Adolphe – Benjamin Constant (1816)

Et si nous faisions le choix d’une oeuvre romantique ?

Egoïste, imbus de lui-même et désœuvré, Adolphe est un jeune bourgeois qui erre entre les salons. A vingt-deux ans, un avenir prospère s’ouvre devant lui. Il fait la connaissance d’Ellénore, mère de deux enfants, elle partage sa vie avec le comte de P.

De dix ans son ainée, Elléonore est insaisissable et inaccessible. Adolphe éprouve pour elle un sentiment amoureux emprunt d’un désir de conquête. Malgré les réticences de ses proches, Adolphe charme peu à peu Eléonore qui s’éprend éperdument de lui.

Face à cette passion assouvie, les besoins d’indépendance et de liberté d’Adolphe se révèlent. Tout à coup, cet amour démesuré freine son ascension sociale et sa réussite.

A travers cette tragédie amoureuse, Benjamin Constant dessine un amour faisant face aux obstacles de la société. Avec une très belle écriture, cette oeuvre psychologique révèle l’indécision amoureuse et l’inexorable délitement d’un couple.

Je vous invite à découvrir ce classique qui donne à réfléchir sur le sentiment amoureux.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime ; mais c’est un bien grand d’être aimé avec passion quand on n’aime plus »

« La société est trop puissante, elle se reproduit sous trop de formes, elle mêle trop d’amertumes à l’amour qu’elle n’a pas sanctionné ; elle favorise ce pendant à l’inconsistance, et cette fatigue impatiente, maladies de l’âme, qui la saisissent quelquefois subitement au sein de l’intimité »

« Malheur à l’homme qui, dans les premiers moments d’une liaison d’amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle! »

Décomposée – Clémentine Beauvais (2021)

Et si nous divaguions autour d’un poème de Charles Baudelaire ?

Dans ce court récit, entre roman et poésie, Clémentine Beauvais donne un nouveau souffle à l’oeuvre de Charles Baudelaire. Elle revisite avec inventivité le célèbre poème « une charogne ».

Pour Baudelaire, cette charogne n’est qu’une femme lubrique en décomposition, Clémentine Beauvais dévoile sa face cachée. Elle dresse son parcours, ses rencontres et sa destinée jusqu’au détour d’un sentier. Elle redonne vie à cette inconnue en l’imaginant amoureuse, avorteuse ou tueuse.

Au-delà du simple corps décomposé, Clémentine Beauvais oeuvre avec poésie pour donner un souffle féministe et libre à cette femme meurtrie par la vie.

J’ai passé de douces minutes en compagnie de cette autrice au style inventif et audacieux !

Merci à la collection @icono.pop et aux @ed_iconoclaste pour cet envoi.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Tout en elle était reste. Reste de beauté nuageuse,
reste de fierté jaune dans les yeux,
reste de joie, reste de mélancolie,
tout ce qu’elle avait été un jour jusqu’à l’excès,
elle ne l’était plus que peu,
comme la cendre garde quelque temps sa tiédeur
dans ses replis les mieux tassés »

Le Dernier Jour d’un Condamné – Victor Hugo (1829)

Et si nous commentions une plaidoirie historique ?

Avec le Dernier Jour d’un Condamné, Victor Hugo fait entendre avec force la voix de tous les accusés.

Dans ce court texte, nous suivons le parcours d’un homme durant les six semaines précédant son exécution. Au cœur de cette attente insoutenable au fond d’un cachot, cet âme oscille entre espoir et anxiété grandissante.

Peu importe le crime, le mobile ou les antécédents de cet homme, seul compte cette terrible attente avant sa mort imminente. Par le biais de son journal intime, il va livrer au lecteur avec une extrême promiscuité ses pensées et toutes ses émotions à l’approche de sa dernière heure.

Dans ce monologue poignant, le lecteur ressent à l’unisson le cri de douleur et de désespoir de cet accusé plongé dans un terrible calvaire.

Véritable réquisitoire contre la peine de mort, Victor Hugo met à nu la torture d’un homme dans un récit toujours emprunt d’une incroyable modernité.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Est-ce donc la vie d’un homme? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent «moi». Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé qui crois que je ne suis pas toi. »

« Se sont-ils jamais mis, seulement en pensée, à la place de celui qui est là, au moment où le lourd tranchant qui tombe mord la chair, rompt les nerfs, brise les vertèbres… Mais quoi ! une demi-seconde ! la douleur est escamotée… Horreur ! »

« Les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis ».

Le bal des folles – Victoria Mas (2019)

Et si nous acceptions une invitation pour le bal ?

En 1885 au sein de l’hôpital de la Salpêtrière s’organise le « bal de la mi-carême ». Toute la haute société parisienne vient curieuse et fascinée à la rencontre de ces femmes enfermées dans l’établissement. Pour préparer cette soirée unique, les patientes s’apprêtent pendant des jours et associent ce bal à un élan de liberté retrouvé. Pourtant, cette soirée grotesque n’est que l’occasion de les exposer…

Sous prétexte d’une folie passagère, d’un comportement déviant ou juste d’une différence, elles sont emprisonnées de force souvent par leur mari ou leur père. Le bal est comme un instant suspendu dans leurs conditions de vie suffocantes entre enfermement et expérimentations du célèbre Professeur Charcot.

