Gioconda – Nikos Kokantzis (2002)

Et si nous évoquions un récit lumineux ?

Malgré l’angoisse de la Seconde Guerre mondiale et la menace de la déportation, deux adolescents vont connaître un amour absolu.

Quand Nikos rencontre sa voisine, Gioconda, une jeune Juive, il est tout de suite ensorcelé par son charme. Au fil du temps, il apprend qu’elle partage ses sentiments et se laisse enivrer par la force et la fulgurance de leur amour. Ils vont vivre intensément cette passion que la vie leur offre pour quelques mois.

Les persécutions antisémites s’intensifient et les bombes ravagent la Grèce, pourtant ils parviennent à conserver l’innocence de leur jeunesse et apprennent ensemble les vertiges de la sensualité. Comment faire survivre cet amour face à la réalité de la déportation ?

Dans ce roman bouleversant, Nikos Kokantzis fait revivre avec une grande intensité son amour de jeunesse. J’ai été charmée par cette nouvelle édition, agrémentée des belles illustrations d’Anne Defréville, restituant une passion hors du commun.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Les vents qui ont soufflé toutes ces années l’ont peut-être ramenée en Grèce et je l’ai respirée, qui sait, sans le savoir, en une dernière union amoureuse. Les grands Yeux gris, les lèvres douces, la peau si lisse, la voix rauque… Le rire, le chagrin, l’amour, tout ce qu’Elle était ».

« Me souvenir à jamais de sa voix quand elle chuchotait, le contact de ses lèvres, l’odeur de son corps. Me souvenir non seulement de ce qui fut dit, mais de tous nos silences ».

Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt (2003)

Et si nous suivions les vies croisées de deux couples ?

Dans le New York des années 1970 porté par l’effervescence et l’exubérance artistique, deux couples d’amis vont lier leurs vies, s’inspirer les uns des autres et ériger l’art au centre de leur existence.

Lorsque Léo, historien d’art, rencontre Bill, un artiste peintre et plasticien, la fulgurance de son admiration est palpable. Face au talent prometteur de Bill et à son charisme, Léo se lie d’amitié avec lui. Lucille et Erica, leurs femmes, se rencontrent et les deux couples d’amis vont partager leur passion pour l’art et s’enrichir mutuellement. À la naissance de leurs fils, Matt et Mark, l’imbrication entre eux se renforce. Quand un drame terrible vient heurter leurs idéaux et ébranler cette amitié fusionnelle, tout bascule. Parviendront-ils à survivre aux épreuves ?

Dans ce roman psychologique sensible, Siri Hustvedt révèle, avec mélancolie, toute l’ambiguïté des relations humaines. Si ce texte dense est parfois exigeant, il parvient à dévoiler tous les tourments qui planent sur les êtres et s’avère parfaitement abouti.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Une femme est assise près de la fenêtre. Elle pense / et, en pensant, elle se désespère / elle se désespère d’être qui elle est / et non quelqu’un d’autre ».

« Elle était mon rapport au monde, ma souffrance et mon bonheur, et je savais qu’en cet instant j’étais en train de la perdre, et ce savoir me glaça ».

Voile vers Byzance – Robert Silverberg (2003)

Et si nous touchions à l’éternité ?

Dans ce récit dystopique, le lecteur est propulsé dans un monde dépeuplé où les seuls « citoyens » sont devenus immortels et sont servis par des êtres artificiels, « les temporaires ».

Charles Philips, un New-Yorkais du XXᵉ siècle, est projeté dans ce monde. De Tombouctou à Alexandrie, des cités lointaines et légendaires renaissent pour quelque temps avant de disparaître. Gioia, une femme au charisme et à l’énergie envoûtante, devient sa compagne. Elle semble habitée par une soif inépuisable. Elle lui fait découvrir les cités et l’initie aux fêtes dispendieuses, mais des secrets inavouables se cachent derrière cet horizon hédoniste. Charles parviendra-t-il à percer les mystères de ce monde ?

Dans ce court récit enchanteur, porté par une plume fluide, Robert Silverberg nous propose une immersion dans un univers déconnecté du réel, régi par l’oisiveté et le plaisir. Avec une grande réussite, il interroge notre rapport au temps, notre quête d’éternité et les méandres d’une société de divertissement sans limite.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citation

« La vie n’était pour ces gens qu’un jeu auquel ils jouaient sans répit. Rome, Alexandrie, Tombouctou – pourquoi pas ? Créer une Asgard de ponts translucides et de palais de glace luisante, puis s’en lasser, l’effacer, la remplacer par Mohenjo-Daro – pourquoi pas ? »

La neige noire – Paul Lynch (2015)

Et si nous faisions face à la brutalité d’une destinée ?

