L’éveil de la Glèbe – Knut Hamsun (1917)

Et si nous abordions une oeuvre norvégienne ?

Isak se retire dans une région reculée de Norvège avec pour ambition la culture d’une terre en friche. Lorsqu’il rencontre Inger, Isak perçoit sous son physique disgracieux et « son bec de lièvre » un caractère laborieux. Il décide de s’unir à elle et ils construisent ensemble une vie éloignée du monde.

Grâce à leur union, ils vont réussir à bâtir une ferme florissante. Entre concupiscence, jalousie ou infanticide, le couple lutte et l’amour que porte Isak pour Inger se renforce avec le temps.

Au fil des années, la ferme s’étend et doit coexister avec son milieu. D’autres cultivateurs s’installent dans la région et l’influence de la ville se fait de plus en plus prégnante. Le progrès qui éclôt dans la région éloignera-t-il Isak de la nature ?

Cette fresque familiale raconte la lente progression d’un couple de fermiers. Knut Hamsun parvient à faire évoluer ses personnages et à construire un portrait de femme puissant sous les traits d’Inger. Je confirme mon attrait pour la plume de Knut Hamsun qui nous propose un très bel éloge de la nature.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Isak sème. Le soleil du soir illumine les grains de blé qui s’échappent de sa main et tombent comme une pluie d’or dans les sillons »

« Mais un homme peut-il se représenter ce que c’est pour une femme que d’enfanter ? Il n’en a jamais ressenti les angoisses, les douleurs atroces. L’accusée est une fille de ferme, qui, n’étant pas mariée, a essayé de cacher son état. Pourquoi l’a-t-elle fait ? Par la faute de la Société, qui méprise la fille mère ! Non seulement la Société lui refuse sa protection, mais elle la persécute, lui inflige une honte imméritée ». 

Le diable au corps – Raymond Radiguet (1923)

Et si nous parlions d’un amour né durant la Première Guerre mondiale ?

François, jeune lycéen, perçoit la guerre des tranchées comme « quatre ans de vacances ». Les hommes sont partis au front et il profite librement de son innocence. Lorsqu’il fait la connaissance de Marthe, il est comme foudroyé par un amour tendre et aussi fougueux que sa jeunesse. Marthe fiancé à Jacques, lui paraît cependant inaccessible.

Quand Jacques part au front, François parvient à conquérir le coeur de cette femme de trois ans son ainée. Rapidement Marthe cède à l’élan passionné qui la porte vers le jeune François. Face aux voisins inquisiteurs ou aux reproches familiaux, leur amour parviendra-t-il à demeurer dans l’insouciance ?

Je n’ai pas été complètement conquise par ce court récit. Si les ébats de cette jeunesse fougueuse sont retranscrits par une plume impeccable, ce roman a pour ma part manqué d’émotion. Je ne regrette pas d’avoir enfin découvert ce classique même si je n’ai éprouvé qu’une empathie modérée pour son héros désinvolte.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu’y puis-je? Est-ce ma faute si j’eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre? Sans doute, les troubles qui me vinrent de cette période extraordinaire furent d’une sorte qu’on n’éprouve jamais à cet âge ; mais comme il n’existe rien d’assez fort pour nous vieillir malgré les apparences, c’est en enfant que je devais me conduire dans une aventure où déjà un homme eût éprouvé de l’embarras. Je ne suis pas le seul. Et mes camarades garderont de cette époque un souvenir qui n’est pas celui de leurs aînés. Que ceux déjà qui m’en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances « 

« Ce qui chagrine, ce n’est pas de quitter la vie, mais de quitter ce qui lui donne un sens »

Gros-Câlin – Romain Gary (1974)

Et si nous parlions d’un récit humoristique déroutant ?

Avec ce premier roman sous le nom de plume Emile Ajar, Romain Gary avec son humour mordant dresse le portrait d’un homme seul et incompris.

