L’art de la joie – Goliarda Sapienza (1994)

Et si nous parlions d’un des grands classiques de la littérature italienne ?

A l’assaut d’un incontournable de la littérature italienne, j’ai découvert « L’art de la joie » et le personnage emblématique de Modesta.

Née en Sicile en 1900, Modesta a grandi dans un dénuement total. Elle survit malgré les drames qui ont marqué sa jeunesse. Recueillie par des religieuses dans un couvent, elle découvre une vie ascétique et pieuse. A la mort de mère Leonora, sa protectrice, Modesta est introduit auprès de la famille de la défunte et connait pour la première fois une existence aisée dans une noble demeure. Elle s’établit peu à peu dans cette nouvelle vie et devient un pilier de la famille qu’elle va, au fil des années, construire.

Malgré les drames qui jalonnent son parcours et le poids implacable de l’histoire en marche et de la montée du fascisme, Modesta ne cesse de vivre avec de plus en plus d’intensité.

Toute sa vie sera marquée par ses élans de liberté. Ainsi malgré les épreuves qui traversent son existence, sa force semble inépuisable. D’une grande modernité pour son époque, Modesta vit pleinement son épanouissement sexuel et intellectuel. Son art de vivre ne semble pas trouver de limite.

Un roman qui dresse le portrait d’une femme transcendée par son désir, sa liberté et sa soif de vivre. Si j’ai eu parfois quelques difficultés à me plonger totalement dans cette oeuvre, j’ai aimé la puissance évocatrice de cette héroïne.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Dans l’anxiété de vivre j’ai laissé filer trop vite mon esprit »

« Comment pouvais-je le savoir si la vie ne me le disait pas ? Comment pouvais-je savoir que le bonheur le plus grand était caché dans les années apparemment les plus sombres de mon existence ? S’abandonner à la vie sans peur, toujours… Et maintenant encore, entre sifflements de trains et portes claquées, la vie m’appelle et je dois y aller »

Simone Veil : L’Immortelle – Bresson – Duphot (2018)

Et si nous abordions la vie de Simone Veil en couleur ?

Ce roman graphique aborde la vie de Simone Veil sous une nouvelle forme.

Construit autour des moments clés de son existence, nous découvrons tout d’abord la jeune fille résidant à Nice avec sa famille sous la montée du nazisme. Puis, avec beaucoup d’émotions, nous la suivons dans sa lutte acharnée dans l’horreur des camps de Drancy et d’Auschwitz.

Bien des années plus tard, Simone Veil est devenue une femme accomplie. Ministre de la santé, elle commence son combat pour l’adoption en novembre 1974 de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Ce roman nous rappelle, avec beaucoup de justesse, l’adoption périlleuse et polémique de la loi sur l’IVG mais nous offre également une nouvelle approche de la vie de Simone Veil.

Avec pudeur et émotion, j’ai aimé cette incursion inédite dans sa vie. Ce roman graphique traite à la fois d’un basculement historique et politique et du portrait intime d’une femme éblouissante.

Je ne peux que vous conseiller ce très bel hommage à une femme combattante devenue immortelle.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Que la prudence est une triste chose… – Stendhal (2020)

Et si nous partagions la vision du monde de Stendhal ?

A nouveau les éditions L’Orma nous proposent une nouvelle incursion dans la sphère privée de nos écrivains favoris.

Avec ce recueil, nous découvrons les correspondances de Stendhal. Les courriers adressés à sa soeur, ses amis ou son amante sont un prétexte à discourir sur sa vision du monde et de la littérature.

Dans ses lettres notamment à sa soeur, Stendhal promeut l’indépendance d’esprit. Il lui conseille de penser par elle-même et de ne pas suivre aveuglement l’opinion des autres. Puis, il se lance dans un portrait de Lord Byron. Cette description du célèbre poète anglais est particulièrement subtile. Il partage également avec ses proches son amour de l’Italie et dispense de véritables conseils pour apprécier pleinement la découverte de ce pays.

Ses mots témoignent de son enthousiasme et de sa vision si personnelle de la beauté du monde. J’ai beaucoup apprécié cette approche originale de la pensée de cet écrivain incontournable.

