Les yeux d’Elsa – Louis Aragon (1942)

Pour prolonger l’été et si nous lisions des poèmes ?

Instant suspendu dans le temps, ce recueil nous propose une immersion enchanteresse à travers les mots d’Aragon.

Il est bien difficile de vous parler d’un recueil de poèmes, tant cette lecture est personnelle. Dans cette oeuvre Louis Aragon dessine à la fois le portrait de la France durant la Seconde Guerre Mondiale mais aussi celui de sa muse, Elsa Triolet. Il parvient à nous émouvoir par la force de sa détresse dans « La Nuit de Dunkerque » ou de son amour passionné dans le « Cantique à Elsa ».

Ce recueil s’accompagne aussi des réflexions d’Aragon sur la composition de ses poèmes, ses choix artistiques et son travail d’écrivain. Le regard de l’auteur sur ses propres mots donne une toute nouvelle dimension à sa poésie.

Pour vous retranscrire ma passion pour la beauté de l’oeuvre d’Aragon, je ne peux que vous inciter à le (re)lire.

Merci aux éditions Seghers pour cet envoi !

Et si je choisissais un extrait aussi beau par la forme que par le fond ?

Je te touche et je vois ton corps et tu respires

Ce ne sont plus les jours du vivre séparés

C’est toi tu vas tu viens et je suis ton empire

Pour le meilleur et pour le pire

Et jamais tu ne fus si lointaine à mon gré

Ensemble nous trouvons au pays des merveilles

Le plaisir sérieux couleur de l’absolu

Mais lorsque je reviens à nous que je m’éveille

Si je soupire à ton oreille

Comme des mots d’adieu tu ne les entends plus

Elle dort Longuement je l’écoute se taire

C’est elle dans mes bras présente et cependant

Plus absente d’y être et moi plus solitaire

D’être plus près de son mystère

Comme un joueur qui lit aux dés le point perdant

Le jour qui semblera l’arracher à l’absence

Me la rend plus touchante et plus belle que lui

De l’ombre elle a gardé les parfums et l’essence

Elle est comme un songe des sens

Le jour qui la ramène est encore une nuit

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

A quoi rêvent les loups ? – Yasmina Khadra (1999)

Et si nous nous interrogions sur une lente descente aux enfers ?

Nafa Walid, un artiste incompris, rêve d’une brillante carrière dans le cinéma. Malgré ses ambitions artistiques, il doit faire face à la réalité de la vie et à la nécessité de survivre à Alger à la fin des années 80. Enseveli sous la corruption, la ville est en proie à des tensions qui vont impacter son quotidien.

Par nécessité financière, Nafa devient le chauffeur d’une des familles les plus fortunées du pays. Quand il perçoit toute la violence de ces privilégiés, Nafa démissionne.

Désœuvré dans un pays instable, Nafa est de plus en plus vulnérable. Confronté au poids de sa condition sociale et financière, il s’avère être une recrue idéale pour les membres d’une bande armée islamiste. La violence qui lui paraissait inconcevable devient son quotidien. Progressivement il chute et devient aussi engagé qu’enragé. Cette descente aux enfers lui fera-t-elle perdre jusqu’à son humanité ?

Un récit fort, d’une réalité glaçante, qui nous permet de mieux comprendre l’inexorable ascension des mouvances islamistes. Les mécanismes d’endoctrinement sont parfaitement décrits par Yasmina Khadra tout au long de ce roman. Un récit implacable et terrifiant que je ne peux que vous recommander.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Méfie-toi de ceux qui viennent te parler de choses plus importantes que ta vie. Ces gens-là te mentent. Ils veulent se servir de toi. Ils te parlent de grands idéaux, de sacrifices suprêmes, et ils te promettent la gloire éternelle pour quelques gouttes de ton sang. Ne les écoute pas. Rappelle-toi toujours ceci : il n’y a rien, absolument rien au-dessus de ta vie. Elle est la seule chose qui doit compter pour toi car elle est le seul bien qui t’appartient vraiment »

« La pauvreté ne consiste pas à manquer d’argent, mais de repères« 

Le Pavillon d’Or – Yukio Mishima (1956)

Et si nous parlions d’un classique japonais aussi fascinant que déroutant ?

