Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes – Titiou Lecoq & Marie Dubois (2025)

Et si nous retracions l’histoire sous un jour nouveau ?

Avec cette bande dessinée passionnante, Titiou Lecoq nous propose de redécouvrir, sous une forme percutante, son célèbre essai.

Ces femmes ont façonné nos révolutions, elles ont construit notre monde, mais elles sont restées tues pendant des années. Leurs noms, longtemps gardés sous silence dans nos manuels d’histoire, ne résonnent pas dans notre vision du passé parce qu’elles ont été bâillonnées et invisibilisées. En retraçant les grandes étapes de l’histoire, Titiou Lecoq leur redonne une place, de la préhistoire à nos jours, tandis que Marie Dubois, avec ses dessins dynamiques, leur redonne vie et intensité. Ensemble, elles les incarnent avec une force vivifiante. Pourra-t-on réhabiliter ces femmes oubliées ?

Portée par un ton corrosif, cette bande dessinée pleine d’énergie attrape le lecteur et l’entraîne aux confins de l’histoire en proposant un nouveau regard sur la place des femmes dans nos sociétés. J’ai adoré cette lecture, aussi instructive que mordante !

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« En France, nous, on est des intellectuels, on aime les idées, on a brûlé moins de femmes que nos voisins ; En revanche, on a beaucoup écrit pour justifier ces massacres »

La neige noire – Paul Lynch (2015)

Et si nous faisions face à la brutalité d’une destinée ?

Dans ce roman sombre, Paul Lynch décrit la descente aux enfers d’une famille irlandaise confrontée à la rudesse et à l’inhospitalité de ses voisins.

Lorsque Barnabas s’installe avec sa famille dans son pays natal après des années passées aux États-Unis, il se décide à acquérir des terres et à construire une ferme. Lorsqu’un terrible incendie ravage l’étable où se trouvent ses bêtes, la famille est démunie. Alors que sa femme voudrait quitter le pays, Barnabas s’obstine à reconstruire sa grange. Face aux non-dits et aux croyances tenaces présentes dans la région, la famille ressent une hostilité ambiante de plus en plus menaçante. Tandis que ses parents sont tourmentés par l’avenir de leur ferme, Billy, leur fils s’enferme dans le silence. La famille pourra-t-elle affronter ces forces obscures ?

D’une violence extrême, ce récit irradie d’une grande noirceur. Si je reconnais la force de ce roman, j’ai trouvé cette lecture particulièrement éprouvante. Plongée dans cette atmosphère oppressante, j’ai parfois suffoqué face à la brutalité de ce texte.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Il s’enveloppe de ses propres ténèbres sous un ciel nocturne sans nuages, illuminé par la lointaine beauté des étoiles qui lui révèlent une échelle de temps inaccessible à son intelligence. S’échapper. Se glisser hors du présent pour se diluer dans la fraîcheur de l’obscurité, atteindre un lieu où les bruits s’estompent en un vague tintement ».

« On s’accroche à de petits détails, et c’est ainsi qu’on écrit le livre de sa vie ».

Terre des hommes – Antoine de Saint-Exupéry édition illustrée par Riad Sattouf (2025)

Et si nous redécouvrions un classique ?

Dans cette nouvelle édition de « Terre des hommes » d’Antoine de Saint-Exupéry, illustrée par Riad Sattouf, le dessinateur propose une vision envoûtante de ce récit de voyages emblématique.

Grâce à ses illustrations, Riad Sattouf donne un nouveau souffle à ce classique de la littérature et nous promet une évasion entre ciel et terre. Dans ce récit, Antoine de Saint-Exupéry partage sa vision du monde et ses expériences d’aviateur. En proposant ses dessins, Riad Sattouf témoigne de l’attachement profond qu’il porte à cette œuvre qu’il n’a jamais cessé de lire.

Je n’avais pas été totalement conquise lors de ma première découverte de ce texte hybride, oscillant entre roman philosophique et récit de voyages, mais cette somptueuse réédition lui redonne force et vitalité. Un magnifique objet littéraire à glisser sous le sapin.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citation

« Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d’abord, nous avons planté pendant des années, mais viennent les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir ».

