Thérèse – Arthur Schnitzler (1928)

Et si nous dressions le portrait d’une jeune viennoise ?

Dans ce roman psychologique remarquable, Arthur Schnitzler dresse le portrait de Thérèse et de sa lente et inexorable descente aux enfers.

Après la déception de ses premiers amours et confrontée à la maladie de son père, Thérèse quitte sa famille pour s’établir à Vienne. Elle exerce le métier d’institutrice au sein de diverses familles viennoises. Thérèse, en éduquant les enfants, accède à toute l’intimité des couples. Pourtant, elle ne trouve jamais sa place.

Entre passions amoureuses éphémères ou mariages chimériques, les désillusions se succèdent pour Thérèse. Combative, elle continue à avancer dans une époque où la condition de la femme ne cesse d’être inégale. Lorsqu’elle devient mère, jusqu’où le poids de cet enfant non désiré la conduira-t-elle ?

Ce roman pourtant court parvient à donner une dimension profonde et intense à cette héroine. J’ai eu un véritable coup de coeur pour ce sombre roman psychologique.

Ma note

Note : 5 sur 5.

« Une telle créature avait-elle droit au bonheur, pouvait-elle accomplir son destin de femme ? Jamais ! Elle était seule et condamnée à la solitude. Son fils ne lui était rien, car son cœur était usé comme son âme, comme son corps, comme ses vêtements ».

Beaux et damnés – Francis Scott Fitzgerald (1922)

Et si nous rencontrions un couple New-Yorkais ?

Anthony est un homme aussi beau que riche. Oisif, il attend patiemment d’hériter de la fortune de son grand-père et vit dans un New-York luxueux. Quand Anthony rencontre Gloria, l’attraction est immédiate. Aussi belle que fantasque, elle fascine rapidement Anthony par son insouciance. Elle partage avec lui le même goût du luxe et de la volupté.

Malgré les beaux partis qui évoluent autour d’elle, Gloria va s’éprendre d’Anthony. Ensemble, ils vont partager une vie pleine d’ivresse et dilapider leur argent dans l’attente de l’héritage espéré. Pourtant le manque d’ambition d’Anthony inquiète son grand-père. Ancien financier de Wall Street, il semble déçu de son petit-fils. Face à une oisiveté exacerbée et des élans dispendieux, le couple sombrera-t-il dans la décadence ?

Dans un milieu New-Yorkais luxueux, le portrait de ces héritiers arrogants et cupides est finement dressé par F. Scott Fitzgerald. Si j’ai trouvé une certaine lenteur au début de ce roman, j’ai été au fil des pages emportée par l’évolution de ce couple.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Elle était un soleil, radieux, qui grandissait, recueillait la lumière et l’emmagasinait – puis, au bout d’une éternité, la faisait rejaillir dans un regard, un fragment de phrase, et cette lumière se répandait sur ce qui, en lui, chérissait tout ce qui est beauté, tout ce qui est illusion ».

« Il n’y a pas de beauté sans émotion qui serre le coeur, et il n’y a pas d’émotion qui serre le coeur sans la conviction que tout cela s’en va, les hommes, les noms, les livres, les maisons… que cela va retourner en poussière, que c’est mortel… »

Le noeud de vipères – François Mauriac (1932)

Et si nous percions le mystère d’un coeur haineux ?

Louis, un ancien avocat avare à la santé fragile, décide de confesser dans une lettre adressée à sa femme sa profonde amertume. Cette confession est aussi l’occasion pour lui de revenir sur son passé.

De son union avec son épouse, Isa, est née trois enfants. Au fil des années, il a porté un regard de plus en plus dur et violent sur sa famille.

Dans cette longue diatribe, il révèle son mépris des siens et sa soif de vengeance. Il soupçonne ses proches de roder autour de lui dans le seul but de le dépouiller de son argent. Empoisonné par une profonde rancoeur, il échafaude des plans afin de tous les déshériter. Derrière cette haine farouche se cache-t-il encore de l’amour ?