Ce récit nous entraine au coeur de Kyoto dans un temple bouddhiste emprunt de beauté et de spiritualité.

Depuis sa tendre enfance, le Pavillon d’Or représente pour Mizoguchi le paroxysme du beau. Quand son père, un prêtre bouddhiste, l’emmène pour la première fois visiter le temple, il est confronté à une réalité bien différente de ses rêves d’enfant. Déçu par l’aspect esthétique du temple, il conserve un souvenir mitigé du lieu.

A la mort de son père, Mizoguchi va intégrer le Pavillon d’Or comme novice. Il débute sa formation pour devenir religieux comme son père. Son attraction pour le Pavillon d’Or perdure entre répulsion et fascination. Bègue et pauvre depuis son enfance, un souffle de vengeance et de puissance sommeille en lui. Son apprentissage religieux et son amitié avec le bienveillant Tsurukawa ne lui permettent pas d’étouffer les sentiments obscurs qui l’assaillent. Sa cruauté prend peu à peu possession de lui. Jusqu’où cette soif de destruction le conduira-t-il ?

Ce roman étrange laisse un goût indéfinissable. Portée par un esthétisme exacerbé, cette oeuvre parvient à déchiffrer les contrastes de l’âme humaine et toute l’étrangeté du monde. Ce récit ne ressemble à aucun autre et c’est peut-être aussi pour cela qu’il m’a laissé une trace indélébile.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Le passé ne se contente pas de nous entraîner vers le passé. Parmi nos souvenirs, il en est quelques-uns, en petit nombre certes, qui sont doués en quelque sorte de puissants ressorts d’acier, et chaque fois que dans le présent nous les touchons, ils se détendent aussitôt et nous catapultent dans l’avenir ».

« La pensée que la beauté pût déjà exister quelque part à mon insu me causait invinciblement un sentiment de malaise et d’irritation ; car si effectivement elle existait en ce monde, c’était moi qui, par mon existence même, m’en trouvais exclu »

La Belle du Caire – Naguib Mahfouz (1945)

Et si nous abordions un classique de la littérature égyptienne ?

Quatre étudiants achèvent leur parcours scolaire avec des idéaux en tête et toute l’énergie de leur jeunesse. Mahgoub Abd el-Dayim est l’un d’eux. S’il partage la vie étudiante de ses camarades, il perçoit également toutes leurs différences. Issu d’une famille modeste, il fonde ses espoirs sur sa réussite universitaire pour accéder à une vie bourgeoise et luxueuse. Pourtant son diplôme ne lui promet pas l’accession à un emploi privilégié.

Lorsqu’un riche aristocrate, Qasim bey Fahmi, lui propose un marché scandaleux pour cacher sa liaison avec la somptueuse Ishane, sa maîtresse, Mahgoub n’hésite pas une seconde. Sans aucun scrupule, il accepte un contrat de mariage de façade pour parvenir à l’ascension sociale et financière tant convoitée. Dans cette quête de richesse, Mahgoub balayera sa famille et ses amis d’un simple geste. Jusqu’où son ambition le mènera-t-il ?

Avec une écriture magnifique, ce roman social porte un regard juste sur la société égyptienne des années 30. Le portrait d’un homme submergé par ses aspirations arrivistes dans une société rongée par la corruption est fascinant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Il rentra à Guizeh songeur, livré à ses rêveries. Il ne dormit pas cette nuit-là, comme les nuits de février où la faim le condamnait à l’insomnie. Il erra dans la vallée des songes et des espérances, puis repensa longuement à la soirée qu’il venait de vivre : la splendeur du luxe, le sceau de l’aisance, le triomphe de la beauté, l’émerveillement de l’amour, la folie de la licence, cette vie éblouissante pour laquelle son âme fondait de désir ».

« Il niait à la fois le bien et le mal et rejetait la société qui les avait inventés. Il croyait en lui seul. Il y avait, certes, le plaisir et le douloureux, l’utile et le nuisible, mais le bien et le mal ? de vaines chimères ! »

Thérapie – David Lodge (1995)

Et si nous nous allongions sur le divan ?

David Lodge nous propose de suivre les élucubrations d’un homme rongé par une douleur chronique au genou.

Scénariste, Lawrence Passmore a fait fortune grâce à une sitcom populaire. Avec ses bons mots et ses dialogues percutants, il a connu le succès. Pourtant, malgré sa diffusion régulière, cette série télévisée qui l’a rendu célèbre connaît ces premiers essoufflements.