Plus globalement, je ne peux que vous conseiller la collection Les Plis qui offre un nouveau regard sur la sphère intime des écrivains et penseurs célèbres.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Une passion est la longue persévérance d’un désir : ce désir est excité par l’idée du bonheur dont on jouirait si l’on possédait la chose désirée (qui est en même temps l’idée du malheur de l’état actuel où l’on n’en jouit pas), et par l’espérance d’attendre ce but ; car, comme Corneille l’a fort bien dit de l’amour :

« Si l’amour vit d’espoir, il s’éteint avec lui »

À la ligne (Feuillets d’usine) – Joseph Ponthus (2019)

Et si nous travaillions à l’usine ?

Avec ce livre coup de poing, Joseph Ponthus nous propose une immersion brutale et crue dans le monde ouvrier.

Jeune intérimaire, Joseph enchaine les missions dans une usine de poissons puis dans un abattoir breton. Il vit au rythme des horaires décalés, des nuits de travail harassantes, de l’omniprésente des machines, de la répétition mécanique des mêmes gestes…

L’usine tel un monstre omnipotent dévore tout : sa vie, son corps, ses nuits de sommeil. Très rapidement, ce travail à l’usine et cette précarité constante deviennent toute son existence. Au-delà des souffrances du corps, toute sa psyché est engloutie dans ce travail à la ligne.

Les mots se dressent alors comme un rempart pour faire face et continuer à travailler. Ainsi, Joseph puise dans la littérature sa force de résilience. Avec intensité, nous suivons la lutte quotidienne de Joseph mais également sa perception de la beauté du monde dans la noirceur de la condition ouvrière.

Ce livre fort est porté par une écriture incomparable. Intentionnellement sans ponctuation, un véritable rythme se dégage de ce livre qui nous confronte à la vérité implacable du monde ouvrier.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Magie de la servitude volontaire

Tristesse du dimanche

Les mauvais jours finiront« 

« L’autre jour à la pause j’entends une ouvrière dire
à un de ses collègues
Tu te rends compte aujourd’hui c’est tellement
speed que j’ai même pas eu le temps de chanter »

Impossible – Erri De Luca (2020)

Et si nous nous plongions dans un huis clos ?

En plein coeur de la montagne, un homme meurt suite à une chute sur un sentier sinueux des Dolomites. Un alpiniste expérimenté, marchant juste derrière lui, prévient les secours.

Mais peu de temps après les faits, il apparaît que les deux hommes se connaissaient bien avant le drame. Quarante ans plus tôt, ils ont fait partie du même groupe révolutionnaire. La victime de cette terrible chute a dénoncé son camarade à la police afin d’obtenir un aménagement de peine.

Simple mort accidentel ou meurtre prémédité ? Un jeune juge va instruire l’affaire et débuter l’interrogatoire bien décidé à faire éclater la vérité. L’accusé est soupçonné d’avoir intentionnellement poussé son ancien camarade dans le vide.

Pourtant, le mis en cause n’a de cesse de nier les faits. L’interrogatoire entre le juge et l’accusé se transforme en une véritable joute verbale. Terrible vengeance ou simple coïncidence, un duel psychologique va se tenir entre les deux hommes.

Retranscrit comme une véritable audition, ce dialogue se transforme en un huis clos d’une grande intensité. Finalement cette échange n’est qu’un prétexte pour amorcer des réflexions plus poussées sur la justice, la vérité, la vengeance et l’amitié reliant les êtres…

Un texte puissant que j’ai beaucoup apprécié.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citation :

« C’est le parfait objectif du pouvoir, arriver au plus haut degré d’incompétence et décider de tout. Je vois la société comme une construction faite de matériaux de plus en plus mauvais au fur et à mesure qu’elle progresse vers le haut »

Tout ce que je vous dois – Virginia Woolf (2020)

Et si nous continuions à partager les écrits de Virginia Woolf ?

Les éditions Lorma nous proposent un recueil composé des lettres de Virginia Woolf à ses amies, ses amantes et à sa soeur.

Véritable éloge de l’amitié, ce livre décrit les relations intenses qu’elle entretenait avec ses proches. Ainsi nous découvrons les lettres adressées à Nelly Cecil, Vita Sackville-West, Ethel Smyth, Violet Dickinson ou encore à sa soeur Vanessa Bell…

Ces femmes avaient en commun l’amour de la littérature mais partageaient également des confidences ou des discussions malicieuses autour de ragots mondains. Dans ces écrits, Virginia dévoile aussi ses doutes et ses questionnements au sujet de son écriture.

