La vraie vie – Adeline Dieudonné (2018)

L’engouement médiatique autour de ce premier roman m’avait fait différer sa lecture. Je préférais m’y plonger la tête reposée afin de pouvoir l’appréhender en toute objectivité.

J’ai ainsi pu partager, quelques mois plus tard, la claque qui a été celle de très nombreux lecteurs et qui a valu à Adeline Dieudonné autant de louanges.

La vraie vie, c’est la vie à laquelle une jeune fille de 10 ans ne devrait jamais être confrontée. La narratrice grandit dans un pavillon avec ses parents et son petit frère, Gilles, un jeune garçon lumineux âgé de 6 ans.

Dans ce pavillon au coeur d’un lotissement, on pourrait penser que la jeune fille est entourée d’une famille paisible et aimante.

Pourtant, sa maison est celle des cadavres d’animaux que son père, chasseur, idolâtre. Son enfance est rythmée par les cris de son père, la violence pure, la peur et la passivité de sa mère.

Malgré ce manque d’amour, l’héroïne parvient à créer des rêves et des jeux et à tenter, tant bien que mal, de vivre son enfance.

Un violent accident va venir bouleverser ce quotidien précaire déjà rempli de noirceur. Son frère en ressortira profondément détruit.

Tenace, elle va essayer d’effacer cette vie qui lui apparaît comme une erreur à corriger. Obstinée, elle fera tout pour modifier le passé et faire à nouveau rire son frère.

Il y a très longtemps que je n’avais pas été autant captivée par un roman. J’ai littéralement dévoré ce livre en quelques heures. Le contraste entre la noirceur, la violence et la tendresse de l’adolescente est saisissant. La scène dans la forêt, presque cinématographique, est envoûtante.

J’ai été bousculée par la force qui se dégage de la plume d’Adeline Dieudonné. Son héroïne m’a conquise par son courage et son pouvoir de résistance hors du commun.

Aussi lumineux que sombre, ce roman témoigne du quotidien de certaines familles une fois la porte close mais redonne aussi espoir en la force de résilience de l’être humain.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« C’était le mois de juillet et pourtant les nuits me semblaient plus noires et plus froides qu’en hiver »

« J’aimais la nature et sa parfaite indifférence. Sa façon d’appliquer son plan précis de survie et de reproduction, quoi qu’il puisse se passer chez moi. Mon père démolissait ma mère et les oiseaux s’en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. Ils continuaient de gazouiller, les arbres grinçaient, le vent chantait dans les feuilles de châtaignier »

« On dit que le silence qui suit Mozart, c’est encore du Mozart. On ne dit rien sur le silence qui suit un coup de feu. Et la mort d’un homme. »

Joseph Conrad – Gaspar Ruiz A Set of Six (1908)

Cité dans un de mes romans fétiches, Martin Eden de Jack London, j’avais très envie de découvrir la plume de Joseph Conrad. Ces récits de voyage sont souvent ancrés dans l’univers marin.

Débutons l’œuvre de Joseph Conrad par un recueil de 6 nouvelles « A set of Six » écrites entre 1904 et 1907, période où la créativité littéraire de l’écrivain était foisonnante.

Nous débutons la plongée dans son univers avec Gaspar Ruiz, colosse au cœur tendre épris de la sombre et énigmatique, Erminia.  Cette passion amoureuse entraîne le narrateur au cœur de la guerre d’indépendance chilienne. Mélange de force et de courage, le personnage de Gaspar Ruiz est particulièrement envoûtant.

L’indicateur, raconte un entretien entre un collectionneur d’œuvres précieuses et un anarchiste. La traque afin de débusquer le traite d’un groupuscule anarchiste est tissée avec ingéniosité par Conrad dans cette courte nouvelle.

La brute, ce navire fatal et maudit qui provoque morts et tragédies sur sa route. «Famille  Apse », ce bateau énigmatique est magnifiquement bien décrit par Conrad. J’ai trouvé dans cette allégorie maritime, l’écriture que j’imaginais. Compteur marin, Conrad nous transporte avec brio.