Submergé par son anxiété au travail, Lawrence Passmore somatise et commence à éprouver une douleur lancinante au niveau de son genou. Il enchaine les thérapies bien décidé à trouver un remède à son mal-être. Malgré ses nombreuses tentatives pour lutter contre son état dépressif, Lawrence Passmore chute inexorablement. Lorsque son mariage vole en éclat, parviendra-t-il à se remettre en question ?

Avec un ton humoristique et sarcastique, David Lodge met des mots sur la crise existentielle d’un homme à qui tout devrait réussir. Je n’ai pas été conquise par ce roman, le personnage principal m’a laissé de marbre et n’a pas suscité pour ma part empathie ou émotion.

Ma note :

Note : 1.5 sur 5.

Citations :

« C’est connu, on peut toujours repérer au restaurant les couples mariés, parce qu’ils mangent en silence.Mais faut-il en conclure qu’ils sont mal ensemble ? Certainement pas. Tout simplement, ils se comportent comme ils le font chez eux, comme ils le font continuellement. Ce n’est pas qu’ils n’ont rien à se dire, mais cela n’a pas besoin d’être dit ».

« Il paraît qu’à l’intérieur de tout homme gros il y en a un maigre qui lutte pour sortir, et j’entends ses plaintes étouffées chaque fois que je me regarde dans la glace de la salle de bains »

Les amants du Spoutnik – Haruki Murakami (1999)

Et si nous partions en voyage avec un des auteurs les plus reconnus de la littérature japonaise ?

Des rues de Tokyo jusqu’aux sublimes îles grecques, nous suivons un mystérieux triangle amoureux.

Le narrateur, K., porte un amour inconditionnel pour Sumire, une femme à la beauté unique. Si Sumire se cache sous sa timidité et sa simplicité, elle porte en elle un charme unique qui a complètement transporté K. N’osant pas lui avouer ses sentiments, K. se satisfait de l’amitié intense qui les unit.

Quand Sumire fait la rencontre de la somptueuse et élégante Miu, une femme mariée, l’attirance est immédiate. Sumire se confie à K. sur les prémices de cette passion envoûtante. Si K. essaye de conserver sa contenance, les sentiments impétueux de Sumire la conduise jusqu’à suivre Miu en Grèce. Lors de ce voyage, la disparition subite de Sumire ébranle l’équilibre de ce triangle. Jusqu’où leurs sentiments réciproquent les conduiront-ils ?

Porté par une belle écriture, ce roman interroge les relations amoureuses et les sentiments inassouvis. Avec beaucoup de sobriété, Haruki Murakami dessine les interactions entre des personnages énigmatiques. J’ai beaucoup apprécié la finesse de la plume de Haruki Murakami. Si le côté onirique m’a légèrement décontenancée, j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« C’est ainsi que nous poursuivons nos existences, chacun de notre côté. Si profondément fatale que soit la perte, si essentiel que soit ce que la vie nous arrache des mains, nous sommes capables de continuer à vivre, en silence – même lorsqu’il ne reste plus de notre être qu’une enveloppe de peau, tant nous avons changé intérieurement ».

Jenny – Sigrid Undset (1911)

Et si nous parlions de littérature norvégienne ?

Roman scandaleux à sa parution, « Jenny » dresse le portrait d’une jeune peintre oscillant entre ses désirs et sa soif d’indépendance.

D’une famille modeste, Jenny est parvenue à accéder à son rêve en vivant à Rome. Dans cette ville somptueuse, elle consacre toute son énergie à son art et à ses relations amicales. Rien ne semble pouvoir détourner Jenny de ses aspirations artistiques, pourtant sa rencontre avec Helge Gram vient ébranler son inspiration.

Jenny se laisse aller à cet élan amoureux. Le désir qui la pousse vers Helge Gram se mêle à une conception fantasmée du sentiment amoureux.

Helge et Jenny vivent une passion platonique sous le soleil de Rome mais lorsqu’ils rentrent en Norvège les sentiments de Jenny vont se dissiper. Son rapprochement avec le père d’Helge Gram provoque encore davantage le basculement de son destin. Jenny sera déchirée entre son art et sa soif d’absolu, quelle conception de la vie choisira-t-elle ?

