Le dernier voyage de Momoko Hidaka – Chisako Wakatake (2024)

Et si à l’aube de la vieillesse nous jetions un regard sur le passé ?

Dans ce récit japonais en apesanteur, Chisako Wakatake évoque avec nostalgie le temps passé.

Isolée dans un pavillon de la banlieue de Tokyo, Momoko vit seule. Peu de choses la rattachent encore à l’effervescence de la vie : son mari est décédé depuis 15 ans et elle entretient peu de contact avec ses deux enfants. Les visites de sa fille sont rares et elle s’est acclimatée à une solitude synonyme de liberté.

Le temps s’étend et elle s’échappe régulièrement dans les méandres de ses pensées. Lorsqu’elle convoque les souvenirs de son passé, elle est comme hantée par des voix intérieures. Jusqu’où la conduira cette introspection ?

Ce récit assez fragmentaire n’a pas suscité autant d’émotions que je l’espérais. Je n’ai pas été pleinement imprégnée par la douceur de ce roman ni par le personnage pourtant attachant de Momoko. Si ce texte offre de belles images sur le temps qui s’écoule et les relations humaines, il n’a pas marqué durablement mes lectures.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Elle n’avait pas besoin de se souvenir de lui, car il ne quittait jamais son cœur ».

Les fulgurés – Susanna Bissoli (2025)

Et si nous découvrions un portrait de famille impertinent ?

Dans ce récit sensible et fragmenté, Susanna Bissoli crée une harmonie subtile entre les membres d’une même famille.

Vera, une femme sans attache qui aime préserver sa liberté, voit sa vie basculer à la suite d’une récidive de cancer. Elle regagne la maison familiale et s’installe auprès de son père. Lorsqu’elle découvre dans son bureau un manuscrit volumineux, elle va renouer avec lui et réinventer leur relation grâce à leur passion commune pour l’écriture. Blessés par la vie, ils tentent de se soigner mutuellement avec une profonde tendresse malgré le poids des silences. Parviendront-ils à réunir leurs vies fragmentées ?

Si le récit est décousu et parfois déconcertant, j’ai été sensible au souffle qui traverse ce roman. Susanna Bissoli évoque avec justesse les interactions entre ces êtres fragiles qui tentent maladroitement d’avancer ensemble. Si ce texte a parfois manqué de consistance, j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Nous devrions nous inscrire au club des fulgurés.
Qu’est ce que c’est ?
Un réseau de personnes qui ont été touchées par la foudre.
Quel rapport avec nous ? »

« Les histoires nous sauvent-elles ? Ou devons-nous, nous, les sauver ? Je pense qu’écrire cette histoire, jour après jour pendant des années, a sauvé la vie de mon père. Mais moi, je regrette, je n’ai pas le temps de sauver son histoire : je dois écrire la mienne ».

La cloche de détresse – Sylvia Plath (1963)

Et si nous évoquions un lent désespoir ?

Dans ce récit intime, Sylvia Plath lève le voile sur les ravages de la dépression.

Étudiante brillante, Esther Greenwood n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle remporte un concours de poésie et part, avec d’autres élèves, pour un séjour à New York. Cette opportunité professionnelle lui fait découvrir l’effervescence de la ville. Entre soirées mondaines et découverte de la sexualité, Esther oscille entre émerveillement et dégoût.

En décalage avec les autres, son mal-être est palpable. Elle perçoit le monde avec un regard acerbe et désabusé et entrevoit comment la construction d’un foyer compromet ses ambitions littéraires. Lorsqu’elle retourne vivre chez sa mère, la dépression l’envahit. Entre tentatives de suicide et internements, jusqu’où la conduira cette lente descente aux enfers ?

