Magnifica – Maria Rosaria Valentini (2016)

Au coeur d’un petit village italien niché à proximité d’une forêt, Ada Maria grandit.

Sa famille dysfonctionnelle est composée d’une mère fragile, d’un père absent et d’un petit frère qu’elle se fait un devoir de protéger.

Ada Maria, timide et réservée, est pourtant le socle de cette famille défaillante. Véritable mère pour son jeune frère, elle comble les vides et porte à bout de bras ses proches.

A la mort de sa mère, Ada Maria se retrouve seule avec son frère. Son père, devient de plus en plus invisible et se réfugie la plupart du temps chez son amante : Teresina.

Peu à peu, Teresina s’intègre dans la maison et un équilibre familial se recompose tant bien que mal.

En parallèle, une rencontre bouleversera le quotidien d’Ada Maria. Au tréfonds de la forêt vit un homme reclus dans une grotte. Tout d’abord, prise de peur, elle s’enfuit lors de leur première entrevue. Puis, peu à peu, se tisse une véritable relation entre la jeune fille et cet homme qui s’avère être un soldat allemand.

La nouvelle de cette idylle se répand dans tout le village et vient bouleverser un équilibre familial déjà précaire.

Un roman empreint de délicatesse et de poésie. La trame lente de la narration est agréable. Je me suis laissée docilement portée par cette histoire familiale construite autour de personnages attachants.

Les émotions finissent par se glisser dans les silences des personnages et la douceur qui se révèle entre les lignes.

Une lecture sans prétention qui s’avère idéal pour l’été !

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations : 

« Au coeur des heures silencieuses se dessinait l’amour. Celui qui jamais n’existe, mais dilate des rêves de verre et confond, apaise, poursuit les découvertes ».

« Ada Maria décrivait à Benedikt cette petite fille qui ressemblait au battement d’ailes d’une palombe, à la branche verdoyante d’un hêtre, aux tressautements d’un papillon ».

Une journée d’automne – Wallace Stegner (1937)

Et si par ses chaleurs caniculaires, nous retournions l’espace d’un instant en Automne ?

C’est la proposition alléchante qui nous est faite par Wallace Stegner dans ce court roman demeuré longtemps inconnu en France.

Au décès de son père, Elspeth, la jeune soeur de Margaret, regagne la ferme familiale située dans l’Iowa. Elspeth, une jeune femme pétillante se révèle pleine de légèreté, de fantaisie et de joie de vivre.

Elle s’immisce peu à peu entre sa soeur, Margaret, digne et raisonnable et son époux, Alec, un jeune homme rieur et spontané.

A l’ombre des feuilles d’autonome, un triangle amoureux se noue jusqu’à la tragédie. Le rapprochement entre Elspeth et Alec apportera une rupture nette et indissoluble.

L’équilibre familial s’en trouvera, à jamais, dévasté. La maison ne devient plus que silence et solitude, chacun restant enfermé dans sa culpabilité, sa colère ou son sentiment de trahison.

Les deux femmes deviennent les ombres d’elles-mêmes. La description de cette déshumanisation est superbement retranscrite par l’auteur.

J’ai follement apprécié la plume de Stegner à la fois âcre et profonde. L’efficacité du fil narratif est implacable. Le lecteur est rapidement transporté dans ce court roman.

La très belle écriture de Stegner révèle à la fois la force de ses personnages et l’impasse dramatique qui se noue au fil du livre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Un jour, l’ayant surpris, elle lui demanda d’en déchiffrer les paroles, et le soir dans sa chambre, nota tout ce dont elle se souvenait, en se remémorant à la lueur paisible de sa lampe la nostalgie mélancolique de la complainte et le Viking calme et blond qui la lui avait chantée sans gêne »

« Cette passion-là était morte étouffée dans les geôles irrespirables de la culpabilité »

« Les années s’écoulèrent comme du sable sous leurs pieds, les saisons se succédèrent au même rythme lent, du premier rouge-gorge et des premiers boutons de lilas à la chaleur étouffante de l’été, aux trilles métalliques des grillons et aux lucioles illuminant le velours noir de la nuit ; des dernières flammes du sumac et de l’érable à la longue attente de l’hiver ; puis de nouveau les premières pointes de crocus sous la neige ».

Tu me vertiges – Florence M.-Forsythe (2017)

Aussi beaux que talentueux, Albert Camus et Maria Casarès ont vécu un amour inconditionnel.

Leur relation éclos dans un Paris brisé par la seconde guerre mondiale. Albert Camus publie « l’Etranger » tandis que la jeune Maria Casarès, débute sa carrière aux Mathurins en 1942. Très rapidement, elle devient une comédienne en vue et lui un écrivain incontournable.

