Le roman d’un bas-bleu – Georges de Peyrebrune (1892)

Et si nous révélions le destin d’une femme aux prises avec le milieu littéraire parisien ?

Eduquée selon des principes vertueux et moraux, Sylvère accepte un mariage de convenance dès sa sortie du couvent. Ce mariage malheureux la conduit à Paris, où elle sera obligée de vivre de sa plume.

Confrontée à la violence masculine, elle devra osciller entre ses ambitions littéraires et sa morale. Dans ce milieu bourgeois, une femme ne peut s’accomplir que par l’intermédiaire de son mari ou de son amant. Sylvère comprend vite qu’elle doit user de ses charmes ou de son corps pour réussir. À Paris, elle retrouve Paul, son premier amour, qui lui propose de sceller une promesse qui risque d’ébranler son mariage. Sa vertu parviendra-t-elle à faire face aux assauts des hommes ?

Portée par une plume fluide et lumineuse, j’ai aimé me plonger à nouveau dans une œuvre de Georges de Peyrebrune. Elle retrace avec virtuosité le milieu parisien élitiste et les entraves rencontrées par les femmes. Si j’ai trouvé la trame narrative plus convenue que dans son autre roman « Victoire la Rouge », j’ai cependant passé un très bon moment de lecture.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« Madame du Parclet n’arrivera à aucune position sérieuse, solide, si elle persiste dans son entêtement, voilà la vérité. Cela est triste, sans doute, mais c’est dans nos moeurs ».

Patronyme – Vanessa Springora (2025)

Et si nous nous interrogions sur notre filiation ?

Avec un style limpide, Vanessa Springora nous entraîne à travers une enquête familiale qui laisse entrevoir un passé trouble.

Au décès de son père, Vanessa Springora s’interroge sur cet homme avec qui elle n’a jamais véritablement tissé de relation. Si elle n’a pas revu son père depuis une dizaine d’années, sa mort brutale fait ressurgir des souvenirs enfouis.

Dans ses affaires, elle découvre une photographie de son grand-père arborant un insigne nazi. Cette révélation sur le passé d’un aïeul qu’elle chérissait remet en cause toute l’histoire familiale. Elle avait toujours pensé que son grand-père, citoyen tchèque, s’était réfugié en France après avoir été enrolé de force dans l’armée allemande. Dans cette enquête pour comprendre les choix de son grand-père, elle explore l’origine de son nom. Jusqu’où cette quête identitaire va-t-elle la conduire ?

Dans un style élégant, Vanessa Springora lève le voile sur une enquête laborieuse et obsessionnelle où elle explore ses origines et tente de comprendre son héritage.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Mais tout a sans doute reposé sur un malentendu : ton père était peut-être un criminel, mais pas plus que ces millions d’hommes pris en otage dans une époque où la soumission était pour la majorité la seule façon de survivre ».

« Dans son roman L’ignorance, Kundera rappelle qu’en espagnol « être nostalgique » s’exprime par le verbe añorar dont l’étymologie est la même que celle du mot « ignorer ». Chez tout exilé, le pire des sentiments serait ainsi l’ ignorance de ce qui se passe dans le pays laissé derrière soi, de ce que deviennent les êtres chers. La nostalgie de ce qu’on n’a pas vécu, de ce qu’on a manqué, en somme »

« Chaque individu, qu’il le veuille ou non, est le dépositaire d’une histoire qui ne lui appartient pas, et dont il ne connaitra jamais que les contours, une histoire estompée par le temps, remodelée par l’obscur fonctionnement de la mémoire, et par les récits qu’on a bien voulu lui en faire ».

Le roman de Jim – Pierric Bailly (2021)

Et si nous évoquions une paternité ?

Dans le décor somptueux des forêts d’épicéas, en plein cœur du Jura, s’épanouit un amour évident, affranchi des liens du sang.

Aymeric, un jeune homme timide et mutique, a enchaîné les contrats précaires parfois à la limite de la légalité. Après un court séjour en prison et une séparation douloureuse avec son amour de jeunesse, il revoit Florence. Malgré la différence d’âge et sa grossesse, leur attraction est une évidence.

À la naissance de Jim, Aymeric prend naturellement la place du père. Même si aucune démarche officielle n’est engagée, il tisse avec l’enfant un lien unique et fusionnel. Avec une profonde émotion, il le voit grandir et participe à son éducation. Lorsque le père biologique refait surface, l’équilibre familial vacille. Aymeric pourra-t-il conserver sa place auprès de Jim ?

