Elias Portolu – Grazia Deledda (1900)

Et si nous voyagions en Sardaigne avec Grazia Deledda ?

Dans ce récit romantique, Grazia Deledda nous propose un voyage immersif et sentimental en Sardaigne. Cette écrivaine italienne, prix nobel de littérature, a publié une oeuvre vaste que je vous recommande de découvrir.

Elias Portolu a été emprisonné de nombreuses années. Quand il sort de prison, il retrouve ses proches. Entouré de ses parents et de ses frères, il renoue avec une famille aimante. Son père vante les mérites de ses trois enfants et se réjouit du retour de l’un de ses fils. Pietro, son frère est fiancé avec Maddalena. Cette union, reliant deux familles, égaye la région de Nuoro.

Quand Elias croise le regard de Maddalena son coeur vacille. Ebloui par la jeune femme, il tombe immédiatement amoureux. Partagé entre son désir et la terrible trahison qu’il ferait à son frère, il se mure dans le silence. Pourtant ses sentiments pour la jeune femme semblent incontrôlables, arrivera-t-il à enfouir cette passion interdite ?

Si l’intrigue reste classique et le personnage tourmenté d’Elias n’a pas suscité pour ma part un vrai charme, la beauté de ce roman est ailleurs. En effet, j’ai trouvé la fluidité du style et la description des paysages remarquables. Ce roman propose une plongée poétique dans une Sardaigne rurale et traditionnelle !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citation :

« Elias eut une minute d’égarement, de peur et de plaisir indicibles, à se voir seul près de Maddalena, parmi les herbes et les grands chardons fleuris. Son coeur se mit à battre fortement et un vertige d’amour s’empara de tout son être, lorsque ses yeux rencontrèrent le regard passionné et suppliant de la jeune fille »

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka (2011)

Et si nous embarquions pour l’Amérique ?

Avant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses japonaises acceptent de quitter leur pays natal pour l’Amérique. Quand elles embarquent sur le bateau et commencent une lente et éprouvante traversée, elles sont déjà mariées à des époux qui semblent avoir tout réussi.

Lors de leur arrivée aux Etats-Unis, elles doivent cependant faire face à la réalité de leur condition. L’humiliation et la misère deviennent leur quotidien. Elles doivent s’acclimater à des hommes qu’elles n’ont jamais vues. Certains sont doux et conciliants alors que d’autres seront violents et impitoyables. Entre désillusion et déracinement, elles plongent parfois dans un désespoir abyssale. Lorsque la Seconde Guerre mondiale fait rage, la vie de ses exilées va prendre un nouveau tournant.

Durant toute la narration Julie Otsuka utilise le « nous » afin de créer une véritable communauté entre ces femmes et une puissance particulière à son récit. Si j’entends la force de la narration, cette distance ne m’a pas permis de m’attacher pleinement aux personnages. Si je n’ai pas été totalement submergée ou émue par ce roman, j’ai apprécié la description pudique d’une période oubliée de l’histoire.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citation :

« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges » : « nous », ces femmes japonaises – « certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles » – qui traversent le Pacifique vers la Californie où les attendent leurs « fiancés », des hommes qu’elles n’ont jamais rencontrés. On est au tout début du XXe siècle. Masayo, Mitsuyo, Nobuye, Kiyono (et tant d’autres rassemblées dans ce « nous ») rêvent de vies nouvelles, d’amour, les photos envoyées au Japon ont fait naître l’espoir »

Belle de jour – Joseph Kessel (1928)

Et si nous parlions d’un tiraillement entre le corps et le coeur ?

Sévérine et Pierre partagent un amour pur. Sévérine, femme bourgeoise et mondaine, voue une véritable adoration pour son époux. Médecin réputé et mari généreux, Pierre semble combler toutes les attentes de la jeune femme.

Pourtant des fantasmes obscurs sommeillent en Sévérine. Elle ne trouve pas une complète plénitude dans ce bonheur conjugal. Malgré leur amour, leur intimité charnelle ne parvient pas à éclore. Elle envisage de pousser la porte d’une maison close pour tenter d’apaiser son désir transgressif et enfoui. Jusqu’où cette quête sulfureuse va-t-elle la conduire ?