Porté par une écriture finement travaillée, ce portrait familial ponctué d’épines est incontestablement réussi. Un très beau texte sur la complexité des rapports familiaux qui s’érige comme un classique de la littérature.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Envier des êtres que l’on méprise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie »

« Ceux qui ont l’habitude d’être aimés accomplissent, d’instinct, tous les gestes et disent toutes les paroles qui attirent les cœurs. Et moi, je suis tellement accoutumé à être haï et à faire peur, que mes prunelles, mes sourcils, ma voix, mon rire se font docilement les complices de ce don redoutable et préviennent ma volonté ».

La Bienfaitrice – Elizabeth von Arnim (1901)

Et si nous évoquions les ambitions indépendantes d’une femme ?

Anna Escourt vit avec Suzy, sa belle-soeur depuis plusieurs années. Dès qu’Anna atteint l’âge d’entrer dans le monde, Suzy l’entraine dans des mondanités afin de lui trouver un mari. Anna s’oppose à cette course au mariage. Elle est décidée à rester indépendante.

Lorsqu’elle reçoit la lettre de son oncle Joachim, sa vie bascule. Elle hérite d’un grand domaine en Allemagne. Cette demeure est enfin synonyme de liberté, elle peut s’y installer, faire fi du mariage et se consacrer à ses ambitions philanthropiques. Quand elle rencontre le séduisant Axan von Lohm, un aristocrate, cette quête d’indépendance féminine va-t-elle s’étioler ?

Elizabeth von Arnim met en exergue des élans de liberté face à la soumission des femmes aux exigences sociales. Si j’ai trouvé le personnage d’Anna intéressant, le fil narratif assez convenu ne m’a pas emportée.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

La femme gauchère – Peter Handke (1976)

Et si nous parlions d’un récit nébuleux ?

Dans ce court roman, Marianne quitte brutalement son mari. Elle décide de vivre seule avec son fils. Les raisons de ce départ sont méconnus : quête de solitude ou de liberté ? volonté de fusionner avec son fils ? un amour en fuite ?

Au fil du récit, Marianne va reprendre son indépendance et poursuit son travail de traductrice. Dans une ambiance nébuleuse, où un froid glacial semble planer sur le récit, nous percevons les lentes évolutions de cette femme dans les petits gestes du quotidien.

Avec une écriture blanche, ce récit suspendu nous transporte dans un univers particulier. Si la plume est délicate, ce roman a manqué pour moi d’émotions et je n’ai pas été emportée dans l’univers des personnages.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Être seul produit la souffrance la plus glacée, la plus dégoûtante qui soit : on devient inconsistant. Alors on a besoin de gens qui vous apprennent qu’on n’est tout de même pas aussi détérioré que cela »

« Si rêver veut dire, être ce qu’on est, alors je veux être une rêveuse »

Mrs Dalloway – Virginia Woolf (1925)

Et si nous parlions du classique de la littérature anglaise ?

Roman psychologique par excellence, tout en intériorité, Mrs Dalloway dresse le portrait d’une femme de son époque.

Clarissa est devenue Mrs Dalloway en épousant Richard, un homme qui en impose par sa réussite. Si peu de complicité apparaît entre eux, ils semblent avoir trouvé un intérêt mutuel à ce mariage. Issue de la haute bourgeoisie anglaise, Mrs Dalloway éblouit par son charisme et ses manières aristocratiques. Derrière ces apparences, qui est véritablement Clarissa ? Elle va renouer avec Peter Walsh, son amour de jeunesse et Sally, une grande amie qui représentent d’autres facettes de sa personnalité. A leurs contacts, elle redevient une femme libre qui a soif d’indépendance.

En toile de fond, nous comprenons aussi les zones d’ombres de Clarissa à travers le personnage de Septimus, un rescapé de la guerre qui plonge peu à peu dans la folie. Se cache aussi dans l’ombre de cette oeuvre, une autre femme, Virginia Woolf.