Dans ce roman sensible porté par une écriture tout en retenue, Pierric Bailly parvient avec une grande justesse à interroger cette paternité choisie. J’ai été littéralement conquise par ce roman émouvant qui fend le cœur et dont il est impossible de se détacher.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citation

« Depuis sa naissance, je ne vivais qu’à travers ce gamin qui n’était pas le mien, je lui avais tout cédé, ce môme m’avait tout écrasé, il avait annulé chez moi toute ambition professionnelle, il était devenu plus important que tout ce que j’avais connu jusqu’alors, il avait rendu tout le reste sans intérêt ».

Un coeur simple – Gustave Flaubert (1877)

Et si nous évoquions le destin d’un cœur sensible ?

Dans cette courte nouvelle, Gustave Flaubert retrace la vie de Félicité.

Dupée et abandonnée par amour, Félicité se met au service de Madame Aubain. Devenue sa servante, elle s’attache aux enfants de sa maîtresse. Puis, elle témoigne d’un amour maternel pour son neveu. Malgré la solitude qui la ronge, Félicité demeure tournée vers les autres.

Sans éducation, d’un naturel aimant et pieux, Félicité éprouve sans cesse de l’amour pour ses proches. Gouvernante dévouée et maternelle, elle partage la vie de Madame Aubain durant cinquante ans. Son cœur résistera-t-il aux douleurs de l’existence ?

Le destin modeste d’une fille issue de la campagne révèle toute l’abnégation et le courage de cette femme. Écrit pour son amie George Sand, ce conte dévoile toute la sensibilité et la plume merveilleuse de Gustave Flaubert.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Elle retenait sa douleur, jusqu’au soir fut très brave ; mais dans sa chambre, elle s’y abandonna, à plat ventre sur son matelas, le visage dans l’oreiller, et les deux poings contre les tempes ».

« Les mouvements de son coeur se ralentirent un à un, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine qui s’épuise, comme un écho qui disparaît ».

Je suis fan – Sheena Patel (2024)

Et si nous choisissions les épines ?

Dans ce premier roman audacieux et dérangeant, Sheena Patel explore les relations toxiques sous la toute-puissance des réseaux sociaux.

En décidant de tromper son compagnon et de s’engouffrer dans une liaison tumultueuse, la narratrice finit par perdre pied. Elle voue une obsession pour un homme inaccessible qui multiplie les conquêtes féminines. Pour percer son mystère et s’immiscer dans sa vie, elle navigue sur les réseaux sociaux et entame une traque sans merci pour tenter de le conquérir.

Cet homme marié entretient également une liaison avec une autre femme. Cette amante affiche une perfection de façade et se complaît dans le luxe et la superficialité. Cette chasse numérique se transforme peu à peu en névrose et révèle toute la malveillance de la narratrice. Envahie par la jalousie et l’envie, parviendra-t-elle à contenir ses pulsions ?

Dans ce récit résolument moderne et fragmentaire, Sheena Patel casse les codes et propose une immersion sans floriture dans la perversion des relations, sous l’influence déformante des réseaux sociaux.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Je peux sentir la perversion de sa cruauté contenue dans son émerveillement devant mes larmes ».

« Je vis dans la rêverie. Mes rêveries tournent constamment autour de lui. Je veux que l’homme avec qui je veux être change. (…) Je fantasme et je tombe amoureuse d’une version de lui dont je ne suis pas sûre qu’elle existe en dehors de mon imagination ».

Les Sirènes de Badgad – Yasmina Khadra (2006)

Et si nous plongions dans l’enfer de Bagdad ?

Avec ce roman, Yasmina Khadra nous propose une immersion dans une guerre dévastatrice.

Un jeune Bédouin vit à Kafr Karam, modeste village jusqu’alors préservé du conflit. Dans ces terres reculées, la vie s’écoule paisiblement entre les traditions et le silence du désert. Quand le jeune homme découvre la violence et les exactions des soldats américains, tout s’effondre. Face à son village dévasté et au déshonneur familial, une immense vague de haine submerge ce jeune homme d’un naturel paisible.