Un arnachiste, cette nouvelle dresse le portrait d’un forçat enfui de Cayenne dit « l’anarchiste ». Ce bagnard trouve refuge dans une colonie et devient esclave. Cette nouvelle particulièrement cynique est machiavélique.

Le Duel, sans aucun doute, ma nouvelle préférée de ce recueil. Elle nous transporte dans une joute épique opposant deux hussards napoléoniens. Leur duel grotesque les poursuit durant de longues années et les renvoie inlassablement l’un vers l’autre.

Il conte, cette courte nouvelle raconte l’aventure d’un comte dans un Naples fascinant représentant avec perspicacité le dicton napolitain « Vedi Napoli e poi mori », « Voir Naples et puis mourir »

Joseph Conrad dresse des portraits multiples et plonge le lecteur dans des univers variés. Pourtant, une ligne directrice semble réunir ce recueil : les personnages sont tous aux prises avec leur propre force qui les plonge peu à peu vers une forme de fatalité tragique. 

J’ai apprécié découvrir la plume de Conrad. Ce recueil est une première approche plaisante et j’envisage de me plonger avec délice dans ses romans…

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« L’esprit d’une génération que le grand fracas des armes ne fit jamais purement militariste, et qui restera juvénile, presque enfantine dans l’exaltation de ses sentiments, naïvement héroïque dans sa foi »

« Son heure était venue, l’heure, l’homme, la nuit noire, la bourrasque traîtresse, la femme fatale qui devaient mettre fin à ses exploits. La brute ne méritait pas mieux. Les instruments de la Providence sont étranges ! Il y a une sorte de justice poétique… »

« Si parmi les noms de votre fils, écrivait-il, j’avais lu celui de Napoléon, de Joseph, voire de Joachim, je vous féliciterais avec plus de cœur. Comme vous avez jugé bon de lui donner les noms de Charles-Henri-Armand, je me sens confirmé dans mon opinion que vous n’avez jamais aimé l’Empereur. La pensée de ce héros sublime enchaîné sur un rocher au milieu de l’Océan sauvage enlève si bien pour moi toute saveur à la vie, que je recevrais avec une véritable joie votre ordre de me brûler la cervelle. Je considère que l’honneur m’interdit le suicide. Mais je conserve un pistolet chargé dans mon tiroir »

Assassins – Philippe Djian (1994)

Nous avons déjà évoqué Philippe Djian sur le blog avec « Oh », un livre dérangeant et acide que j’avais beaucoup apprécié. Ma chronique complète est à redécouvrir ici : Oh… – Philippe Djian (2012)

J’ai eu envie de me plonger davantage dans l’oeuvre de Philippe Djian et j’ai croisé par hasard la route de « Assassins », roman publié en 1994.

Dans un huit clos oppressant, Philippe Djian dessine les portraits de différents personnages : un homme rongé par ses doutes et sa dépression, un couple usé, une jeune femme pulpeuse ou encore un inspecteur corrompu.

Les 7 protagonistes se retrouvent piégés dans une cabane montagneuse lorsqu’une pluie diluvienne s’abat sur le gite.

Les longues heures d’attente seront l’occasion d’une remise en cause de leurs amitiés, de leurs vies mais également l’occasion de jeux de dupes.

Ainsi, les protagonistes s’empêtrent dans les manipulations afin de sauver leur entreprise. En effet, un inspecteur est venu examiner les problèmes de pollution engendrés par le rejet d’une odeur fétide par leur usine. Deux enjeux se confrontent alors : le maintien des emplois et les considérations écologiques.

Le groupe d’amis va tenter d’éliminer cet inspecteur encombrant avec des manoeuvres cocasses.

Au-delà de cette toile de fond, le narrateur vacille entre sa maîtresse, relation facile et sécurisante, et une parfaite inconnue, symbole d’une renaissance amoureuse.

Le ton du roman est pour le moins absurde. Le livre oscille entre des tergiversations amoureuses et une ambiance chaotique. Je n’ai pas réussi à accrocher avec le fil narratif de cet oeuvre.

J’ai largement préféré ma rencontre avec « Oh » et je déconseille ce roman pour une première approche de l’oeuvre de Philippe Djian.