Dans ce roman sombre, Paul Lynch décrit la descente aux enfers d’une famille irlandaise confrontée à la rudesse et à l’inhospitalité de ses voisins.

Lorsque Barnabas s’installe avec sa famille dans son pays natal après des années passées aux États-Unis, il se décide à acquérir des terres et à construire une ferme. Lorsqu’un terrible incendie ravage l’étable où se trouvent ses bêtes, la famille est démunie. Alors que sa femme voudrait quitter le pays, Barnabas s’obstine à reconstruire sa grange. Face aux non-dits et aux croyances tenaces présentes dans la région, la famille ressent une hostilité ambiante de plus en plus menaçante. Tandis que ses parents sont tourmentés par l’avenir de leur ferme, Billy, leur fils s’enferme dans le silence. La famille pourra-t-elle affronter ces forces obscures ?

D’une violence extrême, ce récit irradie d’une grande noirceur. Si je reconnais la force de ce roman, j’ai trouvé cette lecture particulièrement éprouvante. Plongée dans cette atmosphère oppressante, j’ai parfois suffoqué face à la brutalité de ce texte.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Il s’enveloppe de ses propres ténèbres sous un ciel nocturne sans nuages, illuminé par la lointaine beauté des étoiles qui lui révèlent une échelle de temps inaccessible à son intelligence. S’échapper. Se glisser hors du présent pour se diluer dans la fraîcheur de l’obscurité, atteindre un lieu où les bruits s’estompent en un vague tintement ».

« On s’accroche à de petits détails, et c’est ainsi qu’on écrit le livre de sa vie ».

Ce que je sais de toi – Eric Chacour (2023)

Et si nous partions pour le Caire ?

Avec ce premier roman sensible, Éric Chacour livre les ressorts d’une relation qui ébranle toute une vie.

Depuis son plus jeune âge, Tarek s’est conformé aux attentes familiales. Face au modèle intimidant de son père, un médecin réputé du Caire, il a appris auprès de lui ce métier pour lui succéder. À son décès en digne héritier, il reprend le cabinet médical et accepte ce destin qui semble tout tracé. Dans le sillage de son père, il reçoit sa patientèle et assimile, avec une aisance naturelle, ses gestes et son intonation.

Tarek continue de se conformer aux espoirs familiaux en épousant Mira, son amour de jeunesse. Adoubé par sa famille, ce mariage sonne comme une évidence. Pourtant, sa rencontre avec Ali, un homme plus jeune aussi beau que libre, issu d’un milieu social opposé au sien, va profondément le bouleverser. Face à la puissance de cette relation interdite, Tarek choisira-t-il l’exil ?

Porté par une plume poétique et gracieuse, ce roman nous transporte aisément et dresse un portrait tout en humanité de ses personnages. Avec finesse, Éric Chacour explore l’imbrication entre le désir intime et l’impact d’un héritage familial et culturel.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Ali te fascinait. Il y avait chez lui une liberté absolue, une absence de calcul, une exaltation du présent. Il n’était lié par aucun passé et ne concevait pas l’avenir à travers les mêmes contraintes que toi. Il se contentait de vivre et tu te surprenais parfois à espérer que vivre serait contagieux ».

« On pleure pour se sentir vivant, on pleure comme un rappel de son propre sursis, on pleure de mesurer l’extrême précarité de celui-ci. On dit que l’on pleure ceux qui nous ont quittés mais, à la vérité, on ne pleure jamais que sa propre impuissance ».

Des vents contraires – Olivier Adam (2008)

Et si nous laissions place à l’émotion ?

Dans ce récit sensible, Olivier Adam retranscrit un déchirement familial.

Paul s’installe à Saint-Malo, sa ville natale, dans l’espoir d’insuffler un nouveau souffle de vie à ses deux enfants, Clément et Manon.

Suite au départ soudain et inexpliqué de sa femme, Sarah, Paul reste seul avec ses enfants, dans l’incompréhension et le désespoir. Ecrivain colérique et taciturne, Paul doit désormais endosser seul cette parentalité.

Malgré le chagrin qui le ronge, il parvient, avec l’influence salvatrice de la mer et l’appui de sa famille à offrir un nouvel élan à ses enfants. Combien de temps ce semblant d’équilibre familial pourra-t-il tenir ?

Avec une écriture tendre et lumineuse, Olivier Adam nous entraîne à la rencontre de ce père. Hanté par la disparition de sa femme, Paul se débat avec une solitude accablante. Porté par un amour intense, nous sommes happés par ce récit d’une grande sensibilité.

