De sang-froid – Truman Capote (1966)

Un livre coup de poing à vous procurer d’urgence !

De sang-froid, le roman culte de Truman Capote, nous plonge avec effroi dans un fait divers glaçant, survenu en 1959, dans le village de Holcomb, à l’ouest du Kansas. Le lecteur est transporté dans les hautes plaines de blé de cette région américaine aride et solitaire où vient se nicher un petit village.

Rien ne semble pouvoir troubler ce joli paysage américain où les habitants vivent presque en autarcie. Pourtant la ville d’Holcomb restera à jamais meurtrie par le passage de deux truands sans grande envergure, Dick et Perry.

Ils vont assassiner de sang-froid, les Clutter, famille connue, aimée et respectée dans tout Holcomb.

Si le mobile et les détails du crime nous demeurent inconnus, le lecteur est tenu, tout au long du livre, en haleine par la traque policière des deux criminels.

Truman Capote nous transporte, nous glace, nous attache à ses personnages avec un style magistral !

Dick et Perry, ces deux assassins aux caractères si différents, nous laissent à la fois pétrifié et paradoxalement touché par leur histoire de vie.

Perry, surtout, est décrit sous un double visage, à la fois terrifiant et attachant. Truman Capote arrive à faire se succéder des sentiments si diamétralement opposés mais surtout questionne et bouleverse son lecteur sur la société américaine.

Le contexte de cet ouvrage nous en dit aussi très long sur la force de ce roman. Truman Capote en lisant le New York Time, en 1959, découvre le quadruple meurtre d’une famille de fermiers. Il décide d’enquêter lui-même sur cette affaire pendant plus de cinq ans.

Considérablement ébranlé par sa rencontre avec Perry Smith, l’un des meurtriers, l’écrivain sera plongé dans une inéluctable descente aux enfers…

Plus globalement, Truman Capote dévoile un roman psychologique sur les mécanismes qui poussent l’être humain jusqu’au crime. Il décrit un quadruple meurtre atroce et parvient également à humaniser la monstruosité.

Ce fil tendu par l’écrivain entre la noirceur de l’homme mais aussi cette humanité qui tente de survivre est captivant…

Une force admirable se dégage de cet œuvre qui bien au-delà de décrire un terrible fait divers ne peut laisser son lecteur indemne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert ».

« Et les Clutter n’y étaient pour rien. Ils ne m’ont jamais fait de mal. Comme les autres. Comme les autres m’en ont fait toute ma vie. Peut-être simplement que les Clutter étaient ceux qui devaient payer pour les autres »

« Ces péquenots, ils vont voter la corde aussi vite qu’un cochon vide son auge. Regardez leurs yeux. J’veux bien être pendu si je suis le seul tueur dans la salle d’audience ».

Hiver à Sokcho – Elisa Shua Dusapin (2016)

Evoquons, un livre tout en légèreté et en délicatesse.

Elisa Shua Dusapin nous transporte dans une petite ville portuaire de Corée du Sud à quelques pas de la Corée du Nord. Sokcho, cette ville frontière morne et glacée, où des voyageurs égarés semblent flotter dans une atmosphère enneigée.

Dans ce paysage hivernal, enseveli par la neige et le froid, deux êtres que tout semble opposés vont se rencontrer. Une jeune coréenne, travaillant comme cuisinière dans une pension désaffectée, fait la connaissance d’un voyageur français.

Kerrand, normand mystérieux et dessinateur de bandes dessinées, erre dans la ville de Sokcho, morne et glacée, en quête d’une inspiration artistique.

La narratrice pour sa part, évolue dans un quotidien triste, dévouée à sa mère qui souhaite la voir se fiancer au jeune Jun-Oh. Elle semble passer à côté de son existence dans cette routine ronronnante au rythme du passage des résidents de la pension.

Ces deux êtres issus de deux cultures si diamétralement opposées, vont finalement se toiser, se croiser, se frôler et véritablement se rencontrer.