Lors de leur première rencontre chez Michel Leiris, ils éprouvent l’un pour l’autre un véritable coup de foudre et deviennent très vite amants.

Au lendemain de la libération, Francine, l’épouse de Camus rentre à Paris et le couple est forcé de mettre un terme à cette idylle naissante. Pourtant, après quelques années, une attraction viscérale les lie à nouveau l’un à l’autre.

Au-delà de ce couple mythique, Florence M.-Forsythe nous décrit un Paris fascinant où se mélangent intellectuels et artistes. Camus et Casarès côtoient entre autres : Sartre, Beauvoir, Picasso…

J’ai aimé voyager avec eux dans ce Paris des années 40 entre les clubs de jazz, les théâtres et les galeries d’art. La richesse des échanges autour de l’art, de la littérature et du cinéma laisse rêveur.

Je me suis néanmoins interrogée sur l’aspect romancé dans la description de ce couple célèbre. Quelle est la part de fiction dans l’oeuvre ? En effet, il n’est pas aisé de donner un aperçu de l’intimité d’un couple devenu si légendaire.

Si ce roman n’est pas incontournable, j’ai aimé cette première découverte avec ce couple passionnant. Une approche agréable qui m’a donné envie de découvrir les correspondances de Camus et Casarès publiées aux éditions Gallimard en 2017…

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Moi, c’est l’océan qui me met dans tous mes états. Sur le plage, je me plante devant lui, et j’entends son grondement ; et quand il me lèche les pieds sur la grève, les entourant de sa bave mousseuse, une sève chaude monte dans mes jambes et m’envahit ».

« Aura-t-il un jour, comme Eluard, une femme, tout à la fois, maîtresse, amie, muse qu’il appellerait non pas « la parfaite », comme le poète nomme Nusch, mais d’un nom pour elle seule inventé ? Un jour, pourrait-il dire à une femme unique « soyez follement aimée » comme Breton ? Vivra-t-il l’amour libéré, l’amour révolte, celui qui remet tout en cause? »

« La passion peut être une lame acérée ; mais l’amour se façonne, pierre après pierre, jour après jour »

Syngué Sabour – Atiq Rahimi (2008)

Quelque part en Afghanistan ou ailleurs, Atiq Rahimi nous raconte le désespoir et la solitude d’une femme.

Au coeur d’une zone de conflit, la narratrice vit recluse et soigne, jour après jour, son mari touché par balle au niveau de la nuque.

Plongé dans un lourd coma, l’esprit de son mari semble s’être à jamais échappé. Au rythme de ses respirations successives, elle veille son corps et prie inlassablement pour le ramener à la vie.

Entre la protection de ses enfants, sa propre survie et sa dévotion mécanique pour son époux, l’héroïne plonge peu à peu dans une profonde solitude.

Ce sentiment d’abandon, elle l’a toujours connu. Mariée à un fantôme parti à la guerre durant trois longues années, elle rencontre finalement un homme froid et violent qui ne lui offrira aucun soutien ni réconfort.

Au fil du livre, la jeune femme entame un long monologue. Son mari deviendra sa « syngué sabour », sa pierre de patience. Dans la culture perse, cette pierre de patience doit recueillir les confessions du monde.

La narratrice lui livre ainsi ses plus intimes pensées et secrets. Elle se libère des chaînes qui l’emprisonnaient et révèle enfin ses désirs et ses frustrations jusqu’à son implosion finale.

Un ouvrage violent et marquant qui traite avec noirceur et dureté le carcan des femmes et leurs difficultés à s’en libérer sous le poids de la culture et des traditions.

Un roman puissant où Atiq Rahimi a su, en quelques pages, redonner une voix à cette femme bâillonnée et faire réfléchir sur la condition féminine au Moyen-Orient.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle »

« Maintenant, c’est ton corps qui te juge. Il juge ton âme. C’est pourquoi tu ne souffres pas dans ton corps. Parce que tu souffres dans ton âme. Cette âme suspendue qui voit tout, qui entend tout, et qui ne peut rien faire, qui ne contrôle même plus ton corps »

A l’est d’Eden – John Steinbeck (1952)

« Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. 

Maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère (…)

Caïn se retira de devant l’Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l’est d’Éden »

 (Genèse 4, 1-26)

Après avoir tué son frère Abel, Caïn est banni par son père et se retire à l’Est d’Eden. John Steinbeck avec cette référence biblique, comme titre de son roman, révèle déjà le tiraillement entre le bien et le mal mais également les rapports filiaux au coeur de son oeuvre.

