La grande ourse – Maylis Adhémar (2023)

Et si nous évoquions un roman sauvage ?

Imprégnée par ses Pyrénées natales, Zita a grandi auprès d’une famille d’éleveurs. Depuis son enfance, elle s’est acclimatée à une vie de bergère et a toujours été bercée par les contes fantastiques de son aïeule où se mélangent l’homme et l’animal.

Après avoir parcouru le monde, Zita rentre auprès des siens. Elle retrouve la proximité rassurante de sa famille et une vie simple au coeur des montagnes. Elle fait alors la rencontre de Pierrick, un citadin doux père d’une petite fille. Si tout semble les opposer et que l’ex-femme de Pierrick reste omniprésente dans sa vie, l’attraction est immédiate.

Les tensions de la région vont aussi avoir un impact sur le jeune couple. Les divergences s’accentuent entre les fervents défenseurs de la réintégration des ours dans les Pyrénées et les éleveurs qui craignent pour leur bétail. Malgré le calme paisible de la montagne, la menace des grands ours rode toujours. Quand les proches de Pierrick défendent la cause des espèces sauvages, Zita est tiraillée. Ces deux mondes vont-ils mettre en péril leur couple ?

Au-delà de l’analyse d’un triangle amoureux, Maylis Adhémar évoque le milieu rural et la cause des éleveurs. J’ai aimé cette imbrication entre la sphère intime de la vie de Zita et les problématiques plus vastes autour de la cause animale.

Si j’ai trouvé parfois les personnages légèrement stéréotypés, j’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de Zita. Je vous invite à découvrir cette nouvelle héroïne sauvage, transcendée par sa passion pour la nature.

Merci aux éditions Folio pour cet envoi dans le cadre du club des lecteurs.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Il ne savait rien d’elle, si ce n’est qu’elle venait d’entrer ici et dans son existence ».

« L’ours, cette boule de poil sauvage, cet animal ayant vécu depuis des millénaires dans les Pyrénées, cette espèce protégée, comment pouvait-on ne pas soutenir sa réintroduction dans la montagne ? Comment pouvait-on ne pas se réjouir de voir le sauvage gagner un petit peu de terrain dans ce monde en ébullition où la nature était mise à rude épreuve? Comment, elle, Zita, fille de la forêt et des estives, amoureuse des contes bestiaux de Petite Mère, pouvait-elle ne pas accepter l’ours, roi des animaux d’antan ? « 

Madame Hayat – Ahmet Altan (2021)

Et nous vivions avec un étudiant partagé entre deux femmes ?

Issu d’un milieu bourgeois, Fazil a dû s’acclimater à des conditions de vie beaucoup plus modestes suite au décès de son père. Devenu boursier, il doit pour poursuivre ses études de lettres vivre dans une pension. Il évolue dans une ville de plus en plus menaçante, les tensions montent et les espaces de liberté se restreignent.

Dans cette atmosphère asphyxiante, Fazil devient figurant dans une émission de télévision pour gagner un peu d’argent. Lors du tournage, il fait la rencontre de Madame Hayat. Beaucoup plus vieille que lui, sa présence et son charisme le fascinent instantanément. Il est comme emporté par un désir incommensurable. Parallèlement, il fait la connaissance de la jeune et jolie Sila, tout en grâce, elle partage avec lui son amour pour la littérature. Fazil arrive-t-il à choisir entre ces deux femmes à l’opposé l’une de l’autre ?

Un récit qui nous emporte vers l’époustouflante Madame Hayat dans une ambiance sombre et poétique. Au-delà de ce portrait fascinant, Ahmet Altan a écrit ce récit lors de sa détention et livre un portrait bouleversant de la Turquie. Je ne peux que vous recommander cette ode à la liberté emprunte de sensualité.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« La vie ne sert à rien d’autre qu’à être vécue. La stupidité, c’est d’économiser sur l’existence, en repoussant les plaisirs au lendemain, comme les avares. Car la vie ne s’économise… Si tu ne la dépenses pas, elle le fera d’elle-même, et elle s’épuisera ».