Kerrand va briser la monotonie de son existence et la jeune femme se sentira implacablement troublée et attirée par ce français.

Cette rencontre finira par lui révéler une part cachée d’elle-même qu’elle n’avait eu de cesse d’enfouir.

Issue d’une union entre une coréenne et un français, qu’elle n’a jamais connu et dont sa mère refuse obstinément de parler, elle se sent comme happée par cette rencontre. Finalement, sa relation avec Kerrand semble être un véritable reflet d’une quête identitaire.

Elisa Shua Dusapin signe un premier roman prometteur, couronné du prix Robert Walser et du Prix Révélation de la Société des Gens de Lettres en 2016.

Un roman bref et délicat qui se lit de manière fulgurante mais qui laisse comme un goût d’inachevé. En effet, j’ai eu envie de prolonger ce doux moment avec ces personnages, j’avais envie d’aller plus loin.

Cette brièveté, aussi fugace que cette rencontre, pourra laisser le lecteur sur sa fin même s’il s’agit d’une douce parenthèse…

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Les plages ici attendent la fin d’une guerre qui dure depuis tellement longtemps qu’on finit par croire qu’elle n’est plus là, alors on a construit des hôtels, on met des guirlandes mais tout est faux, c’est comme une corde qui s’effile entre deux falaises, on y marche en funambules sans jamais savoir quand elle se brisera, on vit dans un entre-deux, et cet hiver qui n’en finit pas ! »

« Son regard, physique, dur, m’avait pénétrée. Il m’avait fait découvrir quelque chose que j’ignorais, cette part de moi là-bas, à l’autre bout du monde, c’était tout ce que je voulais. Exister sous sa plume, dans son encre, y baigner, qu’il oublie toutes les autres »

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde (1890)

Et si nous parlions d’un livre qui reste gravé dans nos mémoires ?

Oscar Wilde nous livre le portrait de Dorian Gray, un visage d’ange et une beauté sans égal qui inspirent pour son entourage une moralité exemplaire.

Un célèbre peintre, Basil Hallward, voulant immortaliser cet être parfait, va réaliser son portrait…

Dorian Gray fera le voeu atypique, et pourtant si cher à l’être humain, de conserver inaltéré cette beauté divine et la quintessence de sa jeunesse.

Ce miracle fantastique se réalisera et le jeune homme restera beau et angélique tandis que son portrait matérialisé dans l’oeuvre artistique ne cessera d’être altéré par le temps, par l’âge et par la perversion de l’âme de Dorian Gray…

Oscar Wilde dresse le portrait d’un homme rongé par ses vices, enseveli dans sa perversité, une âme altérée sous des airs de perfection.

On dit souvent que l‘habit ne fait pas le moine, dans ce récit d’une très grande profondeur, Oscar Wilde dessine, avec brio, un portrait sur les apparences et les faux semblants.

Mais il s’agit aussi d’une amitié liant Henry, Dorian et Basil. Basil idolâtre et peint Dorian, Henry influence Dorian et Dorian est emporté par un narcissisme exacerbé. Cette amitié qui lie les trois hommes semble parfois conduire aux sentiments amoureux avec une très grande sensualité…

Entre les lignes, Oscar Wilde dévoile à son lecteur autre chose, son propre portrait. Condamné pour « grave immoralité » en raison de son homosexualité, son propre père avait porté plainte contre lui à cause de son orientation sexuelle. Censuré et perçu par la critique de l’époque comme un roman décrivant une débauche homosexuelle, ce livre nous dévoile aussi tout le combat d’Oscar Wilde…

Il est difficile d’exprimer ce qu’on ressent face à un tel chef d’œuvre de la littérature.