Porté par une colère implacable, il décide de rejoindre Bagdad et glisse dans les ténèbres de la radicalisation. Jusqu’où ira-t-il pour laver l’affront et le déshonneur ?

Ce dernier roman vient clore la trilogie après « Les hirondelles de Kaboul » et « L’attentat ». Si ce dernier volet m’a paru moins percutant que les précédents, Yasmina Khadra témoigne des mécanismes de la violence et de l’incompréhension profonde entre Orient et Occident. Ce roman, bien que moins émouvant, demeure tout aussi glaçant et explore le parcours d’un jeune homme brisé par la guerre.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Il faut t’endurcir. Il faut savoir renoncer aux peines des autres ; elles ne sont bonnes ni pour eux ni pour toi. Tu es trop mal loti pour t’attendrir sur le sort d’autrui… » En vain. On ne naît pas brute, on le devient ; on ne naît pas sage, on apprend à l’être. Moi, je suis né dans la misère et la misère m’a élevé dans le partage ».

« Ça a toujours été ainsi ; quand on ne trouve pas un sens à un malheur, on lui invente un coupable ».

La foudre – Pierric Bailly (2023)

Et si nous percevions une fascination dérangeante ?

Au cœur du Jura, Julien évolue paisiblement dans une montagne qu’il connaît parfaitement entre ses brebis et ses chiens. Il s’apprête à vivre un changement radical lorsque sa compagne, Héloïse, est mutée sur l’île de La Réunion. S’il n’ose l’avouer, il appréhende ce départ qui vient ébranler son quotidien solitaire dans les alpages.

Dans son chalet, il découvre une coupure de presse qui évoque le meurtre d’un chasseur par un militant écologiste. Il découvre que le mis en cause est Alexandre, son ancien ami de lycée. Ce fait divers fait ressurgir des souvenirs enfouis et la relation ambivalente qui le liait à Alexandre. Intrinsèquement marqué par le charisme d’Alexandre, celui-ci exerçait sur lui un tel magnétisme qu’il s’était même imprégné de son rire. Face à ces révélations, il décide dans un élan soudain entre curiosité et compassion de recontacter Nadia, la femme d’Alexandre.

Happé par cette fascination mêlée de jalousie pour Alexandre, Julien se rapproche de Nadia jusqu’à intégrer son quotidien. Jusqu’où cette relation équivoque le conduira-t-il ?

Dans un décor somptueux, ce roman orageux explore des relations amicales et amoureuses d’une rare intensité et empreintes de fantasmes. Pierric Bailly interroge également l’influence des liens noués durant l’adolescence sur la construction de notre identité. Si je n’ai pas retrouvé l’élan narratif du « Roman de Jim » et que j’ai perçu quelques longueurs, j’ai néanmoins beaucoup aimé la richesse psychologique de cette œuvre.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« C’est ça la bascule de la quarantaine. La période de l’enfance et de l’adolescence qui s’amenuise. Non seulement on s’en éloigne, mais au regard de tout ce qu’on a vécu ensuite, l’enfance et l’adolescence paraissent de plus en plus concises. Ça reste des moments fondateurs mais des moments qui n’ont pas duré aussi longtemps qu’on le pensait ».

« Quand on y pense, l’influence de ce type sur ma vie est démente. Ce type avec lequel je n’ai rien partagé d’important et que j’ai finalement peu fréquenté est à l’origine de tous les tournants décisifs de mon existence ».

Moderato Cantabile – Marguerite Duras (1959)

Et si une rencontre bouleversait le quotidien d’une mère ?

Dans ce roman dépouillé, Marguerite Duras dévoile la tentative désespérée d’une mère pour s’arracher à la morosité de son quotidien et à un amour maternel démesuré.

Anne Desbaresdes accompagne son fils à sa leçon de piano. Elle tente d’adoucir les remontrances et les brimades infligées par la professeure. Lorsqu’elle est témoin d’un meurtre, Anne Desbaresdes se rend subitement dans un café, sous prétexte de vouloir obtenir des renseignements sur ce fait divers.

Elle rencontre Chauvin, un homme énigmatique avec qui elle noue une relation singulière. Anne Desbaresdes développe un goût immodéré pour le vin à mesure que son attraction pour cet homme grandit. Cette rencontre, nimbée de mystère et du parfum des magnolias, va briser son quotidien. Jusqu’où ce désir implacable la conduira-t-il ?