« J’ignorais alors qu’entrer dans la vie de quelqu’un, c’était pénétrer dans un labyrinthe souterrain, un lieu hanté de magie dont on ne pouvait sortir identique à la personne qu’on était avant de s’y engouffrer. Je croyais encore en la possibilité de traverser l’existence comme un personnage de roman, envoûté peut-être, mais certain de pouvoir sortir du cercle de mes émotions dès que l’envie m’en prendrait »

« La littérature est un télescope braqué sur les immensités de l’âme humaine ».

« Madame Hayat était libre. Sans compromis ni révolte. Libre seulement par désintérêt, par quiétude, et à chacun de nos frôlements, sa liberté devenait la mienne »

Love me tender – Constance Debré (2021)

Et si nous parlions d’un livre coup de poing ?

Dans ce court récit largement autobiographique, Constance Debré dresse le parcours d’une mutation.

Avocate et mère de famille, Constance Debré a décidé de changer de voie et de se connecter à sa véritable identité. Elle devient écrivaine et se libère de ses attaches. Constance se connecte à sa sexualité et multiplie les conquêtes féminines. Assumer ses choix va provoquer de nouveaux sacrifices. Face à l’homosexualité de son ex-femme le père de son fils décide d’entamer une procédure pour lui enlever la garde de son enfant. Entre les combats d’une mère et sa quête de liberté, Constance Debré parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Ce texte sans concession, loin des stéréotypes, donne à réfléchir sur notre rapport à la liberté, nos besoins de dépossession et porte un nouveau regard sur la maternité. Porté par une écriture âpre presque viscérale, ce récit poignant est une véritable claque littéraire.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre . Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’en foutre, une fois pour toutes de l’amour, de l’amour prétendu, de toutes les formes d’amour, même de celui- là, pourquoi il faudrait absolument qu’on s’aime »

« En vrai un juge dit à un petit garçon qui sera un homme mon fils que sa mère est coupable parce que son père tout-puissant le décide. Qu’elle n’est pas vraiment une mère puisqu’elle n’est pas vraiment une femme puisqu’elle n’aime pas vraiment les hommes. Que l’endroit est toujours du côté du plus fort et que la liberté n’est qu’une farce »

Veiller sur elle – Jean-Baptiste Andrea (2023)

Et si nous nous délections d’un livre romanesque par excellence ?

Dans ce magnifique roman, Jean-Baptiste Andrea nous dévoile la destinée d’un sculpteur italien. De Rome, à Florence en passant par la Toscane, Mimo va connaître un parcours hors du commun et surtout une relation fusionnelle avec Viola.

Fille d’une des familles les plus riches de cette région italienne, elle est curieuse, érudite, émancipée et entraîne le jeune Mimo dans une trajectoire effervescente. Derrière le portrait de ce sculpteur, c’est une femme exceptionnelle dont Jean-Baptiste Andrea sculpte les traits au fur et à mesure de son oeuvre. Les destinées de Mimo et Viola seront-elles à jamais reliées ?

Dans un contexte italien aux dimensions historiques fortes, nous découvrons une oeuvre habitée par des personnages fascinants aux connexions puissantes. Une prouesse romanesque que je vous recommande chaudement, j’ai été complètement ensorcelée par cette merveille.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

« Elle me sourit, un sourire qui dura trente ans, au coin duquel je me suspendis pour franchir bien des gouffres »

« Il est des absences dont on ne se remet pas ».

Baumgartner – Paul Auster (2024)

Et si nous apprenions à survivre à la perte ?

Professeur de philosophie Sy Baumgartner a perdu sa femme Anna, il y a neuf ans. La présence de l’être aimée plane toujours dans leur appartement. S’il a perdu sa moitié, il continue à avancer imperceptiblement et ne cesse de la faire revivre.

Désormais âgé de soixante-dix ans, il plonge dans ses souvenirs et sa solitude pour révéler l’immense coup de foudre qu’il a éprouvé pour Anna. Traductrice, poétesse, il l’a profondément admirée et a partagé avec elle un mariage heureux. Il revient sur cet amour qui a marqué son existence. Parviendra-t-il à survivre à cette perte ?

