Roman fleuve – Philibert Humm (2022)

Et si nous partions à l’aventure ?

Philibert Humm nous propose une exploration en canoë sur la Seine. Avec deux compères, il décide de remonter la Seine dans un canot de Paris à Honfleur. Cette traversée jusqu’à la mer sera synonyme d’un voyage loufoque, drôle et inventif.

Les trois amis débutent leur périple par l’acquisition d’une embarcation fragile ayant appartenu selon le vendeur à Véronique Sanson. L’anecdote est tellement belle qu’il n’hésite plus à acquérir ce rafiot en l’agrémentant d’une toile de douche pour entreprendre cette aventure.

Au fil du fleuve, ils font la connaissance de personnages atypiques et explorent des lieux oubliés. Sylvain Tesson leur propose même une pause champêtre dans leur périple. Dans ce récit rafraichissant, Philibert Humm nous raconte un voyage parsemé d’évènements insignifiants mais qui donnent une saveur unique à cette entreprise. Un roman drôle explorant la force de l’amitié et de la liberté que je vous recommande pour changer d’air.

Merci aux éditions Folio pour cet envoi.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Nous ne prîmes pas de photo, ne partageâmes aucun contenu ni ne fîmes la moindre story susceptible d’être likée, commentée puis relayée (…) “Être heureux seul n’est pas à la portée de tout le monde, soliloqua Bobby. C’est pourquoi tant de gens exhibent leurs instants de bonheur. Ils ne peuvent jouir que si on les envie“ ».

« Mais le génie des hommes naît de leur paresse. Si l’homme primitif ne s’était pas lassé de marcher, il n’aurait pas inventé la roue puis le cheval, la voiture à cheval et enfin la trottinette électrique pour adulte »

La danseuse – Patrick Modiano (2023)

Et si nous croisions le chemin d’une danseuse ?

Dans ce récit au ton nébuleux, Patrick Modiano nous transmet des bribes de souvenirs, entre rêve et réalité.

Il y a plusieurs années, il a côtoyé une danseuse et son fils. Entre les répétitions successives et la garde de son fils, Pierre, le narrateur partage les instants volés dans le quotidien d’une danseuse. Au studio Wacker, les cours sont dispensés par Boris Kniaseff un professeur Russe aussi exigeant que brillant. Il apprend à la danseuse toute la discipline de son art qui n’est pas sans rappeler celle de la littérature.

Dans la vie de cette danseuse se cache pourtant des zones d’ombres plus brumeuses, les activités clandestines d’un protecteur, un homme qui commence à la suivre, le visage fantomatique du père de l’enfant se dessine en surplomb. L’écrivain parviendra-t-il à percer le mystère de la danseuse ?

Se plonger dans une oeuvre de Patrick Modiano, c’est savoir apprécier la douceur d’un rêve cotonneux. Nappé de souvenirs, ce court récit porte un regard nostalgique sur un Paris d’antan qui ne demande qu’à éclore. J’ai apprécié ce moment hors du temps et ce style toujours aussi remarquablement unique.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Voilà qu’un instant du passé s’incruste dans la mémoire comme un éclat de lumière qui vous parvient d’une étoile que l’on croit morte depuis longtemps ».

« C’était cela, la danse, avait-il l’habitude de dire à ses élèves. Tant de travail pour donner l’illusion que l’on s’envole sans effort à quelques mètres du sol… »

« Il n’y avait pas de passé, ni d’étoile morte, ni d’années-lumière qui vous séparent à jamais les uns des autres, mais ce présent éternel ».

Nous n’étions pas des tendres – Sylvie Gracia (2024)

Et si nous contemplions la maison du lac et nos souvenirs d’enfance ?

La situation de santé de son père contraint Hélène a passé ses vacances dans son pays natal. Elle a construit sa vie à Paris, loin de l’Occitanie et du village de son enfance. A cinquante ans, Hélène a divorcé. Elle est devenue mère de deux jeunes filles qui ont déjà pris leur envol.