Avec une écriture tout en finesse et d’une grande qualité, Joseph Kessel s’immisce dans l’intimité d’un couple. Son regard masculin ne porte pas de jugement sur cette femme mais cherche à percer toute sa complexité. Une lecture troublante qui propose un portrait perfectible sur les femmes et la sexualité qu’il est nécessaire de contextualiser à l’époque de sa parution.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Elle s’abattit contre l’oreiller. Elle pleurait sur lui, sur elle, et sur la condition humaine qui divise la chair et l’âme en deux inconciliables tronçons, misère que chacun porte en soi et ne pardonne pas à l’autre »

« Le secret de son corps vivait seul alors comme ces fleurs singulières qui s’ouvrent pour quelques instants et reviennent ensuite à leur repos virginal ».

Dostoïevski, le soleil noir – Henrik Rehr & Chantal Van den Heuvel (2023)

Et si nous suivions en image la vie de Dostoïevski ?

Dans ce roman graphique sombre, nous marchons au côté de Dostoïevski à Saint-Pétersbourg vers les lieux de son exécution. Condamné à mort en 1849 en raison de sa proximité avec les mouvements progressistes et le cercle de Petrachevski, sa sentence est imminente.

A quelques minutes de son exécution, l’empereur lui-même commue la peine. Dostoïevski sera condamné à quatre ans de bagne en Sibérie. Au delà de ce souvenir terrible, c’est toute la vie de l’imminent écrivain que nous suivons page après page.

Cet écrivain de génie cache une santé fragile et une frénésie du jeu. Submergé par les dettes, nous partageons ses souffrances intérieures, ses terribles souvenirs du bagne et son parcours amoureux tumultueux.

Porté par des dessins tourmentés, ce roman graphique offre un nouveau regard sur la vie et sur l’oeuvre de Dostoïevski et ne peux que vous inciter à le (re)découvrir.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Les Frères Karamazov – Fiodor Dostoïevski (1880)

Et si nous tuons un père monstrueux ?

Dans ce roman intense, Fiodor Dostoïevski dresse le portrait de trois frères. L’ainé, Dimitri est un être passionné, sensuel et irascible. Le cadet Ivan est un érudit au caractère froid et renfermé. Le benjamin, Aliocha est un homme de foi d’une grande honnêteté morale.

Si les trois frères n’ont rien en commun, ils partagent le même père : Fiodor Karamazov. Un père décrit par Dostoïevski comme un homme rongé par les vices. Corrompu, égoïste et jouisseur, il a rejeté ses enfants.

En toile de fond, un quatrième frère se cache, Semerdiakov, un batard qui n’a jamais été reconnu. Fils illégitime, il est devenu cuisinier et domestique auprès de Fiodor Karamazov. Quand le père est assassiné, les regards se tournent vers les fils.

Dimitri n’a pas eu peur de proférer ouvertement des menaces à l’encontre de son père qui s’est amouraché de la femme qu’il aime passionnément. Désigné comme principal coupable durant l’enquête, Dimitri a-t-il véritablement tué son père ?

Roman fondateur sur le paricide, cette oeuvre riche questionne de nombreux sujets : le rapport à la culpabilité, à la religion, à l’enfance et à l’héritage.

Roman policier, philosophique, psychologique ou métaphysique, les multiples lectures de cette oeuvre la positionne parmi les plus grands classiques de la littérature. Un roman que je ne peux que vous inciter à lire et à (re)lire afin d’en percer toutes les réflexions.

Pour aller plus loin :

Radio France – Les chemins de la philosophie

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Sachez qu’il n’y a rien de plus noble, de plus fort, de plus sain et de plus utile dans la vie qu’un bon souvenir, surtout quand il provient du jeune âge, de la maison paternelle. On vous parle beaucoup de votre éducation ; or, un souvenir saint, conservé depuis l’enfance, est peut-être la meilleure des éducations : si l’on fait provision de tels souvenirs pour la vie, on est sauvé définitivement »

« Surtout, n’ayez pas tant honte de vous-même, car tout le mal vient de là »

Belle du seigneur – Albert Cohen (1968)

Et nous partagions une prouesse romanesque ?

