Décomposée – Clémentine Beauvais (2021)

Et si nous divaguions autour d’un poème de Charles Baudelaire ?

Dans ce court récit, entre roman et poésie, Clémentine Beauvais donne un nouveau souffle à l’oeuvre de Charles Baudelaire. Elle revisite avec inventivité le célèbre poème « une charogne ».

Pour Baudelaire, cette charogne n’est qu’une femme lubrique en décomposition, Clémentine Beauvais dévoile sa face cachée. Elle dresse son parcours, ses rencontres et sa destinée jusqu’au détour d’un sentier. Elle redonne vie à cette inconnue en l’imaginant amoureuse, avorteuse ou tueuse.

Au-delà du simple corps décomposé, Clémentine Beauvais oeuvre avec poésie pour donner un souffle féministe et libre à cette femme meurtrie par la vie.

J’ai passé de douces minutes en compagnie de cette autrice au style inventif et audacieux !

Merci à la collection @icono.pop et aux @ed_iconoclaste pour cet envoi.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Tout en elle était reste. Reste de beauté nuageuse,
reste de fierté jaune dans les yeux,
reste de joie, reste de mélancolie,
tout ce qu’elle avait été un jour jusqu’à l’excès,
elle ne l’était plus que peu,
comme la cendre garde quelque temps sa tiédeur
dans ses replis les mieux tassés »

Le Dernier Jour d’un Condamné – Victor Hugo (1829)

Et si nous commentions une plaidoirie historique ?

Avec le Dernier Jour d’un Condamné, Victor Hugo fait entendre avec force la voix de tous les accusés.

Dans ce court texte, nous suivons le parcours d’un homme durant les six semaines précédant son exécution. Au cœur de cette attente insoutenable au fond d’un cachot, cet âme oscille entre espoir et anxiété grandissante.

Peu importe le crime, le mobile ou les antécédents de cet homme, seul compte cette terrible attente avant sa mort imminente. Par le biais de son journal intime, il va livrer au lecteur avec une extrême promiscuité ses pensées et toutes ses émotions à l’approche de sa dernière heure.

Dans ce monologue poignant, le lecteur ressent à l’unisson le cri de douleur et de désespoir de cet accusé plongé dans un terrible calvaire.

Véritable réquisitoire contre la peine de mort, Victor Hugo met à nu la torture d’un homme dans un récit toujours emprunt d’une incroyable modernité.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Est-ce donc la vie d’un homme? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent «moi». Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi. »

« Se sont-ils jamais mis, seulement en pensée, à la place de celui qui est là, au moment où le lourd tranchant qui tombe mord la chair, rompt les nerfs, brise les vertèbres… Mais quoi ! une demi-seconde ! la douleur est escamotée… Horreur ! »

« Les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis ».

Le bal des folles – Victoria Mas (2019)

Et si nous acceptions une invitation pour le bal ?

En 1885 au sein de l’hôpital de la Salpêtrière s’organise le « bal de la mi-carême ». Toute la haute société parisienne vient curieuse et fascinée à la rencontre de ces femmes enfermées dans l’établissement. Pour préparer cette soirée unique, les patientes s’apprêtent pendant des jours et associent ce bal à un élan de liberté retrouvé. Pourtant, cette soirée grotesque n’est que l’occasion de les exposer…

Sous prétexte d’une folie passagère, d’un comportement déviant ou juste d’une différence, elles sont emprisonnées de force souvent par leur mari ou leur père. Le bal est comme un instant suspendu dans leurs conditions de vie suffocantes entre enfermement et expérimentations du célèbre Professeur Charcot.

Eugénie est l’une d’entre elles. Loin d’être une jeune fille hystérique ou possédée par des voix, elle est pourtant connectée aux morts. Ses prédispositions vont l’entrainer malgré elle vers la Salpêtrière…

Ce premier roman singulier proposé par Victoria Mas nous ouvre les portes de la Salpêtrière, une immersion dans une réalité mêlant histoire et conditions de la femme au XIXème siècle. J’ai aimé ce livre qui se révèle comme un cri vibrant et puissant, celui de ces femmes muselées et condamnées à l’emprisonnement à perpétuité.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citation :

« Loin d’hystériques qui dansent nu-pieds dans les couloirs froids, seule prédomine ici une lutte muette et quotidienne pour la normalité »

Nous – Evgueni Zamiatine (1924)

Et si nous abordions les fondations du roman dystopique ?

D503 est le constructeur de l’intégrale : un vaisseau spatial. Membre de l’Etat Unitaire, il évolue dans un monde où les numéros se sont substitués aux noms. Dans cet univers où règne l’ordre et le temps millimétré, les villes sont cloisonnées. D503 évolue, comme ses semblables, en automate.

Sa rencontre fantasque et hors norme avec une certaine I-330 vient faire basculer brutalement sa conception du monde. Cette relation amoureuse passionnelle propage en lui un mot inconnu et défendu : celui de révolution.

Un des premiers romans dystopiques, Nous a eu un impact majeur sur des oeuvres incontournables de la science fiction comme 1984 de Georges Orwell. A travers cet univers, Evgueni Zamiatine vient dénoncer avec force et anticipation les dérives totalitaires du régime soviétique et promeut la liberté.