A l’est d’Eden dresse des portraits profonds et humanistes de trois générations successives.

Dans la vallée de Salinas en Californie, des familles vont tenter leur chance afin de cultiver une terre qu’ils espèrent prospères.

Adam et Charles Trask sont demi-frères. Ils sont très différents et font face ensemble à la seule autorité paternelle. Adam est aussi calme et doux que son frère, Charles, est froid et violent. Destinés à embrasser une carrière militaire, ils vont cependant rapidement se différencier y compris dans leurs rapports avec leur père.

Quelques années plus tard, Adam rencontre Cathy. L’amour qu’il lui porte changera à jamais sa vie. Eperdu, il ne voit en elle que douceur et gentillesse. Pourtant, derrière cette beauté angélique, se cache les pires vices.

Cathy accouche des jumeaux Aaron et Caleb. Comme un écho sur cette ultime génération, les mécanismes du rapport au père semble se reproduire.

Adam Trask déménage avec sa famille en Californie et fait la connaissance de la famille Hamilton. Venus d’Irlande du Nord, les Hamiltons ont tissé des liens solides autour de la figure paternelle de Samuel.

Tout au long du roman, les Trasks et les Hamiltons vont évoluer côte à côte…

Cette fresque éblouissante aborde le rapport à la morale mais également à la destinée. Evoquant avec force, la prédominance des choix dans le conditionnement de l’existence, Steinbeck au-delà de l’épopée familiale livre un roman humaniste.

Chaque personnage est si profondément vivant sous la plume de Steinbeck que le lecteur est emporté avec eux durant les années qui s’écoulent avec délice.

Désormais profondément ancré dans mes mémoires de livres, je me suis délectée page après page de ce roman époustouflant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations : 

« Et pourtant nous empruntons tour à tour les chemins de l’innocence ou du péché. N’avons-nous pas tous dragué et fouillé les eaux noires de notre âme ? »

« Pour dire d’un homme qu’il fut heureux, attendez qu’il ait tourné sa dernière page »

« Il y a des preuves très solides pour affirmer que Dieu n’existe pas, mais, pour bien des gens, elles ne sont pas aussi fortes que l’impression qu’il existe »

« Je sais qu’on utilise parfois le mensonge pour ne pas blesser, mais je ne crois pas que son effet soit bienfaisant. La douleur fulgurante de la vérité se dissipe, alors que la douleur lancinante du mensonge demeure. C’est un mal rongeant »

Les souffrances du jeune Werther – Goethe (1774)

Lamartine écrivait à propos de ce grand classique :

« Je me souviens de l’avoir lu et relus dans ma première jeunesse… Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effacées ni refroidies. La mélancolie des grandes passions s’est inoculée en moi par ce livre. J’ai touché avec lui au fond de l’abîme humain… Il faut avoir dix âmes pour s’emparer ainsi de celle de tout un siècle »

Goethe a donné naissance à Werther, personnage incontournable de la littérature classique.

Dans ce roman épistolaire, Werther, un jeune homme issu de la bourgeoisie, raconte à un ami intime la naissance de ses sentiments pour Charlotte. Cette femme est une véritable perfection tant par ses qualités d’âme que par son inégalable beauté. Durant un bal, elle charme profondément Werther.

Pourtant, très rapidement, Werther apprend que la jeune femme est fiancée à Albert. Peu à peu, un triangle amoureux se tisse entre eux où se mélange profonde affection, amitié et jalousie.

Au fil de ses lettres, Werther décrit l’évolution de sa passion grandissante pour Charlotte. Très vite, son amour se transforme en véritable tragédie…

Dans la seconde partie de l’ouvrage, l’éditeur devient le narrateur et peut décrire avec un nouveau regard la chute dramatique de son héros.

Classique du romantisme allemand, cette oeuvre est passionnante par le lyrisme poétique qui se dégage de la plume de Goethe. L’écriture est sans nul doute magistral.