Ce que je sais de toi – Eric Chacour (2023)

Et si nous partions pour le Caire ?

Avec ce premier roman sensible, Éric Chacour livre les ressorts d’une relation qui ébranle toute une vie.

Depuis son plus jeune âge, Tarek s’est conformé aux attentes familiales. Face au modèle intimidant de son père, un médecin réputé du Caire, il a appris auprès de lui ce métier pour lui succéder. À son décès en digne héritier, il reprend le cabinet médical et accepte ce destin qui semble tout tracé. Dans le sillage de son père, il reçoit sa patientèle et assimile, avec une aisance naturelle, ses gestes et son intonation.

Tarek continue de se conformer aux espoirs familiaux en épousant Mira, son amour de jeunesse. Adoubé par sa famille, ce mariage sonne comme une évidence. Pourtant, sa rencontre avec Ali, un homme plus jeune aussi beau que libre, issu d’un milieu social opposé au sien, va profondément le bouleverser. Face à la puissance de cette relation interdite, Tarek choisira-t-il l’exil ?

Porté par une plume poétique et gracieuse, ce roman nous transporte aisément et dresse un portrait tout en humanité de ses personnages. Avec finesse, Éric Chacour explore l’imbrication entre le désir intime et l’impact d’un héritage familial et culturel.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Ali te fascinait. Il y avait chez lui une liberté absolue, une absence de calcul, une exaltation du présent. Il n’était lié par aucun passé et ne concevait pas l’avenir à travers les mêmes contraintes que toi. Il se contentait de vivre et tu te surprenais parfois à espérer que vivre serait contagieux ».

« On pleure pour se sentir vivant, on pleure comme un rappel de son propre sursis, on pleure de mesurer l’extrême précarité de celui-ci. On dit que l’on pleure ceux qui nous ont quittés mais, à la vérité, on ne pleure jamais que sa propre impuissance ».

Des vents contraires – Olivier Adam (2008)

Et si nous laissions place à l’émotion ?

Dans ce récit sensible, Olivier Adam retranscrit un déchirement familial.

Paul s’installe à Saint-Malo, sa ville natale, dans l’espoir d’insuffler un nouveau souffle de vie à ses deux enfants, Clément et Manon.

Suite au départ soudain et inexpliqué de sa femme, Sarah, Paul reste seul avec ses enfants, dans l’incompréhension et le désespoir. Ecrivain colérique et taciturne, Paul doit désormais endosser seul cette parentalité.

Malgré le chagrin qui le ronge, il parvient, avec l’influence salvatrice de la mer et l’appui de sa famille à offrir un nouvel élan à ses enfants. Combien de temps ce semblant d’équilibre familial pourra-t-il tenir ?

Avec une écriture tendre et lumineuse, Olivier Adam nous entraîne à la rencontre de ce père. Hanté par la disparition de sa femme, Paul se débat avec une solitude accablante. Porté par un amour intense, nous sommes happés par ce récit d’une grande sensibilité.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« J’imagine qu’il en est ainsi partout, qu’on grandit côte à côte sans jamais se croiser vraiment, méconnus et indéchiffrables. Le concret nous cimente, le quotidien nous lie, l’espace nous colle les uns aux autres, et on s’aime d’un amour étrange, inconditionnel, d’une tendresse injustifiable et profonde, qui ne prend pourtant sa source qu’aux lisières. Quand j’ai commencé à me soucier d’eux il était trop tard, le bloc de silence était trop dur, la pudeur trop ancrée, les liens trop fortement noués pour qu’on les questionne ».

« De l’extérieur on ne sait rien de ce qui se noue entre les êtres, de ce qui se joue dans un couple. On émet des hypothèses, des jugements hâtifs mais au fond on ne sait rien, c’est beaucoup trop profond, beaucoup trop complexe ».

La vie ressemble à ça – Titiou Lecoq (2025)

Et si nous partagions les pensées de Titiou Lecoq ?

Dans ce récit hybride, Titiou Lecoq entremêle des pensées, des conseils et des réflexions plus sérieuses autour du féminisme ou de la parentalité.