Nettement autobiographique, ce récit prend une dimension encore plus poignante quand on sait que Sylvia Plath s’est suicidée peu de temps après la publication de cette oeuvre. Un récit cru, d’une grande force, pour saisir la dépression de l’intérieur. Au-delà du portrait intime d’Esther, ce texte interroge sur la place des femmes dans les années 50 et le traitement réservé aux maladies mentales. J’ai été asphyxiée par le profond désespoir qui émane de ce roman.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’était qu’un mauvais rêve ».

« L’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur ». 

Le bruit et la fureur – William Faulkner (1929)

Et si nous assistions au déchirement d’une famille ?

À travers le point de vue d’une fratrie, William Faulkner dresse le lent déclin des Compson, une famille aristocratique du Sud des États-Unis.

Dans ce récit, nous suivons plusieurs monologues intérieurs. Nous évoluons tout d’abord avec Benjy, le dernier-né de la fratrie, atteint d’une déficience mentale qui reste plongé dans les déchirements de son enfance. Puis, nous découvrons Quentin, l’aîné, cette âme torturée est sujette à des vagues de dépression. Il éprouve une passion empreinte de jalousie pour sa sœur Caddy tandis que Jason, lui, est envahi par la colère et une soif de vengeance. Enfin, Dilsey, la servante, assiste avec son regard réfléchi à l’évolution de ces bouleversements familiaux. Les générations successives de cette famille arriveront-elles à affronter ce délitement ?

D’une certaine complexité narrative, il n’est pas facile de comprendre les tourments intérieurs qui ébranlent les membres de cette famille. Malgré un style déroutant entre obscurité et déconstruction, tout finit par s’éclairer au fil de la lecture. Si ce roman arbore un aspect élitiste, il est aussi d’une très grande richesse et promet une véritable expérience littéraire !

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Mon père dit qu’un homme est la somme de ses propres malheurs. On pourrait penser que le malheur finirait un jour par se lasser, mais alors, c’est le temps qui devient votre malheur, dit papa ».

« Il n’y a que lorsque la pendule s’arrête que le temps se remet à vivre. Les aiguilles étaient allongées, pas tout à fait horizontales. Elles formaient une courbe légère comme des mouettes qui penchent dans le vent. Contenant tout ce qui d’habitude m’inspirait des regrets, comme la nouvelle lune contient de l’eau… »

Terre des hommes – Antoine de Saint-Exupéry édition illustrée par Riad Sattouf (2025)

Et si nous redécouvrions un classique ?

Dans cette nouvelle édition de « Terre des hommes » d’Antoine de Saint-Exupéry, illustrée par Riad Sattouf, le dessinateur propose une vision envoûtante de ce récit de voyages emblématique.

Grâce à ses illustrations, Riad Sattouf donne un nouveau souffle à ce classique de la littérature et nous promet une évasion entre ciel et terre. Dans ce récit, Antoine de Saint-Exupéry partage sa vision du monde et ses expériences d’aviateur. En proposant ses dessins, Riad Sattouf témoigne de l’attachement profond qu’il porte à cette œuvre qu’il n’a jamais cessé de lire.

Je n’avais pas été totalement conquise lors de ma première découverte de ce texte hybride, oscillant entre roman philosophique et récit de voyages, mais cette somptueuse réédition lui redonne force et vitalité. Un magnifique objet littéraire à glisser sous le sapin.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté pendant des années, mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir ».

Trilogie New-Yorkaise – Paul Auster (1985)

Et si nous combattions la solitude ?

Dans les méandres des rues de New York, Paul Auster, avec cette trilogie vertigineuse à la trame narrative complexe et intelligente, interroge notre rapport à l’autre et joue avec la dualité des identités.

Dans Cité de verre, nous découvrons Quinn, un auteur de polars sous pseudonyme qui se remet difficilement de la perte de sa femme et de son fils. Confondu avec Paul Auster, un soi-disant détective, il entreprend une enquête singulière et bientôt envoûtante qui le plonge dans les méandres de son existence.