Une merveille stylistique, une prouesse d’écriture, une œuvre profonde sur l’humanité, les vicissitudes de l’être humain et ses controverses.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait, non du modèle, mais de l’artiste. le modèle n’est qu’un hasard et qu’un prétexte. Ce n’est pas lui qui se trouve révélé par le peintre ; c’est le peintre qui se révèle lui-même sur la toile qu’il colorie »

« Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder. Résistez-y, et votre âme languira, tourmentée »

« Il y a toujours quelque chose de ridicule dans les émotions de ceux que nous avons cessé d’aimer »

Oh… – Philippe Djian (2012)

Philippe Djian, un auteur contemporain qu’on ne présente plus mais dont je n’avais jamais encore découvert la plume.

« Oh… » nous raconte l’histoire d’une femme. Une femme poursuivie par son passé et enlisée dans son présent. Une femme qui ne croit plus en l’homme, une femme ensevelie dans l’ombre obscure de son enfance.

Michèle, cette cinquantenaire qui s’est délestée de son mari puis de son amant. Cette mère attendant l’émancipation de son fils semble être le symbole de l’indépendance et de la liberté. Pour autant, elle ne cesse d’être rattrapée par son passé, par ses névroses, par ses proches et par ses pulsions.

Victime d’un viol, elle va s’enfermer dans une relation troublante où s’entrecroise répulsion et attirance.

Nous découvrons un personnage fascinant aux multiples contrastes. Sa vision déformée du mal par son enfance l’entrainera au plus profond d’elle-même.

Michèle a décidé de rayer définitivement de sa vie un père assassin mais paradoxe troublant ses pulsions la conduisent inévitablement dans une relation malsaine avec un homme présentant finalement le même profil que son père…

Reflet du complexe œdipien, cet ouvrage nous livre-t-il finalement le portrait d’une femme qui cherche à se rapprocher inéluctablement de son père ?

Avec son style vif et acéré, Philippe Djian ne s’est pas encombré de chapitre et nous dévoile un roman brut qui se lit en un souffle.

Peu initiée au contexte de cet ouvrage, je voyais, au fil de ma lecture, avec étonnement les images du thriller « Elle » réalisé par Paul Verhoeven en 2016 et couronné des Césars du meilleur film et de la meilleure actrice pour Isabelle Huppert.

Ce film m’avait particulièrement marquée et j’ai découvert après coup qu’il s’agissait tout simplement de l’adaptation du livre !

Je pense finalement que l’image persistante du film m’a quelque peu décontenancé dans ma lecture puisque j’aime toujours découvrir les ouvrages avant leur adaptation cinématographique.

Un livre dérangeant et acide qui se lit d’une traite et que je ne peux que vous conseiller.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« A l’aube, je referme ma porte sur les talons de Robert et Anne qui sont les derniers à partir j’ai le sentiment d’avoir procuré un sursis de quelques heures à Irène, ainsi qu’à moi-même, et que nous en avons profité – nous avons réussi à passer ces derniers moments ensemble, à l’écart, toutes les deux, et seules comme autrefois, sans personne sur qui compter, et j’en suis profondément satisfaite, j’en ressors apaisée » 

« Ne pas avoir accès à ce qui est enfoui en moi, si profondément enfoui que j’en perçois qu’une infime et vague rumeur lointaine, comme un chant oublié, déchirant, totalement illisible, ne me facilite pas les choses » 

Mon désir le plus ardent – Pete Fromm (2018)

Et si nous parlions d’un livre bouleversant ? « Mon désir le plus ardent » de Pete Fromm

Il m’apparaît difficile de décrire ce roman qui nous laisse le regard embué et la gorge serrée…

Sur le papier, il s’agit d’une simple histoire d’amour unissant Maddy et Dalt, deux guides ayant fondé leur petite entreprise de rafting dans l’Oregon.

Mais pourtant, Pete Fromm, nous livre bien plus, une histoire d’amour hors du commun qui touche en plein cœur sans pour autant tomber dans le larmoyant.

