Marcher dans tes pas – Léonor de Recondo (2025)

Et si nous évoquions un exil familial ?

Dans ce récit poétique et sensible, Léonor de Recondo évoque la fuite précipitée de sa famille sous la menace franquiste.

En 2022, Léonor de Recondo a la possibilité d’acquérir la nationalité espagnole, en tant que descendante d’exilés politiques. Ces démarches administratives seront l’occasion de comprendre son histoire familiale.

Dans cette quête identitaire intime, Léonor de Recondo fait surgir l’image de sa grand-mère, Enriqueta. Femme courageuse et discrète, Enriqueta est un véritable point d’ancrage pour toute sa famille et vit dans un foyer paisible en Espagne. En août 1936, lorsque le pays plonge dans la guerre civile, elle doit fuir brusquement sa maison et traverse le pont reliant Irun et Hendaye avec ses enfants. Loin de ses terres natales, Enriqueta arrivera-t-elle à préserver l’identité familiale et à se reconstruire ?

En convoquant les fantômes familiaux, Léonor de Recondo s’enracine dans le territoire de ses ancêtres. Elle plonge dans ce passé fragilisé et interroge cette filiation avec un style intime mêlant souvenirs et poésie.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Mais on n’oublie pas sa langue maternelle, aussi complexe soit-elle. Elle est la terre, le lien, le chant, le réconfort, la rigueur avec laquelle on se construit ». 

« Enfants et petits-enfants, souvenons-nous.
La mémoire se travaille, elle n’est pas acquise, elle se cultive.
Souvenons-nous ».

La paix des ruches – Alice Rivaz (1947)

Et si nous choisissions un récit résolument féministe ?

Avec une plume moderne et dynamique, Alice Rivaz explore l’usure du couple.

Jeanne n’aime plus son mari. Pourtant, elle ne se résout pas à le quitter. Peu à peu, leur relation s’est distendue, entre absences et infidélités. Face à ses désillusions, Jeanne se prend à rêver d’indépendance et de liberté, loin de la sphère domestique. Malgré ses élans d’émancipation, elle idéalise les relations sentimentales et demeure une éternelle amoureuse.

Ses réflexions sont enrichies par les amitiés féminines qu’elle a nouées dans sa sphère professionnelle. La vision de ses amies et leurs choix résonnent en elle, entre divergences et similitudes. Jeanne parviendra-t-elle à changer sa vision des rapports amoureux ?

Dans ce récit précurseur, Alice Rivaz met en exergue des thématiques féministes contemporaines. Agrémentée de l’excellente préface de Mona Chollet, je recommande cette lecture percutante, à la fois courte et cinglante !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Nous ne pouvons rien effacer ; nos souffrances, nos joies, s’ajoutent les unes aux autres. Elles ne s’annulent pas, elles s’additionnent, traçant ces cercles concentriques autour du noyau de notre être. Ainsi nos amours. Il n’en est point qui puissent vraiment mourir une fois nés, ils convient leur vie en nous. Même si nous ne le savons pas ».

« Ce que nous n’aimons pas, c’est cette absence de solidarité entre eux et nous, cette incorrection première dans la distribution des tâches journalières entre eux et nous. Quand donc apprendront-ils le sens de la justice qui pourtant enfle parfois leurs voix dans les parlements, les cathédrales, qui les fait descendre dans la rue et élever des barricades ? »

La Bonne Mère – Mathilda Di Matteo (2025)

Et si nous évoquions une relation mère-fille ?

Dans ce premier roman étincelant, Mathilda Di Matteo dresse le portrait d’une cagole et tisse une relation ambivalente entre une mère et sa fille.

Lorsque Clara monte à Paris, elle quitte l’effervescence marseillaise et Véronique, une mère exubérante. Ce départ creuse le fossé entre mère et fille. Solitaire et effacée, Clara s’est construite en opposition avec cette mère étouffante. Ses études à Paris accentuent la différence culturelle avec sa famille. Lorsqu’elle rentre à Marseille avec Raphaël, un jeune homme bourgeois et condescendant, Véronique ne l’apprécie pas et le surnomme le « girafon« . Raphaël symbolise la nouvelle vie parisienne de sa fille avec ces codes sociaux si éloignés de son univers. Écartelée entre sa famille et cette nouvelle vie, Clara parviendra-t-elle à trouver sa place ?

Avec ce premier roman à l’accent chantant, Mathilda Di Matteo aborde avec intelligence un transfuge culturel. En évoquant une relation tumultueuse entre une mère et sa fille, elle dresse une fresque sociale fracassante et met en lumière les violences qui s’immiscent dans tous les milieux.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Certains disent, comme pour contrer son pouvoir, qu’elle est vulgaire. Moi, je dirais qu’elle est solaire. Un soleil de canicule, du genre incendiaire »

« Je ne suis pas de celles qui savent cultiver l’absence. L’attente. J’ai toujours été impressionnée par les femmes sur la réserve, sincère ou simulée. Celles qui savent faire languir, et d’un message évasif, d’un coin de regard, laissent un aveu en suspens. Moi j’ai la présence asphyxiante. L’amour expansionniste. Je suis là, j’aime partout, et je le fais savoir. J’aime sans compter, sans réfléchir, sans respirer, même sans réciprocité. Si c’était vraiment vu comme une qualité de notre société, je serais jalousée pour ce talent inné et infatigable. Apparemment, ça me rend surtout insupportable »

Kairos – Jenny Erpenbeck (2025)

Et si nous étions transportés par une passion destructrice ?