Dans un style nu et cristallin, Marguerite Duras, en quelques lignes, nous plonge dans un univers d’une beauté menaçante. Ce court ouvrage m’a littéralement conquise.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Ils n’ont pas demandé à vivre, dit la mère – elle rit encore – et voilà qu’on leur apprend le piano en plus, que voulez vous »

« Dehors, dans le parc, les magnolias élaborent leur floraison funèbre dans la nuit noire du printemps naissant. Avec le ressac du vent qui va, vient, se cogne aux obstacles de la ville, et repart, le parfum atteint l’homme et le lâche, alternativement »

« Il resta là, dans une résolution apparemment tranquille, agrippé de nouveau à elle de ses deux bras, le visage collé au sien, dans le sang de sa bouche ».

Histoire d’un ogre – Erik Orsenna (2023)

Et si nous dévorions un portrait cinglant ?

Dans ce conte, absurde et féroce, Erik Orsenna, sans jamais le nommer, dresse le portrait d’un riche industriel exerçant son pouvoir au sein d’une société soumise à un capitalisme débridé.

Issu d’une lignée d’industriels bretons, l’ogre est né dans une famille bourgeoise. Son père dirige des papeteries et sa famille noue des relations avec des personnes ayant une forte influence dans le domaine de la finance. Au-delà de son héritage familial, l’ogre a des ambitions. Son appétit est insatiable : il engloutit une compagnie de transport maritime, une radio, une maison d’édition… Sa soif de pouvoir semble inépuisable. Jusqu’où l’enquête autour de cet ogre contemporain va-t-elle nous conduire ?

Dans ce récit mordant, aussi drôle qu’inquiétant, Erik Orsenna choisit de mener des investigations pour comprendre l’empire d’un capitaliste implacable. Ce récit intelligent et caustique, ponctué des digressions de l’auteur, nous en apprend peu sur l’ogre, mais reste une lecture amusante et engagée.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Telle est, typique et fort bien documentée par la psychiatrie internationale, l’addiction à dévorer. Apprenez qu’elle est plus violente, plus invasive et moins guérissable que toutes les autres maladies du désir, le jeu, le sexe, les drogues, l’alcool, les besoins irrépressibles (poutinien de guerre ou prostatique de pisser), la passion du pouvoir et le fanatisme religieux ».

« Parfois l’erreur d’une vie ne vient que d’une légère méprise sur les mots: la grosseur n’est pas la grandeur. Créer n’est pas accumuler. Ni entreprendre avaler »

Un autre m’attend ailleurs – Christophe Bigot (2024)

Et si nous évoquions les dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar ?

Dans ce roman, Christophe Bigot lève le voile sur la dernière relation fusionnelle et destructrice de Marguerite Yourcenar.

En 1980, Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie Française. Reconnue par ses pairs, sa renommée littéraire est à son apothéose.

Derrière cette réussite se cache un grand bouleversement dans l’existence personnelle de Marguerite Yourcenar. Grace Frick, sa compagne depuis quarante ans vient de succomber à la maladie qui la ronge depuis plusieurs années. Face au deuil, elle cherche à quitter une vie sédentaire aux États-Unis et retrouver un souffle de vie.

Quelques mois plus tôt, elle a rencontré Jerry Wilson, d’une beauté envoûtante, elle est subjuguée par cet homme qui fait renaître un amour enfoui. Le caractère solaire et la vitalité de Jerry l’entraînent à travers le monde. Mais que se cache-t-il derrière cet homme charismatique ?

Christophe Bigot choisit de nous révéler sa propre interprétation des dernières années de la vie de Marguerite Yourcenar en se basant sur des faits réels. Si j’ai aimé me plonger dans la vie de cette écrivaine, je n’ai pas adhéré au versant romanesque de cette œuvre.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« La sensualité dure autant que la vie, plus ou moins forte selon les individus, et on est sans cesse forcé d’en tenir compte. J’ai appris à connaître que l’érotisme demeure un rite sacré jusqu’à la fin des jours. Ce dont j’avais cru m’évader est miraculeusement revenu ».

« Le bonheur, est-il autre chose qu’une illusion rétrospective? Quand bien même on saurait qu’on est heureux à un certain moment, ce sentiment serait encore altéré par la conscience qu’on en a, la crainte qu’il ne s’arrête, voire l’impression étrange que le ver est déjà dans le fruit ».