Afin de rompre sa solitude, Michel Cousin fait l’acquisition d’un « python » qu’il prénomme « Gros-Câlin ». Il croit percevoir dans cet animal de compagnie atypique l’affection et la tendresse qu’il recherche. Ce modeste employé de bureau n’hésite pas à parader avec son python dans la rue afin d’attirer les regards et parler avec des inconnus. Grâce à l’animal, il parvient aussi à échanger avec Mlle Dreyfus, une femme qu’il rencontre dans l’ascenseur chaque jour et dont il est tombé amoureux.

Cependant, Michel doit faire face à un dilemme cornélien lorsqu’il s’attache à la souris qui doit nourrir « Gros-Câlin ».

Cette fable invraisemblable et loufoque dresse le portrait sensible d’un homme paralysé par le regard implacable d’autrui. La description d’un être incompris broyé par un malaise existentiel et son rapport aux autres est parfaitement mené par Romain Gary durant tout le récit.

Même s’il ne s’agit pas de mon roman préféré de son oeuvre, j’ai aimé comment l’auteur parvient à mélanger rire et émotion. Je vous recommande cette rencontre tendre et fantasque avec un homme rongé par la solitude jusqu’à la folie.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« Il y a dix millions d’usagés dans la région parisienne et on les sent bien, qui ne sont pas là, mais moi, j’ai parfois l’impression qu’ils sont cent millions qui ne sont pas là, et c’est l’angoisse, une telle quantité d’absence ».

« On ne sait pas assez que la faiblesse est une force extraordinaire et qu’il est très difficile de lui résister ».

« La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres ».

Le premier amour – Sándor Márai (1928)

Et si nous parlions d’un huis clos mélancolique ?

Un professeur asocial choisit comme destination de vacances une station thermale triste et dépeuplée. Depuis plusieurs années, il n’a pas quitté son appartement niché dans une petite ville hongroise.

Afin de sortir de son quotidien et surtout de lui-même, il décide de séjourner dans cette station qu’il avait connu dans sa jeunesse et qui n’a fait que péricliter avec le temps. Ce séjour brise ses habitudes et lui permet de rencontrer Àgoston Timár, un secrétaire bien mystérieux venu de Budapest. S’il juge tout d’abord l’homme grossier, il finit par voir en lui un confident.

Transformé inconsciemment par cette rencontre, il débute une nouvelle année scolaire et retrouve sa vie étriquée de Province. Pourtant, le taciturne professeur de latin s’enlise en proie à de profonds bouleversements intérieurs…

Sous forme d’un journal intime, Sándor Márai dresse le portrait d’un personnage au mal-être abyssal. Rongé par la solitude, il est passé à côté de sa vie. La prise de conscience de son existence ratée le fait vaciller jusqu’à lui faire perdre complètement pied.

Premier roman de Sándor Márai, ce récit fort évoque avec justesse le poids de la solitude et de la vieillesse. J’ai beaucoup aimé ce texte qui présente déjà la quintessence de la plume de cet écrivain hongrois énigmatique.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Ce qui m’intéresse c’est l’autre solitude : celle qui est comme la gale, qui se lit dans le regard, se trahit dans la démarche et les mouvements, qui marque la peau ».

« Je ne crois pas à la fatalité. L’homme fabrique lui-même sa vie »

« Je suis triste. Pourquoi ? Pour qui ? Je suis incapable de le dire. C’est une tristesse tellement paisible, tellement calme. Il y a quelque chose en elle qui fait du bien. Elle envahit tout. Je dors tristement. Je mange tristement. C’est comique mais c’est ainsi. Que faire ? Je suis triste quand je suis au milieu des gens. Et triste quand je rentre chez moi. Pas « désespéré », pas « indifférent », pas « las de vivre ». Non. Triste. Que m’arrive t-il ? (…) Cette tristesse est un sentiment étrange et paisible. Elle contient comme une attente sceptique. Ma journée tout entière en est remplie. Quand on me demande « comment allez-vous ? », impossible de répondre : « Je suis triste. » Ce n’est pas une réponse. Mais c’est la vérité. C’est pourquoi je l’écris ici ».