Ce roman dresse les contradictions d’une femme. Jenny, oscille entre son indépendance artistique et son désir de se ployer sous la protection d’un homme. Si les personnages de ce roman ne m’ont pas complètement transportée, j’ai aimé les questions encore si contemporaines qu’il a su mettre en lumière.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Toi, tu es morte et moi je reste à jamais appauvri. Je n’ai plus que les pauvres rêves que je fais de toi. Et cependant si je la compare aux richesses des autres, ma pauvreté rayonne de richesse. Je ne voudrais pas ne plus t’aimer, ne plus rêver de toi, ne plus souffrir comme je souffre à présent, même pour sauver ma vie »

« Je n’avais jamais éprouvé d’amour pour personne. J’étais lasse de ne pas aimer. Helge m’aimait. Son amour vif, jeune, sincère m’entraîna. Je me suis menti à moi-même tout comme la plupart des femmes. La passion de Helge me réchauffait et je m’imaginais que c’était moi qui brûlais. Au fond, je savais bien qu’une illusion pareille ne dure pas, ne durerait qu’autant qu’il ne serait pas exigé la moindre chose de mon amour ».

Le palanquin des larmes – Chow Ching Lie (1975)

Et si nous parlions d’un récit autobiographique d’une humanité bouleversante ?

Dans cette oeuvre infiniment personnelle, Chow Ching Lie raconte sa destinée en tant que femme au coeur d’une Chine ancestrale soumise à de grandes transformations.

Dans un Shanghai en pleine mutation politique, Chow Ching Lie, repérée par sa beauté exceptionnelle, est contrainte à treize ans de se marier avec un homme maladif issu d’une des familles les plus fortunées du pays.

Proche de ses parents depuis sa tendre enfance et en particulier de son père, Chow Ching Lie doit quitter sa famille pour se soumettre à celle de son mari. Elle vit cette séparation comme un déchirement. Malgré sa tristesse, sa famille choisit la tradition. Si le pays tout entier entrevoit le sursaut de l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé- Toung, ce vent nouveau n’atteint pas le cercle familial.

Devenue l’esclave de sa belle-famille, elle va devoir s’acclimater à cette nouvelle vie. Passionnée par la musique, parviendra-t-elle à concilier son rôle d’épouse, ses aspirations artistiques et sa soif de liberté ?

Un récit passionnant qui entremêle avec brio la destinée d’une femme dans un pays oscillant entre modernité et valeurs séculaires. Je reste admirative de la personnalité et du parcours de Chow Ching Lie. Une grande humanité émane de ce livre qui nous emporte dans ce drame familial saisissant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Je me disais alors et je me dis encore avec la sincérité la plus totale que si les marques de la lèpre séculaire que fut la misère de la Chine devaient être effacées à jamais au prix des souffrances et du châtiment d’une poignée de riches, ce prix était juste et valait la peine d’être payé ».

« Petite fille , j’ai souffert et pleuré de bonne heure. J’étais jolie : ce n’est pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n’aurais sans doute pas été mariée de force à l’âge de treize ans ».

« C’est pourquoi, à cause de la cupidité d’une partie de ma famille, j’ai été vendue, moi aussi, sous des apparences certes plus honorables, celles du mariage, et même avec un déploiement de faste comme on en vit peu dans mon pays. Comédie de grande alliance familiale qui augmenta, par sa dérision, ma tragédie personnelle : j’étais une écolière connaissant la légende de Liang et Tso qui meurent pour leur amour comme Roméo et Juliette et je me voyais condamnée à vivre sans amour. D’autres, par millions, ont connu la faim du corps alors que je n’ai manqué de rien, mais les malheurs de la Chine sont les enfants d’une même famille »

Persuasion – Jane Austen (1817)

Et si nous parlions du dernier roman de Jane Austen ?

Récit d’un amour contrarié, ce roman de Jane Austen nous transporte dans un milieu anglais mondain et élitiste.

Anne, la fille cadette de Sir Walter Elliot, est sans doute la plus effacée. Sa beauté discrète la distingue de ses deux autres soeurs. Elisabeth, l’ainée est devenue naturellement la maîtresse de maison au décès de sa mère et Mary a quitté le domaine juste après son mariage.

