555 – Hélène Gestern (2022)

Et si nous écoutions de la musique classique ?

En travaillant sur l’étui d’un violoncelle Grégoire, un ébéniste, découvre une partition dissimulée. Il décide de montrer les feuillets anciens à Giancarlo, son associé luthier. Après avoir examiné la partition avec minutie leur curiosité s’accentue au point de se rapprocher d’une célèbre musicienne afin de percer le mystère.

Spécialiste du clavecin, Manig Terzian se voit confier la partition. Lorsqu’elle commence à interpréter la sonate, l’intensité de la musique est si incroyable qu’elle pense immédiatement à Domenico Scarlatti. La légende plane toujours autour de ce compositeur et sur l’existence de sonates inédites. Un musicologue et un collectionneur richissime vont aussi s’intéresser à cette partition. Qui parviendra à percer le mystère de cette musique ?

Dans ce roman choral rythmé, Hélène Gestern nous propose une enquête musicale. Nous suivons naturellement et avec fluidité les personnages dans cette quête tout en vitalité. Si ce roman ne me laissera pas une trace indélébile, j’ai cependant passé un moment de lecture agréable à l’écoute de la musique de Scarlatti.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citation

« Elle retournait la musique comme un gant, elle lisait à travers elle comme à travers une eau cristalline. Ses mains noueuses, sa silhouette marquée par la voussure de l’âge semblaient aimantées par le clavier ».

La maréchale – Octave Mirbeau (1883)

Et si nous intégrions la société mondaine ?

Publié sous pseudonyme, « La maréchale » roman de jeunesse d’Octave Mirbeau nous propose une immersion à la Belle époque.

Fille d’un banquier, Eugénie Hussenot a accepté un mariage de convenance. Devenue « La maréchale », elle ferme les yeux sur les dépenses facétieuses de son mari et sur ses maîtresses. Après la mort du Maréchal, elle reste recluse dans un appartement et laisse libre court à son avarice. Malgré les scandales et les dettes qui entourent ses proches et en particulier son fils, elle refuse de leur venir en aide. Jusqu’où iront les vices de cette famille aristocratique ?

A la différence des autres écrits d’Octave Mirbeau, je n’ai pas été totalement conquise par ce roman. J’ai trouvé la trame narrative confuse et je n’ai pas été envoutée par ce texte. S’il dresse une peinture remarquable de la société mondaine, je n’ai pas retrouvé la plume provocante et incroyable d’Octave Mirbeau. Ce récit prometteur nous permet cependant de découvrir les premiers pas d’un grand écrivain.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Le château des trompe-l’oeil – Christophe Bigot (2022)

Et si nous rencontrions une baronne ?

En 1837 Baptiste Rivière, un jeune clerc de notaire, se voit confier l’estimation des biens du château d’Escreuil. Cette demeure inquiétante à proximité du Mont-Saint-Michel, cache de terribles secrets.

Une ancienne comédienne, veuve d’un baron guillotiné sous la Terreur reste recluse dans une partie inaccessible du château. Baptiste cherche à s’entretenir avec cette baronne mystérieuse. Cependant, avant de lui faire face, il doit rencontrer les intendants du domaine Rose et Etienne Langlois. L’ambiance pleine de dissimulations jette le trouble sur les intentions des proches de la Baronne. Baptiste en s’aventurant dans les recoins du château parviendra-t-il à en percer les mystères ?

Ce roman à l’atmosphère gothique entremêle des références historiques avec des récits sulfureux comme ceux du Marquis de Sade. Entre mystères, amours interdits et érotisme, Christophe Bigot cherche à surprendre le lecteur. Si je n’ai pas toujours été conquise par le mélange des genres, cette oeuvre a cependant attisé ma curiosité.

Ma note

Note : 2 sur 5.

Citations

« Cette nuit-la, Baptiste rêva de nouveau d’un bonheur vague et incandescent »

« L’amour naissant, nourri de la conscience d’une chance rare, a le don de tout dorer à l’or fin ».

La vie ordinaire – Adèle Van Reeth (2020)

Et si nous interrogions l’ordinaire de nos vies quotidiennes ?

Dans ce texte hybride, entre essai, récit philosophique et biographique, Adèle Van Reeth met en perspective sa vie quotidienne pour interroger notre rapport avec l’ordinaire de nos existences.