Même si l’écriture est agréable, je n’ai pas été conquise par l’intrigue.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations : 

« Si ce doit être pour maintenant, ce ne sera plus à venir. Si ce n’est plus à venir, c’est pour maintenant. Et si ce n’est pas pour maintenant, pourtant mon heure viendra. L’essentiel c’est d’être prêt. » (Hamlet, V, 2).

« Si on ne peut pas avoir le cœur de quelqu’un, faut-il pour autant renoncer au reste ? »

La faim – Knut Hamsun (1890)

Et si nous abordions un chef de file de la littérature norvégienne ?

Knut Hamsun, prix Nobel de littérature en 1920, évolue dans un univers hors norme.

André Gide écrivait à propos de la Faim :

« On tourne les feuillets de ce livre étrange. Au bout de peu de temps on a des larmes et du sang plein les doigts, plein le coeur ».

Sentiment partagé, je suis restée complètement bouleversée par ce grand classique !

Knut Hamsun nous délivre le récit d’un indigent vagabondant dans les rues de Christiana, l’actuelle Oslo, à la recherche d’un morceau de pain.

Cet écrivain déchu s’échine à écrire chaque jour  dans l’espoir de faire naître un chef d’oeuvre et vivre de sa plume. Peu à peu, cette quête de l’écriture le mène vers une sombre pauvreté.

Le narrateur perd son logement, ses affaires une à une, puis ce qui lui reste de dignité. L’inexorable descente aux enfers est superbement dépeinte. Cette faim qui le ronge finit par prendre toute la place et ne fait qu’accentuer sa folie.

Knut Hamsun nous décrit avec brio les quelques bouffées de bonheur du narrateur dès qu’il se retrouve, par chance, en possession de quelques couronnes.

Un espoir fugitif bien vite rattrapé par un dénuement profond qui poursuit la route du narrateur dans la ville.

D’une très grande noirceur, ce récit psychologique est attelant même s’il n’existe pas vraiment de fil narratif puisque l’ouvrage dessine plutôt une spirale sans fin vers l’indigence.

Le ton n’est pas sans rappeler les romans russes chers à mon coeur.

Une prouesse d’écriture pour un roman inclassable qui restera ancré dans mes mémoires !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Je riais, je riais en me tapant les cuisses, je riais comme un enragé. Et pas un son ne me sortait de la gorge, mon rire était silencieux et fébrile, il avait la profondeur d’un sanglot… »

« Tout en marchant je la regarde et je deviens de plus en plus vaillant ; elle m’encourage et m’attire à soi par chacune de ses paroles. J’oublie pour un moment ma pauvreté, ma bassesse, toute ma lamentable existence, je sens mon sang courir, chaud, par mon corps, comme autrefois, avant ma déchéance »

« Il n’y avait pas un nuage dans mon âme, pas une sensation de malaise, et aussi loin que pouvait aller ma pensée, je n’avais pas une envie, pas un désir insatisfait. J’étais étendu les yeux ouverts, dans un état singulier ; j’étais absent de moi-même, je me sentais délicieusement loin »

Si Beale Street pouvait parler – James Baldwin (1974)

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Une histoire d’amour emprisonnée dans une Amérique rongée par le racisme. 

James Baldwin nous raconte une histoire d’amour, celle de Tish et Fonny. Amoureux depuis l’enfance, ils n’ont qu’une seule envie : créer une vie de famille comme les autres.

Le couple doit néanmoins survivre dans un climat oppressant de ségrégation. Ils restent marqués par leur couleur de peau, trace indélébile qui imprègne chacun de leur pas dans New-York. Tish est enceinte et un avenir paisible semble malgré tout se dessiner pour le jeune couple.

Cependant, à peine fiancés, ils sont rattrapés par un racisme implacable qui broie leur destinée. 

Fonny, cible toute tracée, est accusé à tort de viol et jeté en prison par un policier blanc. La justice américaine partiale se referme peu à peu sur lui.

La famille de Tish va essayer de braver l’impossible et entamer une défense perdue d’avance.

