Maison-tanière – Pauline Delabroy-Allard (2021)

Et si nous restions dans notre tanière ?

En ce jour férié, je vous propose un repli sur soi avec la poésie de Pauline Delabroy-Allard.

Et si nous choisissions la retraite loin du bruit, loin du monde, dans une maison vide entourée d’un jardin, d’un chat et de livres…

Lors de son premier séjour dans sa tanière, Pauline Delabroy-Allard écoute de la musique et laisse voler sa plume au rythme de son inspiration. Puis, l’été suivant la publication de son premier roman, ses pas la guident à nouveau vers ce refuge. Elle s’étend alors sans bouger à même le sol pour retrouver calme et sérénité.

Ces pauses successives dans une vie tulmultueuse permettent de laisser libre court à ses pensées mais aussi à sa créativité.

Le coeur allanguit par cette plume délicate et sensible j’ai aimé m’absenter du monde en compagnie de Pauline Delabroy-Allard !

Merci à la collection @icono.pop et aux @ed_iconoclaste pour cet envoi.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Oh que oui tu aimes ça
pas besoin de demander
si tu veux encore
oh que oui tu veux encore
en fa mineur le feu dans ton ventre »

« les bras grands ouverts 

les yeux remplis

le cœur plein

tu fais salle comble dans mon corps »

La séparation – Dan Franck (1991)

Et si nous parlions du délitement d’un couple ?

Dans ce court roman auréolé du prix Renaudot en 1991, Dan Franck évoque une rupture amoureuse lente et douloureuse.

Elle l’aime mais elle le quitte. Cette femme avec qui il avait tout construit, cette femme avec qui il a eu deux fils commence peu à peu à s’éloigner. Tout d’abord, c’est une main qui s’enfuit, une tendresse qui se délite puis un sourire qui s’évanouit.

Ces gestes disparus laissent place à l’indifférence. Sa femme lui avoue soudain qu’il en existe un autre. Elle l’aime encore mais elle aime aussi, passionnément, l’autre. Elle veut partir mais elle ne sait plus, elle tergiverse et reste malgré tout.

Lui puise dans des forces insoupçonnées pour la retenir. Mais sa colère, sa patience ou sa tendresse ne fonctionnent plus. L’ainé de ses fils prononcera alors l’implacable : « c’est la divorciation ? »

Avec un style pudique, simple et réaliste, Dan Franck plonge le lecteur au coeur de ce couple déchiré par le quotidien. Il dresse aussi un portrait implacable d’une femme manipulatrice et égoïste.

Intentionnellement subjectif, le point de vue de la narration est exclusivement masculin. J’aurai aimé entendre la voix de cette femme, mais la douleur de cet homme prend toute la place et ne peut qu’insuffler de l’empathie chez le lecteur. Un récit personnel qui ne laisse pas indifférent.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« L’échec ne réside pas dans la rupture, mais dans l’échec de la rupture. La séparation est le dernier acte de la vie commune »

Le Journal d’une femme de chambre – Octave Mirbeau (1900)

Et si nous parcourions le journal d’une femme de chambre ?

Avec ce roman devenu classique de la littérature française, Octave Mirbeau donne la parole à Célestine, une modeste femme de chambre.

Dans son journal Célestine retrace les différentes places qu’elle a occupé au sein des maisons de la haute bourgeoisie parisienne. Désormais Célestine a quitté Paris et a trouvé un emploi comme femme de chambre au Mesnil-Roy, en Normandie. Loin de la bourgeoisie opulente, la famille Lanlaire a néanmoins une certaine renommée dans cette petite ville de province.

Dès son arrivée, Célestine est confrontée au regard libidineux du mari mais surtout à la dureté et la rigidité de sa femme. La maîtresse de maison, intraitable, l’accable de tâches.

Célestine fera aussi la connaissance de Joseph, le jardinier de la maison. Antisémite et froid, Célestine craint cet homme énigmatique puis noue une relation curieuse et forte avec lui.

Dissimulée derrière ses fonctions, Célestine est un être transparent à disposition de ses maîtres. Et pourtant, derrière cette condition servile la femme de chambre a accès aux plus lourds secrets et aux fétichismes de ces grands bourgeois. Dans son journal Célestine met à nu la haute bourgeoisie et nous offre des portraits savoureux.

Octave Mirbeau utilise le prisme de cette domestique pour dresser un portrait acerbe et sans concession des moeurs et des vices de son époque.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Ce n’est pas de ma faute si les âmes, dont on arrache les voiles et qu’on montre à nu, exhalent une si forte odeur de pourriture ».

