Mauprat – George Sand (1837)

Et si l’amour pouvait combattre la violence ?

Enfant sauvage, Bernard a été recueilli par les Mauprat après le décès de ses parents. Ses oncles sont cruels, rustres et dénués de morale. Bernard a été élevé dans la violence par cette branche de la famille.

Il rencontre sa cousine Edmée, qui s’est perdue et a trouvé refuge au château de la Roche-Mauprat. Terrorisée par la brutalité de cette famille de bandits, elle espère trouver en Bernard un peu d’humanité et s’enfuir. Sous l’influence de ses oncles, Bernard pensait user de la force pour la conquérir. Mais face à la beauté et à la grâce d’Edmée, Bernard entrevoit un élan amoureux qu’il n’a jamais connu. Bernard décide de l’aider à fuir, mais entre eux une promesse est scellée… Jusqu’où ce pacte les conduira-t-il ?

Ce roman d’apprentissage nous propose de suivre l’évolution d’un homme aux instincts violents soumis à l’influence salvatrice d’une femme. Aux confins de tous les genres, ce roman à l’atmosphère romantique mêle le gothique, le récit d’aventures et une dimension sociale. Portée par une plume élégante et par l’influence de Jean-Jacques Rousseau, cette œuvre entremêle un amour patient et la force de l’éducation. Ce roman est très intéressant, même s’il présente quelques longueurs.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« A mesure que tu as grandi à mes yeux, j’ai senti que je pouvais attendre, parce que j’avais à t’aimer longtemps, et que je ne craignais pas de voir évanouir ma passion avant de l’avoir satisfaite, comme font les passions dans les âmes faibles« 

« Sachez donc distinguer l’amour du désir ; le désir veut détruire les obstacles qui l’attirent, et il meurt sur les débris d’une vertu vaincue ; l’amour veut vivre, et pour cela il veut voir l’objet de son culte longtemps défendu par cette muraille de diamant dont la force et l’éclat font la valeur de la beauté ».

In carna – Fragments de grossesse – Caroline Hinault (2022)

Et si nous parlions d’un corps en pleine mutation ?

Dans ce récit, résolument féministe, Caroline Hinault dévoile son parcours intime et engagé autour de sa grossesse.

Du ventre vide au ventre plein, Caroline Hinault évoque avec un ton bouleversant et une vérité implacable, son expérience de la maternité.

Elle aborde tout d’abord ses aspirations à devenir mère, cette attente interminable et ce ventre qui reste creux. Puis cette incarnation, la mutation de son corps et de son esprit avec ce ventre devenu plein. Au-delà de l’intimité de son corps, cette grossesse se heurte à toute une société.

A travers son expérience personnelle, Caroline Hinault évoque cette appropriation du corps et révèle toutes les problématiques inégalitaires et sociétales. Ce récit percutant lève le voile sur des mécanismes ancrés et des injonctions contradictoires. Entre essai et journal intime, je vous recommande cette oeuvre passionnante qui ouvre de véritables pistes de réflexions autour de la maternité.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Seul le renoncement, mais parfois forcé, à la maternité permettait pour les femmes d’espérer une égalité de statut social et artistique. On n’a jamais demandé de tel renoncement aux hommes artistes ».

« Une chose la frappe dans cette peinture : Marie n’a pas son habituel visage empreint de générosité et de douceur mais baisse les yeux, le visage plutôt fermé. Certains commentateurs voient dans cette impassibilité un peu rêche la volonté du peintre de se démarquer de la tradition, en lui donnant davantage l’allure d’une paysanne. Mais Elle qui se trouve également en fin de grossesse, Elle devine. Marie est juste complètement crevée et, Christ ou pas Christ, exténuée par tant d’encombrements ».

Sido – Les vrilles de la vigne – Colette (1929)

Et si nous nous imprégnions des confidences de Colette ?