Selon certains philosophes dont Stanley Cavell, la transformation de nos existences ne peut s’effectuer qu’en portant un regard acéré sur l’ordinaire. Cependant Adèle Van Reeth n’arrive pas à appréhender cet ordinaire répétitif et banal. Pour essayer d’avancer autour de cette pensée philosophique, elle use de son quotidien et notamment de sa grossesse, de son rôle de belle-mère et de son rapport à l’écriture.

Je n’ai pas été conquise par ce texte. J’ai trouvé que l’imbrication entre récit personnel et philosophique n’était pas d’une grande fluidité. Je n’ai malheureusement pas été imprégnée par ce livre.

Ma note

Note : 1.5 sur 5.

Citations

« Tuer l’ange du foyer » C’est ainsi que Virginia Woolf nomme le premier geste à faire pour une femme qui désire écrire. L’ange du foyer, c’est la femme qui donne chaque jour sa vie en offrande pour maintenir l’harmonie domestique ».

« Ta naissance comme ma mort me sont inconcevables, elles ne renvoient à aucune expérience. Je ne connais pas ton visage, ni l’odeur de ta peau, je n’ai jamais entendu le son de ta voix, et pourtant je t’aime déjà. On peut donc aimer sans voir ? Mais qu’est-ce que j’aime ? Pas seulement l’idée que je fais de toi. Un amour qui précède la rencontre, ça existe ? Un amour indubitable et inconditionnel indépendant des qualités physiques ou morales de la personne ».

Les Misérables – Victor Hugo (1862)

Et si nous dévorions un monument humaniste ?

Comment parler de littérature sans appréhender « Les Misérables » de Victor Hugo ? Jean Valjean, Cosette, Gavroche, Fantine ces noms ont marqué à jamais notre imaginaire. De la littérature au cinéma, Les Misérables est une fresque historique et sociale incontournable.

Ancien forçat, Jean Valjean tente de réintégrer la société et fait la connaissance de l’évêque de Digne. Si le bagne a exacerbé la bestialité de Jean Valjean et qu’il a perdu espoir en l’humanité, cette rencontre lui montre une nouvelle voie.

Quelques années plus tard, son destin le mêne vers Cosette, une orpheline vivant des conditions de vie intolérables auprès des Thénardiers. Cette seconde rencontre va lui offrir un nouveau basculement dans sa destinée. L’amour qui le lie à Cosette contribuera-t-il à sauver son âme ?

Dans ce roman, Victor Hugo crée une trame romanesque immense en multipliant les intrigues où s’entrecroisent des personnages incontournables. Cette fresque à la croisée de tous les genres nous permet d’éclairer toute une époque de la bataille de Waterloo à l’insurrection de 1832. Victor Hugo choisit également de combattre par ses mots les injustices et de défendre les opprimés. A travers une œuvre majeure il nous démontre comment la société pousse au crime.

Entre les digressions historiques et les positions politiques de Victor Hugo, j’ai été comblée par un des plus beaux romans de la littérature.

Ma note

Note : 5 sur 5.

Citations

« J’ai voté la fin du tyran. C’est-à-dire la fin de la prostitution pour la femme, la fin de l’esclavage pour l’homme, la fin de la nuit pour l’enfant. En votant la république, j’ai voté cela. J’ai voté la fraternité, la concorde, l’aurore ! ».

« Elle a tout ressenti, tout supporté, tout éprouvé, tout souffert, tout perdu, tout pleuré. Elle est résignée de cette résignation qui ressemble à l’indifférence comme la mort ressemble au sommeil ».

« Le souvenir d’un être absent s’allume dans les ténèbres du coeur ; plus il a disparu, plus il rayonne ; l’âme désespérée et obscure voit cette lumière à son horizon ; étoile de la nuit intérieure ».

« Marius et Cosette étaient dans la nuit l’un pour l’autre. Ils ne se parlaient pas, ils ne se saluaient pas, ils ne se connaissaient pas ; ils se voyaient ; et comme les astres dans le ciel que des millions de lieues séparent, ils vivaient à se regarder ».

Chevreuse – Patrick Modiano (2021)

Et si nous côtoyons les fantômes de Patrick Modiano ?

Avec un sens inné de la plume, Patrick Modiano partage les souvenirs enfouis de son enfance et fait ressurgir la maison de la rue du Docteur-Kurzenne.