Eugénie est l’une d’entre elles. Loin d’être une jeune fille hystérique ou possédée par des voix, elle est pourtant connectée aux morts. Ses prédispositions vont l’entrainer malgré elle vers la Salpêtrière…

Ce premier roman singulier proposé par Victoria Mas nous ouvre les portes de la Salpêtrière, une immersion dans une réalité mêlant histoire et conditions de la femme au XIXème siècle. J’ai aimé ce livre qui se révèle comme un cri vibrant et puissant, celui de ces femmes muselées et condamnées à l’emprisonnement à perpétuité.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citation :

« Loin d’hystériques qui dansent nu-pieds dans les couloirs froids, seule prédomine ici une lutte muette et quotidienne pour la normalité »

Fort comme la mort – Maupassant (1889)

Et si nous évoquions la vie d’un peintre sur le déclin ?

Brillant artiste mondain, Olivier Bertin mène une carrière florissante en tant que peintre. Il a dressé le portrait de nombreuses femmes toutes plus sublimes les unes que les autres. Issue de la haute bourgeoisie parisienne et épouse d’un riche commerçant, Anne de Guilleroy est l’une de ces femmes. Son visage angélique, sa beauté et son élégance ont conquis le peintre.

Une relation adultère et passionnée lie Anne de Guilleroy et Olivier Bertin et se prolonge dans le temps. Après plusieurs années d’absence, la fille d’Anne réapparait à l’apogée de sa beauté. Anne est le portrait de sa mère et Olivier Bertin y retrouve la jeune femme qu’il a connu. L’apparition de Anne vient perturber l’équilibre de leur relation…

Un roman où la force du sentiment amoureux fait face à l’épreuve du temps. Porté par un style flamboyant, j’ai aimé ce livre qui entremêle avec nostalgie l’étiolement des relations amoureuses et le ravage du temps.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Dans les coeurs les plus droits le désir souffle parfois comme un coup de vent qui emporte la volonté »

« Elle avait eu la révélation subite de ce glissement de l’heure, de cette course imperceptible, affolante quand on y songe, de ce défilé infini des petites secondes pressées qui grignotent le corps et la vie des hommes »

Broadway – Fabrice Caro (2020)

Et si nous choisissions le rire comme rempart face à l’absurdité du monde ?

A l’âge de quarante-six ans, Alex reçoit une enveloppe pour le dépistage du cancer colorectal. Ce courrier le confronte, avec angoisse et humiliation, à son vieillissement.

Ce père de famille semble littéralement asphyxié entre le délitement de son couple, le comportement de ses enfants, les apéritifs réglementaires avec ses voisins ou encore la perspective de vacances paddle à Biarritz avec ses amis… Sa vie millimétrée dans une maison familiale au coeur d’un lotissement semble de plus en plus l’oppresser !

Piégé entre les années qui s’écoulent inexorablement et l’absurdité de la vie, cet homme jette un regard cynique et angoissé sur son existence. Ponctué par ses obsessions et son anxiété, nous suivons avec délice le parcours d’Alex.

Fabrice Caro, avec son ton acerbe et irrévérencieux, nous dresse le portrait jubilatoire d’un homme en pleine crise existentielle !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il est indiqué sur le porte-chandelier le tarif pour un cierge, un ou deux euros, et je me demande si la prière a statistiquement plus de chances d’aboutir si l’on donne deux euros plutôt qu’un »

« La vieille dame est toujours là, exactement à la même place, immobile, et je commence à me demander s’il s’agit d’une vraie dame ou si l’Église, devant la catastrophique désertion de ses ouailles, ne place pas des mannequins de cire pour sauver la face » 

« On devrait toujours s’inventer des angoisses insensées pour les déconstruire dans la foulée et se sentir léger »

Anaïs Nin sur la mer des mensonges – Léonie Bischoff (2020)

Et si nous découvrions la vie d’Anaïs Nin ?

Avec ce somptueux roman graphique, nous sommes transportés au coeur de la vie et de l’oeuvre d’Anaïs Nin. Entre son parcours d’écrivain et ses explorations sensuelles, cette rencontre avec Anaïs Nin est à la fois fascinante et bouleversante.

Sa quête d’indépendance ne connaît pas de limite, elle veut devenir écrivain et tient depuis l’enfance un journal, devenu double d’elle-même. Ses écrits lui permettent d’explorer les profondeurs de son âme.

Au-delà de l’indépendance de son esprit, nous découvrons celle de son corps. Anaïs Nin a choisi une voie à l’opposé d’une vie d’épouse conformiste et entretient une relation adultère avec Henry Miller. Cette liaison captivante, source d’inspiration mutuelle, offre une nouvelle approche de l’oeuvre des deux écrivains. Cette bande dessinée explore également sa vie sexuelle sulfureuse et profondément dérangeante.