James Baldwin nous dresse le portrait d’un couple qui suffoque dans une Amérique profondément raciste. Reflet autobiographique, l’écrivain, ne supportant plus les discriminations ambiantes, quitte les Etats-Unis à l’âge de 24 ans.

Avec une profonde justesse, James Baldwin fait s’entremêler une histoire d’amour flamboyante avec les méandres d’une Amérique puritaine et raciste.

Un roman, malheureusement si contemporain, qui questionne et redonne malgré tout une forme de foi en l’humanité.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Dans cet oeil, vous n’existez pas, si vous avez de la chance. Mais si cet oeil, de sa hauteur, a été contraint de vous voir ; si vous existez dans cet univers hivernal qui s’étend derrière cet oeil, vous êtes marqué, marqué comme un homme en manteau noir qui s’enfuit en rampant dans la neige ».

« Le vrai crime, c’est d’avoir le pouvoir de placer ces hommes là où ils sont et de les y maintenir. Ces hommes captifs sont le prix secret d’un mensonge secret : les justes doivent pouvoir identifier les damnés »

Mademoiselle Chambon – Eric Holder (1996)

Et si nous parlions quelques instants de la fulgurance amoureuse ?

Antonio est maçon, il partage une vie tout en simplicité avec sa femme Anne-Marie et son fils, Kevin, une vie calme et douce sans l’ombre d’un frémissement mais pour autant remplie d’un amour serein.

Un jour Antonio va chercher son fils à l’école et va faire la connaissance de Mademoiselle Chambon, l’institutrice. L’attraction est immédiate et se tisse entre eux une relation tout en pudeur et en séduction.

Rapidement Antonio va être bouleversé par cette rencontre. Il va peu à peu vaciller et se sent de plus en plus happé par son désir naissant pour l’institutrice de son fils.

Mademoiselle Chambon commence, elle aussi, à prendre des prétextes pour revoir Antonio. Un triangle amoureux se forme peu à peu entre Antonio, Véronique et Anne-Marie.

Antonio va être emporté peu à peu dans ce pas de trois et verra son quotidien transformé.

Ce roman traite d’un thème récurrent de la littérature : l’infidélité. La plume d’Eric Holder nous en fait un tableau tout en délicatesse et transporte le lecteur dans la complexité du sentiment amoureux.

Ce moment de lecture juste et délicat ne restera pas indélébile mais m’a offert un doux instant de littérature…

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations :

« Parfois, il s’empêchait si fort de penser à elle, il en avait mal au ventre. Et, plié en deux, de tenir ainsi avec les mains son estomac noué, il concevait une sorte de vertige, son corps lui-même se révoltait contre, à proprement parler, sa volonté »

« Elle se revoit, les soirs d’hiver qu’il faisait si froid dehors, pelotonnée dans ses oreillers, à lire des romans interminables et bons. Elle ne se souvient pas d’être arrivée ici, chaque fois qu’elle rentrait du travail, sans une sorte de soulagement, l’hostilité, comme la froidure, ne passait pas la porte »

Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson (2016)

« Il est possible que le progrès soit le développement d’une erreur  » Jean Cocteau

Magistral récit de voyage, Sylvain Tesson nous transporte dans les zones sombres, dans les interstices de la nature protégée et grandiose.

Grièvement blessé suite à une chute, à sa sortie de l’hôpital, il se fait le serment d’amorcer un parcours de guérison physique et mentale à travers les chemins oubliés de France.

Du 24 août au 8 novembre 2015, il entreprend un périple à pied du Mercantour au côte du Cotentin. Ce voyage thérapeutique durera deux mois et demi.

A partir d’un rapport sur les départements hyper-ruraux, Sylvain Tesson va découvrir les chemins non balisés, perdus et délaissés. Ainsi, il va parcourir à pied ces chemins noirs, cachés, entourés de haies, de sous-bois. Sentiers rocailleux ou broussailleux, toujours hors du temps, où la nature a encore toute sa place.

Ce carnet de voyage est avant tout dédié à la Nature dans une France urbanisée à outrance. Parcours de résilience, Sylvain Tesson donne du sens à notre vision du monde.