Le Maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov (1967)

Et si nous parlions d’un classique inégalable ?

Critique du régime soviétique, ce roman puissant aux multiples facettes nous transporte dans un univers aussi fantastique que poétique.

L’oeuvre s’ouvre au bord des étangs du Patriarche en plein coeur de Moscou. Berlioz, éditeur et Ivan, écrivain se font face. Ils sont en désaccord sur un poème antéchrist commandé à Ivan par Berlioz. Un homme mystérieux et inquiétant se mêle à leur conversation et révèle à Berlioz sa mort accidentelle imminente.

Profondément bouleversé par cette rencontre divinatoire, Ivan est confronté à la réalité de cet homme impénétrable nommé Woland qui représente Satan en personne. Incompris, il est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Cet asile semble être le dernier rempart pour un sain d’esprit dans un monde broyé par le régime soviétique.

Le mystérieux W. et sa clique diabolique viennent alors semer le désordre dans tout Moscou. Dans leur périple, il libère la flamboyante Marguerite, une femme puissante et dévouée aux autres qui n’a qu’une seule volonté retrouver son grand amour, le Maître…

Ce récit flamboyant et transgressif mêle des ressorts comiques et une profonde poésie. J’ai été profondément marquée par cette oeuvre complexe aux références multiples qui nous plonge dans l’intimité de la vie de son auteur, Mikhaïl Boulgakov.

J’ai lu ce livre dans le cadre de la lecture commune organisée par @antastasialit . Je ne peux que vous recommander son travail qui nous permet d’éclairer profondément cette oeuvre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« L’amour a surgi devant nous comme un assassin peut surgir de sous la terre dans une ruelle et il nous a frappés tous les deux. Comme on peut être frappé par la foudre, comme on peut être frappé par un poignard ! Après, cela dit, elle m’a affirmé que ce n’était pas comme ça, que ça faisait longtemps que nous nous aimions, sans nous connaître, sans nous être jamais vus, et qu’elle vivait avec un autre homme… ».

« Celui qui a erré dans ces brouillards, qui a beaucoup souffert avant de mourir, qui a volé au-dessus de la terre, portant un poids insupportable, il ne le sait que trop. Il le sait, l’homme qui est épuisé. C’est sans regret qu’il quitte les brouillards de la terre, ses petits marécages et ses rivières, et qu’il se livre, le coeur léger, dans les bras de la mort, sachant qu’elle est la seule qui… »

Mademoiselle Else – Arthur Schnitzler (1924)

Et si nous intégrions la bourgeoisie viennoise ?

Dans ce court récit, Arthur Schnitzler dresse le portrait de la jeune et fascinante Else.

Pour l’été, Mademoiselle Else réside dans un luxueux hôtel du nord de l’Italie. Quand elle reçoit une lettre alarmante de sa mère évoquant la ruine de son père sous le poids des dettes, elle est dévastée. Sa mère la supplie de sauver l’honneur de son père en sollicitant auprès d’un ancien ami de la famille, Monsieur Dordsay, une somme d’argent conséquente.

Else est tiraillée entre son honneur et sa dévotion pour sa famille. Quand Monsieur Dordsay lui propose comme condition de son prêt, un scandaleux marché, Else perd complètement pied.

Arthur Schnitzler interroge la morale bourgeoise prête à tous les sacrifices pour conserver sa grandeur. Le monologue intérieur d’Else permet de mesurer l’ampleur des contradictions et des névroses qui la traversent. Un récit bref et déroutant qui m’a beaucoup surprise.

J’aurai aimé que l’analyse des personnages soit plus étoffés mais ce texte atypique ne peut pas laisser indifférent.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citation :

« Je ne me vends pas ; non, jamais je ne me vendrai. Je me donnerai. À l’homme de mon choix je me donnerai. Me vendre, ah non. Je veux bien être une dévergondée mais pas une putain »

La femme gelée – Annie Ernaux (1981)

Et si nous parlions d’un récit qui interroge l’émancipation féminine ?

