Nos héritages – Anna Hope (2026)

Et si nous questionnions notre héritage ?

Dans cette fresque familiale riche, Anna Hope fait coexister héritage familial et ambitions futures.

Philip Brooke, patriarche d’une riche famille anglaise, n’a jamais fait l’unanimité auprès de ses proches. Mari infidèle et père absent, il a tenté, à la fin de sa vie, de renouer avec sa famille et de retrouver la sérénité en se réfugiant dans son magnifique manoir du Sussex. À son décès, ses trois enfants se déchirent autour du patrimoine familial.

L’aînée de la fratrie, Frannie, a hérité du domaine et semble la plus privilégiée. Pourtant, le projet écologiste d’envergure qu’elle avait construit avec son père est mis en péril lors de la succession. Les autres membres de la famille ont d’autres ambitions pour le manoir et portent un regard bien différent sur le passé et sur l’avenir. Lors de ce deuil, les conflits se révèlent avec une force décuplée. Parviendront-ils à préserver leurs relations et leur héritage familial ?

Dans ce récit foisonnant, Anna Hope propose une rencontre avec des personnages incarnés qui se déploient avec force au fil des pages. Elle dessine un patrimoine familial grandiose qui suscite tant de convoitise mais révèle aussi de terribles secrets. Au-delà d’un éblouissant portrait de famille, ce roman questionne les privilèges d’une classe conservatrice et enracinée dans l’histoire de l’Angleterre.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Ces corps – leur terreur et leur exil, leurs espoirs de liberté, leur souffrance et leur détresse, leur vie et leur mort – ont été changés en quatre cents hectares d’excellente terre anglaise, préservée sur sept générations. Et pour les sept prochaines ».

« Notre amour pour le monde grandit à mesure qu’on se prépare à le quitter ».

Le Visage de la nuit – Cécile Coulon (2026)

Et si nous évoquions un conte aux multiples visages ?

Dans le village reculé du Fond du Puits, un jeune homme fiévreux, ravagé par la maladie, est proche de la mort. Son père appelle un sorcier à son chevet. L’enfant guérit mais son visage reste marqué d’une laideur méconnaissable. Ravagé par la douleur et la honte, son père déverse son courroux et sa folie sur le village avant de prendre la fuite et d’abandonner son fils.

Recueilli par le prêtre dans l’église du village, le garçon va y grandir reclus mais protégé par la tendresse de cet homme d’église et de l’ancienne institutrice, devenue aveugle après un tragique incendie. Il s’habitue à cette vie cloisonnée et s’abandonne à des instants de liberté lorsque l’obscurité lui permet de s’échapper. Il s’adonne à des promenades nocturnes, mais reste à l’abri des regards. Lorsqu’un garçon au visage d’une beauté incandescente s’installe dans le village, tout bascule. Maudits par leur différence, ces deux garçons parviendront-ils à trouver la paix ?

Ce texte sensoriel nous emporte dans un univers onirique unique. Un roman, à la trame travaillée, qui ensorcèle autant qu’il fascine. Je vous recommande cette lecture magnétique qui m’a profondément marquée.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« L’amour accroche au cœur des lanternes si vives qu’elles éblouissent et recouvrent les ténèbres d’une couverture scintillante et agréable à l’œil ».

« Son regard cherchait le début d’une sente, la promesse d’une clairière, un endroit où s’arrêter quelques instants, mais ce morceau de forêt s’apparentait à un secret, tout en elle chassait les imprudents et gardait la beauté ».

Je suis Romane Monnier – Delphine de Vigan (2026)

Et si nous interrogions nos traces numériques ?

Dans ce roman d’une intelligence remarquable, Delphine de Vigan attise notre curiosité à la découverte de la mystérieuse Romane Monnier.

Suite à une soirée arrosée, Thomas s’aperçoit qu’il a entre les mains le portable d’une inconnue. Décidé à lui restituer, il demeure interloqué lorsqu’elle lui livre ses codes et l’invite à conserver son portable. Laissant libre cours à sa curiosité, il se décide à explorer la vie de cette femme et à disséquer son téléphone. Il tente de percevoir les mystères de cette trentenaire et reconstruit avec une frénésie inquiétante les fragments de sa vie à travers les bribes numériques. Il découvre alors Romane Monnier, une femme qui se débat avec les méandres de son être.