« Naturellement, ce sont toujours ceux qui n’ont rien qui sont le plus volés et volés par ceux qui ont tout… »

Pour aller plus loin :

https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/actualite-doctave-mirbeau

Adrienne Mesurat – Julien Green (1927)

Et si nous parlions d’une femme méconnue et emblématique de la littérature ?

Adrienne Mesurat vit dans une maison reculée au coeur d’un village de province avec sa famille. A la fois délicate et réservée, cette jeune femme semble bien énigmatique.

Son père est emmuré dans ses habitudes. Sa soeur, quant à elle, avec sa santé fragile est comme transparente. Entre ce père colérique et cette soeur taciturne, Adrienne Mesurat a des difficultés à trouver sa place. Emprisonnée dans ce carcan familial, elle s’étiole doucement. Les jours s’écoulent tristement sans qu’aucune véritable joie ne traverse son existence calme et presque monacale.

Un jour ses yeux rencontrent ceux d’un homme. Ce bref instant suspendu va bouleverser son existence. Tout à coup, toute sa vie sera dédiée à cet inconnu. Mais jusqu’où cet amour fantasmé va-t-il la conduire ?

Ce classique méconnu offre une description flamboyante de l’ennui au coeur d’une vie étriquée. La psychanalyse des personnages est précise, acérée et magistrale. J’ai été plongée dans ce roman et j’ai été littéralement conquise par les personnages, la beauté des descriptions et par l’émotion inconditionnelle que ce livre suscite.

Si vous aimez Eugénie Grandet et Emma Bovary, partez à la rencontre d’Adrienne Mesurat !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« C’était peut-être moins affreux d’être plongée ainsi dans un ennui sans trêve que de passer fiévreusement d’un instant de joie inquiète au plus cruel des chagrins ».

« Elle ne se débattait pas, elle laissait le souvenir des espoirs d’autrefois revenir en elle et la déchirer. il lui semblait bien qu’ainsi elle allait jusqu’au fond de sa douleur comme on va vers un refuge. Là, plus rien ne l’atteindrait ».

Petit déjeuner chez Tiffany – Truman Capote (1958)

Et si nous faisions la connaissance d’une femme mythique ?

Ce recueil de nouvelles débute par l’incontournable « Petit déjeuner chez Tiffany ».

Accoudés au comptoir d’un bar New-Yorkais, Buster et Joe se souviennent de leur unique point commun : une femme belle, excentrique et insaisissable prénommée Holly.

Holly était la voisine de Joe, elle a commencé à tisser avec lui une relation amicale ambiguë. Sous le charme, Joe n’avait qu’une seule idée en tête se rapprocher d’elle et percer son mystère. Buster, lui aussi, partageait la même fascination pour la jeune femme.

Au coeur de New-York, Holly vivait avec une frivolité renversante et organisait des réceptions charmantes et excentriques. Pourtant, derrière ce personnage mondain entouré d’hommes se cache une femme, d’une grande sensibilité, à la poursuite de ses rêves.

Des années plus tard, Joe et Buster se souviennent de cette femme inoubliable qui a quitté depuis longtemps leur vie mais qui restera pour toujours dans leur mémoire.

Je n’ai pas été complètement transportée par cet ouvrage. La psychologie des personnages a manqué pour moi de profondeur. Je pense que j’avais eu un tel coup de coeur pour l’ouvrage « De sang froid » de Truman Capote que j’ai été légèrement déçue par cette brève nouvelle.

Ce recueil est également complété par trois autres nouvelles : La maison des fleurs, La guitare de diamants et Un souvenir de Noël. Même si je n’ai pas été complètement conquise, j’ai aimé la tendresse qui se dégageait de ses courts écrits de Truman Capote.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Et comme les jours passaient je commençai à éprouver, à son égard un certain laborieux ressentiment comme si j’étais abandonné par le meilleur de mes amis. Un malaise de solitude pénétra dans ma vie. Mais sans me faire languir pour des amitiés plus anciennes, qui désormais me semblaient insipides »

Les braises – Sándor Márai (1942)

Et si nous abordions un classique de la littérature hongroise ?

Dans ce huit clos envoûtant, deux hommes font face à leur passé.

Deux amis d’enfance, Henri et Conrad se retrouvent quarante et un ans après leur dernière rencontre. Ils ont tout partagé : leur enfance, leurs souvenirs de jeunesse et leurs années d’apprentissage à l’école militaire. Pourtant, des faits obscurs ont conduit à leur séparation définitive. Un rempart infranchissable semble s’être dressé entre les deux amis.