Maddy et Dalt se rencontrent à l’âge de vingt ans, ils ont la vie devant eux et un amour immense et sans limite les unit. Ils se marient au bord de l’eau dans le Wyoming et entament leur nouvelle vie, pleine de promesse, en descendant en raft cette rivière.

L’amour peut-il tout affronter ? Maddy et Dalt semblent être le témoignage parfait de l’adage « pour le meilleur et pour le pire » et vont réussir l’impossible en transcendant la maladie.

Maddy apprend, alors qu’elle est enceinte, qu’elle a contracté la sclérose en plaques. Ils vont bouleverser leur projet et leur futur face à l’impensable. Ils vont, malgré la maladie qui transforme Maddy jour après jour, réussir à fonder une famille.

Pete Fromm nous livre un sublime roman d’amour et nous décrit le destin de cette famille capable d’une formidable force d’adaptation face à cette maladie dégénérative qui bouleverse leur quotidien.

Maddy et Dalt, couple indestructible, nous laissent sans voix face à leur force et à leur courage.

La finesse de l’écriture de Pete Fromm s’agissant de la description des personnages, de leur quotidien, de leurs épreuves est envoûtante.

Un amour porté au tréfonds de la chair décrit avec une grande beauté et une grande pudeur par Pete Fromm.

J’ai totalement dévoré ce livre qui m’a profondément transportée et qui s’approcherait presque d’un coup de cœur !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« On va commencer le décompte de nos vies tout de suite. On a des décennies devant nous, Mad. Toi et moi, côté à côté, front contre front. Peau contre peau. Une vie entière »

« Il faut que je fasse tant de choses, et quand il entre en moi, me faisant expirer, parce qu’il le fait toujours, parce qu’il pourrait aussi se charger de cela, devenir mon cœur, mes poumons, je m’accroche à lui comme s’il était tout ce dont j’aurai jamais besoin, une vérité que j’imaginais absolue avant » 

« Il est agenouillé sur le carrelage qu’il a posé lui-même dix ans plus tôt, et je suis à moitié sortie du fauteuil, nous nous enlaçons dans ma salle de bains pour handicapés, et maintenant je sais précisément pourquoi mes yeux sont voilés, et je n’ai aucune intention de le lâcher, jamais » 

Le monde d’hier – Stefan Zweig (1942)

Aujourd’hui, nous n’avons pas encore envie de laisser filer l’été mais nous parlons d’un livre sérieux et historique avec Stefan Zweig !

Loin du roman, un livre-témoignage qui nous permet de découvrir un véritable tableau d’un demi-siècle de l’histoire européenne sous le regard d’un de ses plus grands écrivains.

Dans ce livre largement emprunt d’autobiographie, il nous raconte l’histoire de l’Europe de 1895 à 1941 où l’écrivain a grandi, écrit, voyagé.

Stefan Zweig nous fait rencontrer les figures des plus grands intellectuels de son siècle tels que Sigmund Freud, Romain Rolland, Auguste Rodin, Paul Valéry. Nous évoluons avec l’écrivain dans une sphère privilégiée, la bourgeoisie viennoise d’avant 1914. Ainsi, il nous dresse avec une grande finesse les portraits de l’élite intellectuelle d’une époque, l’insouciance et les espoirs générés par les progrès techniques.

Dans son récit, il nous raconte aussi ses voyages, son succès mais surtout la montée grandissante et inquiétante du nationalisme et de l’antisémitisme. Stefan Zweig reste discret et extrêmement pudique sur sa vie privée et nous livre, avant tout, sa vision d’une Europe.

Il choisira l’exil et ne connaîtra jamais frontalement les horreurs de la montée de l’antisémitisme même s’il parvient à en ressentir les effets avec une particulière acuité.

Il nous plonge dans le grand désarroi de sa fuite. L’errance d’un homme attaché à son pays, à ses espoirs d’une Europe unie, à ses idéaux pacifiques, qui devient un apatride désillusionné par l’écrasement d’une civilisation sous l’irrésistible poussée du nazisme.