L’ampleur de cette correspondance pleine d’esprit révèle une autre facette de la personnalité de Virginia Woolf. Au-delà de l’écrivaine, Virgina devient l’amie bienveillante, sensible et à l’écoute de ses proches. Ce recueil témoigne ainsi de son attachement pour ces figures féminines. Au fil des lettres, nous découvrons à quel point ces relations ont façonné sa vie et influencé sa construction personnelle et littéraire.

J’ai aimé ce doux moment dans le cercle amical et intime de Virginia Woolf.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citation :

« La littérature est, sans l’ombre d’un doute, l’unique profession intellectuelle et humaine qui vaille. Même la peinture tend à la pesanteur, et la musique rend les gens lascifs ; tandis que plus on écrit, meilleur on devient ».

L’anomalie – Hervé Le Tellier (2020)

Et si nous parlions d’un livre inclassable ?

Entre roman de science fiction, d’amour, dystopie, thriller policier ou oeuvre psychologique… Ce livre aux confins de tous les genres offre une immersion multiple à travers la littérature.

Parmi les 243 passagers du vol Air France 006 entre Paris et New York, nous découvrons un tueur à gages, un chanteur nigérian, une redoutable avocate, une jeune fille meurtrie, un écrivain, un architecte… Ces personnages, si diamétralement opposés, vont partager un même événement profondément insensé qui va bouleverser leur vie à tout jamais.

Nous découvrons, peu à peu, le quotidien de ces passagers. Malgré des personnages nombreux, Hervé le Tellier parvient en quelques lignes à donner de la consistance à ces caractères disparates. Confronté chacun à des maux bien personnels, un événement insensé relevant de la pure science fiction va les relier les uns aux autres. Le rêve devient alors réalité et ce qui paraissait inconcevable à notre imagination se transforme en pure vérité.

Avec une écriture aux styles multiples, Hervé le Tellier ose nous désarçonner complètement. Il parvient à happer son lecteur avec ce livre inclassable. Je suis ravie qu’un roman si atypique et addictif porté par une magnifique écriture ait pu remporter le prix Goncourt.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Le président américain reste immobile, comme sonné. Le mathématicien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l’idée désespérante qu’en additionnant des obscurités individuelles on obtient rarement une lumière collective ». 

« L’espoir nous fait patienter sur le palier du bonheur. Obtenons ce que nous espérions, et nous entrons dans l’antichambre du malheur »

Comment ne pas éduquer les enfants – Franz Kafka (2020)

Et si vous expédiez un livre sous pli pour les fêtes de fin d’année ?

Les Editions L’orma proposent la collection « Les plis », véritable petit bijou littéraire à envoyer à vos proches sans aucune modération.

En quelques lignes, ce recueil de correspondances porte un nouveau regard sur la vie intime des écrivains et penseurs célèbres.

Tout d’abord, dans plusieurs lettres adressées à sa soeur, Franz Kafka expose des préceptes éducatifs bien surprenants. Ainsi, ces écrits s’apparentent plutôt à de véritables recommandations et commandements éducatifs s’agissant de son neveu, Félix. Sa pensée pédagogique est bien curieuse, Franz Kafka estime que les parents n’ont pas pour mission d’éduquer leurs enfants !

Puis, nous découvrons sa correspondance avec Felice Bauer, devenue sa fiancée. Franz Kafka n’a de cesse de lui dépeindre son caractère « taciturne, insociable, renfrogné, égoïste et hypocondriaque » et sa santé fragile pour la convaincre de ne pas se marier avec lui. Allant jusqu’à révéler ses pires défauts à son beau-père pour éviter toute union maritale avec Félice Bauer. Malgré son amour, Franz Kafka n’aura de cesse de fuir. Ces lettres sont à la fois terriblement drôles mais aussi portées par un style brillant.

La dernière lettre écrite en 1919 à destination de son père expose la complexité de leur relation. Avec émotion, nous accédons à l’enfance de Franz Kafka qui nous dresse une véritable analyse du rôle parental dans sa construction personnelle.

A travers les photos de famille, le regard de ses proches et ses correspondances, j’ai aperçu l’intimité et la personnalité forte de Franz Kafka. J’ai aimé ce nouveau regard porté sur cet écrivain qu’on ne présente plus.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« On peut être trop jeune pour gagner sa vie, pour le mariage, pour mourir, mais, peut-on être trop jeune pour une éducation douce, sans entraves, propre à déployer en soi le meilleur ? »

« Ecrire, c’est s’ouvrir jusqu’à la démesure ; l’ouverture du coeur et le don de soi les plus extrêmes »

Nous sommes tous des féministes – Chimamanda Ngozi Adichie (2014)

Et si nous parlions de féminisme ?