Double littéraire de Patrick Modiano, Jean Bosmans fait la rencontre de Camille. Avec elle, il fait un véritable voyage dans le passé. Elle le conduit pour un pélerinage dans la vallée de Chevreuse jusqu’à retrouver la maison de son enfance. Cette visite fera réapparaitre un magot dissimulé et avec lui des personnages inquiétants. Les noms de Michel de Gama et Guy Vincent émergent du passé et l’inquiétude de Jean Bosmans est de plus en plus palpable. Jusqu’où ces rencontres le conduiront-il ?

Avec une style remarquable, Patrick Modiano puise dans des rencontres nimbées de mystère pour faire jaillir de somptueux personnages de roman. J’ai aimé me plonger à nouveau dans cette ambiance si particulière enveloppée de nostalgie.

Ma note

Note : 3.5 sur 5.

Citations

« Son professeur de philosophie lui avait confié jadis que les différentes périodes d’une vie – enfance, adolescence, âge mur, vieillesse – correspondent aussi à plusieurs morts successives. De même pour les éclats de souvenirs qu’il tâchait de noter le plus vite possible : quelques images d’une période de sa vie qu’il voyait défiler en accéléré avant qu’elles ne disparaissent définitivement dans l’oubli ».

« Et puis, l’été était venu, un été comme il n’en avait jamais connu auparavant, un été à la lumière si limpide et si brûlante que ces fantômes avaient achevé de s’évaporer »

Messieurs encore un effort… – Elisabeth Badinter (2024)

Et si nous expliquions la baisse de la natalité avec Elisabeth Badinter ?

Dans ce court essai, parfaitement documenté, Elisabeth Badinter interroge les évolutions contemporaines et le repli démographique.

Plusieurs pistes ont déjà été explorées pour expliquer une baisse de la natalité entre crise climatique, sociale et perte de confiance dans l’avenir. Dans cet essai, Elisabeth Badinter interroge aussi les contraintes qui pèsent sur la femme. S’il y a quelques années, la maternité était une aspiration naturelle, aujourd’hui cet élan fait face à de multiples problématiques et à une réflexion plus raisonnée de la femme.

Dans ce texte, Elisabeth Badinter met également en perspective la baisse de natalité en France avec les évolutions à l’étranger et notamment en Corée du Sud où cette chute est frappante.

Avec un clarté remarquable et une précision indéniable, Elisabeth Badinter pose de véritables pistes de réflexions sur le désir de maternité et l’importance d’une égalité entre les sexes. Un essai court et passionnant que je vous recommande fortement !

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citation

« L’une des raisons essentielles du ralentissement (voire de la stagnation dans certains domaines) de la cause égalitaire réside dans la force toujours vivace des stéréotypes de genre. Le premier d’entre eux est l’identification de la femme et de la mère. On présume que toute femme par nature a une vocation maternelle. Or le modèle de la mère traditionnelle est le dévouement absolu à son enfant. L’instinct maternel serait la pulsion naturelle de la femme à assurer le bien-être. Pour ce faire, elle doit le nourrir, le soigner, veiller sur lui nuit et jour, et rester à la maison jusqu’à ce qu’il ait acquis une certaine autonomie. Dans cet optique, les désirs personnels de la femme s’effacent devant les obligations de la mère. Raison pour laquelle on s’est pris à penser que le rôle de la femme était de prendre soin de tous »

Combats et métamorphoses d’une femme – Edouard Louis (2021)

Et si nous évoquions le portrait d’une mère ?

Dans un style tranchant, Edouard Louis dresse le portrait sans concession de sa mère et fait jaillir ses souvenirs d’enfance.

Comme il avait déjà évoqué son père dans son oeuvre, Edouard Louis dans ce court récit fait surgir les traits de sa mère. Une mère parfois radicale dans ses mots ou ses gestes mais surtout une femme ignorée et incomprise. Séparée du père de son premier enfant, elle a reconstruit sa vie avec un homme qu’elle pensait différent. Pourtant, elle demeure toujours asservie et opprimée. Sous le poids d’une violence inexorable tant sociale que masculine, sa mère a depuis toujours perdu sa liberté et son insouciance. Réussira-t-elle à s’émanciper ?

Edouard Louis propose le récit d’une métamorphose face à une fatalité mécanique. Entre honte et admiration, il évoque sa relation tumultueuse avec sa mère. Dans un style radical et personnel, ce récit sensible est celui de leur réconciliation.