Ce roman graphique met en lumière l’âme artistique et créative d’Anaïs Nin mais aussi ses désirs inavouables et sombres

Porté par des planches poétiques et sublimes, ce roman graphique est un vrai coup de coeur !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citation :

« Chaque homme à qui j’ai fait lire mes textes a tenté de changer mon écriture. Ecrire comme un homme ne m’intéresse pas. Je veux écrire comme une femme. Je dois plonger loin de la rive pour trouver les mots…sous la mer des mensonges »

Beauté fatale – Mona Chollet (2012)

Quelle est votre image de la femme ?

Dans cet essai, Mona Chollet tente de déconstruire un modèle féminin stéréotypé. Elle dépeint une femme cloisonnée entre le pouvoir marketing de la publicité et une société de consommation propageant un idéal de minceur et de beauté. Même dans la plus anodine des séries télévisées, la femme est assaillie par cette image d’une beauté blonde, placide et fine.

Mona Chollet use de toutes les illustrations : série-télévisées, stars d’Hollywood, publicités, défilés de mode, enquêtes sociologiques pour démontrer la force de ce modèle féminin.

Elle révèle également comment ces mécanismes aboutissent parfois à une dévalorisation grandissante de l’image de soi.

Mona Chollet, avec un certain mordant, questionne le lecteur sur les dérives d’une société capitaliste et patriarcale.

Entre révoltes et questionnements féministes, cet essai documenté ouvre de belles pistes de réflexion !

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

« Il n’y a pas seulement l’existence pure et simple – positive, objective – mais une existence qui se montre, se donne à voir, qui se dédouble pour ainsi dire en « être » et « paraître », ou en « existence » et « apparence ».

« Elles forceraient les hommes à les prendre au sérieux, et inventeraient avec eux des relations entre les sexes plus riches, plus satisfaisantes, en abattant la prison des rôles appris. Et quand l’industrie de la mode et de la beauté prétendrait leur faire gober que leur bien-être coïncidence avec le niveau de son chiffre d’affaires, elles lui riraient au nez ».

Maison-tanière – Pauline Delabroy-Allard (2021)

Et si nous restions dans notre tanière ?

En ce jour férié, je vous propose un repli sur soi avec la poésie de Pauline Delabroy-Allard.

Et si nous choisissions la retraite loin du bruit, loin du monde, dans une maison vide entourée d’un jardin, d’un chat et de livres…

Lors de son premier séjour dans sa tanière, Pauline Delabroy-Allard écoute de la musique et laisse voler sa plume au rythme de son inspiration. Puis, l’été suivant la publication de son premier roman, ses pas la guident à nouveau vers ce refuge. Elle s’étend alors sans bouger à même le sol pour retrouver calme et sérénité.

Ces pauses successives dans une vie tulmultueuse permettent de laisser libre court à ses pensées mais aussi à sa créativité.

Le coeur allanguit par cette plume délicate et sensible j’ai aimé m’absenter du monde en compagnie de Pauline Delabroy-Allard !

Merci à la collection @icono.pop et aux @ed_iconoclaste pour cet envoi.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Oh que oui tu aimes ça
pas besoin de demander
si tu veux encore
oh que oui tu veux encore
en fa mineur le feu dans ton ventre »

« les bras grands ouverts 

les yeux remplis

le cœur plein

tu fais salle comble dans mon corps »

La séparation – Dan Franck (1991)

Et si nous parlions du délitement d’un couple ?

Dans ce court roman auréolé du prix Renaudot en 1991, Dan Franck évoque une rupture amoureuse lente et douloureuse.

Elle l’aime mais elle le quitte. Cette femme avec qui il avait tout construit, cette femme avec qui il a eu deux fils commence peu à peu à s’éloigner. Tout d’abord, c’est une main qui s’enfuit, une tendresse qui se délite puis un sourire qui s’évanouit.

Ces gestes disparus laissent place à l’indifférence. Sa femme lui avoue soudain qu’il en existe un autre. Elle l’aime encore mais elle aime aussi, passionnément, l’autre. Elle veut partir mais elle ne sait plus, elle tergiverse et reste malgré tout.

Lui puise dans des forces insoupçonnées pour la retenir. Mais sa colère, sa patience ou sa tendresse ne fonctionnent plus. L’ainé de ses fils prononcera alors l’implacable : « c’est la divorciation ? »

Avec un style pudique, simple et réaliste, Dan Franck plonge le lecteur au coeur de ce couple déchiré par le quotidien. Il dresse aussi un portrait implacable d’une femme manipulatrice et égoïste.

Intentionnellement subjectif, le point de vue de la narration est exclusivement masculin. J’aurai aimé entendre la voix de cette femme, mais la douleur de cet homme prend toute la place et ne peut qu’insuffler de l’empathie chez le lecteur. Un récit personnel qui ne laisse pas indifférent.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« L’échec ne réside pas dans la rupture, mais dans l’échec de la rupture. La séparation est le dernier acte de la vie commune »