Dans cet ouvrage, Colette dresse tout d’abord le portrait de sa mère, Sido. Une femme proche de la nature qu’elle a toujours admiré. A travers des scènes de son enfance, elle partage également ses souvenirs avec son père et ses frères et soeur. L’évocation des paysages où elle a grandi nous permet de mieux comprendre son passé et ses relations familiales.

Dans la seconde partie de l’ouvrage « Les vrilles de la vigne », Colette partage de courts extraits où elle décrit la nature et sa conception de l’amour. Dans ces textes, elle témoigne également de sa profonde tendresse pour les animaux.

Un livre délicat et sensible qui révèle toute l’intimité de Colette. Si j’ai admiré la prose sensuelle et poétique de Colette, je n’ai pas réussi à être captivée par ces deux récits qui n’ont pas suscité pour ma part une grande émotion. Si sa plume demeure remarquable, il ne s’agit pas de mon livre préféré de l’autrice.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Ma mère, Sido, savait mieux que tout autre comment se faire oublier pour mieux nous entourer de sa présence. »

« L’amour est une vigne, et les vrilles de l’amour s’enroulent autour du cœur, serrent et tordent. Mais si on ne les laisse pas grandir, elles étouffent ».

Ressac – Diglee (2021)

Et si nous évoquions une retraite inspirante ?

Dans ce court récit autobiographique, Diglee nous partage avec beaucoup de finesse et de grâce sa retraite spirituelle.

En février 2020, Maureen Wingrove choisit de séjourner dans une abbaye reculée en Bretagne afin de se couper du monde et des réseaux sociaux, un confinement choisi avant celui qui lui sera imposé quelques mois plus tard.

Face aux embruns et à la nature, elle cherche à se retrouver et souhaite dédier son temps à la lecture, à l’écriture et aux dessins. Ce séjour est l’occasion d’une prise de recul face à la maladie de son beau-père et aux ombres familiales et personnelles qui planent sur sa vie. Ce temps de repli sera aussi propice à des rencontres féminines qui vont lui permettre de nourrir sa réflexion.

A l’image d’une chambre à soi, Maureen Wingrove s’isole pour mieux se réinventer. J’ai beaucoup aimé ce récit sensible qui propose une introspection salvatrice.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Entre ces murs, nourrie de mots, de peinture et de silence, je me sens abreuvée. L’eau coule de nouveau. Je réalise que rien ne manque à mon couple, c’est à moi qu’il manque des accroches pour apaiser ma soif ».

« Je partirai pour faire parler les mots et faire taire mes maux ».

« La beauté est à vivre avant tout. C’est si banal et en même temps si terrible, un soleil qui se couche. C’est un adieu aux yeux de tous, une théâtrale disparition ».

La mémoire délavée – Nathacha Appanah (2023)

Et si nous témoignions de nos origines ?

Dans ce court récit, avec beaucoup d’émotion et de pudeur, Nathacha Appanah retrace le parcours de ses ancêtres. Elle raconte comment son trisaïeul est arrivé à l’île Maurice et a connu une vie d’asservissement sur les plantations sucrières coloniales.

En 1872, il quitte l’Inde et part dans un voyage lointain et dangereux vers l’Ile Maurice. A son arrivée avec sa femme et son fils, il rêve d’un avenir prospère mais connaîtra la servitude. D’une génération à l’autre, la famille de Nathacha Appanah a vécu sur l’île. Parviendront-ils à s’y intégrer ?

Dans ce livre intime et émouvant, Nathacha Appanah amorce un travail d’une grande sensibilité autour de la mémoire familiale. Ce récit est aussi l’occasion de rendre un véritable hommage à ses grands-parents. Ponctuée de photographies, cette oeuvre lumineuse fait monter les larmes…

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« La déshumanisation immédiate que provoque l’attribution d’un numéro à un être humain ne m’échappe pas. C’est un couperet qui marque l’avant et l’après; c’est une marque au fer rouge qu’on applique, brûlante et grésillante »

« Tant qu’il y aura des mers, tant qu’il y aura la misère, tant qu’il y aura des dominants et des dominés, j’ai l’impression qu’il y aura toujours des bateaux pour transporter les hommes qui rêvent d’un horizon meilleur ».