J’ai trouvé cette oeuvre difficile d’accès et assez ardu tant par la syntaxe employée que par l’univers difficile à appréhender. Le parcours de Evgueni Zamiatine permet de mieux comprendre la portée de ce livre. Fervent partisan de la révolution russe de 1905, il s’oppose au totalitarisme bolchévique et obtient de Staline l’exil en 1931. Une critique brûlante qui a laissé sa trace dans la littérature !

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations :

« Bien entendu, cela n’a rien à voir avec les élections désordonnées et désorganisées des anciens, lorsque – il y a de quoi rire ! – on ne connaissait même pas à l’avance le résultat des élections. Construire un État sur des hasards absolument impondérables, à l’aveuglette – quelle ineptie ! »

« Mais nous, nous savons que rêver est le signe d’une maladie psychique grave« 

Pour aller plus loin :

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/une-vie-une-oeuvre-evgueni-zamiatine-1ere-diffusion-30051991

Fort comme la mort – Maupassant (1889)

Et si nous évoquions la vie d’un peintre sur le déclin ?

Brillant artiste mondain, Olivier Bertin mène une carrière florissante en tant que peintre. Il a dressé le portrait de nombreuses femmes toutes plus sublimes les unes que les autres. Issue de la haute bourgeoisie parisienne et épouse d’un riche commerçant, Anne de Guilleroy est l’une de ces femmes. Son visage angélique, sa beauté et son élégance ont conquis le peintre.

Une relation adultère et passionnée lie Anne de Guilleroy et Olivier Bertin et se prolonge dans le temps. Après plusieurs années d’absence, la fille d’Anne réapparait à l’apogée de sa beauté. Anne est le portrait de sa mère et Olivier Bertin y retrouve la jeune femme qu’il a connu. L’apparition de Anne vient perturber l’équilibre de leur relation…

Un roman où la force du sentiment amoureux fait face à l’épreuve du temps. Porté par un style flamboyant, j’ai aimé ce livre qui entremêle avec nostalgie l’étiolement des relations amoureuses et le ravage du temps.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Dans les coeurs les plus droits le désir souffle parfois comme un coup de vent qui emporte la volonté »

« Elle avait eu la révélation subite de ce glissement de l’heure, de cette course imperceptible, affolante quand on y songe, de ce défilé infini des petites secondes pressées qui grignotent le corps et la vie des hommes »

Nuages flottants – Fumiko Hayashi (1951)

Et si nous voyagions dans un Japon en ruine ?

Yukiko rentre à Tokyo après un long séjour passé en Indochine. Elle va retrouver un pays marqué par la seconde guerre mondiale et profondément meurtri. Elle tente de retrouver l’homme qu’elle a tant aimé en Indochine et avec qui elle a entretenu une relation fusionnelle. Si elle parvient à le revoir, les modifications de Tokyo et le poids de la guerre ont considérablement bouleversé leur relation.

L’homme qu’elle a connu a retrouvé sa famille et tente de recommencer à vivre dans un pays dévasté par la défaite. Ses deux êtres unis par un amour passionnel en Indochine sont devenus des étrangers. Réussiront-ils à faire renaître leur relation sur les cendres d’un pays en ruine ?

Entre ivresse et misère, ce roman dévoile un amour déboussolé par la guerre. Porté par une jolie écriture, ce livre nous entraine dans une relation tumultueuse et malsaine. Si je n’ai pas été transportée totalement par l’intrigue marquée par quelques longueurs, je salue cependant ce roman d’une grande modernité avec un portrait de femme remarquable.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Il imagina sa propre silhouette sous la forme d’un nuage flottant. Un nuage errant au gré du vent qui, un jour, quelque part, insensiblement, disparaîtrait ».

Broadway – Fabrice Caro (2020)

Et si nous choisissions le rire comme rempart face à l’absurdité du monde ?

A l’âge de quarante-six ans, Alex reçoit une enveloppe pour le dépistage du cancer colorectal. Ce courrier le confronte, avec angoisse et humiliation, à son vieillissement.

Ce père de famille semble littéralement asphyxié entre le délitement de son couple, le comportement de ses enfants, les apéritifs réglementaires avec ses voisins ou encore la perspective de vacances paddle à Biarritz avec ses amis… Sa vie millimétrée dans une maison familiale au coeur d’un lotissement semble de plus en plus l’oppresser !

Piégé entre les années qui s’écoulent inexorablement et l’absurdité de la vie, cet homme jette un regard cynique et angoissé sur son existence. Ponctué par ses obsessions et son anxiété, nous suivons avec délice le parcours d’Alex.

Fabrice Caro, avec son ton acerbe et irrévérencieux, nous dresse le portrait jubilatoire d’un homme en pleine crise existentielle !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il est indiqué sur le porte-chandelier le tarif pour un cierge, un ou deux euros, et je me demande si la prière a statistiquement plus de chances d’aboutir si l’on donne deux euros plutôt qu’un »

« La vieille dame est toujours là, exactement à la même place, immobile, et je commence à me demander s’il s’agit d’une vraie dame ou si l’Église, devant la catastrophique désertion de ses ouailles, ne place pas des mannequins de cire pour sauver la face » 

« On devrait toujours s’inventer des angoisses insensées pour les déconstruire dans la foulée et se sentir léger »

L’héritage d’Esther – Sándor Márai (1939)

Et si nous faisions la rencontre d’Esther ?