En plongeant dans la vie de Romane, Thomas cherche à comprendre l’impensable et interroge ses propres fêlures. Où le mènera cette quête de vérité ?

Un roman brillant qui nous ouvre des voies de réflexion vertigineuses sur la perte et notre rapport au numérique. J’ai été happée par ce texte qui nous entraîne dans ce jeu de miroirs, à travers les vies de Romane et de Thomas. Delphine de Vigan excelle pour faire jaillir les failles de ces personnages et nous touche en plein cœur !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s’est insinuée dans sa vie comme dans celle de la plupart des gens qu’il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne se regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d’avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés ».

« On a l’impression qu’on peut être en connexion totale avec le monde et informés de tout. Mais en réalité, on est devenus des spectateurs, cloués à nos lits, à nos canapés. Et sous prétexte d’être en contact les uns avec les autres, on n’a jamais été aussi seuls ».

« Et puis le téléphone de Romane Monnier l’emmène ailleurs vers d’autres souvenirs. Il a parfois l’impression de visiter les pièces fermées de sa propre mémoire. Et de pouvoir, enfin, ouvrir la fenêtre ».

Rien n’est noir – Claire Berest (2019)

Et si nous parlions de la flamboyante Frida ?

Dans cette biographie lumineuse, construite autour des couleurs de l’œuvre de Frida Kahlo, se dessine le portrait éclatant d’une artiste qui a profondément marqué notre imaginaire.

Entre sa passion viscérale pour la peinture, ses amours tumultueux, les relations complexes qu’elle entretient avec sa famille et son rapport douloureux à la maternité, ce texte ouvre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre la majestueuse Frida Kahlo. Il évoque également les fêlures et les douleurs lancinantes qui ne l’ont jamais quitté depuis son tragique accident de la circulation. Claire Berest s’attache aussi à retranscrire l’amour infini qui la reliait à Diego Rivera. Cette rencontre avec l’un des plus grands peintres de sa génération a profondément marqué son existence. Malgré cette passion omniprésente, qui la comble autant qu’il l’asphyxie, Frida parviendra-t-elle à devenir pleinement libre ?

Ce texte envoûtant nous propose une redécouverte aussi inspirante qu’éclairante sur la vie de Frida Kahlo. J’ai été littéralement captivée par cette biographie de l’impétueuse et fragile Frida. Cet hommage fougueux et sensuel m’a conquise et ne fait que renforcer mon admiration pour cette femme d’exception.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« Elle ne voit que lui, sans même avoir à le regarder ».

« Elle ne peint pas pour être aimée. Elle est transparente, c’est-à-dire qu’elle ouvre grand la fenêtre vers l’intérieur ».

« Il faut dire je t’aime quand on a le temps. Après on oublie, après on part, après on meurt »

Certaines fièvres échappent au mercure – Mathilde Forget (2026)

Et si nous lisions un récit d’une force déroutante ?

Dans ce roman déconstruit, nous explorons la puissance d’un amour qui répare des blessures enfouies.

Edith a toujours préféré les filles, mais n’a jamais cessé de cacher cette attirance. Dans un train pour Cergy, un regard et un frôlement sensuel font naître une évidence amoureuse. De cet instant fondateur va surgir une relation passionnelle avec cette femme aux cheveux bouclés, qui lui offre un nouveau souffle de vie. Edith imagine aussi des souvenirs partagées avec cette femme, des moments privilégiés dans la lumière de l’enfance. Au fil de ses pensées mouvantes, Edith redessine d’autres vérités et répare ses blessures. Edith parviendra-t-elle à résorber ses fêlures ?

Un récit porté par une plume poétique, d’où jaillit une langue d’une beauté profonde. J’ai aimé naviguer entre ces pages, être assaillie par des émotions surprenantes et déroutée par l’aspect fragmentaire de ce texte. J’aurais aimé percevoir davantage toutes les aspérités de ces deux femmes, mais je reste charmée par la beauté de ce livre.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« De quoi sont faits, avant leur mise en récit, les événements qui deviennent fondateurs dans la mémoire des amoureux ? »

« Le jour de la mort ne s’écrit pas. Je ne l’écris pas. C’est une déchirure affamée de tous les chagrins ».