Les portraits multiples de Mrs Dalloway nous permettent d’appréhender toute la complexité de ce personnage. Au-delà d’un portrait de femme remarquable, ce texte porte une critique virulente sur la violence de la guerre et la domination masculine. Imprégné par la grâce, ce classique ardu et sensoriel doit être conservé dans sa bibliothèque.

Merci aux éditions folio pour l’envoi de cette magnifique édition.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« C’était l’heure, entre six et sept, où chaque fleur s’embrase — les roses, les œillets, les iris, les lilas ; blanche, violette, rouge, orange profond ; chaque fleur semble brûler de son propre feu, douce et pure, dans les plates-bandes embrumées ».

« Étonnant, incroyable ; elle n’avait jamais été aussi heureuse. Rien ne pouvait être assez lent ; rien ne pouvait durer trop longtemps. Il n’y avait pas de plus grand plaisir, pensa-t-elle en redressant les chaises, en repoussant un livre sur l’étagère, que d’en avoir fini avec les triomphes de la jeunesse, après s’être perdue à force de vivre, que de trouver le bonheur, dans un choc délicieux, quand le soleil se levait, quand le jour finissait »

« Malgré tout, qu’à un jour succède un autre jour; mercredi, jeudi, vendredi, samedi. Qu’on se réveille le matin; qu’on voie le ciel; qu’on se promène dans le parc; qu’on rencontre Hugh Whitbread; puis que soudain débarque Peter; puis ces roses; cela suffisait. Après cela, la mort était inconcevable…l’idée que cela doive finir; et personne au monde ne saurait comme elle avait aimé tout cela; comment, à chaque instant… »

La femme de Gilles – Madeleine Bourdouxhe (1937)

Et si évoquions la destinée d’une femme meurtrie ?

Femme de l’ombre ensevelie sous le regard de son mari, Elisa est la « femme de Gilles ». Elle se dévoue corps et à âme à l’amour qu’elle porte à son époux.

Femme et mère, Elisa attend un troisième enfant. Ses enfants sont le reflet de Gilles et de leur amour. Elle partage avec lui une vie paisible et une tendresse réconfortante. Quand le désir de Gilles implacable se tourne vers Victorine, la soeur d’Elisa, ce rapprochement semble inconcevable. Pourtant, Gilles se laisse consumer par cette passion dévorante. Face à sa jalousie, Elisa fait le choix de souffrir en silence et continue à se consacrer à son mari. Jusqu’où ce dévouement inconditionnel la conduira-t-elle ?

Madeleine Bourdouxhe dans un roman fluide et d’une simplicité implacable, nous raconte l’abnégation totale d’une femme. J’ai beaucoup apprécié ce texte qui dresse une réflexion pudique sur la condition de la femme.

Note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Alors femme toute pétrie d’une chair d’épouse ? Femme prédestinée à la création et au maintien d’un foyer ? Inquiète et engourdie de froid, réfugiée dans ton berceau de verdure, petite masse d’ombre un peu plus sombre dans l’ombre qui t’entoure, créature entre les autres créatures, faite de la même chair inquiète et douloureuse, comme elles épaulée par la vie, pourquoi aurais-tu été faite pour te réaliser selon des données uniques ? »

« Tu es seule devant la plus grande douleur de ta vie. La souffrance l’enlisait en vagues successives et toujours plus lourdes.Elle sentit que bientôt elle allait s’abandonner et tout compromettre »

« Et elle fit comme s’il n’y avait rien eu de lourd dans son coeur, hormis cette joie douloureuse et épuisante que tout amour comporte »

Les armoires vides – Annie Ernaux (1974)

Et si nous évoquions une honte enfouie ?

Dans un récit sans concession Annie Ernaux évoque son enfance et son mépris croissant vis-à-vis de ses parents.

Issu d’un milieu modeste, Annie Ernaux a grandi dans le café-épicerie de ses parents à Yvetot en Normandie. Elle a côtoyé les effluves d’alcool, entrecoupées de mots d’argots et de manières rustres. L’ascension sociale et culturelle elle la découvre par l’école. Chaque année, ses réussites scolaires l’éloignent de ses parents et lui font prendre conscience de la réalité du milieu dont elle est issue.

