Ohio – Stephen Markley (2020)

Et si nous évoquions un roman noir envoûtant ?

Stephen Markley avec « Ohio » signe un premier roman haletant sur la jeunesse américaine.

Trois amis d’enfance, Rick, Bill et Ben vivent dans l’espoir de quitter New Canaan, ville qui les a vu grandir et grand symbole de l’Amérique profonde.

Le 11 septembre 2001 marque un tournant dans l’histoire américaine mais également dans la destinée de cette bande d’amis. La chute des tours du World Trade Center est la première fracture de leur amitié et fait s’évanouir leur candeur adolescente. Rick s’engage dans l’armée et devient militaire en Irak alors que Bill se tourne vers un antimilitariste fervent. Quant à Ben, porté par ses ambitions musicales, son destin n’en demeure pas moins tragique…

Des années plus tard, sous une douce nuit d’été, plusieurs membres du lycée de New Canaan se retrouvent et font ressurgir avec eux les fantômes d’un passé qui ne les a jamais véritablement quitté.

À travers le portrait de ces protagonistes, cette fresque sociale nous plonge, sans concession, à la rencontre de cette jeunesse marquée par une mémoire traumatique. Ils ont choisi l’alcool, la drogue ou la violence comme remèdes. Un roman noir envoûtant qui dresse le parcours meurtri de ces jeunes désabusés aux rêves déchus.

Porté par les voix dissonantes de ces jeunes patriotes, militants, toxicomanes, vétérans, homosexuels ou intellectuels, Stephen Markley dresse un panorama américain brillant !

Je suis restée fascinée par ce livre qui transporte son lecteur mais qui donne aussi à réfléchir profondément sur la société américaine. Conquise !

Ma note :

Note : 5 sur 5.

Coup de ❤

Citations :

« Il ressentait un bonheur sans cause, sans justification, aussi blanc que la neige. Sa peau chauffait et picotait, il jouissait par tous les pores en même temps. Toutes les amours de sa vie s’inscrivaient étincelantes sur la rivière mystique du ciel, qui charriait des étoiles, des satellites et de la poussière datant du commencement de la Création ».

« Il bascula dans ses rêves, pleurant les rivières et les champs de son pays natal. Il le vit brûler d’un feu bleu et il pria pour avoir la force de le défendre, de se battre pour lui, de lui rendre la vie »

« Nous aurons beau courir le monde et assister à des couchers de soleil, des aurores et des tempêtes plus spectaculaires, lorsque nous apercevons ces champs, ces forêts, ces buttes et ces rivières ancrés dans notre mémoire, notre mâchoire se serre ».

Térébenthine – Carole Fives (2020)

Et si nous intégrions les Beaux-Arts ?

Au début des années 2000, la narratrice prend une voie singulière en s’inscrivant à l’école des Beaux-Arts bien décidée à étudier la peinture.

Pourtant aux Beaux-Arts, la peinture est déjà dépassée, les élèves sont ainsi guidés vers des projets modernes, alternatifs et conceptuels. Les artistes peintres, démodés et tournés en ridicule par leurs camarades et professeurs, sont reclus au sous-sol de l’école.

Dans cette cave sombre et froide, la narratrice fait la rencontre de Luc et Lucie. Tous les trois partagent le même rêve et veulent continuer à explorer cet art suranné. Durant les trois années de formation, ce trio va évoluer dans un apprentissage périlleux et exigeant.

La narratrice sera également confrontée à la place de la femme dans un milieu gouverné par les hommes. Elle porte une voix féminine dans un lieu où les artistes mis en exergue sont principalement masculins.

Sa force féminine et artistique vient se confronter à un milieu où l’avenir reste incertain. Au-delà de la découverte des coulisses des Beaux-Arts, Carole Fives questionne sur la place des artistes femmes dans notre société et sur la férocité du milieu artistique contemporain.

