Trop humain – Anne Delaflotte Mehdevi (2024)

Et si nous mélangions modernité et souvenirs enfouis ?

Suzie est une des figures d’un modeste café de campagne. Elle tient ce café restaurant où se rassemble tous les habitués du village de Tharcy depuis des années. Vestige des souvenirs d’antan, du bal du village, son café sera confronté à la modernité. Si la région s’est transformée et qu’elle accueille désormais les néo-ruraux qui ont choisi de s’installer à la campagne, elle a conservé ses traditions.

Monsieur Peck, un modeste retraité, passionné de nouvelles technologies, vient de s’installer dans l’ancien presbytère. Mais surtout, cet ancien ingénieur a acheté pour sa retraite un robot faisant office de fidèle compagnon et même d’auxiliaire de vie. Véritable clone humain, Tchap communique avec ses semblables. Lorsqu’il rentre dans le café, Tchap fait naître autour de lui les regards curieux, interrogateurs mais aussi une animosité chez les habitants. L’apparition de ces nouvelles technologies ne semble pas pouvoir cohabiter avec leurs traditions rurales.

Tout d’abord surprise, Suzie va finalement s’attendrir pour ce Tchap. Elle va nouer avec lui une relation particulière allant jusqu’à lui révéler ses souvenirs.

Ce récit interroge l’impact de la modernité sur nos traditions et les vestiges des temps anciens. J’ai aimé cette plongée dans ce café de campagne et dans les souvenirs de Suzie. Si je n’ai pas été totalement transportée, le personnage de Suzie m’a beaucoup marquée et fait de ce roman une oeuvre tendre et singulière.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Les ragots sont une des distractions qu’on s’offre à la campagne, à défaut de théâtre »

L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrel (2008)

Et si nous évoquions un troublant secret de famille ?

Esme a été enfermée toute sa vie. Rejetée par sa famille à cause de sa différence, elle a vécu durant soixante ans dans un asile.

Iris, sa plus proche parente est contactée par l’établissement psychiatrique qui va bientôt fermer ses portes. Eberluée, Iris découvre l’existence d’une grande tante oubliée de tous et les médecins lui proposent de la recueillir. Sa grand-mère, Kitty, est la soeur d’Esme. Pourtant, elle n’a jamais mentionné l’existence de sa jeune soeur qui a été effacée de l’histoire familiale.

Iris voit sa vie bouleversée par l’existence de la vieille femme. Va-t-elle accepter de s’occuper d’Esme et lever le voile sur de mystérieux secrets de famille ?

J’ai été naturellement fascinée par le personnage d’Esme et emportée dans cette histoire familiale troublante. Les thèmes abordés entre secrets de famille et internement en psychiatrie sont particulièrement intéressants. J’ai trouvé le fil narratif parfois confus et j’aurai aimé que le parcours des personnages soit abordé avec davantage de profondeur. Malgré ces réserves, j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres ».

Le roitelet – Jean-François Beauchemin (2021)

Et si nous parlions d’un homme aussi fragile qu’un oiseau ?

Dans ce court récit, Jean-François Beauchemin nous parle de son frère. Un être à la fragilité exacerbée, à l’image d’un oiseau délicat « le roitelet » ou d’un roi régnant sur un monde de chimères.

Jean-François vit au plus proche de la nature dans une vie faite de simplicité. Autour de lui sa femme Livia, son chien et son chat accompagnent le silence de la campagne. Cette vie calme est toujours reliée à celle de son frère cadet. L’écrivain a tissé une relation fusionnelle avec lui depuis l’enfance faite de complicité mais aussi d’inquiétude.

Son frère souffre de schizophrénie. Le diagnostic posé c’est tout un quotidien qui s’organise autour de lui. Jean-François l’accompagne par sa présence, ses silences et son calme. Si l’apaisement n’est pas toujours possible, il parvient grâce à la profonde tendresse qui les relie à contenir les ombres psychiques qui planent autour de lui.

Un récit pudique et délicat emprunt d’une profonde poésie. Si ce livre ne me laissera pas une trace indélébile, il se vit comme une promenade dans la forêt, au plus proche de la simplicité de la nature et des méandres de nos esprits.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Il ressemblait, avec ses cheveux courts aux vifs reflets mordorés, à ce petit oiseau délicat, le roitelet. Oui c’est ça : mon frère devait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l’or et la lumière de l’esprit s’échappaient par le haut de la tête. Je me souvenais aussi que le mot roitelet désignait un roi au pouvoir très faible, régnant sur un pays de songes et de chimères »

Un automne de Flaubert – Alexandre Postel (2020)

Et si nous partions à Concarneau avec Flaubert ?

