Les tourmentés – Lucas Belvaux (2022)

Et si nous débutions une chasse à l’homme ?

Dans ce thriller psychologique, Lucas Belvaux propose un triangle inquiétant entre un ancien légionnaire qui a tout perdu, un majordome mystérieux et une femme hautaine.

Passionnée de chasse, Madame est une femme aussi fortunée qu’impitoyable. Elle a réussi à conquérir tous les gibiers à l’exception d’une seule espèce : l’homme. Avec l’aide de son unique et dévoué employé Max, elle décide d’entamer une toute nouvelle partie de chasse.

Pour entamer ce jeu cruel, Max doit trouver un homme prêt à risquer sa vie. Il a partagé un passé de légionnaire avec Skender. Cet homme qu’il a bien connu a aujourd’hui tout perdu. Enlisé dans la misère et rongé par ses traumatismes, il s’est éloigné de sa famille et n’a plus d’avenir. Max lui propose de mettre en jeu sa vie pour satisfaire les ambitions glaçantes de Madame. Skender acceptera-t-il ce pacte sanglant ?

Dans une ambiance cinématographique, nous découvrons l’union de ces trois personnages déchirés par des tourments obscurs. Si je n’ai pas été conquise par la dimension littéraire de ce roman, Lucas Belvaux parvient facilement à nous entrainer dans ce pacte par l’intensité psychologique de ses personnages.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citations

« Je suis sans contours. Sans peau ni rien entre le monde et moi qui me protège. Rien qui me tient ».

« Je connais la haine, le mépris, l’humiliation mieux qu’il ne l’imagine, depuis plus longtemps, depuis toujours. J’ai surmonté tout ça. J’ai appris à ne plus m’y fracasser à coups de poing ou de tête, à les esquiver, devenir plus noir encore et les absorber comme les trous noirs absorbent l’énergie autour d’eux. Je les vide de toute substance. Je les épuise »

Le jardin des supplices – Octave Mirbeau (1899)

Et si nous parlions d’un roman sombre et provoquant ?

Dans ce récit composé de trois parties, Octave Mirbeau interroge la noirceur de l’âme humaine.

En guise d’introduction, Octave Mirbeau partage un échange entre plusieurs intellectuels autour de la place prédominante du crime dans nos sociétés.

Puis, nous découvrons, un député issu d’un milieu politique corrompu. Suite à un scandale, cet homme politique est envoyé en Chine. Lors de son voyage, il rencontre Clara, une femme énigmatique. D’une beauté démoniaque, Clara lui promet les plus grandes voluptés et l’accès à une monstruosité éblouissante. Le député littéralement fasciné par cette femme va la suivre dans le Jardin des supplices. Confronté à la torture et aux plus épouvantables atrocités, l’envoutement de Clara le conduira-t-il à sa perte ?

Ce récit audacieux est une véritable critique du colonialisme et du milieu politique de son époque. Octave Mirbeau nous désarçonne par un humour noir et provocant. Un récit qui ne peut laisser indifférent et qui saura vous perturber.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Ah oui ! Le jardin des supplices ! … Les passions, les appétits, les intérêts, les haines, le mensonge ; et les lois, et les institutions sociales, et la justice, l’amour, la gloire, l’héroïsme, les religions, en sont les fleurs monstrueuses et les hideux instruments de l’éternelle souffrance humaine … Ce que j’ai vu aujourd’hui, ce que j’ai entendu, existe et crie et hurle au-delà de ce jardin, qui n’est plus pour moi qu’un symbole, sur toute la terre … J’ai beau chercher une halte dans le crime, un repos dans la mort, je ne les trouve nulle part …« 

L’auberge de la Jamaïque – Daphné du Maurier (1936)

Et si nous séjournions dans une auberge lugubre ?

Une dose de mystère, une pincée d’angoisse et des personnages fascinants composent avec harmonie ce grand roman de Daphné du Maurier.

A la mort de sa mère, Mary est envoyée chez sa tante dans la lande des Cornouailles. Ce paysage lugubre et sauvage de l’Angleterre mêle le froid, le vent et une mer déchainée. Sous la pluie dans une calèche, elle parvient frigorifiée jusqu’à l’auberge isolée de sa tante. Elle quitte pour la première fois les terres verdoyantes et rassurantes de son enfance.

Dès qu’elle franchit les portes de l’auberge, Mary fait la connaissance de son oncle, un homme violent et alcoolique. Terrorisée par cet homme hostile, Mary parvient à lui tenir tête. Malgré son caractère combatif, arrivera-t-elle à s’acclimater à sa nouvelle vie dans l’Auberge de la Jamaïque ?