Annie Ernaux a été éduquée par un couple moderne. Son père s’acquittait des tâches ménagères pendant que sa mère gérait la comptabilité de leur commerce. Ce modèle parental, à contrecourant des parents de ses amies, a contribué à façonner sa personnalité.

Quand Annie grandit elle rencontre l’amour et partage avec un homme, résolument progressiste, les mêmes idéaux. Pourtant, lorsqu’ils se marient et fondent leur vie commune, leur quotidien est bien éloigné de celui de ses parents.

Dès leur mariage, la différence entre eux devient visible par des petits gestes. Par ses actes, son mari démontre qu’il est bien éloigné des valeurs égalitaires qu’il prône. Lorsqu’elle devient mère de famille la différence est encore plus flagrante. Annie doit concilier ses aspirations professionnelles avec son rôle de mère tandis que son époux ne peut jamais se détourner une seconde de sa carrière.

Avec beaucoup de finesse, Annie interroge l’enlisement progressif de ses aspirations sous le poids de ce rôle de femme et de mère ayant pour charge toute l’organisation du foyer.

Les renoncements d’une femme gelée sous les conventions sociales et masculines sont parfaitement décrits dans ce récit aussi fort que personnel.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Femmes fragiles et vaporeuses, fées aux mains douces, petits souffles de la maison qui font naître silencieusement l’ordre et la beauté, femmes sans voix, soumises, j’ai beau chercher, je n’en vois pas beaucoup dans le paysage de mon enfance ».

« Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence« 

« Un univers de femme rétréci, bourré jusqu’à la gueule de minuscules soucis. de solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l’entretien des choses« 

A quoi rêvent les loups ? – Yasmina Khadra (1999)

Et si nous nous interrogions sur une lente descente aux enfers ?

Nafa Walid, un artiste incompris, rêve d’une brillante carrière dans le cinéma. Malgré ses ambitions artistiques, il doit faire face à la réalité de la vie et à la nécessité de survivre à Alger à la fin des années 80. Enseveli sous la corruption, la ville est en proie à des tensions qui vont impacter son quotidien.

Par nécessité financière, Nafa devient le chauffeur d’une des familles les plus fortunées du pays. Quand il perçoit toute la violence de ces privilégiés, Nafa démissionne.

Désœuvré dans un pays instable, Nafa est de plus en plus vulnérable. Confronté au poids de sa condition sociale et financière, il s’avère être une recrue idéale pour les membres d’une bande armée islamiste. La violence qui lui paraissait inconcevable devient son quotidien. Progressivement il chute et devient aussi engagé qu’enragé. Cette descente aux enfers lui fera-t-elle perdre jusqu’à son humanité ?

Un récit fort, d’une réalité glaçante, qui nous permet de mieux comprendre l’inexorable ascension des mouvances islamistes. Les mécanismes d’endoctrinement sont parfaitement décrits par Yasmina Khadra tout au long de ce roman. Un récit implacable et terrifiant que je ne peux que vous recommander.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Méfie-toi de ceux qui viennent te parler de choses plus importantes que ta vie. Ces gens-là te mentent. Ils veulent se servir de toi. Ils te parlent de grands idéaux, de sacrifices suprêmes, et ils te promettent la gloire éternelle pour quelques gouttes de ton sang. Ne les écoute pas. Rappelle-toi toujours ceci : il n’y a rien, absolument rien au-dessus de ta vie. Elle est la seule chose qui doit compter pour toi car elle est le seul bien qui t’appartient vraiment »

« La pauvreté ne consiste pas à manquer d’argent, mais de repères« 

Le Pavillon d’Or – Yukio Mishima (1956)

Et si nous parlions d’un classique japonais aussi fascinant que déroutant ?

Ce récit nous entraine au coeur de Kyoto dans un temple bouddhiste emprunt de beauté et de spiritualité.