Amoureuse de l’œuvre de Stefan Zweig, je n’ai pas hésité à découvrir « Le monde d’hier », ce livre emprunt de nostalgie sur les souvenirs d’une Europe qu’il a parcourue, chérie et dont il a vu la destruction progressive.

Rédigé en 1941, lors de son exil au Brésil, ce livre est aussi le dernier grand témoignage de Stefan Zweig qui avait décidé de mettre fin à ses jours ne pouvant faire face au suicide de l’Europe.

J’ai aimé parcourir avec lui cette période de l’histoire, ce livre d’une très grande richesse historique nous plonge avec délice dans le milieu intellectuel de l’avant-guerre. Zweig nous donne cette sensation inestimable d’être aux cotés des grands intellectuels de son temps.

Ce livre est à lire pour les passionnés de Stefan Zweig qui ont envie d’en savoir plus sur sa vie, ses rencontres, ses idéaux. Il plaira aussi aux amateurs de l’histoire européenne.

Cependant, si vous ne connaissez pas encore l’œuvre de Stefan Zweig ne débutez pas votre rencontre avec cet imminent auteur par le monde d’hier, véritable panorama de l’histoire européenne.

Je ne peux que vous inciter à commencer par ses nouvelles, plus accessibles et incontournables, telles que « Le Joueur d’échecs », « Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme » ou « La Confusion des sentiments » avant de vous atteler à ce volume d’une grande richesse sur l’histoire européenne.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Être seul à aimer quelqu’un, c’est toujours aimer deux fois plus »

« Mais peut-être une puissance plus profonde, plus mystérieuse, était-elle aussi à l’oeuvre sous cette ivresse. Cette houle se répandit si puissamment, si subitement sur l’humanité que, recouvrant la surface de son écume, elle arracha des ténèbres de l’inconscient, pour les tirer au jour, les tendances obscures, les instincts primitifs de la bête humaine, ce que Freud, avec sa profondeur de vues, appelait « le dégoût de la culture », le besoin de s’évader une bonne fois du monde bourgeois des lois et des paragraphes, et d’assouvir les instincts sanguinaires immémoriaux. Peut-être ces puissances obscures avaient-elles aussi leur part dans cette brutale ivresse de l’aventure et la foi la plus pure, la vieille magie des drapeaux et des discours patriotiques — cette inquiétante ivresse des millions d’êtres, qu’on peut à peine peindre avec des mots et qui donnait pour un instant au plus grand crime de notre époque un élan sauvage et presque irrésistible »

Pastorale Américaine – Philip Roth (1999)

C’est avec émotion que j’évoque aujourd’hui, Philip Roth, un très grand écrivain disparu le 22 mai dernier.

Le jour de sa disparition, coïncidence perturbante, je lisais pour la première fois, un de ses romans « Le Théâtre de Sabbath ». Depuis, je me suis plongée avec délice dans l’œuvre de cet auteur qui a bouleversé mes mémoires de livres.

Philip Roth, auteur controversé, a révolutionné l’Amérique puritaine en abordant des thèmes polémiques tels que le sexe, les juifs et la démystification du rêve américain.

Je ne peux que vous inciter à vous plonger dans l’oeuvre de Philip Roth, partie intégrante de la littérature américaine. Pourquoi ne pas commencer par ce volume composé de quatre romans sur l’histoire américaine ?

L’Amérique, colonne vertébrale de l’oeuvre de Philip Roth, traverse l’intégralité de ses romans.

Ainsi, il a redonné une nouvelle couleur à l’histoire américaine de l’avant-guerre aux années 1980 en parcourant l’Amérique en lutte contre la guerre du Vietnam dans « Pastorale Américaine », en décrivant la croisade anticommuniste des années 1950 dans « J’ai épousé un communiste », en créant une nouvelle version de l’histoire du monde dans « Le complot contre l’Amérique » ou encore dans « La tâche » en exposant le monde politique des années 1970 à 1980.