En partageant son carnet de bord, elle expose un pêle-mêle réjouissant de ses pensées et de son quotidien. Pour Titiou Lecoq, « le trivial nourrit l’abstrait » ; elle parvient ainsi à faire surgir la fulgurance de ses réflexions profondes entre les rouages du quotidien, la préparation des repas, la lessive ou les pleurs des enfants.

En mettant sur le même plan des conseils pratiques, des anecdotes de sa vie quotidienne ou des questions autour des féminicides et de l’éducation des garçons, Titiou Lecoq donne un véritable souffle à son récit. Elle nous permet d’alterner entre sourires et interrogations autour des questions de société. En lecture de chevet, je vous recommande ce carnet à la fois vivifiant et profond.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Depuis plusieurs années, on revalorise les amitiés, notamment féminines. Mais on ne nous dit pas comment les entretenir ».

Trilogie New-Yorkaise – Paul Auster (1985)

Et si nous combattions la solitude ?

Dans les méandres des rues de New York, Paul Auster, avec cette trilogie vertigineuse à la trame narrative complexe et intelligente, interroge notre rapport à l’autre et joue avec la dualité des identités.

Dans Cité de verre, nous découvrons Quinn, un auteur de polars sous pseudonyme qui se remet difficilement de la perte de sa femme et de son fils. Confondu avec Paul Auster, un soi-disant détective, il entreprend une enquête singulière et bientôt envoûtante qui le plonge dans les méandres de son existence.

Dans le second roman, Revenants, Bleu, un détective privé se voit confier la surveillance de Noir, un écrivain mystérieux qui connaît un quotidien plat et millimétré. Jusqu’où cette enquête apparemment banale va-t-elle l’ébranler ?

Dans le dernier récit, La Chambre dérobée, un homme voit ressurgir Fanshawe, son ami d’enfance. La femme de cet ami lui confie ses manuscrits et lui apprend sa brutale disparition. La relation fusionnelle qu’il a entretenue avec Fanshawe devient plus obsédante en son absence. Comment parviendra-t-il à s’affranchir de cette dualité insaisissable ?

En se plongeant dans les contours de nos intériorités, Paul Auster propose une errance dans le rapport de l’homme à sa solitude et aux autres. Dans cette trilogie foisonnante et inclassable, Paul Auster, en explorant les jeux de miroirs et la complexité de l’écriture, interroge sa propre existence.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Chaque fois qu’il sortait marcher il avait l’impression de se quitter lui-même, et, en s’abandonnant au mouvement des rues, en se réduisant à n’être qu’un œil qui voit, il pouvait échapper à l’obligation de penser, ce qui, plus que toute autre chose, lui apportait une part de paix, un vide intérieur salutaire…
Le mouvement était l’essence des choses, l’acte de placer un pied un pied devant l’autre et de se permettre de suivre la dérive de son propre corps ».

« Nos vies nous emportent selon des modes que nous ne pouvons maîtriser, et presque rien ne nous reste. Ce presque rien meurt avec nous et la mort est quelque chose qui nous arrive chaque jour ».

Midi sur l’abîme – André Bonmort (2025)

Et si nous étions au bord d’un précipice ?

Entre mélancolie et colère, André Bonmort propose un manifeste poétique et engagé.

En abordant le vivant, l’humanité et la parole, André Bonmort livre une vision obscure de l’avenir. Il met en lumière les dangers qui planent sur la Terre. Ses mots résonnent face à la brutalité sociale, aux inégalités et à la violence des hommes. À travers la puissance des mots, il dresse un portrait sombre de l’avenir et interroge nos contradictions.

Avec un style très exigeant dont l’érudition m’a parfois décontenancée, André Bonmort fait souffler un vent de révolte. Si j’ai aimé les thématiques abordées et l’intensité de ce texte, je me suis parfois perdue dans ce langage foisonnant qui n’est pas parvenu à m’emporter pleinement.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Ne m’appelez pas Humanité, faisant mine d’ignorer les sévices et iniquités dont je suis accablée,

Mes râles déchirants, les étouffant sous les cataplasmes du cynisme ou de la résignation ;

Ne m’appelez pas Humanité quand vous me partagez en deux indécentes moitiés, l’une mille fois plus prospère, l’autre mille fois plus peuplée ; »

La Pouponnière d’Himmler – Caroline de Mulder (2024)

Et si nous entrions dans une maternité glaçante ?