Depuis sa tendre enfance, le Pavillon d’Or représente pour Mizoguchi le paroxysme du beau. Quand son père, un prêtre bouddhiste, l’emmène pour la première fois visiter le temple, il est confronté à une réalité bien différente de ses rêves d’enfant. Déçu par l’aspect esthétique du temple, il conserve un souvenir mitigé du lieu.

A la mort de son père, Mizoguchi va intégrer le Pavillon d’Or comme novice. Il débute sa formation pour devenir religieux comme son père. Son attraction pour le Pavillon d’Or perdure entre répulsion et fascination. Bègue et pauvre depuis son enfance, un souffle de vengeance et de puissance sommeille en lui. Son apprentissage religieux et son amitié avec le bienveillant Tsurukawa ne lui permettent pas d’étouffer les sentiments obscurs qui l’assaillent. Sa cruauté prend peu à peu possession de lui. Jusqu’où cette soif de destruction le conduira-t-il ?

Ce roman étrange laisse un goût indéfinissable. Portée par un esthétisme exacerbé, cette oeuvre parvient à déchiffrer les contrastes de l’âme humaine et toute l’étrangeté du monde. Ce récit ne ressemble à aucun autre et c’est peut-être aussi pour cela qu’il m’a laissé une trace indélébile.

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Le passé ne se contente pas de nous entraîner vers le passé. Parmi nos souvenirs, il en est quelques-uns, en petit nombre certes, qui sont doués en quelque sorte de puissants ressorts d’acier, et chaque fois que dans le présent nous les touchons, ils se détendent aussitôt et nous catapultent dans l’avenir ».

« La pensée que la beauté pût déjà exister quelque part à mon insu me causait invinciblement un sentiment de malaise et d’irritation ; car si effectivement elle existait en ce monde, c’était moi qui, par mon existence même, m’en trouvais exclu »

La Belle du Caire – Naguib Mahfouz (1945)

Et si nous abordions un classique de la littérature égyptienne ?

Quatre étudiants achèvent leur parcours scolaire avec des idéaux en tête et toute l’énergie de leur jeunesse. Mahgoub Abd el-Dayim est l’un d’eux. S’il partage la vie étudiante de ses camarades, il perçoit également toutes leurs différences. Issu d’une famille modeste, il fonde ses espoirs sur sa réussite universitaire pour accéder à une vie bourgeoise et luxueuse. Pourtant son diplôme ne lui promet pas l’accession à un emploi privilégié.

Lorsqu’un riche aristocrate, Qasim bey Fahmi, lui propose un marché scandaleux pour cacher sa liaison avec la somptueuse Ishane, sa maîtresse, Mahgoub n’hésite pas une seconde. Sans aucun scrupule, il accepte un contrat de mariage de façade pour parvenir à l’ascension sociale et financière tant convoitée. Dans cette quête de richesse, Mahgoub balayera sa famille et ses amis d’un simple geste. Jusqu’où son ambition le mènera-t-il ?

Avec une écriture magnifique, ce roman social porte un regard juste sur la société égyptienne des années 30. Le portrait d’un homme submergé par ses aspirations arrivistes dans une société rongée par la corruption est fascinant.

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Citations :

« Il rentra à Guizeh songeur, livré à ses rêveries. Il ne dormit pas cette nuit-là, comme les nuits de février où la faim le condamnait à l’insomnie. Il erra dans la vallée des songes et des espérances, puis repensa longuement à la soirée qu’il venait de vivre : la splendeur du luxe, le sceau de l’aisance, le triomphe de la beauté, l’émerveillement de l’amour, la folie de la licence, cette vie éblouissante pour laquelle son âme fondait de désir ».

« Il niait à la fois le bien et le mal et rejetait la société qui les avait inventés. Il croyait en lui seul. Il y avait, certes, le plaisir et le douloureux, l’utile et le nuisible, mais le bien et le mal ? de vaines chimères ! »