qu’un jeune enfant, âgé de 4 ans.

Elle finit par rencontrer cette voisine mystérieuse, Patra, qui lui propose de garder son fils. Madeline, qui se présente sous le nom de Linda, se rapproche de cette famille modèle finissant peu à peu par l’intégrer. Elle emmène le jeune enfant, Paul, à la découverte de la forêt.

Un trio paisible se forme entre Patra, Madeline et le jeune garçon. Cependant, le retour du père de Paul avec son caractère indécelable accentue l’angoisse naissante.

Complètement fascinée par Patra et par les rapports familiaux qui se nouent entre le jeune enfant et ses parents, Madeline ne décèle pas la noirceur sous-jacente qui conduira jusqu’au drame…

Si le lecteur est rapidement mis dans la confidence du décès de Paul, Emily Fridlund choisit de semer des indices afin d’en expliciter au fil du roman les causes.

Je n’ai pas été complètement tenue en haleine durant tout le roman. En effet, la montée en puissance de l’intrigue m’a parue assez lente. J’aurai également aimé aller plus en profondeur dans l’analyse de la psychologie des personnages. Le pouvoir des croyances conduisant à l’impensable donne au lecteur l’envie de comprendre ce qui conduit l’humain à de telles extrémités.

Pour ma part, j’ai trouvé que le roman conserve jusqu’à la dernière ligne sa dose de mystère.

J’ai été quelque peu désarçonnée par ce roman énigmatique mais néanmoins conquise par les ressorts psychologiques abordés par Emily Fridlund ainsi que sa jolie plume. Un premier roman réussi qui donne envie d’en découvrir davantage…

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« L’épaisseur visqueuse de l’eau glissait sous moi – combien d’années d’étés étais-je restée étendue sur ce lac ? Je sentis l’empreinte exacte laissée par mon corps dans l’eau, l’estampe d’une fille maigre, et après avoir flotté un moment à la surface, je retins ma respiration et plongeai. »

« L’enfer et le paradis sont deux manières de penser. La mort et la croyance erronée que tout chose puisse avoir une fin »

Une journée d’automne – Wallace Stegner (1937)

Et si par ses chaleurs caniculaires, nous retournions l’espace d’un instant en Automne ?

C’est la proposition alléchante qui nous est faite par Wallace Stegner dans ce court roman demeuré longtemps inconnu en France.

Au décès de son père, Elspeth, la jeune soeur de Margaret, regagne la ferme familiale située dans l’Iowa. Elspeth, une jeune femme pétillante se révèle pleine de légèreté, de fantaisie et de joie de vivre.

Elle s’immisce peu à peu entre sa soeur, Margaret, digne et raisonnable et son époux, Alec, un jeune homme rieur et spontané.

A l’ombre des feuilles d’autonome, un triangle amoureux se noue jusqu’à la tragédie. Le rapprochement entre Elspeth et Alec apportera une rupture nette et indissoluble.

L’équilibre familial s’en trouvera, à jamais, dévasté. La maison ne devient plus que silence et solitude, chacun restant enfermé dans sa culpabilité, sa colère ou son sentiment de trahison.

Les deux femmes deviennent les ombres d’elles-mêmes. La description de cette déshumanisation est superbement retranscrite par l’auteur.

J’ai follement apprécié la plume de Stegner à la fois âcre et profonde. L’efficacité du fil narratif est implacable. Le lecteur est rapidement transporté dans ce court roman.

La très belle écriture de Stegner révèle à la fois la force de ses personnages et l’impasse dramatique qui se noue au fil du livre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Un jour, l’ayant surpris, elle lui demanda d’en déchiffrer les paroles, et le soir dans sa chambre, nota tout ce dont elle se souvenait, en se remémorant à la lueur paisible de sa lampe la nostalgie mélancolique de la complainte et le Viking calme et blond qui la lui avait chantée sans gêne »

« Cette passion-là était morte étouffée dans les geôles irrespirables de la culpabilité »

« Les années s’écoulèrent comme du sable sous leurs pieds, les saisons se succédèrent au même rythme lent, du premier rouge-gorge et des premiers boutons de lilas à la chaleur étouffante de l’été, aux trilles métalliques des grillons et aux lucioles illuminant le velours noir de la nuit ; des dernières flammes du sumac et de l’érable à la longue attente de l’hiver ; puis de nouveau les premières pointes de crocus sous la neige ».

A l’est d’Eden – John Steinbeck (1952)

« Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. 

Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère (…)

Caïn se retira de devant l’Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l’est d’Éden »

 (Genèse 4, 1-26)

Après avoir tué son frère Abel, Caïn est banni par son père et se retire à l’Est d’Eden. John Steinbeck avec cette référence biblique, comme titre de son roman, révèle déjà le tiraillement entre le bien et le mal mais également les rapports filiaux au coeur de son oeuvre.

A l’est d’Eden dresse des portraits profonds et humanistes de trois générations successives.

Dans la vallée de Salinas en Californie, des familles vont tenter leur chance afin de cultiver une terre qu’ils espèrent prospères.

Adam et Charles Trask sont demi-frères. Ils sont très différents et font face ensemble à la seule autorité paternelle. Adam est aussi calme et doux que son frère, Charles, est froid et violent. Destinés à embrasser une carrière militaire, ils vont cependant rapidement se différencier y compris dans leurs rapports avec leur père.

Quelques années plus tard, Adam rencontre Cathy. L’amour qu’il lui porte changera à jamais sa vie. Eperdu, il ne voit en elle que douceur et gentillesse. Pourtant, derrière cette beauté angélique, se cache les pires vices.

Cathy accouche des jumeaux Aaron et Caleb. Comme un écho sur cette ultime génération, les mécanismes du rapport au père semble se reproduire.

Adam Trask déménage avec sa famille en Californie et fait la connaissance de la famille Hamilton. Venus d’Irlande du Nord, les Hamiltons ont tissé des liens solides autour de la figure paternelle de Samuel.

Tout au long du roman, les Trasks et les Hamiltons vont évoluer côte à côte…

Cette fresque éblouissante aborde le rapport à la morale mais également à la destinée. Evoquant avec force, la prédominance des choix dans le conditionnement de l’existence, Steinbeck au-delà de l’épopée familiale livre un roman humaniste.

Chaque personnage est si profondément vivant sous la plume de Steinbeck que le lecteur est emporté avec eux durant les années qui s’écoulent avec délice.

Désormais profondément ancré dans mes mémoires de livres, je me suis délectée page après page de ce roman époustouflant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations : 

« Et pourtant nous empruntons tour à tour les chemins de l’innocence ou du péché. N’avons-nous pas tous dragué et fouillé les eaux noires de notre âme ? »

« Pour dire d’un homme qu’il fut heureux, attendez qu’il ait tourné sa dernière page »

« Il y a des preuves très solides pour affirmer que Dieu n’existe pas, mais, pour bien des gens, elles ne sont pas aussi fortes que l’impression qu’il existe »

« Je sais qu’on utilise parfois le mensonge pour ne pas blesser, mais je ne crois pas que son effet soit bienfaisant. La douleur fulgurante de la vérité se dissipe, alors que la douleur lancinante du mensonge demeure. C’est un mal rongeant »

La vague – Todd Strasser (1981)

Véritable manuel d’histoire, la vague est un roman indispensable dans l’éveil des consciences.

Ben Ross, professeur d’histoire brillant, tente de faire comprendre à ses élèves la montée du nazisme en Allemagne juste avant la seconde guerre mondiale.

Constatant que ses élèves éprouvent des difficultés à entendre l’ineffable, il décide de réaliser une « expérience » en créant un mouvement au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action ».

En quelques semaines, sa classe puis le lycée tout entier, sont emportés dans cette expérience. Les lycéens vont très vite perdre leur libre arbitre pour se rallier au mouvement et suivre mécaniquement les ordres.

Si cet enrôlement permet une organisation et une efficacité redoutable au travail, les membres vont peu à peu abandonner leur capacité de réflexion et de contradiction.

La dilution des individualités dans le groupe devient de plus en plus forte. Peu à peu, les non membres deviennent exclus puis discriminés dans un lycée devenu microcosme totalitaire.

Le professeur lui-même, se retrouve dépassé et piégé dans son propre jeu.

Si ce roman ne transcende pas par des prouesses d’écriture, il demeure foudroyant par la démonstration du danger des mécanismes totalitaires. En effet, inspiré d’une histoire vraie, le réalisme de ce récit est saisissant.

Un livre à transmettre aux générations futures pour comprendre le danger de l’aliénation individuelle au profit d’un groupe ou d’une doctrine.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Si l’histoire est condamnée à se répéter, alors vous aussi, vous voudrez tous nier ce qui vous est arrivé dans la Vague. En revanche, si notre expérience est réussie, et vous admettrez que c’est bien le cas, vous aurez appris que nous sommes tous responsables de nos propres actes et que nous devons toujours réfléchir sur ce que nous faisons plutôt que de suivre un chef aveuglément ; et pour le restant de vos jours, jamais, au grand jamais, vous ne permettrez à un groupe de vous déposséder de vos libertés individuelles »

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir »

Dans la forêt – Jean Hegland (1996)

De quoi l’être humain a-t-il véritablement besoin  ?

