Une vie – Guy de Maupassant (1883)

Et si la réalité se heurtait à nos rêves ?

Libérée du couvent où elle a séjourné depuis plusieurs années, Jeanne aspire à savourer la vie.

Quand elle retrouve la magnifique demeure normande familiale proche de la mer, Jeanne croit à un avenir radieux. À peine arrivée, elle rencontre Julien de Lamare, fils d’une noblesse déchue, elle est immédiatement attirée par le jeune homme. Puisqu’il est vicomte et présente tous les attraits physiques et intellectuels, les parents de Jeanne consentent sans difficulté à leur union.

Naïve et ingénue, Jeanne se lance avec ses idéaux dans le mariage. Pourtant, Julien de Lamare s’avère être un mari ingrat, brutal et infidèle. Elle va découvrir peu à peu la réalité de la vie et de sa condition de femme.

Dans cette œuvre romanesque splendide, Maupassant retrace le destin tragique de Jeanne et révèle toutes les désillusions qui jalonnent son existence. J’ai été transportée par ce roman époustouflant et par la plume de Maupassant, je vous le recommande vivement !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts ».

« (…) et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s’apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu’à l’âme, jusqu’au fond des pensées, qu’elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l’être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie ».

« La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais, qu’on croit ».

Le pouvoir du chien – Thomas Savage (1967)

Et si nous évoquions un huis clos glaçant ?

Dans ce roman psychologique, l’apparition d’une femme dans la vie de deux frères va révéler des tensions sous-jacentes.

Dans le Montana, Phil et George Burbank partagent une exploitation de bétail prospère. Ils ont des caractères opposés : Phil, avec son intelligence implacable, arbore une sociabilité de façade. Beaucoup plus réservé que son frère, George est particulièrement sensible et doux.

S’ils ont toujours témoigné l’un envers l’autre d’une entente cordiale, le mariage de George avec Rose va laisser entrevoir toute la complexité de la relation qui lie les deux frères. Rose a perdu son premier mari dans des circonstances tragiques et elle intègre cette nouvelle famille avec son fils, Peter. Phil est immédiatement réfractaire à la sensibilité qui se dégage du jeune garçon et témoigne d’une hostilité prononcée à l’égard de Rose. Jusqu’où la cruauté glaçante de Phil les conduira-t-elle ?

Avec ce roman psychologique complexe, Thomas Savage parvient à nous révéler une fratrie régie par une masculinité exacerbée. Malgré une écriture riche, je n’ai pas adhéré à l’atmosphère pesante de ce roman et je n’ai pas éprouvé d’empathie pour les personnages.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Phil aimait l’idée de posséder tout, même l’amour de quelqu’un, de contrôler tout, jusqu’au point où il n’y avait plus de place pour personne d’autre ».

« Il n’y a rien de plus solitaire que de vivre entouré de gens que l’on ne comprend pas, et à qui l’on ne peut rien expliquer. »

Souvenirs de la cour d’assises – André Gide (1913)

Et si André Gide nous livrait sa vision de la justice ?

Dans ce récit lapidaire, André Gide partage son expérience de juré et dévoile sa conception de la justice.

Nommé juré pour quelques semaines auprès de la cour d’assises, Gide partage les affaires sur lesquelles il a dû statuer : des infanticides, des affaires de moeurs en passant par des vols avec violence. Il retrace chaque affaire, dévoile son opinion personnelle et révèle la faillibilité du système judiciaire.

Il évoque la violence de cette machine judiciaire et les préjugés qui influent sur les verdicts des jurés. À la fin de ce court récit, il propose même des pistes de réflexion pour améliorer le fonctionnement de la justice.

Si j’ai aimé pouvoir retracer l’organisation judiciaire de l’époque, je n’ai pas totalement adhéré à la vision d’André Gide. J’ai trouvé son ton présomptueux et parfois méprisant, tant à l’égard des auteurs, des victimes que des membres du système judiciaire.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Certes je ne me persuade point qu’une société puisse se passer de tribunaux et de juges ; mais à quel point la justice humaine est chose douteuse et précaire, c’est ce que, durant douze jours, j’ai pu sentir jusqu’à l’angoisse »

« Je suis effaré de voir à quel point ces gens, sans le savoir, obéissent à des réflexes de masse, aveuglés par des idées reçues, incapables de s’extraire de leur propre trivialité »

« Je vois dans ce tribunal une farce où l’on demande à des hommes de juger ce qu’ils ne comprennent même pas. »

Brûlent les falaises – Emmanuelle Faguer (2025)

Et si nous perçions les mystères des falaises bretonnes ?

Dans ce roman noir, Emmanuelle Faguer explore les malédictions et les tragédies qui planent autour des femmes.

Il y a quinze ans, un drame a laissé son empreinte sur Douarnec, village de Bretagne, hanté par ses légendes ancestrales, où les vagues déchirent sans relâche les falaises.

Connu dans toute la région pour sa maison nichée au cœur des hauteurs à proximité des falaises, le clan Kerivel a connu une tragédie bouleversante. Durant l’été 2003, la fille de Maxence et Servane, l’indomptable et solaire benjamine de la fratrie, a brutalement disparu. Ce drame a fracturé la famille et leur fille Elena a choisi de quitter le village pour explorer le monde.