Le passage de la nuit – Haruki Murakami (2004)

Et si nous choisissions le songe ?

Dans ce court récit hypnotiquela nuit mystérieuse révèle ses secrets.

Assise dans un restaurant en plein cœur de Tokyo, Marie est plongée dans un livre. Elle laisse les heures s’égrener et attend l’aube. Pendant ce temps,sa soeur Eli est plongée dans un profond sommeil.
Marie pensait que la nuit serait paisible et solitaire mais elle va multiplier les rencontres insolites. Elle revoit tout d’abord un étudiant et ami de sa sœur, qui répète toute la nuit dans une cave avec des musiciens. Il l’aborde et engage une longue conversation avec elle. Une femme va également venir interrompre sa lecture et lui demander de l’aide pour porter secours à une prostituée blessée. Jusqu’où cette nuit blanche la conduira-t-elle ?

Dans ce récit énigmatique où l’imaginaire a toute sa place, Haruki Murakami nous propose de garder l’oeil ouvert et de percer les mystères d’une nuit singulière. J’ai aimé l’ambiance onirique de ce texte qui demeure suspendu et laisse place à une rêverie nimbée de mystères.

Ma note

Note : 2.5 sur 5.

Citation

« Tu sais, nos vies ne sont pas découpées simplement en « sombre » et « lumineux « . Il y a une zone intermédiaire qui s’appelle « clair-obscur « . La saine intelligence consiste à en distinguer les nuances, à les comprendre. Et, pour acquérir cette saine intelligence, il faut pas mal de temps et d’efforts ».

Normal People – Sally Rooney (2018)

Et si nous parlions d’une histoire d’amour tortueuse ?

Dans Normal People, Sally Rooney arrive à percevoir, avec un grande acuité, les déchirures et les espérances d’une jeunesse désabusée.

Connell et Marianne partage une grande alchimie. Si leur attirance est indéniable, elle doit rester loin des regards. Au lycée, Connell se refuse à assumer une relation qu’il tisse pourtant avec Marianne jour après jour dans l’ombre. La puissance du regard des autres ne lui permet pas d’être complètement lui-même. Sa réputation au lycée risque d’être ternie par l’insaisissable Marianne. Un an plus tard, lorsqu’ils se retrouvent au Trinity College de Dublin, les rapports de force s’inversent. Marianne s’épanouit alors que Connell ne trouve pas sa place dans le monde universitaire. Jusqu’où cette relation aussi belle que sinueuse les conduira-t-elle ?

Avec un regard vif et profond, Sally Rooney parvient à nous plonger dans les aspirations intimes de ses personnages. Au-delà d’une histoire d’amour, elle arrive à décrire les fêlures qui traversent Connel et Marianne. Ayant adoré la série télévisée je manque sans doute d’objectivité mais j’ai aimé me plonger dans cette atmosphère sophistiquée et complexe.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Les conditions idéales – Mokhtar Amoudi (2023)

Et si nous évoquions une enfance brisée ?

Skander est un enfant de l’Aide sociale à l’enfance. Abandonné par une mère dysfonctionnelle qui doit faire face à ses démons, Skander n’a jamais connu son père. Très jeune, il est placé en famille d’accueil.

A huit ans, Skander voit sa vie à nouveau basculer et va devoir changer de famille. Il déménage à Courseine, en banlieue parisienne et rencontre Madame Khadija. Si ce nouveau repère maternel a choisi la garde des enfants pour répondre à ses besoins d’argent, une relation particulière se tisse entre eux au fil des années.

Passionné par les études et amoureux des dictionnaires, Skander va peu à peu s’acclimater au monde extérieur et côtoyer les jeunes du quartier. Skander arrivera-t-il à maitriser son avenir ou glissera-t-il inexorablement vers la délinquance ?