Même si nous ne sommes plus accoutumés aux emphases romantiques, j’ai aimé découvrir cette littérature classique précurseuse des oeuvres de Chateaubriand, Musset, Victor Hugo ou encore Vigny.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« Il règne dans mon âme une étonnante sérénité, semblable à la douce matinée de printemps dont je jouis avec délices »

« Quelquefois, je ne puis comprendre comment un autre peut l’aimer, oser l’aimer, quand je l’aime si uniquement, si profondément, si pleinement, quand je ne connais rien, ne sais rien, n’ai rien d’elle ! »

« Qu’est-ce que l’homme, ce demi-dieu si vanté ? Les forces ne lui manquent-elles pas précisément à l’heure où elles lui seraient le plus nécessaires ? Et lorsqu’il prend l’essor dans la joie, ou qu’il s’enfonce dans la tristesse, n’est-il pas alors même retenu, et toujours ramené à la morne et froide conscience de sa petitesse, alors qu’il espérait se perdre dans l’infini ? »

Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui (2018)

Entre l’enfance et l’acceptation du désir, Nina Bouraoui raconte son passé. Elevée en Algérie puis en France, l’écrivaine navigue entre deux pays sans vraiment trouver son identité.

Cette quête de soi sera aussi celle de sa sexualité. Aimant les femmes depuis toujours, elle ne parvient pas à s’accepter pleinement avant de découvrir les nuits parisiennes. Au détour de ses sorties nocturnes au Kat, un club où se mélange des femmes de tous horizons, elle rencontre celle qui contribuera à faire naître un désir refoulé depuis l’enfance.

Nina Bouraoui laisse remonter des souvenirs éparpillés afin de dessiner peu à peu les liens entre sa quête identitaire et sexuelle.

Ce roman intime nous livre le parcours d’une errance emprunte de peur. En effet, la narratrice reste honteuse de sa différence. Pourtant, peu à peu, elle parvient à s’accepter.

Ce roman autobiographique retrace des instants de vie. J’ai été particulièrement déroutée par la forme de ce roman. En effet, écrit sous forme de brides, je n’ai pas réussi à m’accrocher à ses souvenirs désordonnés.

Si le style est élégant, j’ai trouvé que l’intimité de son texte et les souvenirs éparses laissaient le lecteur quelque peu de côté. Si la construction est originale, je n’ai pas réussi à être touchée autant que je l’aurai voulu.

Ma note :

Note : 1 sur 5.

Citations : 

« L’écriture n’apaise pas, c’est le feu sur le feu »

« La France c’est le vêtement que je porte, l’Algérie c’est ma peau livrée au soleil et aux tempêtes »

« Le Kat est relié à mon premier désir d’écriture, comme si le désir des corps, assouvi ou non, la découverte d’un nouveau monde, l’acceptation et l’exploration d’une sexualité en dehors de la norme menaient au livre, à l’imaginaire, aux mots ».

« Il faut savoir l’accepter, la vie n’est pas un rêve, nous ne sommes pas sur terre pour avoir sans cesse du plaisir, la part qui pèse est supérieure à la légèreté ».

La vague – Todd Strasser (1981)

Véritable manuel d’histoire, la vague est un roman indispensable dans l’éveil des consciences.

Ben Ross, professeur d’histoire brillant, tente de faire comprendre à ses élèves la montée du nazisme en Allemagne juste avant la seconde guerre mondiale.

Constatant que ses élèves éprouvent des difficultés à entendre l’ineffable, il décide de réaliser une « expérience » en créant un mouvement au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action ».

En quelques semaines, sa classe puis le lycée tout entier, sont emportés dans cette expérience. Les lycéens vont très vite perdre leur libre arbitre pour se rallier au mouvement et suivre mécaniquement les ordres.

Si cet enrôlement permet une organisation et une efficacité redoutable au travail, les membres vont peu à peu abandonner leur capacité de réflexion et de contradiction.

La dilution des individualités dans le groupe devient de plus en plus forte. Peu à peu, les non membres deviennent exclus puis discriminés dans un lycée devenu microcosme totalitaire.

Le professeur lui-même, se retrouve dépassé et piégé dans son propre jeu.

Si ce roman ne transcende pas par des prouesses d’écriture, il demeure foudroyant par la démonstration du danger des mécanismes totalitaires. En effet, inspiré d’une histoire vraie, le réalisme de ce récit est saisissant.

Un livre à transmettre aux générations futures pour comprendre le danger de l’aliénation individuelle au profit d’un groupe ou d’une doctrine.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Si l’histoire est condamnée à se répéter, alors vous aussi, vous voudrez tous nier ce qui vous est arrivé dans la Vague. En revanche, si notre expérience est réussie, et vous admettrez que c’est bien le cas, vous aurez appris que nous sommes tous responsables de nos propres actes et que nous devons toujours réfléchir sur ce que nous faisons plutôt que de suivre un chef aveuglément ; et pour le restant de vos jours, jamais, au grand jamais, vous ne permettrez à un groupe de vous déposséder de vos libertés individuelles »

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir »

Dans la forêt – Jean Hegland (1996)

De quoi l’être humain a-t-il véritablement besoin  ?