Dans Pastorale Américaine, Philip Roth nous livre une Amérique sclérosée par la guerre du Vietnam.

Au travers de la vision de Zuckerman, écrivain et alter ego de Philip Roth dans plusieurs de ses romans, nous découvrons Seymour Levov dit « Le Suédois », célèbre joueur de baseball de son lycée de Newark. L’écrivain voue un véritable culte à cet athlète qui a traversé sa jeunesse. Le Suédois, petit fils d’un immigré juif, est devenu un américain accompli.

Symbole de la réussite industrielle, il est devenu, dans les traces de son père, un chef d’entreprise prospère de la ganterie et a épousé Miss New Jersey, une irlandaise qui avait failli devenir Miss Amérique. « Le Suédois » a créé une vie digne de l’Amérique adulée par son père.

Mais sous ce tableau idyllique se cache une Amérique meurtrie, celle de la guerre du Vietnam, sa fille dans un acte de rebellion extrême deviendra une militante anti-guerre puis une terroriste.

Ainsi, au-delà du rêve américain, Philip Roth nous livre avec toute sa force une Amérique démystifiée, scandalisée et mortifiée par la guerre du Vietnam.

Philip Roth nous décrit avec une extrême justesse le portrait d’une famille américaine avec un roman d’une très grande profondeur. Je n’ai pu que m’attacher à des personnages, remplis de controverses, leur psychologie est admirablement bien traitée par Roth. Les interactions entre leurs rêves, leurs religions, leurs aspirations, leurs idéologies nous transportent.

Mais au-delà, l’auteur nous retrace avec précision un panorama de la société américaine.

Un roman bouleversant et incontournable de l’œuvre de Philip Roth…

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« On ne traverse pas la vie sans être marqué par la mélancolie, la douleur, le désarroi, le deuil. Même ceux qui ont eu une enfance comblée finissent par avoir leur part de malheur obligé, voire davantage » 

« Voilà sa fille qui l’exile de sa pastorale américaine tant désirée pour le précipiter dans un univers hostile qui en est le parfait contraire, dans la fureur, la violence, le désespoir d’un chaos infernal qui n’appartient qu’à l’Amérique » 

« C’était des usines où les gens avaient perdu des doigts, des bras, où ils s’étaient fait écraser les pieds, brûler le visage, où les enfants avaient trimé jadis dans la chaleur et dans le froid, des usines du dix-neuvième siècle qui broyaient les hommes pour produire des marchandises, et qui n’étaient plus que des tombes impénétrables, étanches » 

Dans le jardin de l’ogre – Leïla Slimani (2014)

L’épreuve du premier roman a été réussie avec maîtrise par Leïla Slimani dans son ouvrage « Dans le Jardin de l’Ogre » publié en 2014.

J’ai tout simplement dévoré ce roman. Un roman sur une addiction, une dépendance sexuelle révélant un personnage aux multiples facettes…

Leïla Slimani nous offre le portrait d’une femme, avec toute sa finesse, et se confronte au sujet épineux de la nymphomanie chez la femme.

Adèle s’est mariée et a fait un magnifique enfant avec Richard, un homme responsable, médecin rassurant et protecteur, qui l’aime profondément. Pourtant sous cette façade de famille idéale se cache les pulsions dévorantes d’Adèle, son addiction sexuelle, qui l’enferme dans une solitude extrême.

Volonté d’une femme de combler le vide de son existence par cette frénésie de plaisir mais aussi une volonté de guérir de son addiction, en devenant une épouse respectable. Cependant sa maladie finit toujours par la rattraper de manière implacable.

Adèle semble dissociée, dans sa vie et dans son corps. Elle mène une double vie et manie avec virtuose le mensonge. Adèle sait-elle finalement qui elle est ? Dans cette recherche effrénée des hommes, dans cette quête éphémère de jouissance, Adèle se cherche sans jamais véritablement se trouver.