Véritable roman d’apprentissage, l’auteur nous plonge avec une écriture nette et percutante dans un milieu méconnu.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour l’envoi de ce livre.

Térébenthine par Carole Fives

Térébenthine

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Citations :

« Et toi, qu’as-tu envie de peindre ? Qu’as-tu envie de raconter ? Tu ne sais pas où commencer, tu as dix-huit ans et les sujets se bousculent : le désir, le corps, la souffrance d’être née femme dans un monde bâti pour les hommes, où les femmes, que ce soit dans les arts plastiques ou le cinéma, la littérature ou le musique, se perçoivent encore et toujours comme des objets du désir, jamais des sujets. L’urgence de devenir sujet ».

« Je vois la peinture comme un acte de résistance. Oui, la peinture crée des images qui résistent au flux d’images existant. Le temps de la peinture est différent de celui de la photographie, de la télévision. La peinture n’est pas un simplement enregistrement du réel… Elle a plus à voir avec la mémoire, la durée, l’émotion, elle donne des images plus persistantes ».

Le liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent (2014)

Et si nous nous autorisions un instant de tendresse ?

Guylain Vignolle, victime de la contrepèterie « Vilain Guignol » en raison de son malheureux patronyme, est un être invisible. Comme beaucoup, il partage son existence entre un travail harassant à l’usine, des soirées solitaires dans un logement exigu et ses longs trajets dans les transports en commun.

Guylain Vignolle participe à la destruction massive et mécanique de livres dans une usine sans âme. Responsable du bon fonctionnement de la Zerstor 500, monstrueuse machine ayant pour fonction de détruire les livres, il déteste son emploi. Face à ce travail sinistre, Guylain recherche un peu de lumière et parvient à créer un espace de tendresse et de respiration dans le RER de 6h27. Ainsi, il déclame à haute voix quelques pages de livres rescapés de la Zerstor 500. Ces voyages lui permettent de continuer à faire vivre, l’espace de quelques instants, des livres oubliés voués à l’anéantissement.

Ces lectures lui permettent de rencontrer des personnes, plus tendres les unes que les autres, et vont lui apporter un nouveau souffle dans son existence morose.

Porté par une écriture fluide, ce court roman de Jean-Paul Didierlaurent offre un joli moment de simplicité et de tendresse. Je ne peux que vous le conseiller pour s’échapper quelques instants du quotidien !

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Yvon pouvait rester de longues minutes sans dire un mot, tout entier accaparé par ses lectures. Ses silences étaient pleins. Guylain pouvait s’y glisser comme dans un bain tiède »

Là d’où je viens a disparu – Guillaume Poix (2020)

Et si nous évoquions un roman choral ?

Guillaume Poix nous interroge sur le monde en parcourant de multiples continents à la rencontre de familles plus uniques les unes que les autres. Pour autant, sont-elles si différentes ?

Litzy, salvadorienne clandestine, reconnaît chaque jour, la chance donnée à son fils, Zach, d’être né sur le sol américain. En France, Pascal et Hélène, ont choyé leur enfant en lui transmettant leurs valeurs et en l’aidant à construire son avenir. Pourtant, Jérémy va choisir une route impensable en s’associant à un mouvement identitaire.

À Salvador, Marta, a élevé ses deux fils, Luis et Fabio. Désormais, ils n’ont plus qu’une seule idée en tête : fuir. Fabio a déjà pris la route vers les Etats-Unis, c’est au tour de Luis, jeune père de famille, de tenter l’impossible pour construire un avenir à ses proches. Portée par une force inouïe, Angie, elle aussi, tente de partir. Son parcours d’exil sera semé d’embuches de la Somalie à la France…

Le roman tisse sa toile à travers ces familles disséminées d’un continent à l’autre et nous pose finalement une question centrale : Qu’est-ce-que les parents transmettent à leurs enfants ? La force et l’importance de ce lien unique semblent tout bouleverser. Pourtant si la transmission existe, elle se confronte à la dureté de la vie.

Au-delà de révéler la force des rapports filiaux, Guillaume Poix nous dresse un témoignage fort du parcours d’exil des réfugiés.

Un roman puissant avec une écriture presque viscérale qui plonge le lecteur dans une émotion brute et intense. Guillaume Poix, pour cette rentrée littéraire, porte une voix forte dans l’éveil des consciences !

Merci à Babelio et aux éditions Gallimard pour l’envoi de ce livre

Là d’où je viens a disparu par Guillaume Poix

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Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citation :

« Je trouve indécent d’exister encore, d’éprouver de la faim ou du désir, je suis dégoûté par la vie qui continue de couler en moi comme le fleuve continue là-bas de charrier d’autres corps coupables d’espérer »

Ásta – Jón Kalman Stefánsson (2017)

Et si nous nous plongions dans la littérature islandaise ?

A Reykjavik, au début des années 50, un amour vertigineux et passionnel unit Sigvaldi et Helga. Helga, d’une beauté incandescente, a choisi de vivre intensément. De cette union naît Ásta qui signifie Amour à une lettre près. Son prénom trouve son origine dans la littérature islandaise.

Sa mère, Helga, passionnée et excessive, ne parvient pas à s’acclimater à une vie conventionnelle. Le destin d’Ásta s’en trouve profondément bouleversé. Abandonnée par sa mère, elle trouve un refuge réconfortant et protecteur dans les bras de sa nourrice.

Adolescente rebelle, Ásta est envoyée dans les profondeurs des terres islandaises pour apprendre les travaux de la ferme. Son dur labeur s’accompagne de rencontres bouleversantes dont Joseph, son premier amour.

Le portrait d’Ásta se tisse, au fil des pages, à travers les reflets des êtres qui ont marqué sa vie. Entre la douceur de sa nourrice, les échecs de son père et l’absence de sa mère, Ásta a essayé de trouver sa place. Ces destinées interdépendantes permettent de mieux appréhender tous les contrastes de la personnalité d’Ásta.

Cette rencontre avec Ásta construite avec des retours en arrière chronologique, semble dépendante de ces morcellements. Parfois perdue par le fil narratif exigeant, j’ai toutefois apprécié la voix de ses proches qui font écho à sa propre trajectoire de vie.

Ce portrait d’Ásta est incandescent. Porté par une écriture lumineuse, ce livre est un bel éloge au sentiment amoureux dans toute sa complexité et sa diversité. Ces amours passionnés, parfois soulevés ou détruits par les tempêtes islandaises, sont retranscrits avec une grande beauté durant tout le roman.

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Celui qui n’est jamais sorti en août sous la clarté de l’astre de la nuit quand les montagnes n’ont plus rien de terrestre, que la mer s’est changée en miroir d’argent et les touffes d’herbe en chiens endormis – celui-là n’a jamais vraiment vécu et il faut qu’il y remédie »

« L’amour est à la fois aveugle et cruel et que, par conséquent, un seul même chemin mène au bonheur et au désespoir »

Liv Maria – Julia Kerninon (2020)

Et si nous évoquions un portrait de femme ?

Liv Maria Christensen est un personnage aux multiples facettes.

L’enfant solitaire a grandi dans une petite île perdue au fin fond de la Bretagne. Elevée par un père amoureux des livres et une mère taiseuse mais tendre, Liv Maria grandit avec sa famille en autarcie. Son île, dont elle connait les moindres recoins, représente tout son univers.

Un événement va la contraindre à sortir précipitamment de l’enfance et à quitter sa ville natale. Ainsi, Liv Maria part vivre à Berlin et devient une jeune fille passionnée. Un amour d’été avec son professeur va laisser une trace indélébile dans son existence et vient bousculer toute sa vie de femme.

Marquée par cet amour déçu, Liv Maria continue sa route. Ses voyages la guideront jusqu’au Chili, où elle devient une femme libre et rebelle. Si sa réussite professionnelle est une évidence, elle semble pourtant encore incomplète.

Sa rencontre avec Flynn ouvre une nouvelle étape de son existence. Ainsi, un amour fort et profond les unit et Liv Maria devient une mère et une épouse. Bien malgré elle, ses souvenirs finiront inéluctablement par la rattraper et un lourd secret viendra hanter son présent.

Durant tout le roman, Julia Kerninon dresse un portrait de femme complexe et puissant. Elle interroge le lecteur sur ses existences mêlées. Ainsi Liv Maria tente d’enfermer son passé et de cloisonner des parties d’elle-même, en vain. Ce parcours multiple fait toute la richesse de sa personnalité.

Finalement, Julia Kerninon amorce un travail plus profond et nous fait réfléchir sur l’acceptation de nos vies passées pour aborder avec un nouveau regard l’avenir.

Portée par une écriture douce, j’ai passé un agréable moment de lecture !

Je vous conseille cette rencontre avec une héroine libre, amoureuse, et forte !

Un joli roman à découvrir à partir du 19 août prochain !

Ma note :

Note : 3.5 sur 5.

Citations :

« Je suis la fille unique du lecteur et de l’insulaire, je suis le bébé Tonnerre, l’orpheline, l’héritière, je suis la jeune maîtresse du professeur, la femme-enfant, la fille-fleur, la chica, la huasa, la patiente de Van Buren, la petite amie, la pièce rapportée, la traitresse, l’épouse et la madone, la Norvégienne et la Bretonne. Je suis une mère, je suis une menteuse, je suis une fugitive et je suis libre. »

Olga – Bernhard Schlink (2018)

Et si nous évoquions la destinée d’une femme ?

Olga, sous son apparence modeste, est une femme forte et déterminée.

Orpheline, Olga grandit auprès de sa grand-mère qui n’a pour elle que de l’indifférence. Dès son jeune âge, elle fait la connaissance de Herbert, le fils d’un riche industriel. Malgré les mondes différents qui les opposent, ils nouent au fil des années une relation profonde.

Mais au-delà de cet amour, Olga a une soif de vivre pour elle-même et surtout d’apprendre. Elle poursuit ses études jusqu’à devenir enseignante. Herbert est guidé, pour sa part, par des rêves plus immenses que lui-même. Son goût de l’aventure le mène jusqu’à poursuivre une expédition en Arctique.

Entourée par l’ombre grandissante de la guerre mondiale, Olga se retrouve seule et continue, avec beaucoup de force, à construire son destin.

Ce livre fonctionne en trois actes. Tout d’abord, Bernhard Schlink nous dévoile la jeunesse d’Olga et sa très belle histoire d’amour avec Herbert. Puis, il nous présente une toute autre partie de sa vie. Devenue une femme mûre, elle oscille entre son accomplissement personnel et ses souvenirs. Enfin, les lettres d’Olga adressées à Herbert durant son expédition polaire, font ressurgir, presque intact, un amour inassouvi.

Un récit imprégné par l’histoire de l’Allemagne mais qui évoque également, avec une grande sensibilité, le destin d’Olga, cette femme insoumise.

Avec une plume belle et limpide, Bernhard Schlink dresse le portrait d’une femme imprégnée par son époque. Un roman d’un grand raffinement !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Enfin elle put lire tout ce qu’elle avait toujours voulu lire: des classiques et des modernes, des romans et des poèmes, des livres sur l’histoire des femmes, celle des aveugles, des sourds-muets, sur l’empire et sur la république de Weimar, des partitions de musique qu’elle avait jouées à l’orgue, et aussi de la musique qu’elle aurait aimé jouer.»

« Parfois j’ai eu pitié de moi, qui ai grandi sans amour et qui, même avec toi, n’ai pu vivre son amour que tant bien que mal. Maintenant je pense aux soldats morts par milliers et à leurs vies qu’ils n’ont pas vécues, aux amours qu’ils n’ont pas vécues, et cela m’ôte tout apitoiement sur moi-même. Reste la tristesse. »

Ma reine – Jean-Baptiste Andrea (2017)

Et si nous évoquions un conte initiatique ?

Shell a tout juste douze ans lorsqu’il quitte la station service où il a grandi. Nichée au coeur de cette vallée perdue, cette station est entourée du silence et des odeurs d’échappement. Shell est un garçon différent. Il ne joue pas avec les enfants de son âge et a dû quitter très tôt l’école. Il ne se sent plus le bienvenue auprès de ses parents et comprend bien vite que ses bêtises vont les conduire à se séparer de lui. Bien décidé à devenir un homme, il choisit de « partir à la guerre ». Cet héros lumineux, rompt ainsi avec son enfance et part pour un voyage sans retour.

Il se hisse jusqu’au plateau surplombant la vallée et fait la rencontre de la jeune et fantasque Viviane. Devenue son repère et son guide, elle le mène vers des aventures imaginaires et lui fait découvrir le charme des montagnes provençales. Shell, d’une grande loyauté, suit aveuglement ses ordres et Viviane devient très vite sa reine. Cette relation singulière vient bousculer tout son univers.

La plume de Jean-Baptiste Andrea, avec subtilité et poésie, dessine le fil tendu entre l’enfance et la vie d’adulte. Ode à la liberté, ce roman tendre nous emporte facilement au côté de ce jeune garçon terriblement candide et attachant. Ce livre évoque aussi avec justesse la différence, si prégnante dès le plus jeune âge.

C’est avec une grande sensibilité que Jean-Baptiste Andrea nous conte une enfance où se mêle imaginaire et sombre réalité. Je ne sais pas si ce livre demeurera indélébile dans mes mémoires mais j’en conserve une belle émotion !

Ma note :

Note : 2.5 sur 5.

Citations :

« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie : moi. « 

« C’est le soleil qui m’a réveillé, il appuyait sur mes paupières avec ses pouces chauffés à blanc. J’ai mis un bras en travers de mes yeux pour continuer à dormir. Il y avait un grand calme autour de moi, juste le bruit de l’air qui poussait sur la terre »

Ca raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard (2018)

Et si nous évoquions la passion amoureuse ?

François-René de Chateaubriand disait à son propos :

« Une passion dominante éteint les autres dans notre âme, comme le soleil fait disparaître les astres dans l’éclat de ses rayons« 

Sans reprendre son souffle, ce court roman nous raconte une passion amoureuse inconditionnelle et dévastatrice. Ca raconte Sarah : cette femme voluptueuse, expansive et intense qui bouleverse la vie de la narratrice.

Une passion incandescente va naître entre deux femmes que tout semble opposer. Sarah, exaltée, est une célèbre violoniste. Elle voyage à travers le monde pour des concerts tandis que la narratrice, beaucoup plus conventionnelle, travaille dans un lycée. Elles vont peu à peu se couper du monde et osciller entre des intenses moment de plénitude et de douleur.

La narratrice est, tout d’abord, ensevelie par cette rencontre qui fait jaillir un amour obsessionnel. Sarah, véritable tornade, s’en va puis revient sans cesse. Cette passion brûle aussi par ses départs et ses retrouvailles perpétuelles.

Puis, dans la deuxième partie du roman, c’est l’absence de l’être aimé qui vient prendre tout l’espace. Pauline Delabroy-Allard dépeint alors la solitude et la brûlure laissée par les adieux.

Ode au sentiment amoureux, ce court roman fait surgir une passion brute et consumante.

Avec une écriture acérée et hypnotique, ce livre m’a emportée facilement dans cette relation chaotique et je conserve, à la fin de ma lecture, un sentiment mitigé. Si la narration est volontairement saisissante et ponctuée de phrases courtes, elle ne prend pas le temps d’approfondir les personnages et la relation d’emprise qui les unit. Bien au contraire, elle retranscrit la fulgurance et l’inexorable chute d’une passion amoureuse.

En tout état de cause, un premier roman décidément très prometteur.

Ma note :

Note : 3 sur 5.

Citations :

« Ca raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent aux paupières tombantes ».

« Ca raconte Sarah, imprévisible, ondoyante, déroutante, versatile, terrifiante comme un papillon de nuit ».

« La vie peut s’arrêter, l’amour peut mourir, et ce monde peut continuer, juste à côté, dans le même temps, dans le même espace, à étinceler de beauté ? »

Le cœur régulier – Olivier Adam (2010)

Et si nous écoutions les battements réguliers de notre coeur ?

Quelque temps après le décès de Nathan, son frère, Sarah, inconsolable, décide de s’enfuir au Japon sur ses traces. Sarah a choisi ce lointain pays où Nathan avait trouvé, avant sa mort, une forme d’apaisement et d’espérance dans l’avenir.

Durant son voyage dans ce village côtier Japonais, Sarah rencontre Natsume Dombori. Ancien policier, il guérit les âmes errantes de leur sombre désespoir. Au-delà du lent parcours de deuil, sa quête la mène à revivre les derniers moments de la vie de son frère. Elle se rapproche de lui, de ses yeux rieurs, de son allégresse mais également des gouffres et du désespoir profond qui n’ont eu de cesse de jalonner sa vie.

Véritable soeur jumelle pour Nathan, ils partageaient une relation intense. Entourée, d’un mari et de deux enfants parfaits, Sarah a choisi une vie conformiste et s’est éloignée au fil du temps de son frère. Ses frasques et son caractère avaient bien des difficultés à trouver sa place dans la vie qu’elle s’était construite. Au fond d’elle-même elle a pourtant toujours su qu’elle partageait ses vertiges et que sa vie aseptisée était un mensonge dont elle était la première victime.

Son voyage initiatique au Japon sera l’occasion inespérée de retrouver son frère mais surtout d’apprendre à se redécouvrir.

Avec une écriture dynamique, Olivier Adam nous transporte facilement dans son univers. Si cette lecture ne restera pas gravée dans mes mémoires, j’ai cependant passé un agréable moment. Sarah, la narratrice, reste un personnage qui ne m’a pas touché en plein coeur. Un véritable élan de tendresse se dégage de ce court roman.

Avec sincérité, il parvient à faire tomber les barrières d’une société formatée. Il fait réfléchir sur des vies construites souvent selon des normes bien définies mais qui manquent finalement cruellement de consistance.

Olivier Adam nous offre un instant suspendu où les apparences tombent pour laisser place à de véritables interactions humaines.

Ma note :

Note : 2 sur 5.

Citations :

« Me délester, sentir. M’oublier, m’ouvrir. Recueillir. Laisser le soleil chauffer ma peau, l’air pénétrer mes poumons, l’eau me diluer. Sentir battre en moi un cœur régulier »

« Souvent, la nuit, j’errais dans la maison comme un fantôme, c’étaient des heures volées, cotonneuses et beiges, je glissais de pièce en pièce, de moquettes pastel en parquet blond clair, jetant un oeil à mes enfants endormis, avec l’impression fugace de les retrouver enfin d’enfin faire le lien entre eux et ces petits animaux pendus à mon cou, blottis dans mes bras, collés si fort qu’ils se confondaient avec moi, que j’ai perdus et que je ne retrouverai jamais »

« J’ai juste perdu mon frère et l’enfant que j’étais auprès de lui. Je me suis perdue et, sans lui désormais, il me semble que je ne me retrouverai jamais, que je suis condamnée à errer loin de moi jusqu’à la fin des jours »