Avec ce bref récit, Sándor Márai plonge avec délice le lecteur dans un huit clos envoûtant où se mêle quête de souvenirs, silences et non-dits.

Esther est une vieille femme pleine de sagesse et d’une extrême douceur. Elle vit recluse dans une maison retirée. Solitaire, elle regarde avec mélancolie son passé où demeure immobile un homme qui a bouleversé son existence.

Des années après leur dernière rencontre, Lajos lui adresse une lettre lui annonçant sa venue. Esther est comme plongée à nouveau dans cette histoire d’amour inachevée. Lajos sait manier les mots et évolue avec son charisme naturel. Malgré son absence de morale, Esther a été conquise dès la première seconde par cet homme insaisissable et reste soumise à son pouvoir des années plus tard…

Conquise par l’écriture cristalline et vive de Sándor Márai, ce roman nous dévoile en quelques lignes la psychologie des personnages et parvient aussi à préserver le mystère de leur relation jusqu’à la dernière ligne. Un récit court et intense qui témoigne à nouveau du talent de Sándor Márai et dont j’aurai aimé prolonger la lecture…

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Alors que nous étions assis sur le banc de pierre, je compris brusquement – et de façon désespérante – qu’il vient un moment où l’on ne peut plus rien « réparer » »

« On peut passer sa vie à taire l’essentiel. Quelquefois même, on en meurt. Mais il arrive qu’on ait la possibilité de parler ; alors il n’est pas permis de continuer à se taire »

La papeterie Tsubaki – Ogawa Ito (2016)

Et si nous nous exercions à la calligraphie ?

Suite au décès de sa grand-mère, Hatoko hérite de la papeterie Tsubaki et revient vivre à Kamukara, sa ville natale.

Au-delà de la simple papeterie, la modeste boutique est aussi le lieu où s’exerce un art exigeant : celui de la calligraphie. Initiée par sa grand-mère, Hatoko a appris cette écriture dès son plus jeune âge et elle est devenue un écrivain public reconnu.

Par son métier, Hatoko est plongée au coeur de la vie de ses clients. Ils viennent frapper à sa porte afin de la solliciter pour différents écrits : condoléances, lettres de rupture, voeux… Avec soin et exigence, Hatoko choisit une plume, une nuance de couleur, des matières ou des caractères particuliers d’après la personnalité qu’elle perçoit de son interlocuteur. Avec application, elle écrit et envoie les correspondances.

La découverte de ce métier fascinant s’accompagne d’une initiation au voyage au coeur de la station balnéaire Kamukara, située au sud de Tokyo. Ce livre nous dévoile un Japon rythmé par les saisons successives, l’art culinaire et la calligraphie.

Si j’ai aimé l’immersion dans un Japon mêlant tradition et modernité, j’ai cependant été déçue par le style et par l’aspect assez convenu de l’intrigue.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citation :

« Et maintenant que son corps avait disparu, elle continuait à vivre dans les calligraphies qu’elle avait laissées. Son âme les habitait. C’était ça, l’essence de l’écriture ».

Pour aller plus loin, la suite :

https://www.babelio.com/livres/Ogawa-La-Republique-du-bonheur/1244343

Anaïs Nin sur la mer des mensonges – Léonie Bischoff (2020)

Et si nous découvrions la vie d’Anaïs Nin ?

Avec ce somptueux roman graphique, nous sommes transportés au coeur de la vie et de l’oeuvre d’Anaïs Nin. Entre son parcours d’écrivain et ses explorations sensuelles, cette rencontre avec Anaïs Nin est à la fois fascinante et bouleversante.

Sa quête d’indépendance ne connaît pas de limite, elle veut devenir écrivain et tient depuis l’enfance un journal, devenu double d’elle-même. Ses écrits lui permettent d’explorer les profondeurs de son âme.

Au-delà de l’indépendance de son esprit, nous découvrons celle de son corps. Anaïs Nin a choisi une voie à l’opposé d’une vie d’épouse conformiste et entretient une relation adultère avec Henry Miller. Cette liaison captivante, source d’inspiration mutuelle, offre une nouvelle approche de l’oeuvre des deux écrivains. Cette bande dessinée explore également sa vie sexuelle sulfureuse et profondément dérangeante.

Ce roman graphique met en lumière l’âme artistique et créative d’Anaïs Nin mais aussi ses désirs inavouables et sombres

Porté par des planches poétiques et sublimes, ce roman graphique est un vrai coup de coeur !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citation :

« Chaque homme à qui j’ai fait lire mes textes a tenté de changer mon écriture. Ecrire comme un homme ne m’intéresse pas. Je veux écrire comme une femme. Je dois plonger loin de la rive pour trouver les mots…sous la mer des mensonges »