Dans le second roman, Revenants, Bleu, un détective privé se voit confier la surveillance de Noir, un écrivain mystérieux qui connaît un quotidien plat et millimétré. Jusqu’où cette enquête apparemment banale va-t-elle l’ébranler ?

Dans le dernier récit, La Chambre dérobée, un homme voit ressurgir Fanshawe, son ami d’enfance. La femme de cet ami lui confie ses manuscrits et lui apprend sa brutale disparition. La relation fusionnelle qu’il a entretenue avec Fanshawe devient plus obsédante en son absence. Comment parviendra-t-il à s’affranchir de cette dualité insaisissable ?

En se plongeant dans les contours de nos intériorités, Paul Auster propose une errance dans le rapport de l’homme à sa solitude et aux autres. Dans cette trilogie foisonnante et inclassable, Paul Auster, en explorant les jeux de miroirs et la complexité de l’écriture, interroge sa propre existence.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Chaque fois qu’il sortait marcher il avait l’impression de se quitter lui-même, et, en s’abandonnant au mouvement des rues, en se réduisant à n’être qu’un œil qui voit, il pouvait échapper à l’obligation de penser, ce qui, plus que toute autre chose, lui apportait une part de paix, un vide intérieur salutaire…
Le mouvement était l’essence des choses, l’acte de placer un pied un pied devant l’autre et de se permettre de suivre la dérive de son propre corps ».

« Nos vies nous emportent selon des modes que nous ne pouvons maîtriser, et presque rien ne nous reste. Ce presque rien meurt avec nous et la mort est quelque chose qui nous arrive chaque jour ».

Le blé en herbe – Colette (1923)

Et si nous évoquions la fin de l’enfance ?

Sous la lumière vacillante d’un été et dans le bruit apaisant de la mer, Colette raconte, avec un esthétisme envoûtant, un amour juvénile.

Phil et Vinca partagent un nouvel été sous le ciel breton. Depuis l’enfance, ces vacances estivales sont l’occasion de frivolités, de jeux d’enfants et de promesses d’éternité. Leurs premiers émois amoureux vacillent lorsque Phil rencontre la dame en blanc. Avec cette femme plus âgée, la sensualité s’immisce dans l’insouciance de l’enfance. Phil est emporté par ses désirs et s’éloigne peu à peu de Vinca. Jusqu’où cet éveil charnel le mènera-t-il ?

Un court roman au charme désuet, qui nous transporte avec finesse dans la langueur d’un été adolescent. J’ai beaucoup aimé la plume de Colette et l’atmosphère de ce récit initiatique, qui promet un éveil tout en sensualité.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Je crève, entends-tu, je crève à l’idée que je n’ai que seize ans ! Ces années qui viennent, ces années de bachot, d’examens, d’institut professionnel, ces années de tâtonnements, de bégaiements, où il faut recommencer ce qu’on rate, où on remâche deux fois ce qu’on n’a pas digéré, si on échoue… Ces années où il faut avoir l’air, devant papa et maman, d’aimer une carrière pour ne pas les désoler, et sentir qu’eux-mêmes se battent les flancs pour paraître infaillibles, quand ils n’en savent pas plus que moi sur moi… »

« Toute leur enfance les a unis, l’adolescence les sépare ».

« Il cherchait sur elle la splendeur éphémère qui l’avait irrité. Mais ce n’était plus qu’une Vinca consternée, une adolescente chargée,trop tôt, de l’humilité, des maladresses, de la morne obstination du véritable amour … »

Home – Toni Morrison (2012)

Et si nous parlions d’un roman déchirant ?

Dans ce court ouvrage, avec un style envoûtant, Toni Morrison met des mots sur la violence de l’Amérique des années 50.

Frère et soeur, Frank et Cee ont été élevés dans un foyer imprégné par l’indifférence parentale, la violence de la ségrégation et du racisme.