Un récit mystérieux où l’ambiance brumeuse des landes se mêle avec des personnages charismatiques et inquiétants. J’ai frissonné tout au long de ma lecture et j’ai vécu à l’unisson avec Mary cette aventure fascinante.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Les falaises dressaient vers le ciel leurs sommets endormis et les reliefs de granit s’adoucissaient, ainsi baignés par la lumière. Elles étaient d’humeur paisible et les vieux dieux dormaient d’un sommeil calme ».

« Etre amoureux n’était qu’un joli mot pour excuser la chose. Jem Merlyn était un homme, elle était une femme; que ce fût ses mains, sa peau ou son sourire, quelque chose en elle répondait à cet homme ; le seul fait de penser à lui était irritant et stimulant à la fois et cela la tourmentait. Elle savait qu’il lui faudrait le revoir »

Léviathan – Julien Green (1929)

Et si nous parlions de la force des démons intérieurs ?

Paul Guéret vient de s’installer avec sa femme en plein coeur d’une ville de province. Rien ne semble entraver la monotonie des lieux, seul un restaurant tenu par une femme de tête, Mme Londe, offre un peu d’animation dans ce paysage déserté. Mme Londe se consume sous une curiosité insatiable et cherche à connaître tous les travers des petits bourgeois de la ville. Paul Guéret franchit la porte de son restaurant et fait face à son regard inquisiteur.

Grâce aux leçons qu’il dispense au fils d’un couple de bourgeois, Paul Guéret gagne un peu d’argent pour faire survivre son ménage. Depuis son arrivée dans le village, il voue, en secret, une passion dévorante et obsédante pour une jeune blanchisseuse, Angèle. Ce désir impérieux le conduira jusqu’au crime…

Avec son écriture magistrale, Julien Green dissèque ses personnages emportés par leurs démons intérieurs. Un roman noir où Julien Green dresse des portraits psychologiques aussi sordides et sombres que le paysage de campagne où ils évoluent. Je ne peux que vous recommander ce classique de la littérature malheureusement méconnu !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Demain, s’il la revoyait, il aurait peine à la reconnaître, au premier instant, et, peu à peu, elle reprendrait à ses yeux son aspect véritable, et c’était à ces caprices du souvenir, à ce jeu d’un visage se montrant et disparaissant tour à tour que, par une longue habitude de son coeur, il jugeait de la profondeur de son désir ».

« Bien des gens apprenaient le bonheur comme on apprend un métier et se résignaient joyeusement à accepter le médiocre pour éviter le pire »

Rebecca – Daphné du Maurier (1938)

Et si nous partions à la rencontre du fantôme de Rebecca ?

Dans le Sud de la France, une jeune femme timide, discrète et presque insignifiante fait la connaissance de Maxim De Winter, un aristocrate influant. Sa prestance la charme immédiatement. Maxim est propriétaire du somptueux domaine de Manderley. Il vit seul depuis le décès de sa femme Rebecca. A la plus grande surprise de la jeune femme, Maxim la courtise jusqu’à lui demander sa main.

Lors de son installation à Manderley, la nouvelle Madame de Winter s’aperçoit, tétanisée, que le fantôme de la défunte Rebecca plane toujours sur le domaine.

Tout dans la demeure est à l’image de Rebecca : les rhododendrons dans le jardin, le parfum des fleurs, les objets et les meubles minutieusement choisis par la défunte ou la sélection des menus. Le souvenir de Rebecca hante la maison et les domestiques. L’inquiétante Mrs Danvers, la femme de chambre, ressuscite chaque jour sa mémoire.

Comment la nouvelle Madame de Winter parviendra-t-elle à trouver sa place ?

Véritable coup de coeur pour ce roman fascinant qui ensorcelle le lecteur. La plume de Daphné du Maurier conjugue avec un immense talent la finesse des descriptions, la complexité des personnages et une trame narrative envoûtante jusqu’à la dernière ligne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Si seulement on pouvait inventer quelque chose, dis-je vivement, qui conserve un souvenir dans un flacon, comme un parfum, et qui ne s’évapore, ne s’affadisse jamais. Quand on en aurait envie, on pourrait déboucher le flacon et on revivrait l’instant passée« 

« L’avenir s’étendait devant nous, inconnu, invisible, autre peut-être que ce que nous désirions, que ce que nous prévoyions. Mais cet instant était assuré, on ne pouvait pas y toucher »

La servante écarlate – Margaret Atwood (1985)

A l’aube de la sortie du roman « Les Testaments » suite du chef d’oeuvre dystopique de Margaret Atwood, je me suis plongée dans ce classique contemporain devenu incontournable.