C’est à cette question existentielle que le roman « Dans la forêt » tente de répondre. Dans un contexte contemporain où la surconsommation fait rage et où les possessions matérielles semblent vitales, Jean Hegland nous décrit une autre voie : celle de la nature.

Au Nord de la Californie, une famille vit en bordure de forêt. S’ils ont choisi une vie à proximité de la nature, ils ne sont pas, pour autant, coupés du monde et continuent à utiliser les technologies modernes.

Pourtant, l’impensable va se produire. Peu à peu, la région se retrouve privée d’électricité. Le monde moderne, tel que l’être humain l’a toujours connu, va s’en trouver profondément anéanti.

Au coeur de cette fin de civilisation, deux soeurs, Nell et Eva, vont devoir survivre dans les bois. Tout d’abord dans l’attente d’un sauvetage, elles vont peu à peu apprendre à vivre des interactions brutes avec la forêt.

Si l’une voulait devenir danseuse professionnelle et l’autre était destinée à un brillant avenir à Harvard, leur monde s’effondre et les décès successifs de leurs parents ne font qu’accentuer leur isolement.

Dans un contexte post-apocalyptique, ce roman transperce le lecteur par sa force. En effet, avec l’urgence des dangers environnementaux, la résonance de ce récit est particulièrement vive. J’ai aimé les questionnements implicites sur nos modes de vie contemporains.

Véritable prophétie écologique, ce récit brut et intense semble remettre de l’ordre dans notre vision du monde. La relation entre les deux héroïnes évolue au fil des pages et donne également beaucoup de relief au roman.

Un roman d’anticipation, un brin utopique, mais qui ne laisse pas indifférent.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations : 

« Je n’ai jamais vraiment su comment nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’y ait des guerres, que la terre et l’eau soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée »

« Pendant tout ce temps on a vécu dans le passé, en attendant d’y revenir. Mais le passé n’existe plus. Il est mort »

« J’ai fait le tri dans le tas de livres par terre, et je les aimais tous. … J’aimais tout ce qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact, et j’ai mesuré à quel point choisir était tragique, car en prendre un signifiait laisser les autres »

Fugitive parce que reine – Violaine Huisman (2018)

A l’occasion de la fête des mères et si nous dressions le portrait d’une mère devenue reine dans le cœur de ses deux filles ?

Maman, Maman,
Toi qui m’aimes tant,
Pourquoi partir sans me prévenir ?
Car maintenant je vais souffrir
Souffrir de ne pas te voir revenir
Que t’a-t-on fait pour te faire partir,
Partir sans même écrire
J’espère que tel était ton désir,
Mais comment savoir si tu prends du plaisir
Es-tu en train de pleurer ou de rire ?
Peut-être es-tu en train de vieillir ?
Que tu ne peux même plus dormir !
Mais il faut que tu saches que je t’aime,
Aussi profondément que je le dis dans ce poème !

Catherine, cette mère magistralement imparfaite, excessive, excentrique, extravagante, a tissé une relation exclusive avec ses deux filles.

Dans la première partie du roman, Violaine, la cadette et narratrice, nous raconte sa mère, à la fois rayonnante et défaillante. Maniaco-dépressive, rongée par l’alcool et les excès, elle ne semble pas créer un environnement sécurisant afin que ses filles puissent toutes les deux s’épanouir. Et pourtant, un amour inconditionnel les lie toutes les trois que rien ne semble pouvoir altérer.

La seconde partie m’a particulièrement touchée. La narratrice cherche à comprendre l’histoire de vie de Catherine. Au fil des pages, nous apprenons de mieux en mieux à la découvrir en parcourant avec elle son enfance et ses failles. Cette description humanise cette mère qui apparaît, tout d’abord, nocive pour ses enfants. Son terrible parcours de vie permet de bien mieux comprendre ses rapports avec ses filles.

Ce premier roman, nous livre des portraits touchants dépeints avec une plume à vif.

J’ai aimé cet bel ode à l’amour maternel mais surtout l’omniprésence du poids des générations successives dans les rapports filiaux.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Le foyer de maman était un âtre, elle y faisait feu de tout bois pourvu qu’y règnent l’ardeur des sentiments, la chaleur brûlante de sa foi en l’âme humaine ».

« Fugitive comme un astre derrière un nuage, elle reparaît moins vive, éteinte mais pas tout à fait perdue. Ce n’est pas son heure. Il faut encore lutter »

« On n’a pas le droit de baisser les bras, ces bras qui entourent pour donner de l’amour à nos enfants quand ils appellent au secours »