Dans ce court récit, Alexandre Postel tente de percer les mystères qui entourent Gustave Flaubert.

Miné par des problèmes d’argent et par la vente probable de la demeure de sa nièce à Croiset, Gustave Flaubert est rongé par l’inquiétude. En proie à des pensées sombres, il décide de s’éloigner pour quelques semaines et choisit une petite pension proche de la mer. Il séjourne ainsi à Concarneau et retrouve son ami le Docteur Pouchet. Flaubert observe le travail de son ami, chercheur au musée d’histoire naturelle, il dissèque des poissons dans un calme chirurgical. Son séjour sera aussi l’occasion de savourer la cuisine bretonne et de pratiquer, tous les jours, des bains de mer comme pour calmer son anxiété croissante. Si proche de la mer, Gustave Flaubert réussira-t-il à trouver l’apaisement et à écrire ?

J’ai aimé être propulsée au côté de Gustave Flaubert dans ses quelques semaines de villégiatures. Les libertés prises par Alexandre Postel pour retranscrire la vie de l’écrivain rapprochent cet ouvrage du roman. Si j’ai aimé cette délicieuse promenade avec Flaubert et le développement de son processus d’écriture, j’aurai aimé que les aspects biographiques de sa vie soient davantage abordés.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Faute de pouvoir atteindre le calme en lui-même, c’est à la mer qu’il le demandera. Même agitée, la mer accorde toujours le repos à celui qui la regarde. Sa pulsation obstinée inspire à l’homme égaré dans son labyrinthe intérieur le sentiment des choses simples; et à celui qui doute de la vie, le sentiment de la nécessité. Simple et nécessaire, la mer accueille toutes les douleurs. Elle n’offense pas les âmes fatiguées« .

Le livre de Neige – Olivier Liron (2022)

Et si nous rendions hommage à une mère ?

Dans ce récit infiniment personnel, Olivier Liron retrace le parcours de sa mère, Maria Nieves.

Arrivée en France à l’âge de neuf ans, elle a grandi à Madrid. Confrontée au régime de Franco, sa famille a fui l’Espagne dans l’espoir d’un avenir meilleur. Maria dite « Neige » en Espagnol doit s’acclimater à sa nouvelle vie française.

L’atmosphère asphyxiante de cette zone industrielle de la Plaine Saint Denis où ils se sont installés devient leur quotidien. Neige essaye d’apprivoiser cette vie française. Brillante élève, elle rattrape son retard et réussit à intégrer une nouvelle langue. Suite à cet exil déchirant, Neige parviendra-t-elle à construire sa vie en France ?

Olivier Liron dresse le portrait d’une mère proche de la nature, fantaisiste qui a toujours su préserver sa liberté. Agrémenté des photos de sa mère à toutes les périodes de sa vie, ce récit tendre et personnel, est particulièrement touchant. J’ai passé un agréable moment de lecture en compagnie de Neige sous la plume sensible de son fils.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Ce que nous ne voulons pas savoir de nous-mêmes, ce que nous évitons de reconnaître en nous-mêmes, tout ce qui n’est pas formulé, pas su, tout ce qui est ignoré, effacé, tout ce qui se love et se cache dans les silences brûlants du passé, tout cela, je crois que nous le rencontrons, un jour ou l’autre, et que nous devons l’affronter ».

« Être triste, c’est avoir épuisé toutes les façons possibles de parler à ceux qu’on aime »

Numéro deux – David Foenkinos (2022)

Et si nous rencontrions le double de Harry Potter ?

A l’âge de 11 ans, le destin de Daniel Radcliffe bascule quand il décroche le rôle d’Harry Potter. Pourtant en 1999 quand le casting d’Harry Potter débute il n’était pas prédestiné à un tel rôle. Après de nombreuses auditions, il ne reste que deux candidats en compétition : Daniel Radcliffe et Martin Hill.