D’une grande sensibilité, ce portrait de Sy Baumgartner fait écho à la vie de l’auteur et nous renvoie à nos propres rapports au deuil et à la vieillesse. Dernière oeuvre lumineuse de Paul Auster, ce récit tendre et mélancolique sur notre rapport à la mémoire résonne aujourd’hui encore davantage.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Comment cela se produit, elle n’en a pas la moindre idée, pas plus qu’elle ne comprend comment elle peut lui parler en ce moment, mais la seule chose qu’elle sait, c’est que vivants et morts sont reliés, et qu’une relation profonde comme la leur peut se poursuivre même dans la mort, car si l’un meurt avant l’autre, le survivant peut garder l’autre en vie dans une sorte de limbe temporaire entre la vie et la non-vie, mais quand le vivant meurt aussi c’est la fin, et la conscience du mort s’éteint à jamais ».

« Une personne n’a pas de vie sans relation à d’autres, et si on a la chance d’avoir une relation profonde avec une autre personne, si profonde que l’autre est aussi important à tes yeux que tu ne l’es à toi-même, alors la vie devient plus que possible, elle devient bonne ».

Roman fleuve – Philibert Humm (2022)

Et si nous partions à l’aventure ?

Philibert Humm nous propose une exploration en canoë sur la Seine. Avec deux compères, il décide de remonter la Seine dans un canot de Paris à Honfleur. Cette traversée jusqu’à la mer sera synonyme d’un voyage loufoque, drôle et inventif.

Les trois amis débutent leur périple par l’acquisition d’une embarcation fragile ayant appartenu selon le vendeur à Véronique Sanson. L’anecdote est tellement belle qu’il n’hésite plus à acquérir ce rafiot en l’agrémentant d’une toile de douche pour entreprendre cette aventure.

Au fil du fleuve, ils font la connaissance de personnages atypiques et explorent des lieux oubliés. Sylvain Tesson leur propose même une pause champêtre dans leur périple. Dans ce récit rafraichissant, Philibert Humm nous raconte un voyage parsemé d’évènements insignifiants mais qui donnent une saveur unique à cette entreprise. Un roman drôle explorant la force de l’amitié et de la liberté que je vous recommande pour changer d’air.

Merci aux éditions Folio pour cet envoi.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Nous ne prîmes pas de photo, ne partageâmes aucun contenu ni ne fîmes la moindre story susceptible d’être likée, commentée puis relayée (…) “Être heureux seul n’est pas à la portée de tout le monde, soliloqua Bobby. C’est pourquoi tant de gens exhibent leurs instants de bonheur. Ils ne peuvent jouir que si on les envie“ ».

« Mais le génie des hommes naît de leur paresse. Si l’homme primitif ne s’était pas lassé de marcher, il n’aurait pas inventé la roue puis le cheval, la voiture à cheval et enfin la trottinette électrique pour adulte »

La danseuse – Patrick Modiano (2023)

Et si nous croisions le chemin d’une danseuse ?

Dans ce récit au ton nébuleux, Patrick Modiano nous transmet des bribes de souvenirs, entre rêve et réalité.

Il y a plusieurs années, il a côtoyé une danseuse et son fils. Entre les répétitions successives et la garde de son fils, Pierre, le narrateur partage les instants volés dans le quotidien d’une danseuse. Au studio Wacker, les cours sont dispensés par Boris Kniaseff un professeur Russe aussi exigeant que brillant. Il apprend à la danseuse toute la discipline de son art qui n’est pas sans rappeler celle de la littérature.

Dans la vie de cette danseuse se cache pourtant des zones d’ombres plus brumeuses, les activités clandestines d’un protecteur, un homme qui commence à la suivre, le visage fantomatique du père de l’enfant se dessine en surplomb. L’écrivain parviendra-t-il à percer le mystère de la danseuse ?

Se plonger dans une oeuvre de Patrick Modiano, c’est savoir apprécier la douceur d’un rêve cotonneux. Nappé de souvenirs, ce court récit porte un regard nostalgique sur un Paris d’antan qui ne demande qu’à éclore. J’ai apprécié ce moment hors du temps et ce style toujours aussi remarquablement unique.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Voilà qu’un instant du passé s’incruste dans la mémoire comme un éclat de lumière qui vous parvient d’une étoile que l’on croit morte depuis longtemps ».

« C’était cela, la danse, avait-il l’habitude de dire à ses élèves. Tant de travail pour donner l’illusion que l’on s’envole sans effort à quelques mètres du sol… »

« Il n’y avait pas de passé, ni d’étoile morte, ni d’années-lumière qui vous séparent à jamais les uns des autres, mais ce présent éternel ».