Dans ce premier roman tendre, Mokhtar Amoudi met en exergue les déterminismes sociaux et les stéréotypes lancinants qui planent dans notre société. Avec un personnage particulièrement attachant et une connotation autobiographique, Mokhtar Amoudi revient sur une enfance chaotique tout en nous livrant un message d’espérance.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Je ne pensais pas à l’argent, j’étais content. On n’en aura jamais assez de toute façon. C’est comme l’amour. Il faut s’y faire ».

« On a été abandonné une fois, on se dit que ça ne pourra plus arriver, que jamais on ne se permettra de vous la refaire. Mais un adulte, c’est capable de tout »

L’invention de la solitude – Paul Auster (1982)

Et si nous évoquions l’absence avec Paul Auster ?

Dans ce livre fondateur, Paul Auster essaye de comprendre son héritage.

Dans la première partie de l’ouvrage « Portrait d’un homme invisible« , Paul Auster part sur les traces de son père. Suite à son décès soudain, il tente de mieux comprendre cet homme qui est demeuré toute sa vie absent. Comment faire le deuil d’un homme qui n’a jamais véritablement intégré son existence ? Paul Auster essaye de décrypter son père. Il tente de se remémorer sa gestuelle, ses habitudes, son étrangeté et sa manière d’aborder l’existence. Paul Auster n’a jamais véritablement réussi à comprendre son père. Face à ce deuil, il tente de renouer avec son enfance mais également de mieux comprendre son héritage familial. Parviendra-t-il à mettre des mots sur les drames familiaux invisibles ?

Dans la seconde partie « Le livre de la mémoire », Paul Auster nous propose une narration plus atypique. A travers le personnage de « A », il partage ses réflexions philosophiques sur l’impact de notre mémoire et de nos souvenirs. A nouveau, il interroge la filiation dans ce court récit dans un style plus décousu.

J’ai aimé la première partie de cet ouvrage qui nous propose un récit intime et poignant sur sa relation avec son père. J’ai trouvé la seconde partie plus complexe et déroutante et je n’ai malheureusement pas réussi à adhérer à cette narration particulière.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« De son vivant déjà, il était absent, et ses proches avaient appris depuis longtemps à accepter cette absence, à y avoir une manifestation fondamentale de son être » 

« Si inutiles que paraissent ces mots, ils m’ont néanmoins protégé d’un silence qui continue de me terrifier. Quand j’entrerai dans ce silence, cela signifiera que mon père a disparu pour toujours »

« Il est impossible, je m’en rends compte, de pénétrer la solitude d’autrui.
Si nous arrivons jamais, si peu que ce soit, à connaitre un de nos semblables, c’est seulement dans la mesure où il est disposé à se laisser découvrir ».

Etre mère – Julia Kerninon (2024)

Et si nous écoutions des voix féminines ?

Dans ce recueil initié par Julia Kerninon, sept autrices vont évoquer leurs parcours autour de la maternité.

Des témoignages intimes où se mêlent peur, angoisse, joie, culpabilité ou incertitude. Les thèmes abordés sont vastes de l’accouchement, aux représentations autour de l’allaitement, à la dualité de la femme devenue mère ou encore à son rapport au corps et la crainte éprouvée pour l’avenir de ses enfants. La diversité des témoignages est frappante et chaque autrice va aborder cette thématique avec son propre vécu.

Admirative de l’oeuvre de Julia Kerninon, j’ai aimé son initiative et cette parole libérée des femmes. Cette mise a nu permet de lever le voile sur les tabous qui planent toujours autour de la maternité. Un agréable moment de lecture que je vous recommande.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« Avoir des enfants nous fait peur et nous rend fortes, nous égare et nous retrouve, nous empêche et nous autorise, nous pèse et nous grise, ne nous apprend rien sinon que tout restera toujours à apprendre »

« Nos peurs, nos réflexions, nos déchirures ont droit de cité au sein des livres. Nous ne sommes peut-être que la moitié de l’humanité, mais nous l’avons créée tout entière »