Des années plus tard, lorsqu’Elena rentre pour la première fois, elle va percevoir les secrets qui hantent Douarnec. Une nouvelle enquête fera-t-elle ressurgir les drames enfouis ?

Emmanuelle Faguer explore une tragédie familiale. Rapidement happée par ce récit et par cette enquête, le clan Kerival révèle au fil des pages ses secrets. Ces drames dévoilent le destin de femmes meurtries face à la domination implicite des hommes. Je ne sais pas si ce roman restera marquant parmi mes lectures cependant, j’ai été facilement emportée par ce polar.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Terre des hommes – Antoine de Saint-Exupéry (1939)

Et si nous prenions l’avion ?

Dans cette œuvre largement autobiographique, Antoine de Saint-Exupéry partage un récit de voyage en dévoilant ses expériences d’aviateur et sa vision du monde.

Assurant le courrier entre Toulouse et Dakar, il plane au-dessus de la mer, touche presque les nuages et perçoit l’immensité du ciel. Ces nuits de vol sont soumises aux aléas météorologiques et aux dangers. Pourtant, il est passionné par cette vie entre ciel et terre.

Dans ce récit, il revient aussi sur le parcours de ses camarades d’aviation et sur la fraternité qui se dégage de leurs relations. Il témoigne également de son terrible accident d’avion survenu en Libye. Au-delà de son expérience, cette œuvre devient peu à peu un roman philosophique où Antoine de Saint-Exupéry partage sa vision de la place de l’homme dans le monde.

Porté par une plume poétique et de belles images de ses voyages, ce texte nous insuffle des élans de liberté. Si le récit de son expérience en Libye est très marquant, je me suis égarée durant cette lecture et je n’ai pas réussi à m’imprégner de l’ensemble du texte.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix, car ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort ».

« Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté pendant des années, mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir ».

Stupeur – Zeruya Shalev (2023)

Et si nous évoquions un chamboulement intérieur ?

Dans Stupeur, Zeruya Shalev explore les méandres intérieurs de deux femmes entre pardon, culpabilité, colère et non-dits.

Ayant entretenu une relation conflictuelle avec son père, Atara n’a jamais véritablement compris cet homme. Au moment de son décès, elle entrevoit la vie de son père avant qu’il devienne cet être maltraitant qui a profondément fragilisé son enfance. Face à ce secret, elle essaie de le comprendre et rencontre sa première épouse : Sarah.

La rencontre avec le premier et unique grand amour de son père va heurter son existence. Atara parviendra-t-elle à résoudre ses propres névroses en découvrant l’histoire familiale ?

A travers les trajectoires de ces deux femmes, Zeruya Shalev dévoile l’histoire israélienne où se mêlent le politique et le religieux. Si j’ai trouvé quelques longueurs dans ce roman, j’ai aimé sa portée psychologique et les bouleversements intérieurs de ses deux protagonistes.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Elle avait aussi une prière spéciale, qu’elle se répétait avant de dormir, ses petites mains plaquées l’une contre l’autre dans une supplique chuchotée. « Mon Dieu, rappelle-le bientôt à toi ou alors apprends-lui à aimer » ».

« Leur vie commune lui apparait soudain comme des travaux forcés, ils creusent au fond d’une mine le plus souvent sombre et étouffante, mais, de temps en temps, découvrent quelques diamants d’une beauté inégalée »

« C’est qu’elle a soudain l’impression que la fin de sa famille annonce la fin du monde, tout va s’effondrer, la ville, le pays, la terre entière, et personne n’aura le temps de dire adieu à son prochain. En une nuit, une catastrophe soudaine va anéantir l’espèce humaine qui ne sait pas aimer. Vous avez réussi à aller dans l’espace, à construire des tours qui atteignent les cieux, à faire des découvertes époustouflantes, mais vous n’avez pas appris à aimer ».

L’alchimiste – Paulo Coelho (1988)

Et si nous acceptions notre destin ?

Dans ce conte philosophique, Paulo Coelho nous transporte dans une quête initiatique et spirituelle.

Jeune berger, Santiago a choisi une vie sans entrave où il guide chaque jour ses moutons à travers l’Espagne. Lorsqu’il rêve d’un trésor, Santiago décide de consulter une gitane qui lui confirme qu’une aventure l’attend en Egypte.

Avant de se décider pour cette expédition, il rencontre un homme qui se dit roi et lui conseille de poursuivre ses rêves et de suivre « sa légende personnelle ». Convaincu, il décide de vendre tous ses biens. Il se sépare de ses moutons et part pour l’Egypte. Lors de son périple, il rencontrera un mystérieux et fascinant alchimiste. Jusqu’où ce voyage le conduira-t-il ?