Poussée par des contraintes familiales et bourgeoises, la jeune Anne Elliot a été forcée de rompre ses fiançailles. Pourtant, Anne portait un amour pur et passionné pour Frederick Wentworth, un jeune officier de marine à la carrière incertaine. Son amie et figure maternelle, Lady Russel, l’avait mis en garde sur les risques de cette alliance désapprouvée par la société.

Huit ans plus tard, Anne Elliot croise à nouveau la route de Frederick. Les oppositions à leur union sont désormais plus minces car Frederick a fait carrière. Pourtant, leurs rapports se sont refroidis. Anne Elliot a désormais vingt-sept ans, âge où toute perspective de mariage semble impossible. Le ressentiment orgueilleux de Frederick glace leur relation. L’officier se rapproche de deux autres jeunes filles sous le regard impuissant de Anne. La passion enfouie qui les unissait pourra-t-elle ressurgir ?

Jane Austen nous ouvre les portes de la société anglaise dans un récit d’une grande subtilité. Avec finesse, elle dépeint des personnages tiraillés entre les passions du coeur et les obligations sociales. Ce roman critique les moeurs anglaises de l’époque faite de mondanités vaniteuses.

Porté par une belle écriture classique et une héroïne attachante, ce roman délicat me donne envie de prolonger ma découverte de l’oeuvre de Jane Austen.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l’angoisse et l’espoir. Non, ne me dites pas qu’il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre de nouveau un cœur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l’avez brisé »

« Pour elle, le plaisir de la promenade devait naître de la marche, de la journée, de la contemplation des derniers sourires de l’année sur les feuilles rousses et les haies fanées, et des quelques descriptions poétiques, parmi des milliers d’autres, qu’elle se répétait sur l’automne, cette saison qui exerce une influence singulière et inépuisable sur l’esprit tendre et délicat, cette saison qui a tiré de tout poète digne d’être lu un essai de description ou quelques vers pleins de sentiments »

Nouvelles de Pétersbourg – Nicolas Gogol (1842)

Et si nous plongions dans une oeuvre fantastique de Nicolas Gogol ?

Pour ce voyage insolite à Saint Pétersbourg accompagné de Gogol, nous découvrons les personnages absurdes de cinq nouvelles : la perspective Nevski, le portrait, le Journal d’un fou, le nez et le manteau.

Ces récits nous font découvrir successivement: un homme qui se lance à la poursuite d’une femme à la beauté envoûtante jusqu’à en perdre la raison, un peintre qui fait l’acquisition d’un tableau aussi fascinant qu’inquiétant, un fou qui se prétend le futur roi d’Espagne, un homme ayant un matin constaté la disparition de son nez ou un autre faisant l’acquisition inestimable d’un manteau…

Ces nouvelles loufoques et engagés sont fascinantes. Ces écrits oscillent entre un ton dramatique et humoristique pour dépeindre la société russe. Gogol parvient à mettre l’accent avec finesse sur les conditions d’internement, la misère ou les mœurs bourgeoises.

Source d’inspiration pour des grands écrivains, nous percevons d’ores et déjà dans ce recueil les prémices du style kafkaïen.

Je ne peux que vous recommander cette initiation caustique à la littérature russe.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« L’or était devenu sa passion, son idéal, sa peur, son plaisir, son but. Des liasses de billets s’entassaient dans ses coffres, et, comme tous ceux à qui le sort fait ce terrible présent, il commença à devenir ennuyeux, inaccessible à tout ce qui n’était pas l’or ; avare sans la moindre raison, il amassait sans le moindre but ; et il allait se transformer en l’un de ces êtres étranges comme en connaît tant notre société sans émotion, qui inspirent de l’horreur à tout homme de cœur plein de vie, car il voit en eux des sépulcres mouvants où un cadavre a pris la place du cœur »

« Soudain, il s’arrêta, comme foudroyé, devant l’entrée d’un immeuble ; un phénomène indicible venait de se produire devant ses yeux ; un carrosse s’arrêta devant l’entrée ; les portières s’ouvrirent ; un monsieur en uniforme en bondit, tout courbé, et courut pour gravir l’escalier. Quelle ne fut pas l’épouvante et en même temps la stupeur de Kovaliov quand il reconnut que c’était là son propre nez ! »