C’est à cette question existentielle que le roman « Dans la forêt » tente de répondre. Dans un contexte contemporain où la surconsommation fait rage et où les possessions matérielles semblent vitales, Jean Hegland nous décrit une autre voie : celle de la nature.

Au Nord de la Californie, une famille vit en bordure de forêt. S’ils ont choisi une vie à proximité de la nature, ils ne sont pas, pour autant, coupés du monde et continuent à utiliser les technologies modernes.

Pourtant, l’impensable va se produire. Peu à peu, la région se retrouve privée d’électricité. Le monde moderne, tel que l’être humain l’a toujours connu, va s’en trouver profondément anéanti.

Au coeur de cette fin de civilisation, deux soeurs, Nell et Eva, vont devoir survivre dans les bois. Tout d’abord dans l’attente d’un sauvetage, elles vont peu à peu apprendre à vivre des interactions brutes avec la forêt.

Si l’une voulait devenir danseuse professionnelle et l’autre était destinée à un brillant avenir à Harvard, leur monde s’effondre et les décès successifs de leurs parents ne font qu’accentuer leur isolement.

Dans un contexte post-apocalyptique, ce roman transperce le lecteur par sa force. En effet, avec l’urgence des dangers environnementaux, la résonance de ce récit est particulièrement vive. J’ai aimé les questionnements implicites sur nos modes de vie contemporains.

Véritable prophétie écologique, ce récit brut et intense semble remettre de l’ordre dans notre vision du monde. La relation entre les deux héroïnes évolue au fil des pages et donne également beaucoup de relief au roman.

Un roman d’anticipation, un brin utopique, mais qui ne laisse pas indifférent.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« Je n’ai jamais vraiment su comment nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’y ait des guerres, que la terre et l’eau soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée »

« Pendant tout ce temps on a vécu dans le passé, en attendant d’y revenir. Mais le passé n’existe plus. Il est mort »

« J’ai fait le tri dans le tas de livres par terre, et je les aimais tous. … J’aimais tout ce qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact, et j’ai mesuré à quel point choisir était tragique, car en prendre un signifiait laisser les autres »

Si Beale Street pouvait parler – James Baldwin (1974)

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Une histoire d’amour emprisonnée dans une Amérique rongée par le racisme. 

James Baldwin nous raconte une histoire d’amour, celle de Tish et Fonny. Amoureux depuis l’enfance, ils n’ont qu’une seule envie : créer une vie de famille comme les autres.

Le couple doit néanmoins survivre dans un climat oppressant de ségrégation. Ils restent marqués par leur couleur de peau, trace indélébile qui imprègne chacun de leur pas dans New-York. Tish est enceinte et un avenir paisible semble malgré tout se dessiner pour le jeune couple.

Cependant, à peine fiancés, ils sont rattrapés par un racisme implacable qui broie leur destinée. 

Fonny, cible toute tracée, est accusé à tort de viol et jeté en prison par un policier blanc. La justice américaine partiale se referme peu à peu sur lui.

La famille de Tish va essayer de braver l’impossible et entamer une défense perdue d’avance.

James Baldwin nous dresse le portrait d’un couple qui suffoque dans une Amérique profondément raciste. Reflet autobiographique, l’écrivain, ne supportant plus les discriminations ambiantes, quitte les Etats-Unis à l’âge de 24 ans.

Avec une profonde justesse, James Baldwin fait s’entremêler une histoire d’amour flamboyante avec les méandres d’une Amérique puritaine et raciste.

Un roman, malheureusement si contemporain, qui questionne et redonne malgré tout une forme de foi en l’humanité.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Dans cet oeil, vous n’existez pas, si vous avez de la chance. Mais si cet oeil, de sa hauteur, a été contraint de vous voir ; si vous existez dans cet univers hivernal qui s’étend derrière cet oeil, vous êtes marqué, marqué comme un homme en manteau noir qui s’enfuit en rampant dans la neige ».

« Le vrai crime, c’est d’avoir le pouvoir de placer ces hommes là où ils sont et de les y maintenir. Ces hommes captifs sont le prix secret d’un mensonge secret : les justes doivent pouvoir identifier les damnés »