Repéré sur un tournage, Martin Hill accompagnait son père, décorateur de cinéma et n’avait jamais eu pour ambition de devenir acteur. Très vite, les auditions se succèdent et Martin Hill commence à rêver à l’obtention du rôle de ce jeune sorcier. Quand la production lui annonce qu’il n’est pas choisi et que Daniel Radcliffe a « un petit quelque chose en plus », tout s’effondre. L’impression étouffante d’être passé à côté de son destin ne le quittera jamais. L’omniprésente de Harry Potter lui rappelle inlassablement cette terrible défaite. Ce sentiment d’échec va le poursuivre durant toute sa vie. Comment Martin Hill parviendra-t-il à se reconstruire ?

Grâce à ce personnage fantasmé, David Foenkinos raconte l’histoire d’un « numéro deux ». Un roman facile d’accès qui nous encourage à nous relever face aux revers de nos existences. Je n’ai pas été envoutée par le style assez plat de l’auteur mais ce roman reste un moment de lecture divertissant.

Merci aux éditions Folio pour ce cadeau.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« La vie humaine se résume peut-être à ça, une incessante expérimentation de la désillusion, pour aboutir avec plus ou moins de succès à une gestion des douleurs »

« Rencontrer quelqu’un, c’est se permettre d’exister à nouveau sans son passé. On se raconte comme on veut, on peut sauter des pages et même commencer par la fin »

Invisible – Paul Auster (2009)

Et si nous voyagions de New-York à Paris en compagnie de Paul Auster ?

Lors de ses études à Colombia, Adam Walker croise un énigmatique professeur, Rudoff Born. Si Adam aimerait percer le mystère de cet homme, il s’inquiète de ses opinions provocantes. La femme qui accompagne Rudoff fascine littéralement le jeune homme. Sulfureuse, elle jette un regard plein d’intérêt pour cet étudiant qui aspire à devenir poète.

Attiré par cette femme, il se rapproche du couple jusqu’à envisager des projets d’avenir. Être naïf et tourmenté, Adam va être envouté par l’aura nocive de Rudoff. Un sombre drame va lier les deux hommes et faire basculer leurs destins.

Maîtrisant la trame narrative avec virtuose, Paul Auster dresse les portraits de personnages complexes. Captivée, je me suis plongée dans ce roman qui nous emporte dans des zones d’ombre parfois malsaines et dérangeantes mais où la psychologie des personnages est finement travaillée.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« La distance entre la pensée et les actes peut être immense, un gouffre aussi vaste que le monde lui-même »

« Elle est de nature plus libre que toi, plus heureuse que toi et, chaque fois que tu es en sa compagnie, le monde te paraît plus lumineux et plus accueillant, un endroit où ton ego maussade et introverti peut presque commencer à se sentir chez lui »

« Il se demande si les mots ne constituent pas un élément essentiel de la relation sexuelle, si la parole n’est pas finalement une forme plus subtil du toucher, si les images qui nous dansent en tête n’ont pas tout autant d’importance que les corps que nous tenons dans nos bras » 

La fille parfaite – Nathalie Azoulai (2022)

Et si nous parlions d’une amitié fusionnelle ?

Rachel et Adèle sont de jeunes filles blondes aux teints parfaits. Presque jumelles, leur ressemblance physique est indéniable mais elles sont intellectuellement à l’extrême opposées. Rachel a choisi naturellement les lettres. Depuis son enfance, elle évolue dans une famille d’érudits où les mots sont une évidence. Adèle, initiée par son père depuis son jeune âge aux calculs, a choisi les sciences. Son destin de brillante mathématicienne semble tracé.

Face à un déterminisme social inévitable, les deux femmes vont-elles changer de cap ? Tout au long de leur vie, Rachel et Adèle appréhendent le monde différemment et l’ambivalence de leur relation sera de plus en plus forte.

Dans ce roman initiatique, Nathalie Azoulai trace les contours d’une amitié tumultueuse faite de jalousie et de complémentarité. Au-delà de la relation qui les unit, Nathalie Azoulai cherche à percer les mystères de deux mondes qui se font face. Si j’ai aimé la clivage entre sciences et lettres, je l’ai trouvé très présent peut-être au détriment de la psychologie des personnages.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Si elle avait su. Elle savait. C’était une de ses théories, que les gens naissent tous chiffrés, avec leur nombre d’années à vivre au-dessus de la tête, une auréole qui déclenche toutes les vies comme des
comptes à rebours qui tournent en silence. Ne va pas t’imaginer que ça fasse du bruit, ça s’oublie, mais si chacun au fond sait combien d’années il a à vivre, ça fait quoi ? se demandait-elle. Ça donne plus d’intensité ? plus d’angoisse ? En tout cas, niveau inégalités, ça se pose là, on comprendrait au moins d’emblée que le monde est inégal, que certes, on peut lutter, mais qu’il vaut mieux le savoir, ne pas caresser de folles espérances, rêver à des choses qui n’existent pas »

Soleil amer – Lilia Hassaine (2021)

Et si nous évoquions un long processus d’intégration ?

Quand Saïd quitte son pays natal l’Algérie pour la France il veut offrir à sa famille un avenir meilleur. Embauché dans une usine automobile en 1959, les conditions de travail sont désastreuses et il est perçu comme un étranger. Après plusieurs années de solitude, sa femme et ses trois filles le rejoignent en France.

Les rêves s’évanouissent rapidement face à l’amertume du quotidien. La famille s’installe dans une cité HLM et leurs conditions de vie restent difficiles. Quand Naja tombe enceinte, l’accueil d’un nouvel enfant leur semble impossible. Lorsqu’elle accouche de jumeaux, Daniel et Amir, le couple décide que Daniel sera élevé par son frère et sa compagne française, Eve. Eve ne peut pas avoir d’enfant et la proximité des deux femmes fait de ce choix une évidence. Le destin des deux frères s’en trouvera profondément bouleversé. Un tel secret de famille pourra-t-il survivre aux temps ?

Dans ce roman social, Lilia Hassaine parvient en peu de lignes à retranscrire toute la complexité de la désillusion d’une intégration. Une fresque familiale envoutante qui parvient à nous captiver !

Merci aux éditions folio pour cette découverte !

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« La joie sans mélancolie, c’est un soleil qui brillerait sans discontinuer. La joie n’est la joie que parce qu’elle joue au funambule au-dessus du vide ».

« Quitter un pays qu’elles aimaient, suivre un mari qui trimait, perdre leurs enfants un par un, se demander si elles avaient fait le bon choix, être mère c’était ça, accumuler les erreurs, apprendre sans cesse, échouer encore. Les héroïnes, c’était elles ».

« D’un côté il se disait fier de ses origines et de sa culture, de l’autre il espérait se fondre dans le paysage français. D’un côté il désirait rentrer au bled, de l’autre il rêvait que ses enfants s’intègrent. Il oscillait entre deux pays, entre deux projets, et élevait ses enfants dans la même dualité. La dualité comme identité, c’était déjà une contradiction, il n’existait pas de mot pour dire « un et deux » à la fois »

L’attentat – Yasmina Khadra (2005)

Et si nous comprenions la violence du monde avec Yasmina Khadra ?

Au coeur de Tel-Aviv, une explosion foudroyante fait de nombreuses victimes. Rapidement, la piste de l’attentat est confirmée, une femme kamikaze a actionné les bombes qu’elle portait.

Chirurgien, Amine s’occupe des nombreux blessés toute la nuit. Quand il rentre à son domicile, le téléphone retentit à nouveau, il doit se rendre à l’hôpital en urgences. Il va apprendre par ses collègues et par la police que la kamikaze est son épouse Sihem. Face à cette annonce irréelle, sa vie s’écroule. Au fil du temps, il se rend compte qu’il ne connaissait pas la femme avec qui il partageait sa vie. Dans une lente descente aux enfers, il doit faire le deuil de la femme qu’il aimait mais aussi comprendre l’inimaginable. Amine part alors sur les traces du parcours de radicalisation de Sihem.

Dans sa quête de vérité, Amine va aussi rechercher son identité. Israélien d’origine palestinienne, en tant que chirurgien il a évolué dans un milieu privilégié lui faisant oublier ses racines.

Par une oeuvre incisive et nerveuse, Yasmina Khadra cherche à nous faire comprendre l’impensable. J’ai aimé la force de ce récit qui porte un regard intime sur le conflit israélo-palestinien.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Je veux juste comprendre comment la femme de ma vie m’a exclu de la sienne, comment celle que j’aimais comme un fou a été plus sensible au prêche des autres plutôt qu’à mes poèmes ».

« Garde tes peines pour toi, elles sont tout ce qu’il te reste lorsque tu as tout perdu ».