Ma note

Note : 3 sur 5.

Citations

« J’imagine qu’il en est ainsi partout, qu’on grandit côte à côte sans jamais se croiser vraiment, méconnus et indéchiffrables. Le concret nous cimente, le quotidien nous lie, l’espace nous colle les uns aux autres, et on s’aime d’un amour étrange, inconditionnel, d’une tendresse injustifiable et profonde, qui ne prend pourtant sa source qu’aux lisières. Quand j’ai commencé à me soucier d’eux il était trop tard, le bloc de silence était trop dur, la pudeur trop ancrée, les liens trop fortement noués pour qu’on les questionne ».

« De l’extérieur on ne sait rien de ce qui se noue entre les êtres, de ce qui se joue dans un couple. On émet des hypothèses, des jugements hâtifs mais au fond on ne sait rien, c’est beaucoup trop profond, beaucoup trop complexe ».

La Pouponnière d’Himmler – Caroline de Mulder (2024)

Et si nous entrions dans une maternité glaçante ?

Dans ce roman choral, Caroline de Mulder propose une immersion dans les rouages d’un programme de naissance contrôlé par le régime nazi : les Lebensborn.

Au cœur de la Bavière, dans l’un des Lebensborn « Heim Hochland » inauguré par Heinrich Himmler en 1936, les nouveau-nés doivent devenir de futurs Aryens au « sang pur ». Dans cette maternité, nous suivons trois personnages aux destins diamétralement opposés.

Renée, jeune française tombée enceinte d’un soldat allemand, a subi la honte dans son pays. Elle trouve refuge en Allemagne mais comprend très rapidement que, même si son statut de femme enceinte la protège, elle n’a pas véritablement sa place.

Helga, une infirmière dévouée au régime mais aussi aux mères et aux nouveau-nés, qui va peu à peu entendre la voix de sa conscience. Enfin Marek, un prisonnier revenu de l’enfer de Dachau, qui peine à survivre. Lorsque la guerre se rapproche, les destins de ces trois personnages vont s’entrecroiser. Quel avenir pour les enfants des Lebensborn ?

Avec un style incisif et saisissant, Caroline de Mulder décrit l’organisation de ces maternités visant à promouvoir « la pureté raciale » et fabriquer les futurs guerriers du régime avec des critères de sélection glaçants. En s’appuyant sur un socle documentaire étayé, elle propose une description d’un pan souvent méconnu de l’idéologie nazie. Une lecture déchirante qui témoigne de toute la noirceur du nazisme.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Le malheur de la veille peut donc devenir le bonheur du lendemain, et ainsi il est un puits sans fond dans lequel on peut tomber toujours plus bas. Le malheur est sans doute ce qui donne l’idée la plus juste de ce qui peut-être l’infini ».

« Il n’y a pas d’un côté le bien, de l’autre le mal, il y a de longues glissades dont on ne se relève pas, et des passages quelquefois imperceptibles de l’un à l’autre. Quand on s’en rend compte, il est déjà trop tard ».

Les crédits – Damien Peynaud (2025)

Et si nous évoquions le surendettement ?

Damien Peynaud, en multipliant les références cinématographiques, dissèque le rapport tumultueux d’une famille modeste avec l’argent.

Rongé par une société de consommation sans limite, le père du narrateur a accumulé les crédits jusqu’à l’asphyxie. Accordés avec un sourire bienveillant par la banque, les crédits se multiplient et les dettes enlisent peu à peu toute la famille. La spirale infernale s’accélère et cette famille modeste sera bientôt ensevelie sous l’ampleur de sa dette. Avec le prisme de la photographie et des souvenirs, le narrateur fait ressurgir cette enfance meurtrie. Comment la surconsommation a-t-elle profondément altéré cette famille ?

Avec une écriture sobre et soignée, Damien Peynaud scrute les perversions de cette société de consommation. Si ce premier roman conserve une certaine retenue et a manqué, pour moi, d’émotions, j’ai beaucoup aimé l’engagement de ce récit qui, a travers un drame familial, nous propose une critique plus large autour de la problématique du surendettement.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« La Banque, elle, estime le crédit neutre. Ni bon, ni mauvais. Les marchands d’armes avancent le même argument ».

« Les objets sont entrés par la porte de notre appartement, comme chez Berthier. Ils ont pris place. Je ne les ai pas tous vus entrer, mais j’ai vécu leur présence parmi nous. Ils sont devenus notre démesure, ménagère et abordable, petite sœur de celle qui détruit les civilisations ».