Ce recueil comporte deux discours portés par la voix forte et puissante de Chimamanda Ngozi Adichie.

Le premier discours aborde la définition controversée du féminisme. A l’âge de quatorze ans, Chimamanda Ngozi Adichie entend pour la première fois le mot « féministe » dans une invective prononcée par son ami d’enfance. Elle n’a qu’une vision floue de cette notion mais perçoit déjà une connotation négative dans le ton employé par son ami. Tout au long de son discours, Chimamanda Ngozi Adichie va puiser dans son vécu pour offrir sa propre vision du féminisme, elle se définit ainsi comme « une féministe Africaine heureuse »

Née au Nigéria, elle a grandit dans un pays où le poids des traditions ancestrales et du sexisme fait rage et où la notion de féminisme reste exclusivement occidentale « le féminisme ne faisait pas partie de notre culture, que le féminisme n’était pas africain et que c’était sous l’influence des livres occidentaux que je me présentais comme une féministe ». 

Une lecture accessible pour donner une définition simple et moderne du féminisme accompagnée d’exemples percutants. J’ai beaucoup aimé ce texte que j’ai trouvé profondément juste.

Le second discours « Le danger de l’histoire unique » marque sa recherche de sa propre histoire notamment à travers la littérature celle de Chinua Achebe ou de Camara Laye. Elle met en exergue l’importance des histoires individuelles diverses pour façonner sa propre identité mais aussi pour humaniser l’autre. Avec des mots incisifs, elle combat la persistance des stéréotypes dans nos sociétés et nous montre une autre voie…

J’ai beaucoup aimé ce recueil à la fois drôle et percutant et j’aurai aimé prolonger ce moment avec la voix admirable et puissante de Chimamanda Ngozi Adichie !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« J’ai donc décidé d’être désormais une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes »

« Lorsque nous rejetons l’histoire unique, lorsque nous nous rendons compte qu’il n’y a jamais une histoire unique pour un lieu donné, quel qu’il soit, nous reconquérons une sortie de paradis »

La curée – Emile Zola (1872)

Et si nous nous plongions dans un roman mêlant l’or et la chair ?

Avec le deuxième volume de la série des Rougon-Macquart, Emile Zola construit une analyse autour du pouvoir de l’argent et du dérèglement des corps.

Aristide Saccard, frère d’Eugène Rougon, n’a qu’une seule soif, celle de l’argent. A l’aube de la proclamation du Second Empire, Aristide s’installe à Paris, bien décidé à faire fortune. Sous l’impulsion de son grand frère il gravit, petit à petit, les échelons et commence à se faire un nom dans la haute société parisienne.

Maîtrisant les spéculations, il fait fortune grâce à la transformation de Paris par le baron Haussmann. Sa nouvelle femme Renée symbolise ce Paris mondain. Elle se complait dans le luxe et n’a de cesse d’assouvir ses goûts dispendieux.

Pourtant son appétit ne semble jamais assouvi, Renée commence alors à ressentir du désir pour le fils de son mari, Maxime. Cet amant quasi incestueux jette une nouvelle perversion dans la vie de Renée. La ruée vers l’or s’accompagne alors d’une orgie de chair.

J’ai aimé découvrir Paris sous la plume d’Emile Zola qui, encore une fois, dissèque ses personnages et pose une étude sociale toujours aussi brillante.

Avec pour décor le Paris du XIXème siècle, Emile Zola dresse le portrait de ces parvenus aux désirs outranciers et inassouvis. Entre enrichissement spéculatif et dépravation morale, Emile Zola dresse une analyse fine et acerbe du Second Empire.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Et, à mesure que la calèche s’éloignait, il lui semblait que le crépuscule emportait derrière elle, dans ses voiles tremblants, la terre du rêve, l’alcôve honteuse et surhumaine où elle eût enfin assouvi son coeur malade, sa chair lassée ».

« Alors le drame était fini ? Son crime, les baisers dans le grand lit gris et rose, les nuits farouches de la serre, tout cet amour maudit qui l’avait brûlée pendant des mois, aboutissait à cette fin plate et ignoble ».