A travers une écriture impulsive et nerveuse, Annie Ernaux livre un portrait dérangeant de ses parents. Par les mots, elle tente de s’affranchir de la honte qu’elle porte en elle.

Avec une écriture acerbe et tranchante, Annie Ernaux évoque une déchirure sociale. Si j’ai été moins emportée que par les autres oeuvres d’Annie Ernaux, ce premier récit d’une vérité criante et parfois cruelle ne peut laisser indifférent.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« On ne parle jamais de ça, de la honte, des humiliations, on les oublie pas les phrases perfides en plein dans la gueule, surtout quand on est gosse ».

« Quand ai-je eu la trouille folle de leur ressembler, à mes parents ? »

Sonietchka – Ludmila Oulitskaïa (1992)

Et si nous parlions d’une femme littéraire ?

Femme effacée et solitaire au physique ingrat, Sonia se plonge dans la littérature depuis l’enfance pour se couper du monde. Elle puise dans la lecture des envies d’ailleurs.

Lorsqu’elle rencontre Robert, un peintre plus âgé, elle ne se rend pas compte de l’émoi qu’elle suscite chez cet homme. Leur mariage vient combler le vide de son existence. Dans cette nouvelle vie consacrée à son époux, elle trouve l’apaisement. Ce nouveau bonheur conjugal lui semble irréel. Elle se dédie complètement à son foyer et à son mari dans un oubli d’elle-même et de ses aspirations. Les trahisons et les obstacles de la vie viendront-ils perturber cette douce sérénité ?

Dans le décor de l’après-guerre soviétique, Ludmila Oulitskaïa nous dresse un portrait de femme au destin cruel. Sonia ne s’est jamais départie de son optimisme malgré l’adversité. Si j’aurais aimé que le texte soit davantage étoffée, j’ai passé un agréable moment de lecture en compagnie de Sonia.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Et chaque matin était peint aux couleurs de ce bonheur de femme immérité et si violent qu’elle n’arrivait pas à s’y accoutumer. Au fond de son âme, elle s’attendait secrètement à tout instant à perdre ce bonheur, comme une aubaine qui lui serait échue par erreur, à la suite d’une négligence ».

« Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre »

« Le soir, chaussant sur son nez en forme de poire de légères lunettes suisses, elle plonge la tête la première dans des profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières »

Brisure à senestre – Vladimir Nabokov (1947)

Et si nous parlions d’un philosophe soumis à la toute puissance d’un régime ?

Eminent professeur de philosophie, Adam Krug est un homme reconnu. A la mort de sa femme, il reste seul avec son jeune fils, David. Face à un état tyrannique, il refuse d’obéir au nouveau régime incarné par Paduk, un de ses anciens camarade de classe. La doctrine de cet état appelée ekwilisme met en exergue la normalité des êtres humains et rejette tout mouvement individuel.

Face à l’opposition du professeur, les pressions du régime se multiplient. Ses amis sont arrêtés et l’étau se resserre autour de lui. Adam pourra-t-il être épargné ou devra-t-il vendre son âme au tyran ?

Ce roman dystopique n’est pas sans rappeler le régime bolchévique ou fasciste de l’époque. J’ai apprécié la force de la plume de Nabokov, son cynisme et l’absurdité de son propos. L’angoisse monte tout au long du roman jusqu’à la scène finale où l’absurdité de l’horreur tend à devenir une sinistre farce. Si j’ai trouvé ce récit, entrecoupé d’anagrammes et de mots d’esprits, complexe, il m’a cependant beaucoup marquée.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citation :

« Il laissa monter les larmes, non sans éprouver ce léger plaisir que l’on ressent à s’abandonner à cette pression tiède ; mais l’impression de soulagement fut de courte durée, car dès qu’il les laissa couler elles se firent si abondantes, si atrocement brûlantes que sa vue s’en trouva brouillée et sa respiration altérée ».