« Cumulés, les crédits contractés par notre père représentaient alors environ 300000 francs. Il faut bien compter les zéros, puis séparer les chiffres par groupe de trois, sinon ils ont tendance à s’effriter, victimes de l’érosion monétaire qui disperse la valeur. L’inflation a la cruauté de minimiser les problèmes d’argent du passé ».

Il pleut sur la parade – Lucie-Anne Belgy (2025)

Et si nous interrogions notre parentalité ?

Dans ce premier roman percutant, Lucie-Anne Belgy entremêle religion et amour avec intelligence et sensibilité.

Unis par l’évidence de leur amour, Lucie et Jonas forment un couple mixte. Cette union, entre un homme d’origine juive et une femme catholique, suscite le rejet de la famille de Jonas, en particulier de son père, fervent pratiquant. Ancré dans ses convictions religieuses, il perçoit la relation de son fils avec une non-juive comme une véritable trahison qui pourrait menacer toute la lignée du peuple juif.

Lorsqu’Ariel naît de cet amour, ce jeune garçon, élevé dans la tradition juive, apaise les tensions familliales. Mais lorsqu’il présente des accès de violence inexpliqués, ses parents se retrouvent rapidement démunis. Ils tentent de percer le mal-être d’Ariel, qui semble refléter toutes les violences de son histoire familiale. Cette famille parviendra-t-elle à trouver la sérénité ?

Au-delà d’une réflexion sur la parentalité, ce roman à l’écriture précise et empathique interroge l’altérité et met en lumière le poids des traditions religieuses. J’ai été profondément touchée par la détresse de ces parents, confrontés à la violence de leur enfant et écartelés entre leur amour, leur foi et le poids d’un héritage familial douloureux.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Jonas voulait qu’on se soutienne. Pronom réciproque, comme on s’embrasse, comme on se parle, comme on s’aime.
Je voulais qu’il me soutienne. Pronom réfléchi. Comme je m’apitoie, comme je m’attriste, comme je m’en fous de toi.
Finalement c’est lui qui gagne. On se quitte, pronom réciproque »

« Jonas se fichait que je ne sois pas juive et il ne croyait pas à la conversion. Pour lui, être juif n’a rien à voir avec Dieu. Il faut naître comme ça, sinon tant pis. Il disait : Juif, ce n’est pas une religion, c’est une façon d’avoir peur, tu ne peux pas l’apprendre dans un cours du soir« 

Intermezzo – Sally Rooney (2024)

Et si nous jouions une partie d’échecs ?

Dans ce roman à la trame psychologique finement travaillée, Sally Rooney aborde une relation ambivalente entre deux frères.

Ivan, avec son intelligence implacable et son génie pour les échecs, est un être solitaire et mutique. Son frère, Peter, est un avocat à la verve fascinante et à la sociabilité naturelle. Si tout oppose les deux frères, le décès de leur père va accentuer davantage la distance entre eux.

Ils vont vivre différemment ce deuil et tenter de retrouver un souffle de vie : l’un en entretenant une liaison avec une femme plus âgée, l’autre en s’engageant simultanément auprès de deux femmes. Ensevelis par cette perte et par les méandres de leurs relations amoureuses, ils voient leurs différences se prolonger aussi dans leur rapport aux autres. Parviendront-ils à se comprendre ?

Avec une grande minutie, Sally Rooney nous plonge dans la confusion des sentiments. Avec un style unique, elle interroge l’intimité des relations et le rapport au deuil. En révélant le poids des contradictions et des fragilités de ses personnages, elle explore avec justesse la complexité du rapport à l’autre, mais aussi la profondeur de la solitude.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Selon les bouddhistes, l’attachement est à l’origine de toutes les souffrances. On s’accroche à ce qu’on a, à ce qu’on a eu, à la vie qu’on a connue, aux quelques personnes et endroits qu’on a vraiment aimés, et on refuse de les lâcher ».

« Une pensée qui émerge calmement à la surface de son esprit : je voudrais être mort. Comme sans doute tout le monde de temps en temps. Une idée qui surgit. On se souvient de quelque chose de gênant qu’on a fait des années plus tôt et tout à coup, on se dit : j’ai trouvé, je vais me suicider. Mais le problème, dans son cas, c’est que la chose gênante, c’est la vie. Ça ne veut pas dire qu’il veuille vraiment passer à l’acte. Et même s’il le voulait, ce n’est pas comme s’il allait passer à l’acte. Rien que d’y penser, ou de ne pas y penser, rien que de surprendre ces mots dans sa tête. Un étrange soulagement, comme quand on libère une proie : j’aimerais ».