Un soir d’été 1986, dans une Allemagne encore morcelée par la guerre froide, Katharina rencontre Hans, un homme marié.

Jeune étudiante, elle est immédiatement fascinée par la prestance de cet écrivain plus âgé qui l’éblouit par son érudition. Sans hésiter, Katharina entame une liaison passionnée, malgré leur différence d’âge et le refus de Hans de quitter sa femme. Envoûtée, elle se plie aux exigences et aux désirs de cet homme. L’intensité de leur amour laisse peu à peu place à des mécanismes insidieux d’emprise et de domination. Leur relation idyllique vacille, tout comme l’Allemagne de l’Est. Katharina et Hans assistent au lent déclin de la RDA jusqu’à la chute du Mur, dérivant eux aussi dans cet amour tortueux. Jusqu’où ce basculement politique et amoureux les conduira-t-il ?

En mêlant le politique et l’intime, Jenny Erpenbeck propose de démêler les ressorts du pouvoir. J’ai aimé l’imbrication perpétuelle entre le contexte historique et l’évolution de cet amour dévorant. Cependant, une atmosphère malsaine imprègne tout le roman et met en lumière une relation dérangeante, faite d’humiliation et de contrôle.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

La nuit au coeur – Nathacha Appanah (2025)

Et si nous évoquions une claque littéraire ?

Véritable déflagration de cette rentrée littéraire, Nathacha Appanah, avec une plume remarquable et puissante, convoque les trajectoires de trois femmes et livre une enquête glaçante sur les féminicides.

En mêlant récit autobiographique, psychologique et réaliste, Nathacha Appanah dissèque le lent engrenage qui a conduit trois femmes à devenir victimes de violences : Chahinez Daoud, tuée puis immolée par son mari ; sa cousine Emma, assassinée par son conjoint, et elle-même, prisonnière d’une relation d’emprise durant six longues années. Comment l’amour peut-il se transformer en nuit noire ?

Entre jalousie, domination et brutalité, Nathacha Appanah, dans ce livre coup de poing, témoigne d’une descente aux enfers. Elle révèle les dysfonctionnements judiciaires et décortique les mécanismes insidieux qui conduisent aux violences. Dans une atmosphère oppressante ponctuée de cris glaçants, Natacha Appanah nous entraîne dans ce récit déchirant vers les ténèbres.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il y a le cri des mères qui voudraient remonter le temps et prévenir, il y a une partie des corps des mères qui meurent en même temps que leur enfant et il y a des mères qui entendent leur enfant les appeler au secours ».

« J’aurais aimé savoir, à ce moment-là, que depuis très longtemps, certains hommes utilisent ces mêmes mots, folle, petasse, salope, pute, hystérique, manipulatrice, lesbienne, pour décrire les femmes qui n’ont pas peur d’eux ».

Haute-folie – Antoine Wauters (2025)

Comment rompre le silence écrasant d’un héritage familial ?

Dans ce récit incendiaire, Antoine Wauters évoque le destin d’un jeune homme écorché par les tragédies.

Né le jour d’un incendie qui a ravagé toute la ferme familiale, Joseph a vu le jour dans l’embrasement de son avenir. Avec ses parents, il se réfugie chez son oncle.

Son père Gaspard est décidé à tout reconstruire pour élever son fils. Cependant, la précarité financière qui les assaille les rend vulnérables et les drames continuent de les poursuivre comme des malédictions. Élevé par son oncle et sa tante, Joseph a grandi avec un voile de silence devant les yeux, construit par sa famille. En arpentant le monde pour essayer de percer un silence assourdissant, Joseph parviendra-t-il à trouver la paix ?

Dans ce roman incandescent, Antoine Wauters convoque les fantômes, il explore les ressorts du désespoir et l’ombre menaçante de la folie. Un très beau roman entre ombre et lumière qui retranscrit avec éclat une mémoire familiale hantée.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Mais à la vérité, le ciel est vide et il n’y a personne à blâmer, aucune malédiction, aucun regret, juste du temps qui nous est offert et dont il faut prendre soin ».

« La folie ? C’est le pays des souffrances qui n’ont plus nulle part où aller ».

L’homme sous l’orage – Gaëlle Nohant (2025)

Et si nous dévorions un huis clos énigmatique ?

Tandis que la Première Guerre mondiale fait rage, à l’écart du front, un château reculé, au cœur d’un domaine viticole, semble encore préservé. Un soir d’orage, un homme se présente aux portes de la demeure et demande refuge à la maîtresse de maison, Isaure.

