La plus secrète mémoire des hommes – Mohamed Mbougar Sarr (2021)

Et si nous révélions notre amour pour la littérature ?

Un jeune auteur sénégalais, Diégane Latyr Faye découvre dans un manuel de littérature un livre singulier « Le labyrinthe de l’inhumain ».

Publié en 1938, ce livre écrit par T.C Elimane, auteur lui aussi sénégalais, a bouleversé le milieu littéraire. Suite aux accusations de plagiat et aux critiques acerbes, la maison d’édition a fermé et presque tous les exemplaires de cet oeuvre ont été détruits. Depuis ce scandale littéraire, T. C Elimane a disparu.

Grâce à l’autrice Siga D, Diégane Latyr Faye parvient à mettre la main sur un des exemplaires de ce livre. Transcendé par cette lecture, il décide de partir sur les traces de cet auteur oublié.

Sa quête périlleuse va le mener vers plusieurs continents entre magie noire, littérature et saga familiale. Il découvre au cours de son enquête un écrivain aussi sombre que lumineux. Cette quête littéraire n’est que le prétexte pour nous transporter dans des milieux vastes et pourtant enchevêtrés les uns aux autres.

Porté par une grande érudition, ce roman foisonnant nous emporte vers des chemins inattendus. Même si la confusion règne parfois durant la lecture, ce roman déroutant n’a de cesse de nous surprendre !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Le hasard n’est qu’un destin qu’on ignore, un destin écrit à l’encre invisible ».

« La littérature m’apparut sous les traits d’une femme à la beauté terrifiante. Je lui dis dans un bégaiement que je la cherchais. Elle rit avec cruauté et dit qu’elle n’appartenait à personne ».

Le fils de l’homme – Jean-Baptiste Del Amo (2021)

Et si nous parlions du poids de l’hérédité ?

Avec ce roman bestial, Jean-Baptiste Del Amo nous parle d’une histoire de la violence.

Après des années d’absence, un père franchit à nouveau les portes de sa maison. Il est bien décidé à se réapproprier son dû : sa femme et son fils. Pourtant, le retour du père glace le sang de toute la famille.

Quelques semaines après sa réapparition il emmène sa femme et son jeune fils aux Roches, un paysage montagneux inhospitalier et reculé. Ce décor est celui de son enfance. En effet, le père a grandi dans ses montagnes avec son propre père. Il a encore sur lui la marque indélébile de son géniteur. Malgré les conditions de vie précaires, il est bien décidé à vivre aux Roches avec sa famille. Avec effroi, le jeune fils sera confronté à son père et au poids de son hérédité…

Ce roman, où la tension monte à chaque page, nous dresse des portraits sans concession et d’une très grande puissance. Un sentiment d’oppression se noue de manière grandissante jusqu’à l’apothéose finale. Ce livre brutal interroge l’héritage de la violence qui contraint et enserre les êtres… Remarquable !

Ma note :

Note : 4.5 sur 5.

Citations :

« Le fils soulève la couverture et la mère se blottit contre lui. Longtemps, ils écoutent la maison siffler et craquer comme un vieux rafiot malmené par la tempête, le vent porter jusqu’à eux le cri de chouettes effraies qui ululent dans le creux d’un arbre mort, avec leurs faces blanches et mystérieuses. Mais, rassuré par la présence et la chaleur du corps de la mère, rien ne peut plus atteindre l’enfant, et tous finissent par retomber jusqu’au matin dans un sommeil tranquille »

« Il ne garde pas de souvenir précis du départ du père. Il n’a conservé de la vie auprès de lui qu’une suite d’impressions morcelées, peut-être fictives et en partie façonnées par les photographies enfouies dans la commode. Il est en revanche plein, comme pétri d’une présence physique de la mère, de son ubiquité, tant elle apparaît et colore, à chaque instant, chaque recoin de l’inextricable maillage qui déjà compose sa mémoire »

Oscar et la dame rose – Eric-Emmanuel Schmitt (2002)

Et si nous laissions place à l’émotion ?

Avec ce court texte, Eric-Emmanuel Schmitt nous promet une rencontre hors du temps avec Oscar, un jeune garçon atteint d’un cancer.

Oscar sait qu’il va mourir. Pourtant il ne choisit pas de se noyer dans sa tristesse ou celle de ses proches mais reste ancré dans la vie. Avec l’aide de la dame rose, une grand-mère qui visite les malades à l’hôpital, il écrit chaque jour des lettres aussi tendres que sincères à Dieu.

Oscar décide de vivre chaque jour les différentes étapes de son existence avec une soif de vivre inégalable. Dans cette quête, il rencontre l’amour sous les traits de « Peggy bleue », une jeune fille hospitalisée juste à côté de sa chambre…

Eric-Emmanuel Schmitt touche à la philosophie avec ce court récit. Il évoque avec tendresse : la mort, la vie mais aussi notre vision de la foi. Un livre profondément touchant qui sait émouvoir et transmettre une scintillante lumière dans les zones d’ombres de nos existences…

Un joli texte à mettre entre toutes les mains.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Les gens craignent de mourir parce qu’ils redoutent l’inconnu. Mais justement, qu’est ce que l’inconnu? Je te propose Oscar, de ne pas avoir peur mais d’avoir confiance »

« Nous oublions que la vie est fragile, friable, éphémère. Nous faisons tous semblant d’être immortel »

Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena (2019)

Et si nous parlions d’un roman douloureux ?

Depuis 1928, Vicente Rosenberg a quitté la Pologne pour l’Argentine. Loin de sa famille, il a décidé de s’affranchir de sa mère et de construire sa propre vie. Il a rencontré Rosita avec qui il a eu trois enfants. Marchand de meubles à Buenos Aires, son quotidien est bien éloigné de son ancienne vie.

Vicente commence à recevoir des lettres alarmantes de sa mère restée à Varsovie en plein coeur d’une Europe plongée dans la seconde Guerre Mondiale. A mesure qu’il reçoit ces courriers inquiétants et perçoit les conditions de vie de sa mère, l’angoisse monte.

Une culpabilité immense commence à prendre possession de lui et Vicente s’emmure dans le silence. Ce mutisme devient son unique refuge pour vaincre son impuissance grandissante.

Entre réflexion sur la force de la culpabilité, le poids de l’identité et de l’exil, cette lecture m’a beaucoup marquée. Porté par une plume vive et sobre, je recommande ce roman douloureux et poignant.

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« J’aime penser, comme je vieillis, que quelque chose de mon passé vit en moi – de même que quelque chose de moi, j’espère, vivra dans mes enfants ».

« L’une des choses les plus terribles de l’antisémitisme est de ne pas permettre a certains hommes et a certaines femmes de cesser de se penser comme juifs, c’est de les confiner dans cette identité au delà de leur volonté – c’est de décider , définitivement, qui ils sont »

Le pays des autres – Leïla Slimani (2020)

Et si nous parlions d’une fresque familiale flamboyante ?

Mathilde a fait le choix de tout quitter par amour. Alsacienne, elle part en 1944 au Maroc pour s’installer avec Amine. D’origine marocaine, Amine a combattu aux côtés de l’armée française pendant la guerre et rentre dans son pays pour cultiver ses terres.

A son arrivée au Maroc, le racisme ambiant, la pauvreté et la place de la femme dans la société rendent l’intégration de Mathilde difficile. Le souffle d’indépendance qui plane dans le pays complique encore davantage leur union. Bien loin de ses espérances, Mathilde tente de s’acclimater à sa nouvelle vie dans une ferme isolée.

Amine ne cesse d’osciller entre sa tendresse pour Mathilde et le poids de son éducation rigide aux traditions parfois archaïques. Il a toujours imaginé la femme comme un être mutique presque invisible. Le tempérament fantasque et sensible de Mathilde le pèse et l’exotisme de leur début de relation laisse place à leurs différences.

Mathilde arrivera-t-elle à trouver sa place dans ce pays en pleine mutation ?

Ce récit poignant dresse le portrait de cette famille multiculturelle. La psychologie et les contrastes des personnages sont étayés avec finesse par Leïla Slimani.

Une fresque familiale belle, puissante et criante de vérité. Leïla Slimani signe, à nouveau, une grande réussite ! Le premier tome d’une trilogie dont j’ai hâte de découvrir le suite…

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Cette vie sublime, elle aurait voulu l’observer de loin, être invisible. Sa haute taille, sa blancheur, son statut d’étrangère la maintenaient à l’écart du coeur des choses, de ce silence qui fait qu’on se sait chez soi »

« Elle marcha vers la table comme vers l’échafaud et elle écarquilla les yeux devant Amine pour faire refluer les larmes et pour lui faire croire qu’elle était heureuse »

Suiza – Bénédicte Belpois (2019)

Et si nous succombions au charme de Suiza ?

Dans un village reculé de Galice, Tomas est un homme de la terre. Devenu veuf, il consacre sa vie à son métier de fermier.

Alors qu’il est attablé au café du village, son regard croise celui de Suiza, arrivée en Espagne dans l’espoir de voir la mer. Sous ses abords d’innocence et de simplicité, elle cache un passé sombre. Une attirance charnelle implacable pousse Tomas vers cette femme fascinante qui ne parle pas un seul mot d’espagnol. Tomas s’approprie Suiza comme il a pris possession des terres de son domaine.

Avec brutalité et fièvre, il entame une relation fusionnelle avec la magnétique Suiza. Peu à peu, elle parvient à faire jaillir l’humanité du caractère sombre et taciturne de Tomas. Entre violence, désir et amour, une relation se noue peu à peu entre eux…

La force implacable de cet amour mêlant possessivité et dévotion transcende ces deux êtres. Porté par une écriture limpide, ce premier roman cru, d’une profonde sensualité, ne laisse pas indifférent !

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Le désir est monté en moi, comme un vent violent annonçant la grêle. Mon cœur gonflait inexorablement, il était seul à s’étouffer dans ma poitrine tout à coup trop petite. Ce qu’il me restait de poumons avait disparu, tassé quelque part, puisque je ne respirais plus. J’ai fermé les yeux, au bord du malaise, j’ai cherché de l’air »

« Les manques lui ont fait une fragilité d’oeuf alors qu’ils t’ont donné une carapace de tortue. Elle seule sait te l’enlever sans t’arracher la peau, toi seul sait la protéger comme elle le souhaite, sans la casser »

Rien ne t’appartient – Nathacha Appanah (2021)

Et si nous plongions dans les ténèbres d’une destinée ?

Depuis la mort de son mari, Tara s’est enfermée dans une profonde solitude. Face à ce deuil, elle semble comme happée par une folie qui la ronge chaque jour. L’image fantomatique d’un garçon surgit dans son quotidien et révèle avec lui les ombres de son passé.

Sa jeunesse sera marquée par des évènements traumatiques, Tara s’appelait auparavant Vijaya. Jeune fille insouciante et joyeuse, elle aimait danser et vivait avec ses parents dans un pays lointain.

Ce deuil vient faire ressurgir avec une plus grande force la violence infinie de son enfance qu’elle avait enfoui au plus profond d’elle-même pendant de nombreuses années.

Avec une écriture ciselée, Nathacha Appanah nous dévoile un portrait de femme vacillant à la fois sombre et lumineux et révèle les ténèbres d’un destin tragique.

Nathacha Appanah parvient en quelques lignes à nous plonger dans une atmosphère sombre et oppressante. Ce roman perturbant est à la fois poignant et d’une profonde noirceur. Si j’ai trouvé que ce court roman manque parfois d’encrage et reste marqué par des zones d’ombres, j’en suis restée ébranlée.

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour l’envoi de ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Personne ne m’a dit : profite de ce ciel, de cette terre, de cette eau pendant qu’il est encore temps. Vautre-toi dedans, plonge, avale, étouffe-toi avec un peu, bientôt ce sera fini, bientôt tu sauras ce que c’est, une fille de ce pays ».

« Quand il part, je mets ma main en coquille sur ma peau, j’imagine retenir cette tendresse, encore un peu, juste un peu et pendant quelques instants bénis, il n’y a que cela qui m’importe. »

Miss Islande – Auður Ava Ólafsdóttir (2018)

Et si nous parlions de littérature islandaise ?

A vingt et un ans, Hekla quitte sa campagne natale au coeur de l’Islande. Avec son prénom de volcan, Hekla porte en elle un feu créateur depuis son plus jeune âge. En 1963, lors de son arrivée au sein de la capitale, elle n’a qu’une seule idée en tête : devenir écrivain. Pourtant, le seul titre qu’on lui propose est celui de « Miss Islande ».

En tant que femme, Hekla a peu de perspectives pour accéder à son rêve et devenir un auteur reconnu. Malgré les obstacles, son énergie créatrice ne trouve pas de limite. Elle continue à écrire inlassablement.

Femme mystérieuse et indépendante, dévouée à son art, elle peut compter sur ses amis d’enfance, Isey et Jón John, pour la soutenir. Isey est une femme au foyer qui écrit sans cesse pour échapper à son quotidien tandis que Jón John cache son homosexualité à la société.

Ce roman illustré par des paysages magistraux mêle différence et force créatrice avec une grande beauté. Un livre rempli d’espérance et de liberté où jaillit des êtres prêts à se transcender !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« En dehors des étoiles qui scintillent au firmament, le monde est noir.
Une phrase vient à moi puis une autre, une image se dessine, cela fait tout une page, tout un chapitre qui se débat dans ma tête, pataud comme un phoque pris dans un filet. J’essaie d’accrocher mon regard à la lune par la lucarne, je demande aux phrases de s’en aller, je leur demande de rester, il faut que je me lève pour les écrire avant qu’elles s’évanouissent »

« Je rêve d’un monde où chacun aurait sa place »

Ma dévotion – Julia Kerninon (2018)

Et si nous parlions d’une véritable dévotion amoureuse ?

A Londres, Helen revoit fortuitement Frank pour la première fois depuis vingt-trois ans. A cette occasion elle revient avec nostalgie sur leur relation fusionnelle.

Face à des parents absents et inexpressifs, ils ont fait le choix de se lier l’un à l’autre. Ils sont pourtant extrêmement différents, Helen est aussi raisonnable que Frank est excessif.

Lorsqu’ils débutent leur vie commune à Amsterdam le parcours d’Helen est déjà tout tracé, elle se dirige naturellement vers la littérature tandis que Frank reste indécis sur son avenir. Il découvre pour la première fois l’univers de la peinture, la fulgurance de son désir artistique est telle qu’il trouve enfin un sens à sa vie.

Leur relation est aussi forte que déséquilibrée, Helen malgré son indépendance d’esprit voue une véritable dévotion pour Frank. Lorsqu’ils parviennent enfin à trouver une harmonie dans leur relation tumultueuse un drame viendra bouleverser à tout jamais leur vie.

Ponctué de mélancolie, ce livre nous emporte avec une facilité déconcertante auprès de ce couple. L’intensité et la puissance de leurs sentiments est parfaitement retranscrites par la plume de Julia Kerninon. Un joli moment de lecture qui confirme mon intérêt pour cette autrice !

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Lorsque quelqu’un est aussi discret que moi, personne n’imagine qu’il puisse avoir un tempérament passionné. Les gens pensent que ma personnalité est un genre de bruit blanc, que le silence que je fais en société est l’écho de celui qui résonne, depuis toujours, dans l’espace clos de ma tête, sous les cheveux coiffés. Mais – je le sais mieux que personne – il ne faut pas juger un livre à sa couverture ».

« Je jure que j’ai fait de mon mieux – mais au fond je pense que mon mieux ne valait rien, que mon mieux n’aurait jamais, en aucun cas, pu être suffisant – parce que je n’avais rien à apprendre à personne sinon ma propre sidération, mon hébétude face au monde, que j’avais passé ma vie à fuir dans les livres ».

Décomposée – Clémentine Beauvais (2021)

Et si nous divaguions autour d’un poème de Charles Baudelaire ?

Dans ce court récit, entre roman et poésie, Clémentine Beauvais donne un nouveau souffle à l’oeuvre de Charles Baudelaire. Elle revisite avec inventivité le célèbre poème « une charogne ».

Pour Baudelaire, cette charogne n’est qu’une femme lubrique en décomposition, Clémentine Beauvais dévoile sa face cachée. Elle dresse son parcours, ses rencontres et sa destinée jusqu’au détour d’un sentier. Elle redonne vie à cette inconnue en l’imaginant amoureuse, avorteuse ou tueuse.

Au-delà du simple corps décomposé, Clémentine Beauvais oeuvre avec poésie pour donner un souffle féministe et libre à cette femme meurtrie par la vie.

J’ai passé de douces minutes en compagnie de cette autrice au style inventif et audacieux !

Merci à la collection @icono.pop et aux @ed_iconoclaste pour cet envoi.

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citation :

« Tout en elle était reste. Reste de beauté nuageuse,
reste de fierté jaune dans les yeux,
reste de joie, reste de mélancolie,
tout ce qu’elle avait été un jour jusqu’à l’excès,
elle ne l’était plus que peu,
comme la cendre garde quelque temps sa tiédeur
dans ses replis les mieux tassés »