Leïla Slimani décrit avec une grande finesse un portrait de femme, sa douleur, sa solitude, ses blessures.

J’aime la plume de Leïla Slimani, je l’avais aimé dans son roman « Chanson Douce » auréolé du prix Goncourt en 2016. J’avais eu envie de découvrir ses premiers écrits et je n’ai pas été déçue, loin de là ! Sa plume est toujours aussi percutante et envoûte son lecteur.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Dans son amnésie flotte la rassurante sensation d’avoir existé mille fois à travers le désir des autres »

« Loin de Paris, dans la petite maison de province, elle renoncerait à ce qui selon elle la définit vraiment, à son être vrai. Celui-là même qui, parce qu’il est ignoré de tous, est son plus grand défi. En abandonnant cette part d’elle-même, elle ne sera plus que ce qu’ils voient. Une surface sans fond et sans revers. Un corps sans ombre »

« Adèle a fait un enfant pour la même raison qu’elle s’est mariée. Pour appartenir au monde et se protéger de toute différence avec les autres. En devenant épouse et mère, elle s’est nimbée d’une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s’est construit un refuge pour les soirs d’angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche »

Zazie dans le métro – Raymond Queneau (1959)

Aujourd’hui, nous nous attaquons à un des classiques de la littérature française « Zazie dans le métro ». Œuvre marquante, je l’ai redécouverte dans la bibliothèque de mon enfance et je me suis rendue compte que je ne m’étais jamais attelée à l’œuvre la plus populaire de Raymond Queneau !

Zazie, une jeune fille de douze ans, est confiée par sa mère à son oncle Gabriel, un homme de confiance qui vit à Paris. Zazie n’a qu’une obsession prendre le métro, mais les grèves l’en empêcheront. Souhaitant découvrir Paris malgré tout, Zazie finira par fuguer et son aventure sera ponctuée de rencontres imprévues et surréalistes…

Ce roman traite surtout d’une rencontre, celle d’une jeune fille espiègle, délurée, impertinente, entêtée avec un oncle mystérieux, tendre et profondément gentil.

Complétement décalée, cette œuvre, sans intrigue majeure, ponctuée de joutes verbales savoureuses, fonctionne comme une pièce de théâtre. Illustration de la conception du langage chère à Raymond Queneau, le néo-français, ce roman témoigne de la volonté de l’auteur de défendre l’oralité de la langue française en privilégiant l’orthographe phonétique.

Raymond Queneau nous décrit aussi un roman sur la naïveté, la sincérité de l’enfance et son franc-parler. Cette œuvre révèle également le contraste entre le monde de l’enfance et celui des adultes et finalement la fin de l’insouciance.

Nous nous laissons rapidement emporter par ce court roman ponctué de jolis dialogues regorgeant d’humour.

Pourtant, je ne suis pas parvenue à m’attacher complètement aux personnages et à me transporter littéralement dans ce roman burlesque. L’orthographe phonétique m’a désarçonnée. La brièveté du roman, a fortiori, ne nous permet pas de découvrir véritablement les personnages.

Malheureusement, je ne suis pas parvenue à savourer pleinement ce classique de la littérature française.

Finalement, il ne s’agira pas, pour ma part, d’une des œuvres qui restera dans mes mémoires même si on ne peut que saluer l’inventivité littéraire de Queneau.

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations :

« Ils rêvèrent un instant en silence en regardant le Sacré-Cœur.

Et vous ? demande Zazie. Vous l’êtes, homosessuel ?

Est-ce que j’ai l’air d’une pédale ?

Non, pisque vzêtes chauffeur.

Alors tu vois.

Je vois rien du tout.

Je vais quand même pas te faire un dessin.