Si j’ai aimé l’originalité de ce texte qui invite à une véritable rêverie, j’ai trouvé parfois qu’il était ponctué de certains clichés et de disgressions qui ne m’ont pas convaincue. Je n’ai pas véritablement décélé la portée philosophique de ce conte, qui a manqué, pour moi, de profondeur. J’ai cependant passé un agréable moment avec Santiago.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

« La peur de la souffrance est bien pire que la souffrance elle-même… »

« En général, la mort fait que l’on devient plus attentif à la vie ».

« La trahison, c’est le coup auquel tu ne t’attends pas. Si tu connais bien ton cœur, il n’arrivera jamais à te surprendre ainsi. Car tu connaîtras ses rêves et ses désirs, et tu sauras en tenir compte. Personne ne peut fuir son cœur. C’est pourquoi il vaut mieux écouter ce qu’il dit. Pour que ne vienne jamais te frapper un coup auquel tu ne t’attendrais pas ».

« Nous, les coeurs, mourons de peur à la seule pensée d’amours enfuis à jamais, d’instants qui auraient pu être merveilleux et qui ne l’ont pas été, de trésors qui auraient pu être découverts et qui sont restés pour toujours enfouis dans le sable ».

L’habit ne fait pas le moine – Philip Roth (1959)

Et nous mettions fin aux apparences ?

Dans ces deux nouvelles, avec son style acerbe et truculent, Philip Roth dévoile les ressorts de relations fondées sur la dissimulation.

En 1945, le sergent Marx est affecté dans une section après ses exploits sur le front européen. Alors qu’il a du mal à asseoir son autorité, un jeune soldat l’approche et essaie de tisser une relation de promiscuité avec lui, du fait de leur religion commune. Jusqu’où cette relation ambivalente le conduira-t-il ?

Dans la seconde nouvelle, un jeune garçon nous raconte ses rapports tumultueux avec deux camarades de classe d’origine italienne. Malgré un attachement naturel, une certaine animosité plane dans leur relation. Comment parviendra-t-il à s’émanciper grâce à cette amitié naissante ?

Dans ces courts récits, Philip Roth nous interroge sur la fiabilité de l’être humain et sur les ressorts de la manipulation. Avec un regard humoristique et intelligent, Philip Roth continue de nous enrichir sur notre vision de la société américaine et notre conception de la justice. S’il ne s’agit pas de mon oeuvre préférée de Philip Roth, j’ai cependant apprécié de retrouver son univers.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Résister à la culpabilisation – Mona Chollet (2024)

Et si nous arrêtions de culpabiliser ?

Dans un style précis et documenté, Mona Chollet propose de lever le voile sur les mécanismes qui régissent notre rapport à la culpabilité.

Cette prédisposition à percevoir notre vie sous le poids de la culpabilité remonterait au péché originel. A travers un travail rigoureux, elle dévoile comment cette voix tonitruante s’étend dans nos sphères intimes, de notre éducation à notre rapport à la maternité. Elle observe également comment le culte de la performance s’immisce dans le milieu professionnel. En usant de multiples leviers de nos vies quotidiennes, elle parvient à percevoir les normes qui régissent notre société. Comment parvenir à s’en affranchir ?

Mona Chollet essaie de comprendre la voix de notre ennemi intérieur et dévoile des pistes de réflexion pour s’en libérer. J’apprécie beaucoup les essais de Mona Chollet. S’il ne s’agit pas de mon ouvrage préféré, il demeure très pertinent et donne à nouveau à réfléchir.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Ce climat général de dureté envers soi et envers les autres amène souvent les salariés à refuser un arrêt maladie ou à très mal le vivre quand elles sont forcées de l’accepter ».

« Je n’en ferai jamais assez pour que la voix dans ma tête soit satisfaite ».

« On peut avoir honte de continuer à être heureuse ou heureux, ou à désirer l’être. Or, tant que notre bonheur ne fait de tort à personne, cette honte est injustifiée. L’impression d’obscénité qu’on en retire est une illusion produite par la culture de la culpabilité ».

Réparer les vivants – Maylis de Kerangal (2013)

Et si nous interrogions notre rapport à la mort ?

Dans ce texte bouleversant, Maylis de Kerangal nous propose une course entre la vie et la mort.

Simon, un jeune surfeur vivant près du Havre, aime avec ses amis se mesurer à la puissance des vagues. Confronté à l’immensité de l’eau froide, il prend pleinement conscience de sa vitalité. Après une session de surf alors qu’il reprend la route, sa vie bascule. Victime d’un accident de la circulation, le verdict des médecins est implacable : Simon est en mort cérébrale.

Bien qu’il soit déclaré mort, ses organes continuent de fonctionner et les médecins envisagent rapidement la possibilité de don d’organes. Ses parents sont heurtés de plein fouet par ce drame et devront prendre une décision inimaginable. En vingt-quatre heures, la vie pourra-t-elle déferler à nouveau ?

Au-delà du récit d’une transplantation cardiaque, Maylis de Kerangal nous propose une oeuvre épidermique oscillant entre la réalité du milieu hospitalier et l’intimité des familles. Avec un style particulier, ce roman empreint d’émotion m’a profondément marquée. Une claque littéraire que je vous recommande vivement !

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Que deviendra l’amour de Juliette une fois que le cœur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d’enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ?

« Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s’avançait la vague ? »

« Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps«