Ils ont tué Oppenheimer – Virginie Ollagnier (2022)

Et si nous rencontrions le père de la bombe atomique ?

Ce roman nous propose une rencontre avec Robert Oppenheimer, un éminent scientifique devenu le père de la bombe atomatique.

En pleine Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine tente de trouver une solution pour mettre un terme au conflit. Quand, le général Groves rencontre Robert Oppenheimer, sa promiscuité avec la mouvance gauchiste inquiète les militaires. Pourtant le général Groves fait le choix audacieux de le nommer directeur scientifique du Projet Manhattan. Dans un laboratoire coupé du monde à Los Alamos, Robert Oppehnheimer et son équipe feront naître la première bombe atomatique. Cette bombe va bouleverser le cours de l’histoire.

Nommé Président de la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis, Robert Oppenheimer devient intouchable. Son aura est indéniable et il s’oppose frontalement au développement exponentiel des armes nucléaires. En 1953, l’Amérique est bousculée par le maccarthysme, les relations communistes de Robert Oppenheimer sont minutieusement étudiées. Prétexte à sa chute, le brillant scientifique pourra-t-il lutter contre ses détracteurs ?

Construit sous forme de puzzle, ce roman alambiqué navigue dans les périodes historiques. Un roman intelligent, mêlant politique, science et histoire qui nous en apprend beaucoup sur la destinée de Robert Oppenheimer. J’ai apprécié cette découverte même si je me suis parfois perdue dans le fil narratif de ce récit.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Il était devenu le père de la bombe atomique, admiré, jalousé autant que haï dans le monde entier »

« Si Oppenheimer était un gauchiste, il l’était à la manière des grands bourgeois se préoccupant de la misère des petits, de l’injustice du coût de l’éducation et des soins. Rien dans son discours ne laissait à penser à un bolchevik couteau entre les dents ».

Mon maître et mon vainqueur – François-Henri Désérable (2021)

Et si nous partagions un éloge du sentiment amoureux ?

Dans ce roman plaisant aux références littéraires indéniables, nous suivons le parcours d’un couple emporté par la passion.

Face au juge d’instruction, le narrateur doit révéler la personnalité de son plus cher ami. Les pièces à conviction lui sont présentées pour tenter de faire la lumière sur les faits reprochés à Vasco. Un cahier noirci de l’écriture de son ami et de poèmes d’amour attire l’attention du juge. Le narrateur va devoir révéler le parcours amoureux de son acolyte.

Depuis leur première rencontre, Vasco voue un amour fou et absolu pour la magnétique Tina. Cette femme envoûtante est pourtant fiancée à un autre homme. Jusqu’où cet élan passionnel l’a-t-il conduit ?

J’ai passé un bon moment avec la plume spirituelle et malicieuse de François-Henri Désérable même si je regrette quelques lieux communs dans la trame narrative de ce récit.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Parfois on ne se comprend plus, on avance à l’aveugle, on se heurte à des murs, jusqu’au jour où l’on finit par se dire mutuellement ce qu’on a sur le coeur, comme on craque une allumette dans la nuit : pas pour y voir plus clair, mais pour mesurer la part de ténèbres que chacun porte en soi ».

Le livre des heures – Anne Delaflotte Mehdevi (2022)

Et si nous partagions la vie d’une femme en plein coeur de l’époque médiévale ?

En 1468, Marguerite vit sur le pont Notre-Dame dans une famille où son statut de femme la poursuit inlassablement.

Dès sa naissance sa mère semble lui reprocher son sexe. Heureusement elle partage une relation fusionnelle avec son frère jumeau, Jacquot, qui compense l’indifférence maternelle. Son frère, atteint d’épilepsie, est sujet à des crises foudroyantes. Sa mère s’alarme et use en vain de tous les remèdes pour sauver son fils. Elle finit par se détourner de cet enfant maladif et Marguerite doit veiller seule sur lui.

Marguerite est aussi une fille d’enlumineurs. Passionnée par le jeu des couleurs et l’art exigeant de la création de manuscrits, elle se cache dans l’atelier de son père et de son grand-père. Elle rêve de suivre une formation autour des livres à l’image de ses ancêtres. Sa mère s’oppose frontalement à ce souhait. Pourtant la détermination de Marguerite ne cesse de grandir et finir par convaincre les figures masculines de la famille. Brillante, elle s’acharne autour de la création « du livre des heures », ces livres de prières destinées à des clients bourgeois. L’ombre grandissante d’un indispensable mariage vient ébranler ses ambitions. Jusqu’où sa soif d’indépendance la conduira-t-elle ?

Une plongée intéressante au coeur de l’époque médiévale où nous suivons la destinée d’une femme confrontée à sa condition. J’ai bien aimé ce regard mêlant un portrait de femme avec des dimensions historiques et littéraires !

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Elle sait que l’héritage de son grand-père ne fera que passer par elle,elle sait que pour qu’il vaille,la société veut qu’il s’enracine dans une lignée d’homme. Pour que l’atelier vive,lui survive,il faut que Marguerite s’associe à un homme de la profession »

La femme du deuxième étage – Jurica Pavičić (2022)

Et si nous choisissions un polar ?

Quand Bruna rencontre Frane l’évidence de leur attraction est indéniable. Face à l’intensité de leur amour, ils décident de se marier précipitamment. Malgré la relation forte qu’elle noue avec Frane, Bruna doit s’accommoder de l’omniprésence de la mère de son mari. En effet, Frane est extrêmement proche de Anka, sa mère, qui a assuré seule son éducation et celle de sa soeur. Rapidement, Bruna accepte les premières concessions et emménage au deuxième étage de la maison familiale.

Cette proximité fait de Anka une personne centrale dans la nouvelle vie de Bruna. Cependant Frane part régulièrement en mer, son travail de marin le contraint à de longues absences. Dans sa solitude, Bruna se retrouve isolée au deuxième étage de la maison sous le regard scrutateur de sa belle-mère. Lorsque nous retrouvons Bruna, trois ans plus tard en prison, nous comprenons qu’elle a commis l’irréparable. Comment cette animosité grandissante a-t-elle pu la conduire au crime ?

Un polar qui pose le crime mais qui recherche les mobiles du meurtre. Nous suivons la lente progression de Bruna vers l’assassinat. Dans une logique implacable et presque un déterminisme social, Bruna expose les circonstances qui l’ont conduite au crime. Le détachement de Bruna est glaçant tout au long du roman.

Même s’il manque de rebondissements, j’ai été littéralement emportée par ce récit qui se dévore et qui explore avec réussite la psychologie des personnages.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Le monde n’est qu’une suite rectiligne de dominos mettant à bas d’autres dominos, eux-mêmes abattant les suivants, sans autre alternative ».

« Elle regardait la mer sombre et froide, ces longues guirlandes d’immeubles socialistes dominant la mer, ces milliers d’alvéoles illuminées où tout un tas de gens vivaient leur vie. Elle regardait ces milliers de points comme des lucioles et pensait à la vie qu’elle-même menait, à la vie qu’elle désirait et à l’avenir qui l’attendait »

La décision – Karine Tuil (2022)

Et si nous partagions le quotidien d’une juge d’instruction antiterroriste ?

Alma Recel est une juge d’instruction au sein du pôle antiterroriste. Elle interroge depuis de nombreux mois Kacem Abdeljalil, mis en examen. Alma doit déceler la vérité et rassembler les preuves face à la suspicion de radicalisation qui plane depuis son retour de Syrie.

Alma s’est acclimatée à l’exigence et aux pressions de sa vie professionnelle, elle sait garder son calme face aux menaces quotidiennes. Lorsque son mariage éclate, elle commence à nouer une relation passionnelle avec l’avocat de Kacem ce qui perturbe l’instruction du dossier. Face à ces vacillements, Alma commence à perdre pied.

Tiraillée entre l’exigence de son métier et les bouleversements de sa vie personnelle, Alma saura-t-elle tout maitriser ?

Karine Tuil parvient avec une grande acuité à nous plonger dans la vie de cette juge d’instruction. Sa description du milieu judiciaire est juste et parfaitement documentée. Si ce récit nous emporte facilement, j’ai trouvé que la dimension personnelle de la vie d’Alma notamment sa passion amoureuse n’apportait pas une réelle dynamique narrative.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« L’homme n’est pas un bloc monolithique mais un être mouvant, opaque et d’une extrême ambiguïté, qui peut à tout moment vous surprendre par sa monstruosité comme par son humanité »

« Il était là devant moi, il me donnait à voir quelque chose de lui mais je ne savais pas qui il était vraiment ; je pouvais bien le fréquenter, l’aimer, je ne devais pas espérer comprendre sa nature profonde, je ne descendrais jamais en deçà du premier sous-sol et même là, je ne trouverais que de l’opacité – de lui, je ne verrais que ce qu’il voulait bien me montrer »

Le mage du Kremlin – Giuliano Da Empoli (2022)

Et si nous accédions aux pensées de Poutine ?

Dans ce brillant récit politique, Giuliano Da Empoli nous ouvre les portes du Kremlin.

Le héros de ce roman, Vadim Baranov est un personnage inspiré de Vladislav Sourkov un des hommes clés dans l’ascension de Vladimir Poutine. Ce conseiller n’était pas prédestiné à une telle collaboration. Issu d’un milieu aisé, il devient producteur à la télévision après des études d’art dramatique. Cette carrière tournée vers le milieu artistique est éloignée du projet politique de Vladimir Poutine.

Pourtant, le narrateur est approché par un homme d’affaire qui lui propose d’accéder aux arcanes du pouvoir. Ils décident ensemble de contribuer à l’ascension de Vladimir Poutine, chef du KGB. La personnalité et les aspirations du chef du Kremlin conduisent Vadim à une toute autre destinée…

Ce roman mêlant dimension politique et historique nous emporte littéralement au côté de Poutine et nous dévoile avec une grande acuité le fonctionnement du pouvoir en Russie. Un livre saisissant qui nous donne un nouvel éclairage sur l’actualité.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Personnellement je suivais toutes ces élucubrations avec un certain détachement. Les vivants m’ont toujours moins intéressé que les morts. Je me sentais perdu dans le monde jusqu’au moment où j’ai découvert que je pouvais passer la plus grande partie de mon temps en leur compagnie plutôt que de m’embêter avec mes contemporains »

« Poutine n’était pas un grand acteur comme je le croyais mais seulement un grand espion. Métier schizophrénique qui requiert, c’est certain, des qualités d’acteur. Mais le véritable acteur est extraverti, son plaisir de communiquer est réel. L’espion, en revanche, doit savoir bloquer toute émotion, si tant est qu’il en ait ».

Les chutes – Joyce Carol Oates (2004)

Et si nous contemplions les chutes du Niagara ?

Issue d’une famille religieuse, Ariah Littrell s’est mariée à un jeune pasteur. Au lendemain de la noce, elle découvre que son époux s’est jeté dans les chutes du Niagara.

Foudroyée par ce drame, elle demeure à la recherche de son mari aux abords des chutes. L’effervescence médiatique autour de cette disparition met en lumière Ariah qui devient « La Veuve blanche des Chutes ». Dick Burnaby, célèbre avocat de la région, s’associe aux recherches au côté d’Ariah. Il est littéralement fasciné par la jeune femme énigmatique au point de la demander en mariage.

Au fur et à mesure que les années s’écoulent et qu’Ariah fonde une famille ses névroses s’accentuent. L’ombre angoissante et maléfique des Chutes continue à planer sur sa famille. Comment Ariah survivra-t-elle aux nouveaux bouleversements de son existence ?

Dans ce roman dense et descriptif, la psychologie des personnages et le poids de l’héritage familial sont travaillés avec minutie. J’ai observé quelques longueurs mais je garde un souvenir fort de la complexité du personnage d’Ariah.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Bien qu’il fût un homme grand et fort, Dirk se découvrit le don de se blottir dans la courbe osseuse au flan de sa femme; le don de pousser et d’enfouir son visage contre son cou; le don de glisser béatement dans le sommeil, sans que la moindre pensée le tourmente. Ah ! la vie était si simple. La vie c’était cela ».

« Peut-être l’amour est-il toujours pardon, jusqu’à un certain point »

Brothers – Yu Hua (2005)

Et si nous parlions d’une fresque éblouissante de la littérature chinoise ?

Dans ce roman dense, nous suivons avec émotion et promiscuité le destin de deux demi-frères dans une Chine en pleine mutation. 

Li Guangtou et Song Gang sont liés l’un à l’autre depuis leur enfance. Le mariage de leurs parents a créé entre eux une véritable fratrie. Face aux tragédies familiales, ils sont restés unis. A l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong, leur père malgré son métier de professeur est rapidement perçu, en raison de sa famille, comme un propriétaire terrien. La nouvelle condition de leur père transforme le quotidien de cette famille modeste. 

Confrontés aux brimades et aux humiliations, leurs parents, modèles de courage et de droiture, gardent toute leur dignité et parviennent à guider leurs enfants.  

L’arrivée des deux frères dans l’âge adulte marque leurs premières divergences. Les bouleversements qui traversent le pays vont les conduire vers des chemins opposés. Parviendront-ils à rester unis ?  

Entre révolution culturelle et modernité, Yu Hua décrit avec intensité les changements profonds de la Chine durant ses quarante dernières années. A travers le regard de ses deux frères, les mutations de la Chine sont parfaitement retranscrites. Portée par un ton truculent mêlant humour et émotion, j’ai été emportée par cette fresque familiale qui offre un très beau panorama de la Chine. 

Ma note : 

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations : 

« Sois tranquille Maman : s’il ne me reste qu’un bol de riz, il sera pour Li Guantou, et s’il ne me reste qu’une chemise, elle sera pour lui aussi ».  

« ….les rires fusèrent: des gros rires, des rires discrets, des rires pointus, des rires perfides, des rires bêtes, des rires secs, des rires mouillés et des rires contraints. Quand la forêt est grande, on y trouve toutes sortes d’oiseaux: quand la foule est nombreuse, on y entend toutes sortes de rires ». 

V13 – Emmanuel Carrère (2022)

Et si nous parlions d’une chronique judiciaire ?

Dans un récit immersif, Emmanuel Carrère raconte sa traversée du procès des attentats du 13 novembre 2015.

Journaliste pour l’Obs il a suivi pour l’hebdomadaire le procès organisé de septembre 2021 à juin 2022. Pendant dix mois, il a assisté chaque jour à ce procès hors norme et nous propose d’en suivre chacune des étapes. Avec un style très journalistique, il nous propose le récit de l’audition de certaines parties civiles, des accusés ou évoque l’organisation de la Cour.

Si ce récit n’est pas exhaustif, il permet cependant de nous offrir une chronique documentée et factuelle sur l’organisation du procès. Ce livre dévoile aussi son ressenti et ses questionnements sur cette expérience forte mais également éprouvante.

Je ne peux que recommander cet éclairage pour ceux qui auraient souhaité en savoir davantage sur cette traversée judiciaire.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Profession? Combattant de l’Etat islamique. » Le président regarde ses notes et, placide: « Moi, je vois intérimaire. »

« J’ai lu, entendu dire et quelquefois pensé que nous vivons dans une société victimaire, qui entretient une confusion complaisante entre les statuts de victimes et de héros. Peut-être, mais une grande partie des victimes que nous écoutons jour après jour me paraissent bel et bien des héros. À cause du courage qu’il leur a fallu pour se reconstruire, de leur façon d’habiter cette expérience, de la puissance du lien qui nous unit aux morts et aux vivants. Je me rends compte en relisant ces lignes qu’elles sont empathiques, mais je ne sais pas comment le dire moins emphatiquement : ces jeunes gens, puisque presque tous sont jeunes, qui se succèdent à la barre, on leur voit l’âme. On en est reconnaissant, épouvanté, grandi ».

La solitude Caravage – Yannick Haenel (2019)

Et si nous mêlions art et littérature ?

Foudroyé par le portrait de Judith de Caravage, Yannick Haenel a été envouté adolescent par ce tableau aussi sensuel que réaliste.

A travers une analyse méticuleuse des oeuvres du Caravage, l’auteur présente ce peintre mythique aussi talentueux que scandaleux. Il décrit avec précision le réalisme de ses toiles, la lumière de ses tableaux, la relation du Caravage avec Dieu ou encore son rapport à la mort.

Avec beaucoup d’érudition,Yannick Haenel nous emporte sur les traces du Caravage de Rome à Naples et délivre une analyse personnelle de son rapport au peintre.

Si j’ai trouvé les propos parfois verbeux, j’ai aimé le regard porté par l’écrivain sur l’oeuvre de cet artiste et sa passion communicative pour son art.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« En un sens, durant cette nuit consumée dans l’attente d’une femme, et dans le feu exaspéré des livres dont je tournais les pages avec la vitesse d’un dément, j’ai tout vu du Caravage »

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour ; il nous enjoint de lever haut notre coupe remplie d’un vin d’amour, et de la vider jusqu’à la lie »

« Les peintres nous ouvrent à la consistance du visible; alors que la sensibilité s’épaissit et que les ténèbres ne cessent de l’engraisser, regarder aujourd’hui de la peinture élargit notre révélation du monde jusqu’à une opulence inespérée »