Ce retour en arrière presque vitale nous donne de nouvelles clés de lecture de notre environnement. J’ai été touchée et bouleversée par la force du message de Sylvain Tesson qui nous alerte sur le monde moderne et nous ouvre les yeux avec émotion dans une ode à la nature.

J’ai aimé la description des paysages et de la société à travers son regard si juste. C est avec grand plaisir que j’ai partagé à ses côtés ce voyage initiatique.

Sylvain Tesson nous ouvre les chemins d’une autre voie, voulez-vous l’emprunter ?

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie ».

« Les nouvelles technologiques envahissaient les champs de mon existence, bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut ».

« L’aube ouvrait le ciel, tirant une ligne de clarté entre la terre et les nuages. Ici, tout lever de soleil recourait aux efforts de l’écailler écartant les lèvres du coquillage avec son couteau. Avançant vers Granville je regardai mille fois la flèche, ce cadeau pour une fois bénéfique des hommes à l’horizon. Jamais ne me lassa la vision de cette banderille fichée dans l’inconstant. Les dunes s’effondraient, les oiseaux s’énervaient, les houx craquaient leurs flammes éteintes. Des maisons se distribuaient sur les pentes, pleines de secrets de famille. Le chemin sinuait dans les genêts, s’avançait bravement au bord des falaises, regagnait le revers des dunes, en crevait la crête, s’effaçait sur les plages ».

Sorcières la puissance invaincue des femmes – Mona Chollet (2018)

Pour clôturer le mois de la femme, et si nous parlions de ces femmes qui brandissent l’étendard de la cause féministe ?

Elles ont bouleversé les mentalités et ont fait évoluer l’image de la femme dans notre société.

Je ne m’étais jamais véritablement attelée à un roman purement féministe. C’est chose faite avec le livre de Mona Chollet, « Sorcières la puissance invaincue des femmes ».

Naïvement, je pensais découvrir l’histoire de la sorcellerie et de la documentation étoffée sur la chasse aux sorcières. Thème fascinant, je cherchais à être éclairée sur cette période sombre de l’histoire.

Dans cet essai, Mona Chollet s’intéresse bien davantage aux héritières de ces sorcières : les femmes d’aujourd’hui.

Elle dresse ainsi un tableau tripartite de la femme contemporaine : la femme célibataire, la femme sans enfant et la femme âgée. Des portraits de femmes indépendantes qui parviennent à s’extraire du modèle stéréotypé de la vie maritale.

J’ai beaucoup apprécié la partie traitant du désir de stérilité. Mona Chollet n’a pas peur des mots et nous décrit ces femmes qui ne veulent pas d’enfant. Ce choix demeure encore aujourd’hui controversé face au schéma classique bien ancré dans la société.

Ce récit, aux références nombreuses, traite aussi de la charge mentale et des renoncements auxquels de nombreuses femmes doivent faire face.

Le poids des générations successives influence nos perceptions du désir d’enfant, de la vie de couple, ou de la beauté féminine…

Je ne sais pas si je peux partager intégralement les idées militantes de cet essai mais j’ai été intéressée par l’impact des préjugés historiques sur nos conceptions contemporaines.

Un livre féministe qui ne laisse pas indifférent !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Les contemporains sont façonnés par des évènements qu’ils peuvent ignorer et dont la mémoire même se sera perdue ; mais rien ne peut empêcher qu’ils seraient différents, et penseraient peut-être d’autre façon, si ces évènements n’avaient pas eu lieu ». (Françoise d’Eaubonne, Le Sexocide des sorcières)

« Aujourd’hui, l’indépendance des femmes, même quand elle est possible juridiquement et matériellement, continue de susciter un scepticisme général. Leur lien avec un homme et des enfants, vécu sur le mode du don de soi, reste considéré comme le cœur de leur identité ».

« Bien avant de prendre clairement conscience de ce crève-cœur, j’ai vécu moi aussi immergée dans un monde où il n’y avait rien de plus réel, rien de plus digne d’intérêt que les livres et l’écriture. Peut-être nos parents nous communiquent-ils parfois des passions si violentes qu’elles ne laissent de la place pour rien d’autre – surtout quand eux-mêmes n’ont pas pu s’y adonner comme ils l’auraient voulu ».