Dans ce roman choral, Caroline de Mulder propose une immersion dans les rouages d’un programme de naissance contrôlé par le régime nazi : les Lebensborn.

Au cœur de la Bavière, dans l’un des Lebensborn « Heim Hochland » inauguré par Heinrich Himmler en 1936, les nouveau-nés doivent devenir de futurs Aryens au « sang pur ». Dans cette maternité, nous suivons trois personnages aux destins diamétralement opposés.

Renée, jeune française tombée enceinte d’un soldat allemand, a subi la honte dans son pays. Elle trouve refuge en Allemagne mais comprend très rapidement que, même si son statut de femme enceinte la protège, elle n’a pas véritablement sa place.

Helga, une infirmière dévouée au régime mais aussi aux mères et aux nouveau-nés, qui va peu à peu entendre la voix de sa conscience. Enfin Marek, un prisonnier revenu de l’enfer de Dachau, qui peine à survivre. Lorsque la guerre se rapproche, les destins de ces trois personnages vont s’entrecroiser. Quel avenir pour les enfants des Lebensborn ?

Avec un style incisif et saisissant, Caroline de Mulder décrit l’organisation de ces maternités visant à promouvoir « la pureté raciale » et fabriquer les futurs guerriers du régime avec des critères de sélection glaçants. En s’appuyant sur un socle documentaire étayé, elle propose une description d’un pan souvent méconnu de l’idéologie nazie. Une lecture déchirante qui témoigne de toute la noirceur du nazisme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Le malheur de la veille peut donc devenir le bonheur du lendemain, et ainsi il est un puits sans fond dans lequel on peut tomber toujours plus bas. Le malheur est sans doute ce qui donne l’idée la plus juste de ce qui peut-être l’infini ».

« Il n’y a pas d’un côté le bien, de l’autre le mal, il y a de longues glissades dont on ne se relève pas, et des passages quelquefois imperceptibles de l’un à l’autre. Quand on s’en rend compte, il est déjà trop tard ».

Madeleine Férat – Emile Zola (1868)

Et si nous étions poursuivis par les fantômes du passé ?

Madeleine et Guillaume, deux êtres meurtris par une enfance douloureuse, vont trouver dans leur relation un semblant de réconfort. Ensemble, ils parviennent à s’apaiser et décident de se marier. Malgré l’amour qu’elle éprouve le corps de Madeleine résiste, et elle conserve des réticences à cette union. Le fantôme de son premier amant Jacques s’immisce dans le couple.

Ils s’installent à la Noiraude, la demeure familiale de Guillaume. S’ils connaissent dans ce lieu les enchantements de leurs premiers émois, la honte s’installe rapidement et le passé de Madeleine les rattrape. A la Noiraude vit également Geneviève, la nourrice de Guillaume. Elle passe ses soirées à psalmodier des prières funestes. Cette femme au fanatisme obsessionnel vient renforcer la menace d’une punition divine qui plane sur le couple . Madeleine parviendra-t-elle à accepter son passé ?

Porté par la plume magistrale d’Emile Zola, ce roman parfaitement maîtrisé propose une immersion au sein d’un couple soumis aux affres de la honte et de la culpabilité. Avec son atmosphère lugubre et ses personnages tourmentés, j’ai été envoûtée par ce roman.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Peu à peu, elle accepta sa position. Son esprit se salissait à son insu, elle s’habituait à la honte »

« C’était un frisson universel, ce frisson voluptueux des champs dont un orage a abattu la poussière.Et ce frisson courait dans la nuit noire, prenait aux ténèbres leur charme mystérieux et pénétrant ».

« Guillaume et Madeleine se souriaient simplement ; leur solitude restait chaste ; s’ils s’emprisonnaient, ce n’était pas qu’ils eussent des baisers à cacher, c’était qu’ils aimaient le grand silence de l’hiver, la paix du froid. Il leur suffisait de vivre seuls, face à face, et de se donner le calme de leur présence ».