Une chute vertigineuse de la fécondité a abouti à la mise en place d’un régime despotique, la république de Gilead. Un groupe de femmes, encore fertiles, mettent leurs corps au service de la procréation : les servantes écarlates.

L’héroïne dénommée Defred fait partie de ses servantes habillées de rouge et dont le visage est dissimulé d’une coiffe blanche.

Transférée dans une demeure aisée, son corps est voué au service exclusif du commandant et de son épouse. Enfermée dans une vie monacale, elle est privée de toute liberté. Son être tout entier est préservé et dédié exclusivement à cette grossesse tant attendue. 

Enfermée dans sa chambre chaque jour, Defred s’échappe parfois quelques instants en se plongeant dans les souvenirs de sa vie passée.

Pourtant, une porte s’entrouvre tout d’un coup et lui fait espérer les prémisses d’une nouvelle liberté…

Ce livre nous fait réfléchir à la fois sur la prise de pouvoir d’un régime despotique  privant l’homme de ses droits élémentaires mais aussi sur la place de la femme dans une société organisée en castes.

J’ai aimé la plume de Margaret Atwood, elle est tranchante et parvient à instaurer une atmosphère oppressante durant tout le roman.

Un livre choc par les parallèles glaçants qu’il construit avec nos propres sociétés contemporaines.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants »

« L’ordinaire, disait tante Lydia, c’est ce à quoi vous êtes habitués. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps. Cela deviendra ordinaire »

« Un beau jour, on regardait cet homme, et on se disait : Je t’ai aimé, et c’était pensé au passé, et on était rempli d’étonnement, parce que c’était une chose tellement surprenante, précaire et stupide de l’avoir aimé ».

De sang-froid – Truman Capote (1966)

Un livre coup de poing à vous procurer d’urgence !

De sang-froid, le roman culte de Truman Capote, nous plonge avec effroi dans un fait divers glaçant, survenu en 1959, dans le village de Holcomb, à l’ouest du Kansas. Le lecteur est transporté dans les hautes plaines de blé de cette région américaine aride et solitaire où vient se nicher un petit village.

Rien ne semble pouvoir troubler ce joli paysage américain où les habitants vivent presque en autarcie. Pourtant la ville d’Holcomb restera à jamais meurtrie par le passage de deux truands sans grande envergure, Dick et Perry.

Ils vont assassiner de sang-froid, les Clutter, famille connue, aimée et respectée dans tout Holcomb.

Si le mobile et les détails du crime nous demeurent inconnus, le lecteur est tenu, tout au long du livre, en haleine par la traque policière des deux criminels.

Truman Capote nous transporte, nous glace, nous attache à ses personnages avec un style magistral !

Dick et Perry, ces deux assassins aux caractères si différents, nous laissent à la fois pétrifié et paradoxalement touché par leur histoire de vie.

Perry, surtout, est décrit sous un double visage, à la fois terrifiant et attachant. Truman Capote arrive à faire se succéder des sentiments si diamétralement opposés mais surtout questionne et bouleverse son lecteur sur la société américaine.

Le contexte de cet ouvrage nous en dit aussi très long sur la force de ce roman. Truman Capote en lisant le New York Time, en 1959, découvre le quadruple meurtre d’une famille de fermiers. Il décide d’enquêter lui-même sur cette affaire pendant plus de cinq ans.

Considérablement ébranlé par sa rencontre avec Perry Smith, l’un des meurtriers, l’écrivain sera plongé dans une inéluctable descente aux enfers…

Plus globalement, Truman Capote dévoile un roman psychologique sur les mécanismes qui poussent l’être humain jusqu’au crime. Il décrit un quadruple meurtre atroce et parvient également à humaniser la monstruosité.

Ce fil tendu par l’écrivain entre la noirceur de l’homme mais aussi cette humanité qui tente de survivre est captivant…

Une force admirable se dégage de cet œuvre qui bien au-delà de décrire un terrible fait divers ne peut laisser son lecteur indemne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert ».

« Et les Clutter n’y étaient pour rien. Ils ne m’ont jamais fait de mal. Comme les autres. Comme les autres m’en ont fait toute ma vie. Peut-être simplement que les Clutter étaient ceux qui devaient payer pour les autres »

« Ces péquenots, ils vont voter la corde aussi vite qu’un cochon vide son auge. Regardez leurs yeux. J’veux bien être pendu si je suis le seul tueur dans la salle d’audience ».