Si c’est un homme – Primo Levi (1947)

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » Winston Churchill

Et si nous parlions d’un témoignage indispensable ?

Nous avons tous beaucoup appris sur l’horreur des camps de concentration. Beaucoup de témoignages, de documentaires et de films ont tenté de décrire l’ineffable cauchemar des camps de la mort.

Malgré tous ces récits, j’avais souvent l’impression de ne jamais réussir à entrevoir la survie dans les camps d’extermination.

Issu d’une famille juive, Primo Levi, né à Turin en 1919, tente de résister au fascisme.  Déporté à Auschwitz en 1944, il sera libéré par l’armée rouge en janvier 1945, dans ce récit poignant il nous décrit son long parcours dans les camps de la mort.

De retour à Turin quelques mois plus tard, il sera hanté toute sa vie par l’expérience du Lager et finira par se suicider en 1987, à l’âge de 67 ans.

Déjà écrit en pensée à l’époque de sa déportation, comme une libération intérieure, c’est par les mots que Primo Levi raconte les conditions de vie à Auschwitz.

Primo Levi dépeint la déshumanisation mécanique et implacable à l’encontre des déportés mais aussi la capacité de résilience de l’âme humaine.

Un tel choc ne m’avait pas traversé depuis mes études et la découverte du film « Shoah » de Claude Lanzmann sorti en 1985.

Ciment du devoir de mémoire et Bible de l’humanité, ce récit sans l’ombre d’une trace de haine est incontournable pour comprendre la Shoah.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas de non plus de malheur absolu »

« Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n’a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands. Nous voici dociles devant vous, nous n’avez plus rien à craindre de nous : ni les actes de révolte, ni les paroles de défi, ni même un regard qui vous juge »

« Si je pouvais résumer tout le mal de notre temps en une seule image, je choisirais cette vision qui m’est familière : un homme décharné, le front courbé et les épaules voûtées, dont le visage et les yeux ne reflètent nulle trace de pensée »

« Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d’autres voies que par la raison, autrement dit des chefs charismatiques : nous devons bien peser notre décision avant de déléguer à quelqu’un d’autre le pouvoir de juger et de vouloir à notre place »

L’adversaire – Emmanuel Carrère (2000)

Chronique judiciaire

Emmanuel Carrère revient sur un fait divers tragique. Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses deux enfants puis ses parents.

Durant toute sa vie, il a fait croire à ses proches qu’il était un brillant médecin. Façonnant une vie de mensonges pendant dix-huit ans, il passait ses journées dans sa voiture ou dans les forêts de Jura alors que sa famille le croyait au travail.

Enlisé dans une vie de secrets et de mensonges, au pied du mur, acculé et rattrapé par ses secrets, il décida d’assassiner l’intégralité de sa famille.

Emmanuel Carrère commence à nouer une correspondance épistolaire avec ce criminel tout au long de son parcours judiciaire allant jusqu’à assister à son procès et lui rendre visite en prison.

L’écrivain semble mué par une volonté de comprendre et de remplir les zones d’ombre qui se cachent derrière cet homme. Emmanuel Carrère cherche à percer les ressorts psychologiques de cet homme et à comprendre les mécanismes qui aboutissent jusqu’au crime.

En effet, cette double vie remplie de mensonges allant jusqu’aux assassinats, de sang froid, de l’intégralité de sa famille intrigue le lecteur et l’écrivain.

Un portrait qui se lit d’une traite, en un souffle, la respiration presque coupée. L’auteur nous plonge dès les premières lignes dans cette tragédie.

Si les réponses à l’inimaginable ne sont pas apportées, nul doute que les réflexions sur la psychologie de cet homme et sur la mythomanie restent intéressantes.

Je ne peux que conseiller cette enquête ancrée dans le réel pour les amateurs de faits divers.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Quand on est pris dans cet engrenage de ne pas décevoir, le premier mensonge en appelle un autre, et c’est toute une vie… »

« Un ami, un véritable ami, c’est aussi un témoin, quelqu’un dont le regard permet d’évaluer mieux sa propre vie ».