Nous n’étions pas des tendres – Sylvie Gracia (2024)

Et si nous contemplions la maison du lac et nos souvenirs d’enfance ?

La situation de santé de son père contraint Hélène a passé ses vacances dans son pays natal. Elle a construit sa vie à Paris, loin de l’Occitanie et du village de son enfance. A cinquante ans, Hélène a divorcé. Elle est devenue mère de deux jeunes filles qui ont déjà pris leur envol.

Rien ne semble la rattacher à la maison du lac, cette ancienne bâtisse remplie des souvenirs passés aux côtés de ses parents et de son frère Miguel. Pourtant, la santé de son père se dégrade et ils vont passer quelques semaines ensemble dans cette maison de vacances. Durant ce séjour, elle va renouer avec son père et essayer de s’acclimater à ses silences et à cette relation tout en pudeur. Hélène reprend possession de ce village qui est resté comme figé dans le temps. Elle va croiser à nouveau le regard de Patrick, son amour de jeunesse. Quand tout s’accélère, Hélène réussira-t-elle à concilier sa nouvelle vie et l’omniprésence de ses souvenirs ?

Dans ce récit, Sylvie Gracia explore le rapport à nos parents, à la vieillesse et aux amours enfouis. J’ai aimé l’atmosphère de ce roman qui se lit facilement mais a manqué, pour ma part de consistance. Il ne me laissera pas une trace indélébile même si j’ai passé un agréable moment de lecture.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Seul le mensonge est vrai – Malik Sam (2024)

Et si nous révélions l’implacable vérité du parcours des migrants ?

Nour est une femme forte qui a dû apprendre à cacher sa différence et sa fragilité.

Elle a fui le Bénin pour se réfugier dans le camp de Choucha, au sud-est de la Tunisie. Une seule phrase résonne en elle inlassablement « passer coûte que coûte ». Elle doit atteindre les terres européennes et traverser la Méditerranée. Le salut est en Europe, loin des conflits, de la faim et des drames. Elle rencontre des humanitaires mais aussi des passeurs qui semblent avoir tout pouvoir sur la région et sur son avenir.

La traversée a donc un prix. Elle va devoir tout endurer, mettre de côté sa morale et devenir impitoyable pour survivre. Finira-t-elle par perdre son âme ?

Dans ce premier roman noir, Malik Sam nous révèle le quotidien des migrants fait de violences et d’atrocités. Un récit parfois insoutenable qui glace et nous entraine jusqu’à la dernière ligne. Une oeuvre coup de poing qui ne laisse pas indifférent et dévoile des vérités crues et implacables.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Le monde des hommes est un univers de violence et de domination. Qu’on ne vienne pas lui parler de la bonté de l’être humain. Quand on t’arrache ta dignité par lambeaux. Comme des morceaux de peau qui partent »

« C’est un silence apaisé. Ensemble, et séparées. On pourrait les croire seules sur une planète abandonnée. Sans passé ni futur, que le ciel constellé au bout de leurs doigts »

Lettre à D. – André Gorz (2006)

Pour la Saint-Valentin, et si nous partagions une longue lettre d’amour ?

Dans ce court écrit, André Gorz déclare son amour à Dorine, sa femme. Il décrit comment elle a transcendé sa vie mais aussi son oeuvre.

A la fois philosophe, journaliste ou écologiste, André Gorz est un homme de convictions et d’engagements. Dans ce texte, il décide de réhabiliter cette femme, trop longtemps dans l’ombre de son oeuvre. Il va lui redonner la place centrale qu’elle occupe dans sa vie depuis le premier jour de leur rencontre.

Séduisante et intelligente, Dorine par son aura a tout de suite charmé André. Son accent britannique et sa prestance étaient indéniables.

L’éclat de cet amour fusionnel est mis en lumière dans cette déclaration d’une grande sensibilité qui émeut jusqu’aux larmes.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien ».

« Nous n’étions pas pressés. J’ai dénudé ton corps avec précaution. J’ai découvert, coïncidence du réel avec l’imaginaire, l’Aphrodite de Milos devenue chair ».

« Nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble ».