La Joie de vivre – Emile Zola (1884)

Et si nous faisions face à une mer tumultueuse ?

Dans le décor d’une maison de bord de mer, Pauline a été recueillie par ses cousins, les Chanteau à la mort de son père. Au rythme lancinant des vagues dans ce petit village près d’Arromanches, une vie paisible s’organise autour de cette modeste famille.

L’insouciance et la légèreté de Pauline, âgée de dix ans, apportent de la joie dans ce foyer. Pourtant, à mesure que Pauline grandit, des ombres planent sur cette famille entre les crises de goutte de l’oncle Chanteau et les pensées sombres et de plus en plus prégnantes de son cousin Lazare. Face aux besoins de cette famille et aux ambitions de Lazare, l’héritage de Pauline va être peu à peu dilapidé.

La bonté rayonnante de Pauline vont l’entrainer vers une vie sacrificielle pour ses proches. Jusqu’où son dévouement la conduira-t-elle ?

Emile Zola propose une analyse brillante autour de la mort. Roman psychologique passionnant de Zola, le portrait complexe et tout en finesse de Pauline et de ses proches est éblouissant.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« C’était donc cela, mourir? c’était ce plus jamais, ces bras tremblants refermés sur une ombre, qui ne laissait d’elle qu’un regret épouvanté ».

‘La mer, qui montait, avait une lamentation lointaine, pareille à un désespoir de foule pleurant la misère. Sur l’immense horizon, noir maintenant, flambait la poussière volante des mondes. Et, dans cette plainte de la terre écrasée sous le nombre sans fin des étoiles, l’enfant crut entendre près d’elle un bruit de sanglots ».

« Ne passait-on pas la première moitié de ses jours à rêver le bonheur, et la seconde à regretter et à trembler ? »

Love me tender – Constance Debré (2021)

Et si nous parlions d’un livre coup de poing ?

Dans ce court récit largement autobiographique, Constance Debré dresse le parcours d’une mutation.

Avocate et mère de famille, Constance Debré a décidé de changer de voie et de se connecter à sa véritable identité. Elle devient écrivaine et se libère de ses attaches. Constance se connecte à sa sexualité et multiplie les conquêtes féminines. Assumer ses choix va provoquer de nouveaux sacrifices. Face à l’homosexualité de son ex-femme le père de son fils décide d’entamer une procédure pour lui enlever la garde de son enfant. Entre les combats d’une mère et sa quête de liberté, Constance Debré parviendra-t-elle à trouver l’apaisement ?

Ce texte sans concession, loin des stéréotypes, donne à réfléchir sur notre rapport à la liberté, nos besoins de dépossession et porte un nouveau regard sur la maternité. Porté par une écriture âpre presque viscérale, ce récit poignant est une véritable claque littéraire.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et un fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer. Pourquoi on ne pourrait pas rompre . Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s’en foutre, une fois pour toutes de l’amour, de l’amour prétendu, de toutes les formes d’amour, même de celui- là, pourquoi il faudrait absolument qu’on s’aime »

« En vrai un juge dit à un petit garçon qui sera un homme mon fils que sa mère est coupable parce que son père tout-puissant le décide. Qu’elle n’est pas vraiment une mère puisqu’elle n’est pas vraiment une femme puisqu’elle n’aime pas vraiment les hommes. Que l’endroit est toujours du côté du plus fort et que la liberté n’est qu’une farce »

La fille Elisa – Edmond de Goncourt (1877)

Et si nous dressions le portrait d’une prostituée devenue criminelle ?

Après la mort de son frère, Edmond de Goncourt poursuit le travail entamé avec lui et publie un roman dressant le portrait d’une prostituée. Fille de sage-femme, Elisa veut fuir sa mère et s’éloigner des souvenirs de son enfance.

Elle rencontre une prostituée qui loge parfois chez sa mère. Cette femme fait basculer son destin. A son contact, elle imagine que le métier de prostituée sera source d’épanouissement et de liberté. Elle saisit cette opportunité pour prendre la fuite et suit cette femme dans un petit village de province.

Finalement, elle décide de poursuivre sa route jusqu’à Paris mais son caractère ne lui permet pas de trouver véritablement sa place. Indolente, elle erre entre les maisons de prostitution et s’étiole jour après jour. Quand elle est condamnée pour le meurtre d’un homme, sa déchéance devient implacable. Jusqu’où cette descente aux enfers la conduira-t-elle ?

Si le personnage d’Elisa n’est pas flamboyant mais plutôt apathique, j’ai apprécié cependant la description du milieu carcéral de l’époque. Au-delà de dépeindre la destinée d’une femme et sa lente décadence, Edmond de Goncourt expose un véritable manifeste contre la cruauté pénitentiaire qui demeure intéressant.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Elle aima avec les tendresses amassées dans un vieux coeur qui n’a point aimé. Elle aima avec l’aliénation d’un cerveau, comme frappé d’une folie de bonheur »

« Elle eût voulu l’aimer, être aimée de lui, rien qu’avec des lèvres qui embrasseraient toujours »

Moins qu’hier (plus que demain) – Fabcaro (2018)

Et si nous choisissions le rire pour retranscrire les relations amoureuses ?

A propos de l’amour, Fab Caro s’exprimait ainsi « J’ai beaucoup de tendresse pour les choses qui ne marchent pas : le couple est un super terreau »

Fidèle à cette idée, Fabcaro dissèque avec tendresse le couple dans cette bande dessinée brillante. Au fil des pages, il dévoile des instants de vie savoureux. Fabcaro met en scène des dizaines de couples. Dans leurs échanges du quotidien se mêlent des tirades cyniques et des mots acerbes. Entre des disputes piquantes, des scènes cocasses ou le monologue d’un homme qui nie la réalité d’une séparation, Fabcaro nous entraine facilement dans son univers.

Avec le ton unique et irrévérencieux de Fabcaro, nous suivons les moments volés de ce quotidien fait de désillusions. Un incontournable si vous voulez savourer quinze minutes de rire ininterrompu.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Le noeud de vipères – François Mauriac (1932)

Et si nous percions le mystère d’un coeur haineux ?

Louis, un ancien avocat avare à la santé fragile, décide de confesser dans une lettre adressée à sa femme sa profonde amertume. Cette confession est aussi l’occasion pour lui de revenir sur son passé.

De son union avec son épouse, Isa, est née trois enfants. Au fil des années, il a porté un regard de plus en plus dur et violent sur sa famille.

Dans cette longue diatribe, il révèle son mépris des siens et sa soif de vengeance. Il soupçonne ses proches de roder autour de lui dans le seul but de le dépouiller de son argent. Empoisonné par une profonde rancoeur, il échafaude des plans afin de tous les déshériter. Derrière cette haine farouche se cache-t-il encore de l’amour ?

Porté par une écriture finement travaillée, ce portrait familial ponctué d’épines est incontestablement réussi. Un très beau texte sur la complexité des rapports familiaux qui s’érige comme un classique de la littérature.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Envier des êtres que l’on méprise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie »

« Ceux qui ont l’habitude d’être aimés accomplissent, d’instinct, tous les gestes et disent toutes les paroles qui attirent les cœurs. Et moi, je suis tellement accoutumé à être haï et à faire peur, que mes prunelles, mes sourcils, ma voix, mon rire se font docilement les complices de ce don redoutable et préviennent ma volonté ».

Veiller sur elle – Jean-Baptiste Andrea (2023)

Et si nous nous délections d’un livre romanesque par excellence ?

Dans ce magnifique roman, Jean-Baptiste Andrea nous dévoile la destinée d’un sculpteur italien. De Rome, à Florence en passant par la Toscane, Mimo va connaître un parcours hors du commun et surtout une relation fusionnelle avec Viola.

Fille d’une des familles les plus riches de cette région italienne, elle est curieuse, érudite, émancipée et entraîne le jeune Mimo dans une trajectoire effervescente. Derrière le portrait de ce sculpteur, c’est une femme exceptionnelle dont Jean-Baptiste Andrea sculpte les traits au fur et à mesure de son oeuvre. Les destinées de Mimo et Viola seront-elles à jamais reliées ?

Dans un contexte italien aux dimensions historiques fortes, nous découvrons une oeuvre habitée par des personnages fascinants aux connexions puissantes. Une prouesse romanesque que je vous recommande chaudement, j’ai été complètement ensorcelée par cette merveille.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

« Elle me sourit, un sourire qui dura trente ans, au coin duquel je me suspendis pour franchir bien des gouffres »

« Il est des absences dont on ne se remet pas ».

Au bonheur des dames – Emile Zola (1883)

Et si nous poursuivons notre quête de l’oeuvre de Zola ?

Dans ce onzième volume de la série des Rougon-Macquart, nous retrouvons Octave Mouret devenu maître des grands magasins.

Octave a su par des procédés commerciaux modernes permettre l’essor exponentiel de son magasin face aux petits commerçants. Denise, une modeste orpheline normande, s’installe à Paris avec ses deux jeunes frères. Elle va intégrer le grand magasin comme vendeuse. Tout d’abord invisible et soumise aux regards méprisants des autres vendeuses, elle a des difficultés à s’intégrer à cette grande machine. Octave va commencer à s’éprendre de cette jeune femme candide et d’une grande dignité. Jusqu’où cette passion va-t-il le conduire ?

A travers le destin de ce grand magasin, Emile Zola dresse le portrait d’un monstre tantaculaire implacable. Au-delà de retracer toute une époque, Zola parvient comme toujours à façonner une galerie de personnages. Si ce n’est pas mon préféré de la série, je ne peux que saluer le travail précurseur de Zola.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« C’était vrai, elle adorait Mouret pour sa jeunesse et ses triomphes, jamais un homme ne l’avait ainsi prise toute entière, dans un frisson de sa chair et de son orgueil ; mais, à la pensée de le perdre, elle entendait aussi sonner le glas de la quarantaine, elle se demandait avec terreur comment remplacer ce grand amour ».

« Mouret avait inventé cette mécanique à écraser le monde, dont le fonctionnement brutal l’indignait ; il avait semé le quartier de ruines, dépouillé les uns, tué les autres ; et elle l’aimait quand même pour la grandeur de son oeuvre, elle l’aimait davantage à chacun des excès de son pouvoir, malgré le flot de larmes qui la soulevait, devant la misère sacrée des vaincus ».

« La soirée coula triste et lente, animée uniquement par les pas de l’oncle, qui se promenait d’un bout à l’autre de la boutique vide. Un seul bec de gaz brûlait, l’ombre du plafond bas tombait à larges pelletées, comme la terre noire d’une fosse ».

La danseuse – Patrick Modiano (2023)

Et si nous croisions le chemin d’une danseuse ?

Dans ce récit au ton nébuleux, Patrick Modiano nous transmet des bribes de souvenirs, entre rêve et réalité.

Il y a plusieurs années, il a côtoyé une danseuse et son fils. Entre les répétitions successives et la garde de son fils, Pierre, le narrateur partage les instants volés dans le quotidien d’une danseuse. Au studio Wacker, les cours sont dispensés par Boris Kniaseff un professeur Russe aussi exigeant que brillant. Il apprend à la danseuse toute la discipline de son art qui n’est pas sans rappeler celle de la littérature.

Dans la vie de cette danseuse se cache pourtant des zones d’ombres plus brumeuses, les activités clandestines d’un protecteur, un homme qui commence à la suivre, le visage fantomatique du père de l’enfant se dessine en surplomb. L’écrivain parviendra-t-il à percer le mystère de la danseuse ?

Se plonger dans une oeuvre de Patrick Modiano, c’est savoir apprécier la douceur d’un rêve cotonneux. Nappé de souvenirs, ce court récit porte un regard nostalgique sur un Paris d’antan qui ne demande qu’à éclore. J’ai apprécié ce moment hors du temps et ce style toujours aussi remarquablement unique.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Voilà qu’un instant du passé s’incruste dans la mémoire comme un éclat de lumière qui vous parvient d’une étoile que l’on croit morte depuis longtemps ».

« C’était cela, la danse, avait-il l’habitude de dire à ses élèves. Tant de travail pour donner l’illusion que l’on s’envole sans effort à quelques mètres du sol… »

« Il n’y avait pas de passé, ni d’étoile morte, ni d’années-lumière qui vous séparent à jamais les uns des autres, mais ce présent éternel ».

L’arabe du futur, tome 2 Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985) – Riad Sattouf (2015)

Et si nous voyagions au Moyen-Orient avec Riad Sattouf ?

Dans ce second volume de l’arabe du futur, nous continuons à parcourir l’enfance de Riad Sattouf en plein cœur du Moyen Orient.

Nous retrouvons Riad pour sa première année d’école en Syrie. Malgré ses cheveux blonds et ses origines bretonnes, Riad fait tout pour s’intégrer. Dès les premiers jours, il parvient à nouer des relations amicales qui l’aident à faire face aux conditions d’enseignement. En effet, son institutrice use de brimades d’une particulière violence. Malgré tout, Riad réussit progressivement à s’accoutumer aux journées d’école rythmées par l’apprentissage de l’hymne national et du coran.

Son père croit en un avenir florissant dans ce petit village de Ter Maaleh, près de Homs. Il a d’ailleurs pour projet la construction d’une grande villa pour asseoir la position familiale dans la région. Sa mère ne parvient pas à s’acclimater à sa nouvelle vie et se désespère de leurs conditions d’existence. Comment Riad et sa famille vont-ils réussir à s’intégrer pleinement en Syrie ?

Riad Sattouf nous offre avec ce deuxième volume une nouvelle leçon d’humanité. Il parvient, avec tendresse, à nous transmettre des messages forts sur le contexte politique de l’époque et sur les conditions de vie en Syrie. Je continuerai à m’atteler à la découverte de la destinée de Riad.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Les armoires vides – Annie Ernaux (1974)

Et si nous évoquions une honte enfouie ?

Dans un récit sans concession Annie Ernaux évoque son enfance et son mépris croissant vis-à-vis de ses parents.

Issu d’un milieu modeste, Annie Ernaux a grandi dans le café-épicerie de ses parents à Yvetot en Normandie. Elle a côtoyé les effluves d’alcool, entrecoupées de mots d’argots et de manières rustres. L’ascension sociale et culturelle elle la découvre par l’école. Chaque année, ses réussites scolaires l’éloignent de ses parents et lui font prendre conscience de la réalité du milieu dont elle est issue.

A travers une écriture impulsive et nerveuse, Annie Ernaux livre un portrait dérangeant de ses parents. Par les mots, elle tente de s’affranchir de la honte qu’elle porte en elle.

Avec une écriture acerbe et tranchante, Annie Ernaux évoque une déchirure sociale. Si j’ai été moins emportée que par les autres oeuvres d’Annie Ernaux, ce premier récit d’une vérité criante et parfois cruelle ne peut laisser indifférent.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« On ne parle jamais de ça, de la honte, des humiliations, on les oublie pas les phrases perfides en plein dans la gueule, surtout quand on est gosse ».

« Quand ai-je eu la trouille folle de leur ressembler, à mes parents ? »