Rien ne semble la rattacher à la maison du lac, cette ancienne bâtisse remplie des souvenirs passés aux côtés de ses parents et de son frère Miguel. Pourtant, la santé de son père se dégrade et ils vont passer quelques semaines ensemble dans cette maison de vacances. Durant ce séjour, elle va renouer avec son père et essayer de s’acclimater à ses silences et à cette relation tout en pudeur. Hélène reprend possession de ce village qui est resté comme figé dans le temps. Elle va croiser à nouveau le regard de Patrick, son amour de jeunesse. Quand tout s’accélère, Hélène réussira-t-elle à concilier sa nouvelle vie et l’omniprésence de ses souvenirs ?

Dans ce récit, Sylvie Gracia explore le rapport à nos parents, à la vieillesse et aux amours enfouis. J’ai aimé l’atmosphère de ce roman qui se lit facilement mais a manqué, pour ma part de consistance. Il ne me laissera pas une trace indélébile même si j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Seul le mensonge est vrai – Malik Sam (2024)

Et si nous révélions l’implacable vérité du parcours des migrants ?

Nour est une femme forte qui a dû apprendre à cacher sa différence et sa fragilité.

Elle a fui le Bénin pour se réfugier dans le camp de Choucha, au sud-est de la Tunisie. Une seule phrase résonne en elle inlassablement « passer coûte que coûte ». Elle doit atteindre les terres européennes et traverser la Méditerranée. Le salut est en Europe, loin des conflits, de la faim et des drames. Elle rencontre des humanitaires mais aussi des passeurs qui semblent avoir tout pouvoir sur la région et sur son avenir.

La traversée a donc un prix. Elle va devoir tout endurer, mettre de côté sa morale et devenir impitoyable pour survivre. Finira-t-elle par perdre son âme ?

Dans ce premier roman noir, Malik Sam nous révèle le quotidien des migrants fait de violences et d’atrocités. Un récit parfois insoutenable qui glace et nous entraine jusqu’à la dernière ligne. Une oeuvre coup de poing qui ne laisse pas indifférent et dévoile des vérités crues et implacables.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Le monde des hommes est un univers de violence et de domination. Qu’on ne vienne pas lui parler de la bonté de l’être humain. Quand on t’arrache ta dignité par lambeaux. Comme des morceaux de peau qui partent »

« C’est un silence apaisé. Ensemble, et séparées. On pourrait les croire seules sur une planète abandonnée. Sans passé ni futur, que le ciel constellé au bout de leurs doigts »

Lettre à D. – André Gorz (2006)

Pour la Saint-Valentin, et si nous partagions une longue lettre d’amour ?

Dans ce court écrit, André Gorz déclare son amour à Dorine, sa femme. Il décrit comment elle a transcendé sa vie mais aussi son oeuvre.

A la fois philosophe, journaliste ou écologiste, André Gorz est un homme de convictions et d’engagements. Dans ce texte, il décide de réhabiliter cette femme, trop longtemps dans l’ombre de son oeuvre. Il va lui redonner la place centrale qu’elle occupe dans sa vie depuis le premier jour de leur rencontre.

Séduisante et intelligente, Dorine par son aura a tout de suite charmé André. Son accent britannique et sa prestance étaient indéniables.

L’éclat de cet amour fusionnel est mis en lumière dans cette déclaration d’une grande sensibilité qui émeut jusqu’aux larmes.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien ».

« Nous n’étions pas pressés. J’ai dénudé ton corps avec précaution. J’ai découvert, coïncidence du réel avec l’imaginaire, l’Aphrodite de Milos devenue chair ».

« Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble ». 

Trop humain – Anne Delaflotte Mehdevi (2024)

Et si nous mélangions modernité et souvenirs enfouis ?

Suzie est une des figures d’un modeste café de campagne. Elle tient ce café restaurant où se rassemble tous les habitués du village de Tharcy depuis des années. Vestige des souvenirs d’antan, du bal du village, son café sera confronté à la modernité. Si la région s’est transformée et qu’elle accueille désormais les néo-ruraux qui ont choisi de s’installer à la campagne, elle a conservé ses traditions.

Monsieur Peck, un modeste retraité, passionné de nouvelles technologies, vient de s’installer dans l’ancien presbytère. Mais surtout, cet ancien ingénieur a acheté pour sa retraite un robot faisant office de fidèle compagnon et même d’auxiliaire de vie. Véritable clone humain, Tchap communique avec ses semblables. Lorsqu’il rentre dans le café, Tchap fait naître autour de lui les regards curieux, interrogateurs mais aussi une animosité chez les habitants. L’apparition de ces nouvelles technologies ne semble pas pouvoir cohabiter avec leurs traditions rurales.

Tout d’abord surprise, Suzie va finalement s’attendrir pour ce Tchap. Elle va nouer avec lui une relation particulière allant jusqu’à lui révéler ses souvenirs.

Ce récit interroge l’impact de la modernité sur nos traditions et les vestiges des temps anciens. J’ai aimé cette plongée dans ce café de campagne et dans les souvenirs de Suzie. Si je n’ai pas été totalement transportée, le personnage de Suzie m’a beaucoup marquée et fait de ce roman une oeuvre tendre et singulière.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Les ragots sont une des distractions qu’on s’offre à la campagne, à défaut de théâtre »

L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrel (2008)

Et si nous évoquions un troublant secret de famille ?

Esme a été enfermée toute sa vie. Rejetée par sa famille à cause de sa différence, elle a vécu durant soixante ans dans un asile.

Iris, sa plus proche parente est contactée par l’établissement psychiatrique qui va bientôt fermer ses portes. Eberluée, Iris découvre l’existence d’une grande tante oubliée de tous et les médecins lui proposent de la recueillir. Sa grand-mère, Kitty, est la soeur d’Esme. Pourtant, elle n’a jamais mentionné l’existence de sa jeune soeur qui a été effacée de l’histoire familiale.

Iris voit sa vie bouleversée par l’existence de la vieille femme. Va-t-elle accepter de s’occuper d’Esme et lever le voile sur de mystérieux secrets de famille ?

J’ai été naturellement fascinée par le personnage d’Esme et emportée dans cette histoire familiale troublante. Les thèmes abordés entre secrets de famille et internement en psychiatrie sont particulièrement intéressants. J’ai trouvé le fil narratif parfois confus et j’aurai aimé que le parcours des personnages soit abordé avec davantage de profondeur. Malgré ces réserves, j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres ».

Le roitelet – Jean-François Beauchemin (2021)

Et si nous parlions d’un homme aussi fragile qu’un oiseau ?

Dans ce court récit, Jean-François Beauchemin nous parle de son frère. Un être à la fragilité exacerbée, à l’image d’un oiseau délicat « le roitelet » ou d’un roi régnant sur un monde de chimères.

Jean-François vit au plus proche de la nature dans une vie faite de simplicité. Autour de lui sa femme Livia, son chien et son chat accompagnent le silence de la campagne. Cette vie calme est toujours reliée à celle de son frère cadet. L’écrivain a tissé une relation fusionnelle avec lui depuis l’enfance faite de complicité mais aussi d’inquiétude.

Son frère souffre de schizophrénie. Le diagnostic posé c’est tout un quotidien qui s’organise autour de lui. Jean-François l’accompagne par sa présence, ses silences et son calme. Si l’apaisement n’est pas toujours possible, il parvient grâce à la profonde tendresse qui les relie à contenir les ombres psychiques qui planent autour de lui.

Un récit pudique et délicat emprunt d’une profonde poésie. Si ce livre ne me laissera pas une trace indélébile, il se vit comme une promenade dans la forêt, au plus proche de la simplicité de la nature et des méandres de nos esprits.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Il ressemblait, avec ses cheveux courts aux vifs reflets mordorés, à ce petit oiseau délicat, le roitelet. Oui c’est ça : mon frère devait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l’or et la lumière de l’esprit s’échappaient par le haut de la tête. Je me souvenais aussi que le mot roitelet désignait un roi au pouvoir très faible, régnant sur un pays de songes et de chimères »

Un automne de Flaubert – Alexandre Postel (2020)

Et si nous partions à Concarneau avec Flaubert ?

Dans ce court récit, Alexandre Postel tente de percer les mystères qui entourent Gustave Flaubert.

Miné par des problèmes d’argent et par la vente probable de la demeure de sa nièce à Croiset, Gustave Flaubert est rongé par l’inquiétude. En proie à des pensées sombres, il décide de s’éloigner pour quelques semaines et choisit une petite pension proche de la mer. Il séjourne ainsi à Concarneau et retrouve son ami le Docteur Pouchet. Flaubert observe le travail de son ami, chercheur au musée d’histoire naturelle, il dissèque des poissons dans un calme chirurgical. Son séjour sera aussi l’occasion de savourer la cuisine bretonne et de pratiquer, tous les jours, des bains de mer comme pour calmer son anxiété croissante. Si proche de la mer, Gustave Flaubert réussira-t-il à trouver l’apaisement et à écrire ?

J’ai aimé être propulsée au côté de Gustave Flaubert dans ses quelques semaines de villégiatures. Les libertés prises par Alexandre Postel pour retranscrire la vie de l’écrivain rapprochent cet ouvrage du roman. Si j’ai aimé cette délicieuse promenade avec Flaubert et le développement de son processus d’écriture, j’aurai aimé que les aspects biographiques de sa vie soient davantage abordés.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Faute de pouvoir atteindre le calme en lui-même, c’est à la mer qu’il le demandera. Même agitée, la mer accorde toujours le repos à celui qui la regarde. Sa pulsation obstinée inspire à l’homme égaré dans son labyrinthe intérieur le sentiment des choses simples; et à celui qui doute de la vie, le sentiment de la nécessité. Simple et nécessaire, la mer accueille toutes les douleurs. Elle n’offense pas les âmes fatiguées« .

Le livre de Neige – Olivier Liron (2022)

Et si nous rendions hommage à une mère ?

Dans ce récit infiniment personnel, Olivier Liron retrace le parcours de sa mère, Maria Nieves.

Arrivée en France à l’âge de neuf ans, elle a grandi à Madrid. Confrontée au régime de Franco, sa famille a fui l’Espagne dans l’espoir d’un avenir meilleur. Maria dite « Neige » en Espagnol doit s’acclimater à sa nouvelle vie française.

L’atmosphère asphyxiante de cette zone industrielle de la Plaine Saint Denis où ils se sont installés devient leur quotidien. Neige essaye d’apprivoiser cette vie française. Brillante élève, elle rattrape son retard et réussit à intégrer une nouvelle langue. Suite à cet exil déchirant, Neige parviendra-t-elle à construire sa vie en France ?

Olivier Liron dresse le portrait d’une mère proche de la nature, fantaisiste qui a toujours su préserver sa liberté. Agrémenté des photos de sa mère à toutes les périodes de sa vie, ce récit tendre et personnel, est particulièrement touchant. J’ai passé un agréable moment de lecture en compagnie de Neige sous la plume sensible de son fils.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Ce que nous ne voulons pas savoir de nous-mêmes, ce que nous évitons de reconnaître en nous-mêmes, tout ce qui n’est pas formulé, pas su, tout ce qui est ignoré, effacé, tout ce qui se love et se cache dans les silences brûlants du passé, tout cela, je crois que nous le rencontrons, un jour ou l’autre, et que nous devons l’affronter ».

« Être triste, c’est avoir épuisé toutes les façons possibles de parler à ceux qu’on aime »