Des années plus tard, hanté par des images de la Guerre de Corée, Frank, ancien vétéran, est emporté par une rage bouillonnante qui ne parvient pas à s’apaiser. Tandis que Cee, grièvement malade, est soumise à la toute-puissance d’un médecin. Prévenu que sa soeur court un grave danger, Frank traverse les États-Unis pour la retrouver. La relation qui les unit pourra-t-elle les sauver ?

Dans ce roman, Toni Morrison redonne foi en la liberté malgré les traumatismes. Avec une force d’écriture incroyable, elle nous plonge dans ce court récit, entre cruauté et grâce, dans une œuvre profondément humaine.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde. »

« Voilà que revenait la rage incontrôlée, la haine de soi déguisée en faute de quelqu’un d’autre ».

La Chambre de Giovanni – James Baldwin (1956)

Et si nous mêlions désir et trahison ?

Dans le décor parisien effervescent de l’après-guerre, David, un jeune Américain rencontre Giovanni, un immigré italien d’une beauté désinvolte. Un désir tortueux pour cet homme le submerge, alors que sa fiancée est partie pour l’Espagne.

Ébranlé par cette attirance, David se laisse emporter dans une relation passionnelle avec Giovanni jusqu’à partager un logement exigu avec lui. Leurs rapports s’intensifient au fil des mois mais David est tiraillé entre son désir et un sentiment de honte. Jusqu’où cette relation heurtera-t-elle son identité ?

Porté par un style brillant et sensitif, James Baldwin nous transporte dans cette relation tumultueuse entre deux hommes. Dans un milieu parisien marginalisé, James Baldwin retranscrit avec une grande maîtrise les douleurs liées à l’identité sexuelle.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La mort de l’innocence est aussi la mort de la culpabilité ».

« Mais on ne peut malheureusement pas inventer nos amarres, nos amants ni nos amis, pas plus qu’on ne peut inventer nos parents. La vie nous les donne et nous les reprend, et la grande difficulté est de dire oui à la vie ».

Gouverneurs de la rosée – Jacques Roumain (1944)

Et si nous partions pour Haïti ?

Dans ce livre lumineux, Jacques Roumain compose un hymne d’amour et de liberté pour son pays.

À son retour de Cuba après des années d’exil, Manuel retrouve son village natal désolé, enseveli sous la misère et la discorde. Face à une pénurie d’eau dans toute la région, les habitants tentent de survivre, mais doivent bientôt se résigner à partir. Au-delà de la sécheresse qui fait rage, un conflit a éclaté entre deux familles. Lorsque le sang a coulé, la mésentente devient irrévocable et se transforme en haine.

Lorsqu’il croise le regard d’Annaïse, Manuel est assailli par la fulgurance de leur attraction. Il ne peut renoncer à leur amour même si elle fait partie du clan ennemi. Porté par l’amour de cette femme, Manuel décide de se mettre en quête d’une source d’eau. Avec l’eau, la réconciliation d’un peuple renaîtra-t-elle ?

Cette œuvre résonne comme un cri d’amour. Entre l’amour maternel, la passion amoureuse, l’attachement pour une terre, Jacques Roumain dépeint avec justesse les émotions qui jaillissent en Manuel. Avec un style poétique, Jacques Roumain enracine son oeuvre dans les terres d’Haïti et nous propose un récit foisonnant !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes : c’est une présence dans le cœur, ineffaçable, comme une fille qu’on aime : on connaît la source de son regard, le fruit de sa bouche, les collines de ses seins, ses mains qui se défendent et se rendent, ses genoux sans mystère, sa force et sa faiblesse, sa voix et son silence »

« L’eau. Son sillage ensoleillé dans la plaine ; son clapotis dans le canal du jardin, son bruissement lorsque dans sa course, elle rencontre des chevelures d’herbes ; le reflet délayé du ciel mêlé à l’image fuyante des roseaux ; les négresses remplissant à la source leurs calebasses ruisselantes et leurs cruches d’argile rouge ; le chant des lessiveuses ; les terres gorgées, les hautes récoltes mûrissantes »