Ma note

Note : 4 sur 5.

Citations

« Notre rapprochement n’a pas seulement changé son avenir, il a aussi transformé notre passé ».

« Quand j’étais enfant, nous avions honte ensemble – de notre maison, de notre pauvreté. Maintenant j’avais honte de toi, contre toi. Nos hontes se sont séparées »

« Elle était certaine qu’elle méritait une autre vie, que cette vie existait quelque part, abstraitement, dans un monde virtuel, qu’il aurait fallu un rien pour l’effleurer, et que sa vie n’était ce qu’elle était dans le monde réel que par accident »

Rose royal – Nicolas Mathieu (2020)

Et si nous parlions d’un livre aussi amer que sensible ?

Dans ce recueil de nouvelles, Nicolas Mathieu nous propose deux récits « Rose Royal » suivi du texte « La Retraite du juge Wagner ».

Femme divorcée d’une cinquantaine d’années, Rose a connu de nombreuses désillusions amoureuses. Des relations tortueuses et toxiques se sont succédées où la violence était omniprésente. Depuis qu’elle vit seule, Rose a pris pour habitude de glisser un révolver dans son sac. Cette arme lui offre une toute nouvelle assurance. Quand elle rencontre Luc cette quête d’indépendance vacille, cet amour lui apportera-t-elle enfin la sérénité ?

La seconde nouvelle nous permet de rencontrer le juge Wagner. Ce juge en retraite a mis de côté la justice même si les ombres menaçantes de ses anciennes affaires planent toujours autour de lui. Quand il fait la connaissance de Johann, une certaine affection va commencer à se tisser entre ce jeune homme perdu et cet ancien juge. Parviendra-t-il à sauver une jeunesse en perdition ?

Ces récits forts posent un regard acerbe sur toute une génération. J’aime la plume de Nicolas Mathieu, son acuité mais aussi sa sensibilité. Je ne peux que vous recommander ces deux nouvelles sombres d’une grande réussite !

Ma note :

Note : 4 sur 5.

Citations :

« Il valait mieux tout oublier. Un couple a autant besoin de douceur que d’amnésie. Aucun amour ne peut survivre à ses archives »

« Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route. Il n’était ni gras, ni particulièrement bien creusé, mais le temps y avait laissé sa marque de larmes et de nuits blanches ».

Le lait de l’oranger – Gisèle Halimi (1988)

Et si nous évoquions les souvenirs d’une femme de combats ?

Gisèle Halimi dévoile dans ce livre infiniment tendre et personnel son enfance en Tunisie, la mort tragique de son frère, son parcours et ses engagements.

A travers ses mots, Gisèle Halimi parle surtout d’Edouard, son père. Elle raconte la place du premier homme de sa vie et le lien indestructible qui les unissait. Avec émotion, nous découvrons la fierté dans les yeux de ce père, sa fille avait réussi au-delà de ses espérances mais elle s’était aussi engagée dans des luttes qui le dépassaient.

Dans ce récit, Gisèle Halimi mentionne également des rencontres savoureuses de Simone de Beauvoir à Jacques Chirac en passant par Sartre, Simone Veil ou Aragon. Ces personnalités qui ont jalonné sa vie permettent d’éclairer toute une époque.

Ce livre révèle l’émancipation admirable d’une femme. Gisèle Halimi s’est investie dans des causes loin des valeurs traditionnelles inculquées par sa famille. J’ai beaucoup aimé cette autobiographie, portée par une écriture limpide et délicieuse, qui nous permet de mieux comprendre cette femme incroyable.

Ma note

Note : 4.5 sur 5.

Citations

« Il me fallait toucher, humer, caresser, ouvrir, fermer les pages. Comme un rite sensuel qui me préparait au plaisir. La lecture me submergeait alors de ses vagues et j’accédais à un autre monde ».

« Seule la grande émotion de « toucher » enfin la France me submergeait. Ce pays que j’avais construit en moi, à partir de mes lectures, de mes images, de mes fantasmes, me devenait terre et lumière. j’allais m’y intégrer, m’y fondre avec volupté. La tour Eiffel me mettait les larmes aux yeux, Notre-Dame, tel un aimant, me tenait immobile de longues heures sur le parvis, je me perdais, éblouie, dans le Marais. A chaque rue, chaque place, je voyais surgir des vieux hôtels Le Roi-Soleil et Racine »