Vous dessinez bien ? » 

« Là-bas, plus loin – un peu plus loin – que la place de la République, les tombes s’entassent de Parisiens qui furent, qui montèrent et descendirent des escaliers, allèrent et virent dans les rues et qui tant firent qu’à la fin ils disparurent. Un forceps les amena, un corbillard les remporte et la tour se rouille et le Panthéon se fendille plus vite que les os des morts trop présents ne se dissolvent dans l’humus de la ville tout imprégné de soucis » 

Le lambeau – Philippe Lançon (2018)

Le lambeau,

  1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.  
  2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55)
  3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française) »

La quatrième de couverture de l’œuvre de Philippe Lançon nous décrit ce lambeauCe déchirement d’un morceau de chair qui a fait basculer la vie d’un des rescapés de l’attentat de Charlie Hebdo.

Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon assiste à la première conférence de rédaction de l’année dans les locaux de Charlie Hebdo. Trois balles des assaillants l’atteindront gravement au niveau de sa mâchoire.

Avant tout, Philippe Lançon nous livre dans cet ouvrage, l’histoire d’une nouvelle naissance et d’une reconstruction. Ainsi, il sera pris en charge pendant quatre mois à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière puis six mois, en rééducation, aux Invalides.

Nous suivons un parcours hospitalier rude et intense. Nous alternons entre un récit lent décrivant avec finesse ce temps hospitalier et des passages plus vifs accompagnés de retour en arrière, sur son ancienne vie, devenue si étrangère.

Sa rencontre avec sa chirurgienne, Chloé, au cœur du roman, nous dévoile la force des liens hospitaliers qui le ramèneront progressivement vers une autre vie.

Lançon choisit de nous livrer sa métamorphose avec une force et une extrême sincérité. Il a rejeté tout pathos, toute mélancolie et a proscrit le ton larmoyant dans ce récit d’une épreuve inimaginable. Lançon nous livre également sa vie, son parcours, ses références, son entourage, ses amis…

Cette mise à nu nous révèle la vérité brute d’un parcours de soin.

En définitive, Lançon parle-t-il finalement de l’attentat de Charlie Hebdo ? Non, ce livre est dédié au milieu hospitalier, à cette réhabilitation du corps et de l’âme, à son parcours entre deux mondes, entre la vie et la mort.

Un livre important sur le parcours d’un homme qui a traversé l’indéfinissable.

Finalement, c’est au travers des mots et de l’écriture que Philippe Lançon a peut-être trouvé, en partie, le pouvoir d’accéder à la résilience.

Miroir du lambeau, cette résilience en psychologie est « le phénomène permettant de revenir d’un état de stress post-traumatique » Mais c’est aussi : 

  1. En écologie, « la capacité d’un écosystème, d’une espèce ou d’un individu à récupérer un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation » ;
  2. En économie, « la capacité à revenir sur la trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc » ;
  3. En physique, « propriété qui caractérise l’énergie absorbée par un corps lors d’une déformation » ;

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Notre enfance commune, nos vacances, nos fêtes, nos blagues à deux balles, nos déjeuners rapides et réguliers dans un restaurant chinois situé sur l’avenue de la République où nous mangions toujours exactement la même chose, les mille et un liens qui nous tenaient sans que nous y pensions, tout ne semblait avoir eu lieu que pour aboutir là, dans cette salle de réveil, premier cadre de l’épreuve qui nous attendait »

« Toute mon enfance si pâle et tous les moments qu’il nous avait donnés apparaissaient pour disparaître et j’ai senti de nouveau, mais avec une force inédite, qu’on mourait un nombre incalculable de fois dans une vie, des petites morts qui nous laissaient là, debout, pétrifiés, survivants, comme Robinson sur l’île qu’il n’a pas choisie, avec nos souvenirs pour bricoler la suite et nul Vendredi pour nous aider à la cultiver » 

« Je ne pouvais pas éliminer la violence qui m’avait été faite, ni celle qui cherchait à en réduire les effets. Ce que je pouvais faire en revanche, c’est apprendre à vivre avec, l’apprivoiser, en recherchant, comme disait Kafka, le plus de douceurs possible »