Conrad a quitté brusquement l’école militaire et a pris la fuite pour les tropiques tandis que Henri devenu « le Général » a vécu reclus dans son château à la suite du décès de sa femme, Christine.

Des années plus tard, ils vont partager un diner dans le décor inchangé de leur ancienne vie. Cette confrontation ultime va faire éclater la lumière sur la discorde opposant les deux hommes. Tout au long du roman, la tension est palpable entre les deux personnages et le duel devient rapidement un véritable réquisitoire porté par la verve du Général.

Ce court roman ouvre une réflexion plus vaste sur la définition de l’amitié, les rapports de domination et la soif de vengeance. J’ai découvert pour la première fois la plume magistrale de Sándor Márai qui nous transporte facilement dans un univers où le poids du secret plane jusqu’à la dernière ligne.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Cependant, derrière les jalousies baissées, dans le jardin roussi et flétri, l’été jetait ses dernières lueurs comme un incendiaire qui, dans un accès de rage aveugle, livre tout aux flammes autour de lui, avant de s’éclipser »

« Parfois, j’ai eu l’idée que l’amitié vraie était un lien aussi fort que celui de la communauté des jumeaux. Une similitude frappante des penchants, des sympathies, des goûts, de la culture générale et des passions lie deux êtres à un destin identique »

La caresse du loup – Catherine Robert (2021)

Et si nous évoquions un premier roman particulièrement poignant ?

La caresse du Loup met des mots sur l’impensable.

Pleine de vie, Chloé a huit ans et partage avec sa famille des vacances en Bretagne. Lors de cet été ensoleillé, Chloé est victime d’une agression sexuelle commise par un ami de sa famille venu séjourner dans leur maison de vacances.

Ce lourd secret Chloé le partage avec une unique personne : sa soeur, Clara. Cette marque indélébile a mis un terme à son enfance et a transformé sa vie d’adulte. Le sourire de Chloé s’est évanoui à jamais et sa quête de reconstruction semble un chemin impossible. Et pourtant, Chloé avec l’aide de sa soeur va trouver au fil des années la force de mettre des mots sur son agression et le courage de se relever.

Des années plus tard, à l’annonce des faits, ses parents lui répondront « Ce n’est pas possible ! ». Ce sont les premiers mots qui forcent la barrière de leurs lèvres blêmes et confirment l’irréalité des faits vécus par Chloé. Et pourtant, après des années de combat, ces mots libérateurs et acérés seront enfin prononcés.

Avec une profonde sincérité, Catherine Robert revient sur la terrible destruction dont Chloé a été victime. Un roman qui se lit d’une traite, sans interruption, tant la parole est forte et puissante. Profondément ébranlée, je n’ai pas pu lâcher ce roman avant la dernière ligne. Si cette lecture difficile lève à nouveau le voile sur l’impensable, elle met aussi en exergue la relation fusionnelle qui relie deux soeurs.

Au-delà de cette violence inouïe, ce livre révèle la force de résilience et la puissance du lien de sororité.

Merci aux @ed_iconoclaste pour cet envoi !

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Les Amants d’Avignon – Elsa Triolet (1945)

Et si nous parlions d’une héroïne de la résistance ?

Avec cette courte nouvelle, Elsa Triolet dévoile une histoire d’amour en plein coeur de la Seconde Guerre mondiale.

Elle nous raconte surtout la destinée d’une femme de l’ombre sous l’occupation. Juliette Noël, modeste dactylo, voyage sans arrêt dans des trains bondés avec sa petite valise. Très vite, ses voyages multiples révèlent sa double vie. Cette modeste employée de bureau s’est engagée au coeur de la résistance où elle mène un combat implacable.

Durant l’une de ses missions, elle fera la connaissance d’un autre résistant. Si la force de leur rencontre est indéniable, pour autant l’heure n’est pas aux amours sur le pont d’Avignon…

L’allure banale de Juliette Noël et sa personnalité semblent à l’opposé de l’image d’une résistante acharnée. Et pourtant, la force secrète et le courage qui émanent de cette femme est admirable. Avec cette courte nouvelle contenu dans le recueil « Le premier accroc coûte deux cent francs », Elsa Triolet a obtenu le prix Goncourt en 1945.

Le parcours d’Elsa Triolet, elle-même résistante, n’est pas s’en rappeler la destinée de Juliette Noël. Ainsi, elle nous dévoile une image terriblement réaliste de la résistance française durant la Seconde Guerre mondiale.