Isaure reconnaît Théodore, un peintre talentueux qu’elle avait déjà accueilli plusieurs fois en temps de paix. Lorsqu’elle découvre qu’il est déserteur, Isaure le congédie froidement. Sa fille, Rosalie, emportée par un élan de compassion et une fascination pour Théodore, décide de le cacher au grenier. Jusqu’où ce secret va-t-il entraîner Rosalie ?

Porté par des personnages lumineux et complexes, ce roman bien construit nous transporte dès la première ligne. Au-delà d’une histoire d’amour dans le décor de la Grande Guerre, Gaëlle Nohant interroge le parcours des femmes restées à l’arrière du front et dénonce le carcan imposé aux jeunes filles. En conjuguant émancipation féminine et traumatismes de guerre, ce récit, d’une force romanesque indéniable est une belle réussite !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« J’ai besoin de ton espoir pour ne pas renoncer au mien »

Home – Toni Morrison (2012)

Et si nous parlions d’un roman déchirant ?

Dans ce court ouvrage, avec un style envoûtant, Toni Morrison met des mots sur la violence de l’Amérique des années 50.

Frère et soeur, Frank et Cee ont été élevés dans un foyer imprégné par l’indifférence parentale, la violence de la ségrégation et du racisme.

Des années plus tard, hanté par des images de la Guerre de Corée, Frank, ancien vétéran, est emporté par une rage bouillonnante qui ne parvient pas à s’apaiser. Tandis que Cee, grièvement malade, est soumise à la toute-puissance d’un médecin. Prévenu que sa soeur court un grave danger, Frank traverse les États-Unis pour la retrouver. La relation qui les unit pourra-t-elle les sauver ?

Dans ce roman, Toni Morrison redonne foi en la liberté malgré les traumatismes. Avec une force d’écriture incroyable, elle nous plonge dans ce court récit, entre cruauté et grâce, dans une œuvre profondément humaine.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde. »

« Voilà que revenait la rage incontrôlée, la haine de soi déguisée en faute de quelqu’un d’autre ».

L’affaire Rachel – Caroline O’Donoghue (2024)

Et si nous nous imprégnions d’un roman fougueux ?

A Cork, une ville irlandaise, Rachel et James travaillent tous les deux dans une librairie. Immédiatement impressionnée par le charisme de James, Rachel s’engouffre dans cette amitié fusionnelle.

Issue d’un milieu bourgeois, Rachel a toujours connu une existence confortable jusqu’à la faillite financière de sa famille, qui l’oblige à travailler pour financer ses études. En revanche, James, originaire d’un milieu plus modeste, travaille comme libraire en rêvant à une carrière de scénariste.

Comme une évidence, Rachel emménage avec James dans une maison vétuste située au Nord de la Ville. Cette cohabitation festive symbolise toute l’effervescence de la jeunesse irlandaise. Entre les soirées dans les bars, l’émulsion de la vie étudiante et leur activité de libraires, Rachel et James partagent leur quotidien. Lorsque Rachel s’éprend de Fred Byrne, son professeur de littérature, elle décide avec James d’organiser une dédicace dans la librairie pour se rapprocher de lui. Jusqu’où cette rencontre va-t-elle bouleverser cette amitié passionnelle ?

Avec un style décomplexé et fluide, Caroline O’Donoghue interroge les ambitions de la jeunesse irlandaise mais également les interrogations autour de la sexualité. Si je n’ai pas été totalement conquise par le style de ce roman, il demeure vivifiant et offre un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citation

« L’année à Shandon Street a beaucoup fait pour moi mais elle m’a surtout permis cela : me détacher de tout système moral inculqué.
J’ai arrêté de jauger les autres selon les valeurs qu’on m’avait enseignées: qui était un loser, qui était un homo caché, qui trompait sa femme.
J’ai appris l’importance du contexte et des per-sonnes. Ça m’a été bien utile plus tard, quand je suis devenue journaliste ».

La Chambre de Giovanni – James Baldwin (1956)

Et si nous mêlions désir et trahison ?

Dans le décor parisien effervescent de l’après-guerre, David, un jeune Américain rencontre Giovanni, un immigré italien d’une beauté désinvolte. Un désir tortueux pour cet homme le submerge, alors que sa fiancée est partie pour l’Espagne.

Ébranlé par cette attirance, David se laisse emporter dans une relation passionnelle avec Giovanni jusqu’à partager un logement exigu avec lui. Leurs rapports s’intensifient au fil des mois mais David est tiraillé entre son désir et un sentiment de honte. Jusqu’où cette relation heurtera-t-elle son identité ?

Porté par un style brillant et sensitif, James Baldwin nous transporte dans cette relation tumultueuse entre deux hommes. Dans un milieu parisien marginalisé, James Baldwin retranscrit avec une grande maîtrise les douleurs liées à l’identité sexuelle.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La mort de l’innocence est aussi la mort de la culpabilité ».

« Mais on ne peut malheureusement pas inventer nos amarres, nos amants ni nos amis, pas plus qu’on ne peut inventer nos parents. La vie nous les donne et nous les reprend, et la grande difficulté est de dire oui à la vie ».