Gioconda – Nikos Kokantzis (2002)

Et si nous évoquions un récit lumineux ?

Malgré l’angoisse de la Seconde Guerre mondiale et la menace de la déportation, deux adolescents vont connaître un amour absolu.

Quand Nikos rencontre sa voisine, Gioconda, une jeune Juive, il est tout de suite ensorcelé par son charme. Au fil du temps, il apprend qu’elle partage ses sentiments et se laisse enivrer par la force et la fulgurance de leur amour. Ils vont vivre intensément cette passion que la vie leur offre pour quelques mois.

Les persécutions antisémites s’intensifient et les bombes ravagent la Grèce, pourtant ils parviennent à conserver l’innocence de leur jeunesse et apprennent ensemble les vertiges de la sensualité. Comment faire survivre cet amour face à la réalité de la déportation ?

Dans ce roman bouleversant, Nikos Kokantzis fait revivre avec une grande intensité son amour de jeunesse. J’ai été charmée par cette nouvelle édition, agrémentée des belles illustrations d’Anne Defréville, restituant une passion hors du commun.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Les vents qui ont soufflé toutes ces années l’ont peut-être ramenée en Grèce et je l’ai respirée, qui sait, sans le savoir, en une dernière union amoureuse. Les grands Yeux gris, les lèvres douces, la peau si lisse, la voix rauque… Le rire, le chagrin, l’amour, tout ce qu’Elle était ».

« Me souvenir à jamais de sa voix quand elle chuchotait, le contact de ses lèvres, l’odeur de son corps. Me souvenir non seulement de ce qui fut dit, mais de tous nos silences ».

Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt (2003)

Et si nous suivions les vies croisées de deux couples ?

Dans le New York des années 1970 porté par l’effervescence et l’exubérance artistique, deux couples d’amis vont lier leurs vies, s’inspirer les uns des autres et ériger l’art au centre de leur existence.

Lorsque Léo, historien d’art, rencontre Bill, un artiste peintre et plasticien, la fulgurance de son admiration est palpable. Face au talent prometteur de Bill et à son charisme, Léo se lie d’amitié avec lui. Lucille et Erica, leurs femmes, se rencontrent et les deux couples d’amis vont partager leur passion pour l’art et s’enrichir mutuellement. À la naissance de leurs fils, Matt et Mark, l’imbrication entre eux se renforce. Quand un drame terrible vient heurter leurs idéaux et ébranler cette amitié fusionnelle, tout bascule. Parviendront-ils à survivre aux épreuves ?

Dans ce roman psychologique sensible, Siri Hustvedt révèle, avec mélancolie, toute l’ambiguïté des relations humaines. Si ce texte dense est parfois exigeant, il parvient à dévoiler tous les tourments qui planent sur les êtres et s’avère parfaitement abouti.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Une femme est assise près de la fenêtre. Elle pense / et, en pensant, elle se désespère / elle se désespère d’être qui elle est / et non quelqu’un d’autre ».

« Elle était mon rapport au monde, ma souffrance et mon bonheur, et je savais qu’en cet instant j’étais en train de la perdre, et ce savoir me glaça ».

Voile vers Byzance – Robert Silverberg (2003)

Et si nous touchions à l’éternité ?

Dans ce récit dystopique, le lecteur est propulsé dans un monde dépeuplé où les seuls « citoyens » sont devenus immortels et sont servis par des êtres artificiels, « les temporaires ».

Charles Philips, un New-Yorkais du XXᵉ siècle, est projeté dans ce monde. De Tombouctou à Alexandrie, des cités lointaines et légendaires renaissent pour quelque temps avant de disparaître. Gioia, une femme au charisme et à l’énergie envoûtante, devient sa compagne. Elle semble habitée par une soif inépuisable. Elle lui fait découvrir les cités et l’initie aux fêtes dispendieuses, mais des secrets inavouables se cachent derrière cet horizon hédoniste. Charles parviendra-t-il à percer les mystères de ce monde ?

Dans ce court récit enchanteur, porté par une plume fluide, Robert Silverberg nous propose une immersion dans un univers déconnecté du réel, régi par l’oisiveté et le plaisir. Avec une grande réussite, il interroge notre rapport au temps, notre quête d’éternité et les méandres d’une société de divertissement sans limite.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« La vie n’était pour ces gens qu’un jeu auquel ils jouaient sans répit. Rome, Alexandrie, Tombouctou – pourquoi pas ? Créer une Asgard de ponts translucides et de palais de glace luisante, puis s’en lasser, l’effacer, la remplacer par Mohenjo-Daro – pourquoi pas ? »

La neige noire – Paul Lynch (2015)

Et si nous faisions face à la brutalité d’une destinée ?

Dans ce roman sombre, Paul Lynch décrit la descente aux enfers d’une famille irlandaise confrontée à la rudesse et à l’inhospitalité de ses voisins.

Lorsque Barnabas s’installe avec sa famille dans son pays natal après des années passées aux États-Unis, il se décide à acquérir des terres et à construire une ferme. Lorsqu’un terrible incendie ravage l’étable où se trouvent ses bêtes, la famille est démunie. Alors que sa femme voudrait quitter le pays, Barnabas s’obstine à reconstruire sa grange. Face aux non-dits et aux croyances tenaces présentes dans la région, la famille ressent une hostilité ambiante de plus en plus menaçante. Tandis que ses parents sont tourmentés par l’avenir de leur ferme, Billy, leur fils s’enferme dans le silence. La famille pourra-t-elle affronter ces forces obscures ?

D’une violence extrême, ce récit irradie d’une grande noirceur. Si je reconnais la force de ce roman, j’ai trouvé cette lecture particulièrement éprouvante. Plongée dans cette atmosphère oppressante, j’ai parfois suffoqué face à la brutalité de ce texte.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Il s’enveloppe de ses propres ténèbres sous un ciel nocturne sans nuages, illuminé par la lointaine beauté des étoiles qui lui révèlent une échelle de temps inaccessible à son intelligence. S’échapper. Se glisser hors du présent pour se diluer dans la fraîcheur de l’obscurité, atteindre un lieu où les bruits s’estompent en un vague tintement ».

« On s’accroche à de petits détails, et c’est ainsi qu’on écrit le livre de sa vie ».

Ce que je sais de toi – Eric Chacour (2023)

Et si nous partions pour le Caire ?

Avec ce premier roman sensible, Éric Chacour livre les ressorts d’une relation qui ébranle toute une vie.

Depuis son plus jeune âge, Tarek s’est conformé aux attentes familiales. Face au modèle intimidant de son père, un médecin réputé du Caire, il a appris auprès de lui ce métier pour lui succéder. À son décès en digne héritier, il reprend le cabinet médical et accepte ce destin qui semble tout tracé. Dans le sillage de son père, il reçoit sa patientèle et assimile, avec une aisance naturelle, ses gestes et son intonation.

Tarek continue de se conformer aux espoirs familiaux en épousant Mira, son amour de jeunesse. Adoubé par sa famille, ce mariage sonne comme une évidence. Pourtant, sa rencontre avec Ali, un homme plus jeune aussi beau que libre, issu d’un milieu social opposé au sien, va profondément le bouleverser. Face à la puissance de cette relation interdite, Tarek choisira-t-il l’exil ?

Porté par une plume poétique et gracieuse, ce roman nous transporte aisément et dresse un portrait tout en humanité de ses personnages. Avec finesse, Éric Chacour explore l’imbrication entre le désir intime et l’impact d’un héritage familial et culturel.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Ali te fascinait. Il y avait chez lui une liberté absolue, une absence de calcul, une exaltation du présent. Il n’était lié par aucun passé et ne concevait pas l’avenir à travers les mêmes contraintes que toi. Il se contentait de vivre et tu te surprenais parfois à espérer que vivre serait contagieux ».

« On pleure pour se sentir vivant, on pleure comme un rappel de son propre sursis, on pleure de mesurer l’extrême précarité de celui-ci. On dit que l’on pleure ceux qui nous ont quittés mais, à la vérité, on ne pleure jamais que sa propre impuissance ».