Tragédie amoureuse, Belle du seigneur nous emporte dans les méandres d’une histoire d’amour passionnée.

Quand Solal rencontre Ariane la force de l’attraction est indéniable. Pourtant Ariane est mariée à Adrien Deume, personnage arriviste et oisif prêt à tout pour réussir. Quand son employeur Solal pose son regard sur Adrien, il ne saisit pas que c’est sa femme qu’il convoite. Lumineuse Ariane, elle est tournoyante de beauté. Plus ténébreux et sombre, Solal est beaucoup plus énigmatique mais il est bien décidé à se lancer dans cette conquête amoureuse.

Pourtant leur passion ne sera pas éternelle, elle doit faire face à l’usure du quotidien et à l’ennui. Ariane et Solal n’auront de cesse de créer des artifices pour préserver une conception fantasmée de l’amour. Jusqu’où iront-ils pour sauver cet absolu amoureux ?

Au-delà de nous interroger sur nos conceptions des rapports passionnés, Albert Cohen jette un regard cynique sur la bureaucratie de la Société des Nations. Si la longueur de cette œuvre peut vous faire peur, ce roman est immensément riche. Il parvient à nous faire sourire mais également à susciter de profonds bouleversements dans nos réflexions.

Un immense classique de la littérature qui me laissera une marque indélébile.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. A deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait ».

« Aimé, hier soir je lisais un livre et soudain je me suis aperçue que je ne comprenais rien et que je pensais à vous »

Numéro deux – David Foenkinos (2022)

Et si nous rencontrions le double de Harry Potter ?

A l’âge de 11 ans, le destin de Daniel Radcliffe bascule quand il décroche le rôle d’Harry Potter. Pourtant en 1999 quand le casting d’Harry Potter débute il n’était pas prédestiné à un tel rôle. Après de nombreuses auditions, il ne reste que deux candidats en compétition : Daniel Radcliffe et Martin Hill.

Repéré sur un tournage, Martin Hill accompagnait son père, décorateur de cinéma et n’avait jamais eu pour ambition de devenir acteur. Très vite, les auditions se succèdent et Martin Hill commence à rêver à l’obtention du rôle de ce jeune sorcier. Quand la production lui annonce qu’il n’est pas choisi et que Daniel Radcliffe a « un petit quelque chose en plus », tout s’effondre. L’impression étouffante d’être passé à côté de son destin ne le quittera jamais. L’omniprésente de Harry Potter lui rappelle inlassablement cette terrible défaite. Ce sentiment d’échec va le poursuivre durant toute sa vie. Comment Martin Hill parviendra-t-il à se reconstruire ?

Grâce à ce personnage fantasmé, David Foenkinos raconte l’histoire d’un « numéro deux ». Un roman facile d’accès qui nous encourage à nous relever face aux revers de nos existences. Je n’ai pas été envoutée par le style assez plat de l’auteur mais ce roman reste un moment de lecture divertissant.

Merci aux éditions Folio pour ce cadeau.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« La vie humaine se résume peut-être à ça, une incessante expérimentation de la désillusion, pour aboutir avec plus ou moins de succès à une gestion des douleurs »

« Rencontrer quelqu’un, c’est se permettre d’exister à nouveau sans son passé. On se raconte comme on veut, on peut sauter des pages et même commencer par la fin »

Invisible – Paul Auster (2009)

Et si nous voyagions de New-York à Paris en compagnie de Paul Auster ?

Lors de ses études à Colombia, Adam Walker croise un énigmatique professeur, Rudoff Born. Si Adam aimerait percer le mystère de cet homme, il s’inquiète de ses opinions provocantes. La femme qui accompagne Rudoff fascine littéralement le jeune homme. Sulfureuse, elle jette un regard plein d’intérêt pour cet étudiant qui aspire à devenir poète.