Cette lecture m’a fait écho avec l’ouvrage « Le collaborateur et autres nouvelles sur la guerre » de Louis Aragon, qu’Elsa Triolet a profondément inspiré. Je ne peux que saluer la puissance de ce témoignage.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Et ne croyez pas qu’Avignon succombe sous le poids de l’histoire, cette ville est tissée de légendes, chaque jour y ajoute un fil, ici chacun est Pétrarque, chacune est Laure …
Que de couples immortels dans les rues de cette ville de l’amour, de cette ville mystique et galante… Et maintenant…Maintenant, il nous ont tout pris… Jusqu’à nos rêves d’amour… Le monde n’est plus peuplé que de couples séparés, d’amour déchiré, déchirant… Leurs drapeaux sur nos murs, la foule des soldats conquérants… »

Narcisse et Goldmund – Hermann Hesse (1930)

Et si nous choisissions l’expérience vagabonde ?

Avec ce roman d’apprentissage, nous découvrons Narcisse et Goldmund, deux êtres opposés reliés par une intense amitié.

Jeune homme inexpérimenté, Goldmund est confié à des religieux par son père. Bien vite, sa nature ne semble pas le guider vers cette existence pieuse à laquelle son père l’avait destiné. Durant son séjour au sein du cloître, il fait une rencontre décisive et se lie à son professeur, Narcisse.

Au fil des années, les caractères des deux hommes se dessinent avec plus de précisions. Narcisse, penseur, choisit une vie pieuse et ascétique tandis que Goldmund, l’artiste, est appelé par les désirs de la chair et par l’expérience vagabonde. Sur les routes Goldmund découvre une vie errante peuplée de femmes et d’aventures qui le mène jusqu’à sa vocation de sculpteur, tandis que Narcisse se mure dans le silence du cloître. Malgré leurs choix opposés, l’amitié profonde qui les lie reste inébranlable.

Avec ce roman intense, Hermann Hesse construit deux personnages forts et contrastés, l’un recherchant le beau, l’autre la spiritualité. Narcisse et Goldmund vont mener une véritable quête identitaire entre leur nature et leur force spirituelle et artistique. Par le roman, Hermann Hesse ouvre d’autres portes sur le monde celles de profondes réflexions philosophiques.

Déjà ensorcelée par le Loup des steppes, Narcisse et Goldmund confirme mon enthousiasme pour la somptueuse plume de Hermann Hesse.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« La seule chose qui restait réelle et active, c’était la vie au fond de lui-même : le martèlement anxieux de son coeur, l’aiguillon douloureux du désir, les joies et les angoisses de ses rêves »

« Il se disait que lui-même, comme tous les hommes, s’écoulait, se transformait sans cesse pour se dissoudre enfin, tandis que son image créée par l’artiste resterait immuablement la même et pour toujours ».

« La vie était belle, beau et fugitif le bonheur, belle et si vite fanée la jeunesse ».

« C’était ainsi, les impressions tristes passaient comme les autres, la douleur, le désespoir passaient comme la joie, ils s’atténuaient, pâlissaient, perdaient leur profondeur et leur prix, et à la fin, un jour venait où on ne pouvait plus retrouver ce que c’était qui vous avait fait, jadis, tant de peine »

Les derniers jours de Stefan Zweig – Guillaume Sorel Laurent Seksik (2012)

Et si nous retracions en image les derniers jours de la vie de Stefan Zweig ?

Arrivé au Brésil avec sa deuxième épouse Lotte, Stefan Zweig ne parvient pas à accepter le poids de la guerre mondiale et son exil.

Avec sa compagne, ils vont découvrir un pays somptueux aux multiples couleurs. Pourtant, ce paysage synonyme de paix et de quiétude n’écarte pas de l’esprit de Stefan Zweig son pays natal, l’Autriche.

Il essaye de se réfugier dans l’écriture mais son chagrin semble s’accroître au fil du temps. Les échos de la seconde guerre mondiale parviennent jusqu’au Brésil. Son sentiment d’impuissance face à l’anéantissement de l’ordre mondial est de plus en plus fort.

Sans arrêt, il pense à ses amis restés derrière lui et à l’avenir noir qui se profile à l’horizon. Sa désillusion sur l’avenir du monde n’a plus de limite. Il entraine dans son désespoir Lotte qui le suivra aveuglement jusqu’aux derniers jours.

Au-delà du poids de la guerre et du parcours d’exilé de l’écrivain, nous découvrons avec ces aquarelles sublimes, l’intensité de l’amour qui unissait Stefan Zweig et son épouse.

J’ai été profondément émue par ce très joli roman graphique mettant en lumière un amour tragique.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.