Attiré par cette femme, il se rapproche du couple jusqu’à envisager des projets d’avenir. Être naïf et tourmenté, Adam va être envouté par l’aura nocive de Rudoff. Un sombre drame va lier les deux hommes et faire basculer leurs destins.

Maîtrisant la trame narrative avec virtuose, Paul Auster dresse les portraits de personnages complexes. Captivée, je me suis plongée dans ce roman qui nous emporte dans des zones d’ombre parfois malsaines et dérangeantes mais où la psychologie des personnages est finement travaillée.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« La distance entre la pensée et les actes peut être immense, un gouffre aussi vaste que le monde lui-même »

« Elle est de nature plus libre que toi, plus heureuse que toi et, chaque fois que tu es en sa compagnie, le monde te paraît plus lumineux et plus accueillant, un endroit où ton ego maussade et introverti peut presque commencer à se sentir chez lui »

« Il se demande si les mots ne constituent pas un élément essentiel de la relation sexuelle, si la parole n’est pas finalement une forme plus subtil du toucher, si les images qui nous dansent en tête n’ont pas tout autant d’importance que les corps que nous tenons dans nos bras » 

Désirer – Emma Becker, Wendy Delorme, Joy Majdalani, Emmanuelle Richard, Marina Rollman, Laurine Thizy (2023)

Et si nous parlions d’érotisme ?

Dans ce recueil de nouvelles, six femmes abordent le désir féminin. Ainsi, elles explorent avec un style limpide et décomplexé les fantasmes féminins.

Dans ces récits engagés et érotiques, nous percevons la force d’un désir pluriel, les rapports érotisés pour des hommes aux physiques hors normes, la force des fantasmes inassouvis ou la complexité des rapports adultères. Dans ce travail collectif, les six plumes féminines se suivent avec une grande harmonie de style.

Dans ces nouvelles charnelles, les femmes sont aux centres et poursuivent cette quête d’une sexualité épanouie, ouverte et libre. Un récit sensuel que je vous recommande pour mieux appréhender la pluralité de la sexualité féminine et la force des mots dans l’érotisation des rapports amoureux ou sensuels.

Merci aux éditions L’iconoclaste pour cet envoi

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l’autre ».

La fille parfaite – Nathalie Azoulai (2022)

Et si nous parlions d’une amitié fusionnelle ?

Rachel et Adèle sont de jeunes filles blondes aux teints parfaits. Presque jumelles, leur ressemblance physique est indéniable mais elles sont intellectuellement à l’extrême opposées. Rachel a choisi naturellement les lettres. Depuis son enfance, elle évolue dans une famille d’érudits où les mots sont une évidence. Adèle, initiée par son père depuis son jeune âge aux calculs, a choisi les sciences. Son destin de brillante mathématicienne semble tracé.

Face à un déterminisme social inévitable, les deux femmes vont-elles changer de cap ? Tout au long de leur vie, Rachel et Adèle appréhendent le monde différemment et l’ambivalence de leur relation sera de plus en plus forte.

Dans ce roman initiatique, Nathalie Azoulai trace les contours d’une amitié tumultueuse faite de jalousie et de complémentarité. Au-delà de la relation qui les unit, Nathalie Azoulai cherche à percer les mystères de deux mondes qui se font face. Si j’ai aimé la clivage entre sciences et lettres, je l’ai trouvé très présent peut-être au détriment de la psychologie des personnages.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Si elle avait su. Elle savait. C’était une de ses théories, que les gens naissent tous chiffrés, avec leur nombre d’années à vivre au-dessus de la tête, une auréole qui déclenche toutes les vies comme des
comptes à rebours qui tournent en silence. Ne va pas t’imaginer que ça fasse du bruit, ça s’oublie, mais si chacun au fond sait combien d’années il a à vivre, ça fait quoi ? se demandait-elle. Ça donne plus d’intensité ? plus d’angoisse ? En tout cas, niveau inégalités, ça se pose là, on comprendrait au moins d’emblée que le monde est inégal, que certes, on peut lutter, mais qu’il vaut mieux le savoir, ne pas caresser de folles espérances, rêver à des choses qui n’existent pas »